CHAPITRE 2

Un jour.

Cinq jours.

Une semaine.

Un mois.

Deux mois.

Il fallait que je revienne. J'en avais pris conscience en voyant Seth me regarder en pleurant. Chaque jour, il venait, me parlait. Me suppliant de ne pas me laisser mourir. Il avait raison. Je ne devais pas.

Je me devais de faire un beau doigt d'honneur à la vie et me relever. Je n'étais pas sortie de cette pièce depuis deux mois. J'étais Leah Mary Clearwater, mince. Pas une mauviette. Une chose était sûr, je ne voulais plus souffrir. Alors finit l'amour. À quoi bon ?

Je n'avais rien gagné à aimer. Au contraire je m'étais perdu moi-même. Mon cœur ressemblait à un puzzle infaisable, car il manquait les pièces. Mon âme était dans le même état. Je n'étais plus vraiment moi. Celle que j'étais était morte.

La nouvelle Leah serait plus forte. Plus combative. Plus jamais, plus jamais je veux me revoir dans cet état.

Aussi, ce matin-là je me levais décidée à revivre. Chaque jour de nombreux couples se séparait plus ou moins douloureusement.

Je descendis dans la cuisine où déjeunaient mon frère et ma mère. Seth me sourit et me serra dans ses bras jusqu'à m'en briser les côtes. Ma mère me fit un sourire, fière de voir que je m'étais relevée. Je piquais un croissant et sortis prendre l'air. Ça m'avait manqué tout de même.

Je marchais en direction de l'épicerie en sortant la liste de courses que ma mère m'avait donné à faire quand j'avais émis mon envie de sortir, la pauvre avait dû tellement s'inquiéter de mon dépérissement. J'arrivais enfin en vue du bâtiment. J'y entrai et me mis à rassembler tout ce dont j'avais besoin. Gel douche, déodorant, pâtes... Le nez dans ma liste je ne me rendis à peine compte d'où j'allais.

_ Leah...

Cette voix. Je me tendis, la gorge nouée. Mon cœur résonnant dans mes tympans. Les larmes me piquant les yeux. Je me retournais et me retrouvais face à Emily. Ma presque sœur. Anciennement. Maintenant, elle pouvait mourir que ça me ferait ni chaud ni froid. Elle m'avait tout pris.

_ Leah, je...,commença-t-elle.

_ Fiche-moi la paix, dis-je froidement.

Je remarquais la grande cicatrice sur son visage. Qu'avait-il pu lui arriver ? Ça ne devait pas faire longtemps que c'était arrivé, la cicatrice était encore boursouflée, à vif.

J'inspirais un grand coup me disant que de toute manière j'en n'avais rien fait. Je maudissais l'inquiétude que je ressentais envers elle.

_ Je ne voulais pas, fit-elle.
_ Ce n'est pas ça, qui t'en empêcher de le faire. Tu prends bien ton pied au moins, continuais-je sans émotion de manière à la blesser autant que je l'étais.
_ Leah...
_ Je ne veux plus entendre parler de toi, Émily. Je ne veux même plus te voir. Tu peux pas savoir à quel point je te déteste. Toi et lui, aussi., fils-je acide.
_ Tu es toujours une sœur pour moi, Leah, fit-elle d'une petite voix.
_ Pour moi tu es morte, Émily.

Je la vis fondre en larmes, alors que je m'empressais de payer pour m'en aller le plus loin possible. Pourquoi avait-il fallu que je la tombe sur elle après ne pas avoir bougé pendant deux mois...

Je déposais mes achats chez moi avant de filer sur la plage, j'avais besoin d'air. Je marchais sur la plage, perdue dans mes pensées, le grand air du large m'avait toujours apaisée. Le silence me fit un bien fou. Je finis par m'asseoir sur un rocher face à la mer et je me décidai à faire le point. J'en avais besoin, aussi.

Je venais de perdre deux personnes qui m'étaient chères. Sam et Émily. Je les détestais tellement... Ils m'avaient tous prit.

Et Abby qui était parti, elle m'avait envoyé plusieurs fois des massages, avait essayé de m'appeler, mais je n'avais pas le cœur à lui répondre. Pour lui dire quoi en plus ? Que mon mariage tombait à l'eau ? Que Sam m'avait jeté comme une malpropre, une moins que rien, comme-ci j'étais insignifiante ? Qu'il m'avait laissée pour ma cousine, celle que je considérais comme ma sœur . Non, franchement je n'avais pas envie.

Des larmes solitaires se remirent à couler. Je les essuyai rageusement, mettant promis d'arrêter. J'étais faible... Je ne devais plus l'être, c'était une certitude. Être faible, c'est être à la merci des autres. Une proie facile à atteindre, a détruire.

Je relevais la tête en entendant des cris de joie. Je fronçais les sourcils ayant du mal à croire qu'il s'agissait de personnes de la réserve. Puis finalement, je reconnus Jared et Paul, suivit d'Embry et Jacob. Je fronçais les sourcils, que faisait ces cinq-là ensemble . Ils ne s'étaient jamais vraiment bien entendu. Pourtant, ils arboraient les mêmes caractéristiques physiques et semblaient bien s'entendre malgré ce que je pensais.

J'eus un hoquet de surprise en voyant Sam les suivre juste derrière. Bien, décidé à ne pas achever de gâcher ma journée, je me levais d'un bond et partis chez moi à grande enjambée. Je fis la sourde oreille en entendant Sam m'appeler. Il voulait me parler, pour me dire quoi de plus. Qu'il m'aimait, mais que je ne faisais pas le poids à côté d'Émily . Merci, mais j'avais cru comprendre le premier coup, que je n'étais pas assez bien pour Monsieur Uley. Quel connard, celui-là, il veut enfoncer le couteau plus profond encore dans la plaie béante de mon cœur.

Je claquais la porte d'entrée avec un grand soupir las.

_ Alors cette journée, demanda ma mère sortant de la cuisine.

_ J'aurais fais mieux de rester dans ma chambre, fis-je pour toute réponse.

Je vis la tristesse dans ses yeux, alors que je montais dans ma chambre. La pauvre devait s'en vouloir de ne pas pouvoir m'aider, la connaissant ça serait bien son truc. En même temps que pouvait-elle faire ? Elle m'avait soutenu comme elle l'a pu, mais après j'étais censé m'en sortir seule. D'ailleurs c'est ce que j'allais faire.

Je m'installais sur mon lit tout en écoutant de la musique, manière d'oublier les mauvaises rencontres de la journée. Je bougeais mes pieds au rythme de la musique. Tout en réfléchissant à ce que j'allais bien pouvoir faire de mes journées. N'étant pas allé en cours depuis un moment, j'avais fini par être virée. Donc terminé les cours.

Je passais l'heure suivante à réfléchir sans trouver... Finalement, Seth vint me tirer de ma rêverie pour m'annoncer que nous mangions. Maintenant, qu'il le disait j'avais effectivement très faim. Je descendis à sa suite.

Je m'assis à ma place habituelle, entre mon père et ma mère face à Seth. J'écoutais leur conversation silencieusement.

_ Tu es sortis aujourd'hui, Leah ?, me demanda mon père.

_ Oui, j'ai été à la plage..., fis-je vaguement.

_ Je suis au courant pour ce qu'il s'est passé à l'épicerie., commença-t-il.

Je haussais les épaules, je savais très bien qu'il l'apprendrait. Je savais aussi qu'il n'apprécierait pas. Et pour finir, il va me demander quelque chose que je ne ferais pour rien au monde.

_ J'aimerais que tu t'excuses, Leah.

Voilà, qu'est-ce que je disais ! Je me contentais de le regarder en haussant un sourcil. Ce n'est pas parce qu'il me demandait de m'excuser, que j'allais évidemment le faire.

_ Je sais que tu en veux à Sam, mais ce n'est pas de sa faute., poursuivit-il.

Pas de sa faute ? C'était de la mienne peut-être ? Reste calme, Leah, zen.

_ Et surtout, Emily n'a rien fait.

Je serrais si fort mon verre dans ma main, qu'il finit par se briser. Je lâchais les bouts de verre et regardais ma main en sang. J'essayais de reprendre mon calme.

_ Pas de leur faute ?, fis-je d'une voix trop calme. Tu te ranges avec eux. Comme ça ! Pourquoi ? Si, ils sont tellement mieux que moi, dit le ! Un mot de ta part et je me barre à l'autre bout du pays. Ça ira mieux à ce moment-là . Vous oserez les invités, vous pourrez même les féliciter. Mais oui, félicite-les de m'avoir détruite., explosais-je.

Je me levais d'un bond avant de sortir dehors malgré les cris de ma mère me disant de revenir. Le froid glacial de la nuit m'accueillis et le noir m'engloutis alors que je marchais sans savoir ou aller. Droit devant moi sans but précis, je finis par arriver sur la plage. Gelée jusqu'au os.

Je fixais la lune qui se reflétait sur la mer. Les étoiles autour. Je reprenais mon calme lentement. Ce n'était vraiment pas ma journée. Je claquais des dents, mais refusais de rentrer pour le moment. Qu'est-ce que j'avais bien pu faire pour mériter tout ça...

Les larmes me piquèrent les yeux. Je faisais mon possible pour le contenir. Je ne devais plus être faible. Je ne devais plus être cette Leah rendu faible par un amour sans valeur. Je n'en avais pas le droit. J'inspirais profondément et expirais calmement dans le but d'évacuer ma colère.

Je n'arrivais tout simplement pas à croire que mon père, mon propre père, me face passer pour la méchante dans l'histoire. C'est vrai est-ce moi qui me suis rendu chez Emily pour lui prendre la personne la plus chère à ses yeux ?

Non.

Alors quoi ? Je devais aller m'excuser ? Je ne suis pas hypocrite à ce point. J'ai pensé chaque mot que je lui ai dit. Oh, oui. Personne ne pouvait savoir le bien que ça m'avait fait de les lui cracher à la figure.

Je poussais un soupir en me levant. Je devais rentrer. Je n'avais pas la moindre envie de mourir d'hypothermie sur cette plage. Je rentrais en courant tranquillement. Autant pour me réchauffer que pour achever de me calmer.

Je passais sous la fenêtre de ma chambre et eus un sourire en la voyant ouverte. Mon frère me connaissait vraiment bien. Aussi, je grimpais à l'arbre juste à côté avant de rentrer dans ma chambre, le plus silencieusement possible. Je me jetais sur mon lit et finis par m'endormir.

La maison était dans un silence absolu tout le monde dormait déjà.

Le lendemain matin je me réveillais tard. Il était plus d'onze heures. J'avais vraiment le sommeil lourd. Je souris et partis me doucher. Rien ne pourra entraver ma bonne humeur. Je n'avais déjà pas eu de chance hier, alors j'espérais vraiment qu'aujourd'hui serait tout autre.

Je finis par descendre pour manger un peu. Je manquais de mourir d'une crise cardiaque, chose impossible en vue de mon jeune âge et de ma bonne condition physique, en voyant mon frère vautrer dans le canapé en train de s'empiffrer joyeusement.

_ Hey Leah, ça va mieux ?, demanda-t-il.

_ Oui, c'est bon, répondis-je vaguement. Et toi ? Tu n'es pas en cours ?

_ Malade...

_ Ah...

_ Mais je me sens bien... Maman a insisté pour que je reste là...

Je m'approchais de lui et me vautrais à mon tour dans notre brave canapé. Je sursautais en touchant le bras de mon frère.

_ Mais tu es brûlant ! Tu as combien de fièvre au juste ?, paniquais-je.

_ Je sais pas... Mais je me sens normal.

Je fronçais les sourcils. Il était vraiment brûlant. J'espère qu'il allait aussi bien qu'il le disait. Ça me faisait penser à quelque chose. J'avais déjà...

Sam.

Sam aussi avait été brûlant comme ça. C'est d'ailleurs à ce moment-là, qu'il avait changé. Qu'arrivait-il à mon frère ?

Je me faisais encore des films.

Ma mère finit par rentrer en fin d'après-midi. Seth semblait toujours aussi bouillant. Il commençait à s'énerver. Je me demandais ce qui pouvait bien se passer avec lui. C'était plutôt mon truc de m'énerver pour pas grand-chose.

Il finit d'ailleurs par se lever et aller s'enfermer dans sa chambre en claquant la porte. Je regardais ma mère interrogative. Mais elle haussa les épaules en partant dans la cuisine préparer le dîner.

Mon père n'était toujours pas rentré. Je souhaitais m'excuser de lui avoir mal parler. J'avais évacué ma frustration sur lui sans raison. C'est curieux car d'habitude il était rentré à cette heure-là. J'avisais la note posée sur la table du salon. J'avais tellement été inquiète pour mon frère que je n'y avais pas fait attention.

Il était parti chasser les fameuses bêtes sauvages...

Ça lui ressemblait bien de partir en forêt pour aider. Quoiqu'il n'arrêtât pas de rabâcher que c'était trop dangereux, je souriais en secouant la tête.

Je finis par aller m'asseoir pour lire. Je ne pus pas lire plus de cinq minutes avant que la sonnette de la maison ne retentisse. Décidément.

Je me levais pour ouvrir, en me demandant qui pouvait venir nous déranger aussi tard. Je fronçais les sourcils en voyant le shérif Swan. Il était parti avec mon père ce matin, évidemment. Il savait pourtant qu'il pouvait rentrer comme il voulait ici.

_ Leah., salua-t-il poliment.

_ Shérif. Que ce passe-t-il ?, demandais-je en le laissant entrer.

_ Ta mère et ton frère sont là ?

_ Oui.

_ Bien.

Je le fis s'installer dans le salon en allant chercher ma mère et mon frère. Nous installâmes face à lui, attendant qu'il nous dise ce qui se passait et surtout pourquoi mon père n'était pas là. Ce n'était pas normal. Je craignais le pire.

Ma mère s'était tendu aussi, elle devait sentir que quelque chose n'allait pas. Mon frère semblait absent. Il allait vraiment de plus en plus mal.

_ Charlie ?, fit ma mère ne tenant plus.

_ C'est Harry..., commença-t-il les larmes aux yeux.

_ Que ce passe-t-il, demanda ma mère et moi d'une même voix.

_ Il... Il est mort d'une crise cardiaque en forêt.

J'eus l'impression de mourir, encore. Ma mère s'écroula en larmes à même le sol. Mon frère fondit en larmes lui aussi. Et moi... Moi, je restais là. Figée. Incapable de bouger. Mortifiée. J'avais encore l'impression de suffoquer. De me noyer. Une unique larme coula le long de ma joue. Mon cœur me faisait mal. Je venais encore de perdre quelqu'un auquel je tenais.

J'avais l'impression de brûler. Comme-ci mon corps était recouvert de feu. Incapable de rester là, plus longtemps je sortis en claquant la porte. Je marchais droit devant moi. La forêt m'accueillis. Je me mis à arpenter les sentiers. Ma marche me conduisit en falaise. Je m'y assis et laissais libre cours à mes larmes.

Pourquoi encore moi ? Pourquoi devais-je encore perdre quelqu'un ? Je serrais les poings. Essuyais rageusement ses traîtresses de larmes.

Tentent de me calmer je repris ma marche. Je devais rentrer ma mère avait besoin de moi. Mon frère aussi. Je ne pouvais pas les laisser.

Je franchis le seuil de ma maison et vis mon frère de plus en plus énerver, ma mère en larmes. Charlie était reparti. Heureusement, d'ailleurs. Je fixais ma mère, elle allait si mal. Ses yeux avaient perdu leur éclat.

Finalement, je n'y arriverais pas. Je montais dans ma chambre. J'étais vraiment trop faible. Mon père était mort, et mes derniers mots que je lui avais dits me revenaient tel un boomerang en plein visage.

Les heures passèrent et mon mal-être grandissait. Je n'avais personne à qui parler.

Je frappais rageusement le mur face à moi, le fissurant légèrement à ma grande surprise.


EDIT du 09/07/2015 : Version corrigé du chapitre 2.