Tadan ! Voici la suite !

Côté rédaction, j'en suis au chapitre 10, donc ça avance bien. Bon. Autant dire que j'ai juste complètement sous-estimé mon méchant, qu'il a bien malmené mon plan et que je songe à augmenter le rating en T

Ywena : Merci ! Oui, quelques divergences... Et chaque divergence a sa raison.

IceQueen38 : Merci à toi aussi :) Et vive la Salle sur Demande !

Cerf-Pentard : S'il est prometteur, espérons que la suite soit à la hauteur !

Blanche-Ener : :p En plus comme tu me connais IRL tu pourras juger de la ressemblance ou non avec ma SI

AndouilleEtSushi : Des fois le hasard fait bien les choses. Bcp de mes fics préférées, je les ai trouvées par hasard... Donc à voir j'ai plus qu'à croiser les doigts pour que t'y faire accrocher.


~~~~~~ Partie 1 : Die Teufelskreatur ~~~~~~


Chapitre 1 : Une terrifiante rentrée

Trop de bruits, trop d'odeurs, trop de gens.

Trop, tout court.

Avec une moue de dégoût, la fillette se rapprocha de sa mère pour échapper un peu à l'agitation qui envahissait la gare de King's Cross. Son manteau fleurait bon d'un parfum délicatement fleuri et sucré, sa chaleur aimante l'enveloppait et la rassurait. Car la fillette était terrorisée. En ce premier septembre de l'an de grâce 1938, elle ferait sa rentrée à Poudlard. Pourquoi est-elle née sorcière plutôt que Cracmole ?

Quel enfant ne rêvait pas d'aller un jour à Poudlard ? De poser ses fesses sur les bancs de la Grande Salle et de voir au-dessus de sa tête des bougies flotter sous un plafond enchanté ? D'apprendre à voler sur des balais, à lancer des sortilèges avec une baguette, à préparer des potions aux effets remarquables ? Deviser avec des fantômes, se régaler des mets préparés par des elfes diligents, affronter des trolls ?

Eh bien, Eutropia Grayson ne rêvait rien de tout cela. Du moins pas à cette époque. Ni à celle des Marauders. Ni à celle de Harry Potter. Ou plutôt, Eutropia était terrifiée à l'idée de croiser Tom Jedusor au détour d'un couloir. Quel âge avait-il ? Si seulement elle le savait ! Si seulement Rowling avait eu la merveilleuse idée de dater de manière visible son roman !

Si seulement une voiture n'avait pas percuté Eutropia alors que dans une précédente vie, elle se rendait au lycée pour passer son bac. Elle avait un bel avenir là-bas ! Des profs admiratifs de ces notes qui la poussaient à aller vers les meilleures prépas, un dossier béton, la perspective d'une mention Très Bien. On lui promettait de grandes choses. Mais non. Rien de tout cela. Une voiture avait décidé de la tuer pour l'envoyer tout droit dans un roman pour enfant, à l'aube d'une guerre sanglante. Merci bien, mais non merci !

— Ah ! Nous y voilà, commenta sa « mère », Diana Grayson, en désignant un mur de briques. Le quai 9 ¾.

Super. Encore quelques pas et Eutropia se rapprocherait d'une nouvelle mort.

— Je ne veux pas y aller ! couina Eutropia.

Pour sauver sa vie, elle était prête à mettre sa fierté de côté.

— Nous en avons déjà discuté, ma chérie. Tu ne cours aucun risque à Poudlard. Et je préfère te savoir là-bas. Tu y seras en sécurité.

Grindelwald. Voilà ce que Lyra Grayson redoutait. Gellert Grindelwald, le terrible mage noir. Eutropia, elle, se moquait bien de Grindelwald. S'il n'apparaissait pas dans les Harry Potter, c'est qu'il n'avait pas eu de rôle important à jouer, non ?

Oui, mais… Eutropia, dans son ancienne vie, n'avait lu que les cinq premiers tomes, le sixième tardant à sortir. Plus encore, elle ne les avait lus qu'une seule fois, n'ayant donc qu'une connaissance morcelée de l'univers. Et au regard des horreurs qui faisaient régulièrement la Une des journaux, Grindelwald n'avait rien d'anecdotique. C'était un vrai mage noir, dangereux et cruel.

— Oh ! Regarde, j'ai l'impression que ce jeune garçon cherche le quai 9 ¾.

En effet, un enfant d'une dizaine d'années, assez grand et mince, avec la peau pâle et des cheveux noirs, marchait autour du pilier, les sourcils froncés et un billet en main. Un mauvais pressentiment gagna Eutropia. Non… ça ne pouvait quand même pas être lui ! Le sort ne pouvait pas autant se jouer d'elle !

— Peut-être un Sang-de-Bourbe, supposa la fillette en espérant que sa mère ne volera pas l'aide d'un pauvre enfant égaré.

— Eutropia ! Qu'est-ce que c'est que ce langage ?

Diana Grayson était véritablement choquée. Outrée, même. Femme d'un caractère très doux, elle avait essayé d'élever ses enfants dans un esprit de tolérance. Essayé. Difficile d'apprendre la tolérance à une fillette née pleine de rancœur à cause d'une destinée volée.

Diana hocha de la tête d'un air désolée et, passant sur la remarque de sa fille, aborda le jeune garçon.

— Tu cherches le quai 9 ¾, n'est-ce pas ?

L'enfant jeta un regard plein de méfiance à l'adulte puis détailla Eutropia qui se sentit fondre de peur. Oh Merlin ! Dire qu'elle avait prévu d'être le plus invisible durant sa scolarité pour ne pas se faire remarquer par Jedusor ! Pour survivre ! Éviter les ennuis !

— Oui.

Fut la seule réponse du garçon.

— Je vois. Première rentrée à Poudlard ? Ma fille, aussi, fait sa rentrée.

Le garçon détailla Eutropia avec d'autant plus d'attention.

—Tom Jedusor, dit-il enfin en lui tendant la main.

Oh non. Non ! C'était juste un cauchemar ! Ce n'était pas encore la rentrée ! Elle allait se réveiller. Lyra poussa un peu Eutropia pour qu'elle réponde à la présentation. La fillette s'exécuta par une poignée de main fuyante.

— Eutropia Grayson, murmura-t-elle.

Elle lança un regard implorant à sa mère. Elle voulait fuir, au plus vite. Au plus loin. À l'autre bout de la Terre. La Nouvelle-Zélande, par exemple. Lyra, cependant, ne l'entendait pas ainsi. Toujours aimable et maternelle, elle expliqua à Jedusor comment traverser le mur pour atteindre le fameux quai. Pire encore, elle accompagna Jedusor jusqu'à la montée du Poudlard Express, l'aida à hisser sa valise et lui adressa un mot d'encouragement pour son entrée à Poudlard.

Puis il fut temps faire ses au revoir à sa fille. Une étreinte tremblante, une petite larme versée, beaucoup de conseils et une dernière consigne :

— S'il te plaît, ne juge pas tes camarades sur leurs origines. Je sais que tu as des cousins adeptes des idées puristes, mais… enfin, tu connais déjà mon avis sur la question. Et aide ce garçon. Il doit être complètement perdu dans ce nouveau monde. Le pauvre ! Ses parents ne l'ont même pas accompagné !

Et comme Diana restait sur le quai, Eutropia n'eut d'autre choix que de s'asseoir dans le même compartiment que Jedusor. Génial. Véritablement génial. Très pâle, Eutropia frissonnait de tout son corps, évitant le mage noir en herbe du regard.

— Ta mère est sorcière ? demanda Jedusor.

— Mes parents sont sorciers, répondit Eutropia.

Elle était Sang-Pur dans cette vie et entendait bien ne pas se faire attaquer par un basilic ! Sa conscience lui interdisait également de copiner avec un futur psychopathe sanguinaire.

Doucement, par à coup au début, puis de plus en plus régulièrement, le Poudlard Express se mit en marche et quitta la gare de King's Cross. Eutropia échangea un dernier au revoir avec sa mère, certaine que ça serait le dernier. Elle surprit une lueur envieuse dans les yeux noirs de Jedusor et se dit qu'elle était vraiment mal barrée.

Tout n'était pas perdu, se disait-elle pour se rassurer. À la répartition, elle demanderait à être envoyée à Poufsouffle, maison insignifiante qui n'attirerait pas le regard. Peut-être Jedusor l'oublierait-il ? Peut-être.

— Hé ! Salut Eutropia !

Oh non… L'abruti au large sourire qui se tenait dans l'entrée du compartiment avec des cheveux noir coupé court qui mettaient en valeur ses oreilles décollées était Héliodore Nott, cousin au deuxième degré d'Eutropia.

— Salut aussi euh... poursuivit Héliodore Nott. Comment tu t'appelles ?

— Tom Jedusor.

— Enchanté, Tom Jedusor ! Je m'appelle Heliodore Nott. J'espère que ma cousine ne t'a pas trop barbé ? Elle tient ça de son côté Selwyn.

— Je ne suis pas barbante !

— Si, tu es barbante ! Surtout quand tu essayes de nous prouver que tu as toujours raison sur tout. Une vraie Serdaigle !

Eutropia lança un regard noir à son cousin et décida de bouder. Héliodore s'installa dans le compartiment sans demander la permission et ramena avec lui deux amis : Philophore Prewett (le fils d'une très bonne amie de Diana Grayson qui habitait le même village qu'Eutropia) et un garçon blond, plutôt charmant, qu'Eutropia ne connaissait pas. Lors des présentations, elle apprit qu'il s'agissait d'Armael Green, issu du monde moldu.

— Mais peut-être bien que j'ai des ancêtres sorciers, avança Green avec espoir. On ne sait pas qui sont mes parents : on m'a déposé tout bébé devant un orphelinat.

La remarqua piqua l'attention de Jedusor et c'était tant mieux ! Tout était bon, aux yeux d'Eutropia, pour se faire oublier de mini-Voldemort.

— Tu viens de quel orphelinat ?

— Sainte Blandine, à Winchester, répondit Green, surprit par la question. Pourquoi ?

— Je viens de l'orphelinat Wool, à Londres.

— Oh… Désolé pour toi, tant mieux pour moi ! commenta Green avec un sourire contrit. Je ne suis pas le seul orphelin !

— Hé ! Moi aussi je suis orphelin ! intervint Héliodore Nott. La dragoncelle a emporté mes parents il y a trois ans et depuis c'est mon grand-frère qui s'occupe de moi. Et lui, c'est pas un cadeau !

— Ton frère, c'est le type effrayant qui t'accompagnait ? demanda Green.

— Oui.

Green déglutit dans une attitude théâtrale.

— Je crois que je préfère mon orphelinat !

Ce à quoi Héliodore rit de bon cœur, rejoint par Philophore, le tout sous le regard intrigué de Jedusor.

— Je ne suis peut-être pas orphelin, ajouta Philophore Prewett, mais comme Eutropia, mes parents ont décidé de me donner un nom tordu. Je suis Philophore Prewett.

Tom leva un sourcil dubitatif devant ce nom pour le moins atypique.

— Mon père s'appelle Henry, expliqua Philophore. C'est très commun comme nom. Et comme ça l'agaçait de se retourner à chaque fois qu'il l'entendait mais qu'on ne s'adressait pas à lui, il a décidé de me donner un nom bizarre.

— Je m'appelle Tom, lâcha soudain Jedusor. C'est nul. Tout le monde s'appelle Tom.

— Bah moi, je suis très content de m'appeler Armael. Ni trop commun, ni trop bizarre.

Armael Green avait l'air d'un gamin bien dans ses souliers, souriant à la vie, même s'il avait grandi dans un orphelinat.

— Héliodore, c'est bien aussi, ajouta Nott. Ça veut dire cadeau du soleil et c'est vrai ! Je suis un véritable cadeau pour mon entourage, Eutropia peut en témoigner !

La fillette témoigna d'un regard très très noir. Assassin même. De tous ces cousins, il avait fallu qu'elle tombe sur le plus exubérant de tous et le moins fréquentable ! Héliodore Nott était un Nott du Sud, et les Nott du Sud, contrairement aux Nott du Nord, avaient une réputation sulfureuse auprès de la bonne société Sang-Pur.

— Tu comptes toujours demander au Choixpeau de t'envoyer à Gryffondor ? demanda-t-elle d'un ton sec pour changer de sujet.

Changement de sujet au goût d'Héliodore, à en juger par son large sourire en tranche de courge.

— Bien sûr ! Je veux être le premier Nott à aller à Gryffondor ! Mon frère sera furieux, mais hé ! Il faut savoir prendre des risques dans la vie !

— Pas de doute, tu es bien un Gryffondor, commenta Philophore Prewett en levant les yeux au ciel.

— C'est quoi, Gryffondor ? demanda Armael.

Philophore et Héliodore se firent une joie de lui répondre, d'expliquer en long et large et en travers le fonctionnement des maisons de Poudlard, les particularités de chacune, avec une vision très partiale des choses (les Serpentard y étant décrit comme de vils serpents rusés qui malmenaient ceux au sang pas assez pur à leur goût). Il s'avéra que Philophore avait lu l'Histoire de Poudlard et craignait d'être envoyé à Serdaigle. Armael se révéla enthousiaste à l'idée d'aller à Gryffondor, se retrouvant dans la description de preux chevalier aux tendances suicidaires. Quant à Jedusor, qui avait tout écouté sans perdre une miette…

— Je ne sais pas, avoua-t-il alors que Philophore l'interrogeait sur la maison où il souhaiterait aller. Serdaigle, je suppose.

Mais bien sûr… Tu caches bien ton jeu, Jedusor, mais ça ne marche pas avec moi ! pensa Eutropia.

— À toi, je ne te pose pas la question, dit Héliodore à l'attention de la fillette. Ça sera Serpentard !

— Non ! Ça sera Poufsouffle !

Héliodore la dévisagea avec de grands yeux stupéfaits avant d'exploser de rire.

— Toi, Poufsouffle ? Je ne savais pas que tu faisais de l'humour !

C'en était trop pour Eutropia qui, vexée comme un botruc, attrapa ses affaires, bien décidée à quitter le compartiment… pour s'éloigner de son agaçant cousin ou du terrible Jedusor ? Philophore la retint par le poignet.

— Reste. Il plaisante.

— Oui, oui je plaisante, marmonna Héliodore.

Son ton, pourtant, indiquait le contraire.

— C'est que je l'aime bien ma cousine malgré tout. On a passé de bons moments ensemble… tu as d'ailleurs le bonjour de Callidora.

Eutropia grimaça intérieurement. Elle n'aurait peut-être pas dû se montrer aussi peste avec la petite sœur d'Héliodore… mais comment résister à la tentation de jouer quelques tours à une gamine aussi naïve ? Lui faire croire qu'une chèvre à une corne cassée était une licorne, qu'il ne fallait pas marcher dans les hautes herbes sinon un mangepeton, créature sortie de l'imagination d'Eutropia, allait lui dévorer les orteils, qu'un xénomorphe apparaitrait son armoire la nuit si elle n'y mettait des œufs pourris ? En insistant bien sur les caractéristiques de prédateur redoutable du xénomorphe que personne ne connaissait, puisque Alien ne sortirait pas au cinéma avant plusieurs décennies.

Alors qu'Eutropia cherchait une réplique cinglante, la porte du compartiment s'ouvrit à nouveau. L'importune était une Poufsouffle un peu plus âgée qu'eux, au visage rond encadré de cheveux châtain. Elle était déjà en uniforme. Elle balaya la pièce du regard, marquant une pause sur Jedusor.

— On est complet, claqua Eutropia.

— Ah bon ? s'étonna faussement Héliodore. Je croyais que tu partais.

— Eh bien non, je reste !

Parce que finalement, embêter son agaçant cousin était bien plus important que sa survie.

La Poufsouffle cilla, légèrement troublée par l'échange teinté d'agressivité. Elle secoua la tête, se ressaisit, se racla la gorge et se présenta :

— Je ne fais que passer. Je m'appelle Elisa, troisième année. Je voudrais savoir s'il y a parmi vous gens élevés parmi les Moldus, et qui désireraient poursuivre leur éducation classique.

– Tu veux dire, les maths, tout ça… ? fit Armael d'un ton incertain.

La jeune fille sourit, l'air soulagée, et porta son regard sur lui :

– Oui, exactement. Je suis co-présidente du Club d'Éducation Moldue. À Poudlard, il n'y a pas de cours de matière moldue : pas de mathématique, d'anglais ou de science naturelle pour comprendre le fonctionnement de l'électricité. Ce sont pourtant des connaissances très utiles pour mieux comprendre le monde qui nous entoure… Alors avec des amis, on a décidé de fonder le CEM, le Club d'Éducation Moldu, pour pallier cette lacune. Ça a aussi l'avantage de vous ouvrir les portes de certains bureaux du Ministère. Pour le moment, je passe juste dans le train pour en faire une description rapide et prendre le nom des intéressés, mais une réunion d'information plus complète se tiendra dans quelques jours.

L'idée séduisait Eutropia. Après tout, avant de se faire renverser par une voiture, elle allait passer un Bac S. Depuis, elle n'avait pas vraiment révisé et, après onze ans passés dans un autre monde, elle sentait ses connaissances des intégrales mathématiques et des dipôles RLC s'émoussaient. Or, qui sait comment une telle avance pourrait lui être utile ici ? Ne serait-ce que pour fuir Voldemort en se cachant dans le monde moldu ?

Oui, Eutropia ne pensait qu'à sa petite personne, à sa seule ambition. Traumatisée par sa mort et par son futur volé, elle entendait bien prendre sa revanche ici. Ce qui impliquait de survivre à Jedusor.

— Ça a l'air intéressant, commenta Philophore. Je n'ai pas étudié ces trucs Moldus, mais je veux bien m'inscrire ! Mon nom est Philophore Prewett.

Cependant, ce nom, Elisa Bishop lui disait quelque chose. Oui, sa cousine Sirsei Selwyn (qui entrait en quatrième année à Serpentard) lui en avait déjà parlé. Pas en bien, loin de là !

— Je suis désolée, toussota Elisa d'un air un peu embarrassé. Mais c'est un cours réservé aux Né-de-Moldus et aux Sang-Mêlés qui ont reçu une éducation moldue. Mais tu pourras quand même être membre d'honneur.

— Pourquoi cette discrimination ? s'indigna aussitôt Eutropia, furieuse de voir les cours lui passer sous le nez.

— Tout simplement parce que les Sang-Purs n'ont pas forcément reçu les mêmes bases d'éducation et qu'ils restent généralement éloignés des moldus. Ils n'arriveraient pas à suivre.

Cela ne convainquit pas Eutropia. Il suffisait de mettre un test de niveau à l'entrée pour valider l'inscription ! Test qu'elle aurait réussi haut la main ! Certes, elle ne se souvenait plus exactement de comment faire une intégration par partie, mais elle avait un niveau largement suffisant pour une gamine de onze ans !

Eutropia catégorisa d'emblée Bishop en « connasse bienpensante » et se remémorant les paroles de Sirsei Selwyn, elle répliqua :

— Ouais, tu dis surtout ça parce que ton père est un moldu et que tu essayes de justifier ta position de sorcière malgré ton statut de Sang-Mêlé.

Elisa plissa les yeux, son sourire poli disparaissant de son visage, et Eutropia sut qu'elle avait touché un nerf.

— Et ça veut aller à Poufsouffle, ricana Héliodore. Cousine, tu as définitivement ta place à Serpentard.

— Moi ça m'intéresse.

Tous les regards fusèrent vers Jedusor. Discret et silencieux, on avait tendance à l'oublier il observait cependant son nouvel environnement avec beaucoup d'attention et essayait d'analyser chaque parole.

Sans se troubler, le jeune garçon regarda Bishop droit dans les yeux et ajouta :

— Tom Jedusor. Je viens d'un orphelinat moldu… ça veut dire que c'est bon pour participer au CEM, non ?

Bishop sembla tressaillir légèrement.

— Oui, bien sûr. Il y aura une réunion d'information dans quelques jours. Je te préviendrai quand la date et l'heure seront fixées.

Jedusor opina avec un sérieux.

— Allez, ça m'intéresse. Armael Green, je viens aussi d'un orphelinat moldu, mais pas le même.

Bishop cilla encore, mais acquiesça, inscrivant également le nom de Green sur son parchemin. La Poufsouffle échangea quelques futilités avec les orphelins, qu'Eutropia choisit de ne pas écouter. Définitivement de mauvaise humeur, elle attrapa son livre de potion et le relut pour la troisième fois. Elle entendait bien exceller dans la matière de Slughorn. S'il avait une bonne image d'elle, peut-être pourrait-il lui fournir des contacts intéressants, à l'étranger.

Bishop parti, la conversation reprit entre les garçons, Héliodore traitant tout le monde de Serdaigle en puissance pour se porter volontaire à une surcharge de travail. Puis ils parlèrent de Quidditch, de la Forêt Interdite et de Dumbledore pour qui Héliodore avait beaucoup d'estime. D'une manière générale, Héliodore était bavard, bruyant et Gryffondor jusqu'au bout des ongles.

La Dame aux Friandises l'interrompit avec son chariot rempli de sucreries. Philophore décida d'en acheter pour tout le monde. Si Jedusor parut un peu méfiant au début, l'émerveillement de Green devant ces créations magico-glucosées eut raison de ses réticences. Seule Eutropia refusa de céder à l'appel des chocogrenouilles et grogna, agacée, lorsque les garçons s'amusèrent à les faire sauter.

— Oh ! s'exclama Héliodore Nott. Norbert Dragonneaux a enfin sa carte chocogrenouille !

Grand admirateur du zoomage, Héliodore partit dans de longues tirades pour raconter ses exploits : observations d'animaux fantastiques dont il avait tiré un livre remarquable (des dires de Héliodore), lutte contre les obscurials et surtout, création d'ennuis à Grindelwald

Il lui fallut alors expliquer qui était Grindelwald, ni Jedusor, ni Green n'en ayant entendu parler.

Parfois Philophore le corrigeait, lorsque son enthousiasme le menait à des exagérations s'éloignant trop de la réalité.

Green eut la carte de Dumbledore et là encore, Héliodore se montra volubile. Par moment, Eutropia lâcher des reniflements sceptiques. Comment un type qui se terrait à Poudlard plutôt que d'affronter Grindelwald et qui condamnerait chaque année un enseignant au poste de Défenses Contre les Forces du Mal pouvait générer une telle admiration ? Ça la dépassait.

— Salazar Serpentard, dit Jedusor en montrant sa carte. Un fondateur de Poudlard.

Héliodore grimaça.

— Un sale type qui considérait que seuls les sorciers de Sang-Pur avaient le droit d'apprendre la magie. Si les autres fondateurs l'avaient écouté, ni toi, ni Armael ne serait dans ce train aujourd'hui.

Jedusor hocha de la tête, fixant l'image du fondateur d'un air dubitatif. Si Héliodore s'était répandu en éloges sur Dragonneaux et Dumbledore, il cracha allégrement sur Serpentard et ses idées puristes. Écoutant d'une oreille distraite, Eutropia eut vaguement l'envie de lui lancer un « Ron Weasley, sort de ce corps », mais personne n'aurait compris. Alors elle garda le silence, lisant ses manuels, jetant parfois des regards noirs à son cousin et attendit que le voyage se passe.

Et il passa.

Le train arriva à destination, les premières années furent séparées des autres par le concierge, un homme roux et hirsute à qui l'hygiène la plus élémentaire semblait être une notion étrangère. Ils suivirent un sentier dans la nuit et lorsque la haute silhouette de Poudlard se détacha sur un ciel étoilé, un « oh » admiratif s'échappa des lèvres des enfants. Même Eutropia se laissa aller à la fascination collective.

Il fallut faire des paires pour monter dans les barques traversant le lac. Jedusor et Philophore montèrent dans la même barque. Par prudence, puisque Green et Héliodore semblaient bien décidés à attirer le calamar géant qui vivaient dans le lac.

Une fille de petite taille, maigre et au nez aquilin demanda timidement à monter avec Eutropia. Cette dernière haussa des épaules, peu lui importait. La fillette s'appelait Eileen Prince. De mémoire, il s'agissait d'un nom de Sang-Pur, même si la famille était presque éteinte. L'enfant n'avait donc aucun intérêt aux yeux d'Eutropia et elle fut classée dans la catégorie « insignifiante ».

Dans le hall, ce fut Dumbledore qui les accueillit, une lueur joyeuse pétillant dans le regard et quelques paroles excentriques dans la bouche. Il eut un regard amusé pour Nott et Green, tous les deux trempés jusqu'à l'os après un plongeant dans le lac. Bah oui, bien sûr. Encouragez donc les enfants à prendre des risques inutiles !

Les première année entrèrent dans la Grande Salle. Le Choixpeau était là, posé sur le tabouret. Eutropia osait à peine respirait. Elle y était, à ce moment critique qui déciderait du reste de sa vie. De sa survie. Elle eut un regard pour la table des Poufsouffle et découvrit Bishop qui regardait dans leur direction à s'en tordre le cou. Bon. Poufsouffle était peut-être un mauvais choix. Serdaigle aussi, ce n'était pas trop mal, non ? Oui, Serdaigle. Elle aimait apprendre, savait travailler dur. De plus, les Serdaigle avaient souvent des postes intéressants et ça lui permettrait de se créer un réseau des plus utiles.

Va pour Serdaigle, donc.

Perdue dans ses pensées, Eutropia remarqua alors que le Choixpeau avait fini sa chanson et que la répartition avait commencée et c'était au tour d'une certaine Jasdrian Cean, une gamine aux longs cheveux auburn, qui fut envoyée à Serdaigle. Deerdoe Dubois partit pour Gryffondor. La liste s'égrena ainsi jusqu'à :

— Grayson, Eutropia.

Le sang lui battait les tempes. Elle osait à peine respirer alors qu'elle se répétait mentalement « Serdaigle, Serdaigle, Serdaigle ». Elle s'assit sur le tabouret. Dumbledore posa le Choixpeau sur sa tête. Elle s'apprêta à entamer le dialogue, à argumenter pour être répartie à Serdaigle. Le Choixpeau ne l'entendit pas ainsi.

— SERPENTARD !

Le sol sembla s'ouvrir sous ses pieds. Non. Non ! Eutropia se leva, le dos très raide et l'esprit groggy par la peur. Non ! Elle rejoignit la table des Serpentard qui l'applaudissait avec enthousiasme, marchant tel un automate ou plutôt une poupée de chiffon que l'on tirait par des fils.

Non…

Elle allait se retrouver dans la même maison de Jedusor. Elle était condamnée. Dans cette existence non plus, elle n'aurait pas le droit à un futur à la hauteur de son potentiel. Sirsei Selwyn, avec un grand sourire, l'invita à s'asseoir à côté d'elle. Incapable de réfléchir, Eutropia s'exécuta.

SirseiSelwyn, d'ordinaire assez hautaine, la félicita pour sa répartition. Ses paroles sonnèrent, aux oreilles d'Eutropia comme un « félicitation, tu vas mourir ». Elle avait furieusement envie de pleurer.

— Jedusor, Tom.

Entendre le nom du futur mage noir lui fit l'effet d'un électrochoc. Eutropia se força à observer la scène, à ne pas paniquer, à rester dans le moment présent. Elle devait rester en pleine possession de ses moyens si elle voulait avoir une chance de s'en sortir.

Jedusor s'avançait donc vers le Choixpeau. Son regard, incertain, s'arrêta sur Eutropia d'abord, puis sur Green. Sans surprise, Green avait été réparti à Gryffondor et encourageait à présent Jedusor à le rejoindre. Un espoir fou saisit alors Eutropia. Et si elle avait modifié le canon en provoquant cette rencontre ? Et si Jedusor allait dans une autre maison ?

Jedusor s'assit sur le tabouret. Dumbledore déposa le Choixpeau sur sa tête. Et le temps passa. Une bonne minute au moins. Puis deux. Puis trois. La poitrine d'Eutropia devenait douloureuse, oppressée. Elle peinait à respirer.

Soudain, la large fente du Choixpeau s'ouvrit et la sentence tomba :

— SERPENTARD !

Tout était perdu.

— Encore un Sang-de-Bourbe à Serpentard, grogna Sirsei Selwyn avec mépris tout en tortillant la chaîne de son médaillon entre ses doigts fins.

Eutropia était trop abrutie par la peur pour lui répondre. Elle suivit Jedusor du regard. Pas de pluie d'applaudissements pour lui… Enfin, si, mais elle ne partit pas de la table des Serpentard, mais de la table des Poufsouffle, ensuite rejoints par les Gryffondor, Green en tête qui sifflait bruyamment pour encourager son nouvel ami. Jedusor le vit et eut un demi-sourire.

Puis, il prit un air grave et digne et partit s'asseoir à la table des Serpentard. À côté d'Eutropia. Dans ses yeux, brillait une lueur de défi farouche.

Eutropia s'estima dans la merde jusqu'au cou. Le reste de la soirée s'écoula dans le brouillard. À peine remarqua-t-elle que Héliodore Nott était envoyé à Gryffondor, le Choixpeau lui ayant seulement effleuré la tête et Philophore Prewett, à Gryffondor également, après un long temps de réflexion cependant.

Jedusor fut assailli de questions sur ses origines. Il y répondit un étrange mélange d'aplomb et de modestie, revendiquant une ascendance moldue, s'étonnant de la volonté du Choixpeau de l'envoyer à Serpentard mais assurant qu'il saurait se montrer digne de sa nouvelle maison. Son regard cependant, s'égarait parfois chez les Gryffondor, sur Green, Nott et Prewett.


Si vous ne savez pas ce qu'est le CEM, aller lire les fics d'Ywena avec Elisa Bishop !
Bon et maintenant le jeu des sept divergences XD
(prochain chapitre dans 10 jours)