De façon tout à fait exceptionnelle, je vous livre également dès à présent le chapitre suivant. J'espère que vous aimerez.

S'il y a des choses qui ne sont pas claires, merci de le faire savoir dans les commentaires. A bientôt !

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Chapitre 27 : Le Cavalier Blanc

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Installé dans un confortable fauteuil de velours, le jeune homme fixait intensément le soleil qui se couchait à l'horizon. Il tenait un verre de scotch dans une main, un cigare dans l'autre. Sur la table vernie en bois de teck qui se situait à côté de lui se trouvait un amoncellement de journaux. Le petit balcon sur lequel il était installé surplombait un grand jardin déjà plongé dans la pénombre. Il dégagea une mèche blonde de ses yeux et tira une grande bouffée de son cigare, fermant les yeux pour exhaler des volutes de fumée. Celles-ci s'envolèrent dans l'air chaud de ce mois de juillet.

- Drago ! Je peut entrer ? S'écria quelqu'un derrière sa porte.

- Vas-y Blaise, fait comme chez toi.

Blaise Zabini entra dans la chambre de son ami, faisant léviter avec sa baguette un plateau garni de victuailles.

- Je t'apporte le dîner, dit-il en posant le plateau sur son lit.

- Je n'ai pas faim.

Blaise observa attentivement son ami, grimaçant en constatant qu'il avait perdu de la masse musculaire. Et le fait de voir ses cheveux mal coiffés, ses cernes noires, ses yeux rouges ou encore sa tenue négligée le rendit carrément inquiet.

- Il faut que tu t'alimentes Drago. Tu te regardes dans une glace de temps à autre ?

Le blond se retourna lentement et fixa le métis dans les yeux, le mettant mal à l'aise.

- Tu crois vraiment qu'après ce que j'ai fait je puisse encore me regarder dans une glace ? Laisse-moi rire Blaise. Laisse-moi rire.

Il termina d'exhaler son cigare et l'écrasa rageusement dans le cendrier posé sur la table de bois. Il se servit ensuite une nouvelle rasade de whisky pur malt et se leva de son fauteuil pour s'accouder à la balustrade du balcon qui jouxtait sa chambre.

- Drago...ce qui est arrivé à Poudlard n'était pas de ta faute.

- Et Hermione alors ? Si ça se trouve elle est blessée, ou je ne sais quoi. Et même si elle en est sortie indemne, elle a dû tomber sur la lettre que je lui ai écrite. Je l'ai abandonnée Blaise ! Je les ai tous abandonnés à leur sort ! Et ça me tue de ne pas savoir s'il vont bien.

Drago alla s'asseoir sur son lit et se prit la tête dans les mains. Blaise ne su pas s'il pleurait ou non, mais une chose était sûre : son ami était dévasté. Et lui-même ne se sentait pas mieux.

- Je n'arrive pas à comprendre, marmonna rageusement Drago en passant ses mains dans ses cheveux. Pourtant tout allait bien quand nous avons quittés le lieu du bal.

- La liste noire, lui répondit Blaise. C'était ça qu'ils préparaient. Tu te souviens de toutes les tentatives ratées d'assassinat ? Au bout du énième échec, ils ont dû en avoir assez et ont décidé de tuer tout le monde d'un coup, même ceux qui n'étaient pas visés par leur folie criminelle.

- Sans le vouloir, nous avons fuis comme des lâches, grimaça Drago en regardant à nouveau Blaise.

- Ne dit pas ça ! Rétorqua le métis. Personne n'aurait pu savoir ce qui allait arriver. Ni toi ni moi ne sommes responsables de l'incendie de Poudlard. Nous sommes juste partis au bon moment. À croire qu'ils attendaient que Drago Malefoy ne soit plus là pour semer le chaos.

Drago profita du fait que Blaise parlait pour se mettre à manger, à la satisfaction de celui-ci. Il alluma les lumières de la chambre car il faisait déjà nuit au-dehors.

- Je ne peut pas vivre en sachant qu'une telle chose aie eu lieu, déclara Drago en terminant son repas. C'est tellement irréel...tout était pourtant parfait...je revois leurs visages...je revois son visage à elle...Hermione...

Drago serra les dents pour ne pas fondre en larmes, et Blaise le serra contre lui, lui aussi profondément peiné.

- Elle était tellement contente que je danse avec elle...je ne l'avait jamais vu aussi radieuse...et la dernière chose que je lui ai dite c'est : à tout à l'heure. Je suis un homme fini.

Blaise lui aussi se souvenait de tous les détails du soir du bal. Et il était finalement assez heureux d'être parti avant la catastrophe. Sa mémoire ne se souviendrait que des moments de bonheur.

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Lorsque Drago se réveilla le lendemain, il se sentait mieux que la veille. La discussion qu'il avait eu avec Blaise le soir précédent l'avait fait avancer. Il n'empêche qu'il se sentait horriblement coupable vis-à-vis d'Hermione. Il savait que Dumbledore, et même Rogue n'auraient jamais voulu qu'il abandonne la femme qu'il aimait, mais il n'avait pas eu le courage de révéler toute la vérité à Hermione. Après lui avoir caché autant de choses pendant autant de temps, il s'était senti incapable de la regarder dans les yeux pour tout lui dire en face.

Il avait prit la décision la plus simple pour lui : fuir. Et lui laisser une lettre mensongère expliquant les prétendues raisons de son départ. Maintenant, il était quasiment certain de l'avoir perdue à tout jamais. Comment pourrait-elle encore l'aimer si elle était tombée sur sa lettre ?

Son cœur se serra lorsqu'il vit sur sa table de nuit les photos que Colin Crivey avait prises le soir du bal. Jamais il n'oublierait ses images : Hermione descendant au ralenti les escaliers ; lui et Hermione dans les bras l'un de l'autre sur la piste de danse ; lui entouré de ses amis près du stand des boissons.

Ils étaient tous heureux et magnifiques. On aurait dit des images sorties d'un rêve.

Drago n'avait jamais vécu en pensant sans cesse au passé, mais là il avait bien du mal à ne pas y penser. Il devait pourtant repartir de l'avant. Il devait achever le travail de Dumbledore.

Se levant d'un bond, Drago marcha droit vers son armoire, et y saisit l'œuf d'or du phénix. C'était pour cet objet qu'il avait tout quitté, qu'il avait tout sacrifié. Maintenant, il se devait d'aller au bout de ses intentions pour ne pas avoir abandonné Hermione pour rien.

Après une bonne douche, Drago descendit les escaliers de son manoir pour se rendre au salon. Sa mère s'y trouvait, écrivant quelque chose à l'aide d'une plume, un livre ouvert devant elle. Blaise était assis en face d'elle sur un canapé vert émeraude.

À cet instant, il se rendit compte qu'il n'avait pas tout perdu : son meilleur ami et sa tendre mère se trouvaient encore à ses côtés.

- Bonjour mon chéri, déclara Narcissa en levant les yeux de son travail.

- Bonjour maman.

Il alla s'asseoir à côté de Blaise, poussant un soupir profond tandis qu'il se calait confortablement contre les coussins du canapé.

- Tu as reçu tes résultats d'examens ? Demanda Narcissa à son fils.

- Oui, hier. J'ai obtenu mes ASPIC haut la main.

- Qu'est-ce que tu comptes faire ensuite ?

Elle scrutait Drago avec ce même regard hypnotisant dont son fils unique avait hérité. Le beau blond jeta un coup d'œil à Blaise, cherchant son approbation pour le mensonge qu'il s'apprêtait à sortir de sa bouche.

- Et ne me ment pas s'il te plaît.

Sa voix était douce mais ferme. Drago la fixa d'un air interloqué. Il n'avait même pas ouvert la bouche, et elle semblait déjà deviner ce qu'il allait dire.

- Je pense que je vais essayer de me dégotter une formation à suivre au sein du Ministère.

- Dans quel département ? Soit plus précis Drago.

- Le département des jeux et sports magiques m'intéresse pas mal.

Narcissa secoua soudain la tête, l'air dépité.

- Pourquoi ne veux-tu pas me parler de tes vrais projets ? Que crains-tu ?

Drago était complètement pris au dépourvu. Il avait oublié à quel point sa mère savait lire en lui comme dans un livre ouvert. Il arrivait parfois à berner son père, mais sa mère ne se laissait jamais prendre dans son petit jeu. Elle haïssait les mensonges plus que toute autre chose, mais malheureusement pour elle, son fils était devenu un expert dans cet art de mentir. Cependant, Narcissa avait l'œil suffisamment aiguisé et l'ouïe suffisamment fine pour distinguer sur les expressions faciales du visage ou dans les intonations de la voix si son interlocuteur lui disait la vérité ou non. Drago remerciait Merlin chaque jour que son père n'ai pas les mêmes capacités.

- Que voulez-vous entendre ?

- Je veut que tu me dise tes projets pour l'avenir. Tes vrais projets.

Le ton de sa voix était sans appel. Et ses prunelles grises qui ne cessaient de le scruter finirent par définitivement l'embarrasser. Il rougit légèrement à cause de son mensonge, songeant que sa mère était la seule qui arrivait à le mettre dans cet état-là.

- Très bien, marmonna-t-il. Si vous voulez tout savoir, je veut devenir un fidèle serviteur du Seigneur des Ténèbres.

Un silence de plomb tomba sur la pièce. Blaise fit fourcher sa langue, regardant Drago d'un drôle d'air. Narcissa arrêta de toiser son fils et se remit à écrire tout en lisant le livre qui était ouvert à côté d'elle. L'expression de sa mère avait totalement changée : elle avait pâlie et ses mains tremblaient légèrement.

- Maman, ça va ? L'interrogea-t-il.

Elle ne répondit pas, continuant de s'absorber dans sa tâche. Drago se leva du canapé et s'approcha d'elle, un air soucieux sur le visage.

- Je le comprendrait si tu n'étais pas d'accord avec mes...

- Tu mens ! Cria-t-elle soudain.

Drago recula en arrière, terrifié. Sa mère se leva d'un bond et le fixa de ses deux orbes métalliques comme le ciel un soir d'orage. Ses prunelles lançaient des éclairs, et il fût stupéfait de constater qu'il avait exactement le même regard qu'elle. C'était comme s'il avait contemplé sa propre colère devant un miroir.

- Drago, reprit-elle d'une voix plus basse, ça me fait du mal de te voir comme ça. Tu tiens tant que ça à ressembler à ton père ? Severus m'avait pourtant brossé un portrait moins sombre de toi.

- Rogue est vôtre demi-frère.

- Exact. Il te l'a dit je suppose ? Je le lui avait demandé. Moi je ne te cache rien Drago, contrairement à toi. Je sais ce que Albus t'a confié, je ne voit pas pourquoi tu t'obstines à ne pas me dire clairement ce que tu vas en faire.

- Vous savez pour...

- L'œuf d'or que tu gardes dans l'armoire de ta chambre ? Bien sûr. Je suis loin d'être idiote. Pourquoi crois-tu que Severus et Albus t'ont enseigné autant de choses cette année à propos du Graal et de la prophétie ? C'est moi qui le leur ai demandé l'année dernière. Je voulais que tu saches enfin la vérité.

- Vous savez pour...

- Je sais tout. Et je sais entre autre que tu as pour projet de prendre la fuite avec ton ami, dit-elle en se tournant vers Blaise, qui n'avait pas bougé.

Drago serra les dents et plaqua un masque d'indifférence sur son visage pour ne pas dévoiler son abattement. Sa mère était incontestablement une femme brillante. Ainsi donc c'était elle qui était à l'initiative des cours particuliers dans le bureau du directeur ? C'était donc en partie à cause d'elle qu'il se retrouvait aujourd'hui avec un trésor précieux sur les bras. Quoi d'étonnant donc à ce qu'elle se soucie de savoir ce qu'il allait advenir de lui ?

- Tu as raison, capitula-t-il finalement en baissant les yeux. C'est précisément ce que j'ai prévu de faire : m'enfuir avec Blaise.

- Eh bien fait-le.

C'était un ordre. Drago releva la tête aussi sec et regarda d'un air désemparé les yeux de sa mère se remplirent de larmes.

- Va-t'en avant qu'on ne te tue.

Elle s'approcha de Drago et le serra très fort contre elle.

- Qu'on me crève les yeux, qu'on m'arrache le cœur, mais que personne ne me prenne mon garçon. Personne tu entends ? Personne ne me prendra mon fils pour lequel je me suis battue toute ma vie.

Elle défit son étreinte et regarda Drago bien en face.

- Quand partiras-tu ?

- La semaine prochaine.

Elle hocha la tête, respectant sa décision. Puis elle retourna s'asseoir et reprit son occupation.

- Où est mon père ? Demanda soudain Drago.

- Il travaille.

Drago soupira de soulagement. S'il pouvait éviter de voir son père avant son départ, ce serait génial.

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Durant toute l'après-midi, Blaise et Drago se reposèrent dans le grand jardin qui faisait partie du domaine du manoir Malefoy.

Il faisait une chaleur accablante, mais les haies des ifs impeccablement taillés qui entouraient le jardin faisaient de l'ombre, permettant aux deux jeunes hommes de s'allonger sur des chaises longues et de se reposer sans se trouver en plein soleil.

- Je suppose que ce manoir ne va pas te manquer, déclara Blaise en buvant un verre de punch.

- Si un peu. J'y ai des mauvais souvenirs, mais des bons aussi. Et puis nous avons tout le confort qu'il faut ici.

- Quelle était la phrase de Dumbledore déjà ? À propos de confort justement ?

- Il m'avait dit il y a longtemps : « Tout le monde ne peut pas être courageux comme vous l'êtes Drago. Souvent les hommes choisissent de rester bien confortablement chez eux en obéissant plutôt que de se révolter et de dire adieu à la belle vie tranquille ».

- Excellent. Un vrai philosophe ce directeur. Quoique sur ton courage, j'ai des doutes.

- Tu as des doutes ? Maugréa Drago en haussant un sourcil. Ce n'est pas parce que je n'était pas à Gryffondor que je ne peut pas posséder cette qualité.

Blaise consentit à lui donner raison pour une fois, fermant les yeux pour savourer sa boisson.

Lorsque le soir tomba, Drago se résolut à préparer ses affaires en vue de son départ du manoir familial. Une semaine, c'était un délais assez large, mais il pouvait partir à tout moment s'il en avait envie.

Comme pour Poudlard, la nostalgie l'étreignait en regardant sa chambre. Sans doute ne reverrait-il jamais ce lieu où il était né et où il avait vécu durant toute son enfance. Et sa mère aussi, comme elle lui manquerait...

Une fois qu'il serait parti, il serait entièrement livré à lui-même, seul. Sa seule source de réconfort serait la présence de Blaise à ses côtés. Qu'aurait-il fait si son ami n'avait pas insisté spontanément pour l'accompagner ? Seul, il n'aurait pas eu le courage de partir. Dumbledore n'avait pas véritablement raison lorsqu'il lui avait dit qu'il était courageux : Drago n'était pas courageux par nature, c'était par la force des choses et par la force des autres que la bravoure naissait en lui. Le fait d'être entouré de gens courageux l'obligeait lui-même à être brave.

Mais désormais, maintenant que Dumbledore était mort, il ne pouvait plus compter sur lui pour le guider. Il lui restait Rogue, mais il avait lu tous les articles de journaux relatant sa chute du haut de la tour d'astronomie. Le chagrin l'avait presque brisé, mais il n'avait pas assisté à la mort de son professeur de potions, il ne pouvait donc pas savoir si ce qui était raconté dans les journaux était vrai ou non. Tout cela paraissait tellement irréel qu'il n'y croyait encore qu'à moitié.

Dans tous les cas, il lui restait Blaise. Ça ne valait pas un homme aussi expérimenté que Rogue, mais c'était mieux que rien. Blaise était plus audacieux, plus rusé, plus intelligent et plus brave que la plupart des sorciers de leur génération. Lui seul aurait accepté de l'accompagner dans une quête aussi périlleuse et incertaine que la sienne, et lui seul l'avait accepté.

Drago sélectionna soigneusement ce qu'il allait emporter avec lui. Il s'empara d'un vieux sac à dos usé qui avait dû lui servir à une certaine époque, et il commença à y placer ses affaires après avoir appliqué le sortilège d'extension. Il y rangea une boussole magique pour s'orienter ; une plume, du parchemin et de l'encre au cas où ; des vêtements de rechange ; un verre en cristal, une écuelle et une casserole en bronze et des couverts en argent ; une boîte de cigares et une bouteille de whisky pur malt pour la route ; le vieux livre poussiéreux qui avait appartenu au directeur ; un coutelas et une fronde au cas où il n'aurait plus sa baguette et qu'il aurait à se défendre ; un peu de nourriture : des bulles baveuses et des chocogrenouilles principalement.

Voilà, c'était tout ce qu'il mettrait dans son sac pour l'instant. Lorsqu'il eu fini, il alla voir Blaise.

- J'ai commencé mes préparatifs de départ, lui dit-il en entrant dans la suite réservée aux invités.

- D'accord. Je pense que je vais aussi faire les miens un de ses jours.

- Au fait Blaise, j'ai une question : Est-ce que tu as eu des nouvelles de Tracey et Pansy ?

- Aucunes mec, désolé. Je prie Merlin chaque jour que Tracey aille bien. Dans tous les cas, elles auront des personnes pour les soutenir même si nous ne sommes pas là.

Drago tendit devant son ami l'œuf d'or qu'il tenait sous son coude depuis tout à l'heure.

- Tu vois ceci Blaise ?

- Oui je le vois, répondit-il, fasciné.

- C'est à cause de cette chose que nous en sommes arrivés là aujourd'hui. C'est à cause de cette chose que Voldemort me pourchassera une fois qu'il saura la vérité à mon propos. C'est cette chose que tous ses adeptes recherchent. Alors, plus vite on sera partis et plus vite on aura trouvé un endroit sûr pour y cacher cet œuf, et plus vite nous pourrons revoir ceux que nous aimons. Pas avant.

- Je comprend. Est-ce que je peut le toucher ?

Drago failli refuser, grimaçant à l'idée que son ami lui dérobe ce si précieux trésor. Finalement, il posa l'objet au creux des mains de Blaise.

- Il est chaud. On dirait qu'il est vivant.

- Il l'est en quelque sorte. C'est un œuf de phénix Blaise. C'est l'œuf de Fumsec. Et il y a un petit à l'intérieur. Je ne sais pas dans combien de temps il va éclore, mais cela arrivera un jour. Et ce jour-là, je veut que tu sois là à côté de moi pour voir ça. Dumbledore m'a dit qu'il était pratiquement impossible d'assister à la naissance d'un phénix tellement celles-ci sont rares. C'est une chance unique qui s'offre à nous.

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Les journées s'écoulaient lentement au manoir Malefoy. À mesure que le jour du départ approchait, Drago se sentait de plus en plus inquiet. Son père pouvait très bien mettre à jour ses plans et l'empêcher de partir. Drago avait donc prit ses précautions : ses bagages étaient faites, tout comme celles de Blaise.

En dernier lieu, il avait placé dans son sac l'œuf, ainsi que les nombreuses fioles contenant les souvenirs d'Albus Dumbledore. Il rangea aussi dans ses affaires la pensine, qu'il avait réduite à une taille miniature grâce à un sortilège de réduction assez difficile à réaliser.

Quelques temps avant la date prévue pour son départ, Drago se promenait au sein du domaine appartenant à sa famille en un bel après-midi ensoleillé. La chaleur était moins écrasante que les jours précédents, aussi était-il agréable pour lui de flâner entre les allées bordées de hêtres et de tilleuls. Il fût un peu surpris en découvrant sa mère en train d'arroser des fleurs à l'aide de sa baguette, alors qu'il tournait au coin d'une allée.

Il ferma les yeux et respira à plein nez les délicieuses effluves du parfum qui montait depuis le rosier sauvage.

- Que fais-tu ici Drago ?

- Je me promène.

Elle haussa un sourcil, peu convaincue par sa réponse.

- Tu veux me demander quelque chose ?

Il rouvrit les yeux et la regarda un moment. Narcissa avait cesser d'arroser le rosier. Oui il voulait lui demander quelque chose. Il voulait qu'elle mette au clair l'histoire de ses origines une bonne fois pour toutes.

- Oui. Quand j'étais à Poudlard, Rogue a évoqué son passé et celui de ma famille. J'aimerais que vous me racontiez tout cela en détail. C'est très important pour moi.

Narcissa poussa un petit soupir, puis s'installa sur l'herbe de la pelouse du jardin au pied du rosier. Sans plus de cérémonie, elle tapota un emplacement à côté d'elle pour inviter Drago à s'asseoir, ce qu'il fit sans plus tarder.

- C'est très long à expliquer mon chéri.

- Je veut savoir maman.

En dépit du temps magnifique, du chant des oiseaux dans les arbres et de la fraîcheur de la pelouse, Narcissa se sentait un peu mal à l'aise. Elle ne voulait pas lui gâcher une aussi belle journée comme celle-ci en lui racontant des événements sombres et anciens qui n'avaient plus tellement d'importance aujourd'hui.

- D'accord, finit-elle par dire en se forçant à se détendre.

Elle a beau avoir près de cinquante ans, elle est encore très belle, pensa Drago. Pas étonnant que mon père l'ai épousée. Il avait déjà vu des photos de sa mère jeune, du temps où il n'existait pas encore, et à chaque fois qu'il les revoyait il était toujours aussi bouleversé en contemplant le séduisant visage de sa mère autrefois, ce visage qui était la réplique féminine presque parfaite du sien. Son père avait vraiment de la chance, tout comme lui avait eu de la chance d'avoir une femme comme Hermione à ses côtés.

- Je vais commencer par te raconter l'histoire de mes parents, déclara Narcissa en fixant intensément son fils de ses yeux métalliques à la beauté hypnotique.

Drago la regarda à son tour, ayant l'impression de se mirer dans une glace. Ça devrait être interdit d'avoir d'aussi beaux yeux, se dit-il. À ce moment-là, Narcissa Malefoy commença son récit.

- Il y a plus d'un demi-siècle de cela, en un temps où une guerre atroce déchirait le monde moldu et où un mage noir du nom de Gellert Grindelwald semait le chaos dans le monde sorcier, une jeune femme à belle allure, aux doux yeux bleus et aux cheveux noirs comme l'ébène tomba éperdument amoureuse d'un garçon qui étudiait comme elle au sein d'un grand et magnifique château battit entre de hautes montagnes.

Complètement captivé, Drago buvait ses paroles sans cesser de la regarder. Sa mère avait un véritable don pour raconter les histoires. Il se souvenait de toutes les berceuses qu'elle lui chantait quand il était petit. Il réfléchissait encore tandis que sa mère continuait.

- Cette jeune femme s'appelait Eileen. Et le garçon dont elle était amoureuse se nommait Tom. Tous les deux étudiaient à Poudlard, au sein de la maison Serpentard. Tous les deux étaient considérés de façon unanime comme les étudiants les plus brillants et les plus talentueux de leur époque. Elle, la reine des potions, la magicienne qui inventait des recettes et qui arrivait même à surpasser son propre professeur. Et lui, le roi des duels, l'expert en sortilèges et en défense contre les forces du mal. Horace Slughorn, leur professeur de potions, et Galaëta Têtenjoy leur professeur de défense contre les forces du mal se sont longtemps souvenus de ces deux élèves surdoués. Et ils ne furent pas les seuls, loin de là.

Leur professeur de métamorphose, Albus Dumbledore c'est intéressé de très près à ces deux jeunes gens porteurs d'espoirs immenses. Il s'est surtout penché sur le cas du garçon, Tom. C'était lui, plus encore que la belle Eileen, qui était acclamé pour ses capacités intellectuelles hors-normes. Jamais on avait vu un tel génie à Poudlard depuis le départ de Dumbledore, cinquante ans avant lui.

Mais Tom n'était pas acclamé uniquement pour ses résultats scolaires. Il avait quelque chose en plus que très peu de gens possèdent : le charme. Ce n'était pas un charme badin, mais bel et bien une prestance, un charisme, une grâce envoûtante et une beauté physique sensuelle sans pareil qui mettait tout le monde à ses pieds. Tout le monde, sauf Eileen.

Elle le jalousait en secret. Pourtant, il n'y avait en apparence aucune raison pour elle de se plaindre : elle était jolie, et elle était douée. N'importe quel garçon de l'école aurait accepté de sortir avec elle. N'importe quel garçon sauf Tom. Et c'est pour cette raison-là qu'elle le jalousait. Il changeait de fille comme de chemise, traitait parfois ses professeurs avec condescendance, et ses camarades comme des laquais. Et pourtant, tout le monde l'admirait. Eileen ne le supportait pas. Mais ce qu'elle supportait encore moins, c'était que elle-même était éperdument amoureuse de lui.

Narcissa fit une pause dans son récit, fixant le ciel bleu azur au-dessus de sa tête. Drago écoutait tout ce qu'elle disait d'une oreille attentive, fasciné d'entendre cette histoire. Elle continua à parler.

- Tom était si talentueux que Dumbledore lui-même était épaté par son savoir, ses connaissances et ses capacités. Lorsqu'il eu quinze ans, il le prit sous son aile et devient son mentor. Cependant c'était une époque extrêmement sombre, plus encore qu'aujourd'hui. La guerre faisait rage dans le monde moldu aux quatre coins du globe, et Grindelwald poursuivait sans relâche les massacres dans toutes les communautés sorcières d'Europe avec sa bande de renégats bulgares que l'on appelait avec épouvante la Horde Noire.

Considéré comme le seul lieu sûr en Grande-Bretagne à cette époque, Poudlard vivait pourtant ses heures les plus sombres. L'ouverture de la Chambre des Secrets, le climat de terreur et de panique qui s'en suivit une année durant, et finalement le décès d'une élève plongea l'école dans la tourmente. Tout le monde pensa à ce moment-là que Poudlard allait fermer ses portes à tout jamais.

Tom sauva l'école en désignant le coupable comme étant Rubeus Hagrid. Il fût hautement récompensé pour cela, et l'admiration que tout le monde éprouvait pour lui ne fit que s'accroître encore plus. Mais il y a quelque chose que l'on a du mal à admettre : Hagrid était innocent, et Tom avait libéré délibérément le basilic. Seulement, il ne l'avait pas fait pour rien. Dumbledore avait enseigné à Tom tout ce qu'il savait à propos du Graal, qu'il était l'élu d'une antique prophétie, et qu'en tant qu'héritier de Salazar Serpentard il se devait de protéger le Graal. Le basilic, gardien du trésor, avait été libéré car Tom soupçonnait que des espions à la solde de Grindelwald se trouvaient dans le château et cherchaient à s'emparer du Graal. Malheureusement, Hagrid n'était pas un espion. On ne sût jamais qui ils furent, mais il y en avaient. L'épisode de la Chambre des Secrets les fit cependant se taire à jamais.

Drago ouvrit de grands yeux, sidéré par ce qu'il entendait. Ainsi donc, Dumbledore avait été à l'initiative de la libération du basilic et de l'ouverture de la Chambre. Tout cela était bien plus clair maintenant.

- Tom devait raconter tout cela à Eileen des années plus tard. En attendant, celle-ci l'aimait toujours. Lorsque Tom fût nommé préfet-en-chef durant sa dernière année, elle n'enragea pas, le félicitant même. Ce fût cette année-là que lui aussi tomba amoureux d'elle, en dépit de toute logique. Ils se ressemblaient sur bien des points, mais personne n'aurait pu penser que deux surdoués puissent être le monde se trompait.

Ils vécurent ensemble une magnifique histoire d'amour une fois leurs études terminées, alors qu'au même moment la terrible guerre prenait fin dans le monde moldu, et que Dumbledore parvenait à réduire à néant la terreur dans le monde sorcier en battant Grindelwald en duel et en l'emprisonnant dans sa propre prison, l'horrible prison de Nurmengard dont on raconte qu'elle serait la porte de l'enfer.

Narcissa effleura du doigts quelques roses, Drago observant le moindre de ses gestes. Sa mère lui apprenait énormément en à peine quelques instants. Celle-ci continua à lui parler.

- Tom et Eileen vivaient heureux, ils s'aimaient. Mais une chose venait assombrir le tableau : Tom n'avait jamais oublié ce que Dumbledore lui avait dit sur le Graal, et il voulait en savoir plus à ce sujet. C'est d'ailleurs pour cela qu'il chercha par tous les moyens à accéder au poste de professeur de défense contre les forces du mal. Il n'avait pas eu l'idée de prendre le Graal avant de quitter Poudlard, il comptait donc revenir dans son ancienne école en tant que professeur pour s'en emparer. Cette obsession devient de plus en plus néfaste pour lui, à tel point qu'elle commença à supplanter l'amour qu'il portait à Eileen. Un jour, il partit pour son travail à l'étranger, et il ne revient pas. Eileen était brisée par le chagrin. Tom était l'homme de sa vie. C'est alors qu'elle se rendit compte qu'elle était enceinte.

Ma mère eu aussitôt accouchée qu'elle ne souhaita pas garder son enfant auprès d'elle, ayant rayer de sa vie tout ce qui avait un rapport avec Tom. Elle confia son bébé à son amie, Druella Black, la femme de Cygnus Black. Ceux-ci eurent deux enfants : Bellatrix et Andromeda. Ils adoptèrent le bébé et l'élevèrent comme s'il s'agissait de leur propre enfant.

Drago regarda sa mère, profondément bouleversé. Sa tendre mère avait été adoptée par la famille Black. Elle ne méritait pas ça.

- Eileen a refait sa vie avec un moldu du nom de Tobias Rogue. Ils se sont mariés rapidement et on eu un enfant, Severus Rogue qui est né deux ans après moi.

Ils habitaient dans un quartier moldu, l'Impasse du Tisseur, à Londres. Mais Tom, mon père est revenu alors que j'avais cinq ans.

Sais-tu ce qu'il a fait pendant les six années durant lesquelles il a disparu ? Je vais te le dire.

Obsédé par le Graal, il était partit récolté des informations à propos de ce trésor fabuleux et légendaire dans les lointaines contrées de l'est de l'Europe. Il ignorait qu'Eileen était enceinte lorsqu'il l'avait quittée.

Au cours de ses péripéties, il arriva à Nurmengard, dans les Carpathes. C'est là qu'il fit la connaissance de Grindelwald, emprisonné depuis peu. Le mage noir lui fit la promesse de l'aider à s'emparer du Graal s'il le libérait de la forteresse. Tom exauça son souhait, commettant par là l'erreur de sa vie. Grindelwald l'empêcha de retourner en Angleterre auprès d'Eileen, décidant de le former aux sciences occultes pour que Tom devienne lui-même un mage noir.

Dans les profondes forêts d'Albanie, dans les sombres cavernes des montagnes de Roumanie ou bien dans les steppes de Russie, Tom fit son apprentissage. Lorsqu'il fut devenu suffisamment puissant, il décida de retourner en Angleterre pour réclamer à nouveau le poste de professeur de défense contre les forces du mal.

Dumbledore venait d'être nommé directeur, mais il refusa la proposition de Tom lorsque celui-ci se présenta devant lui. La colère de ce dernier était immense, mais elle confina à la folie lorsqu'il retrouva le lieu où vivait Eileen et qu'il la vit avec un autre homme, un moldu qui plus est. Affreusement influencé par Grindelwald, Tom fût prit d'une folie meurtrière et tua Tobias Rogue.

Narcissa fit une pause dans son récit, attendant la réaction de son fils. Drago était estomaqué. Rogue lui avait déjà raconté cela à quelques détails près, mais l'entendre dans la bouche de sa mère avait un effet plus affreux encore. Elle poursuivit.

- Eileen prit son enfant avec elle et s'enfuit dans une chambre à l'étage. Morte de chagrin, elle se suicida en s'empoisonnant à l'arsenic. Tom s'apprêta à tuer l'enfant, le petit Severus âgé de trois ans. Celui-ci fût sauvé par l'arrivée de Dumbledore, qui avait été alerté par l'étrange attitude de Tom lorsque celui-ci était revenu à Poudlard.

Dumbledore s'engagea dans un duel sanglant avec Tom. Au bout d'un combat acharné, Dumbledore remporta la victoire et jeta le corps brisé de son adversaire sur un bûcher qu'il incendia aussitôt. Le nouveau directeur de Poudlard était anéanti : Tom avait été son élève préféré et il le considérait comme un fils pour lui. Tom était le dernier héritier de Serpentard, le seul à même de rétablir la paix dans le monde sorcier et le seul capable de protéger le Graal. Tom recelait de promesses et d'espoirs, et voilà qu'il venait de sombrer du côté du mal.

Dumbledore prit le petit Severus Rogue avec lui et le confia à des moldus de son quartier, la famille Evans. Ainsi Severus et moi nous fûmes adoptés et élevés dans des familles qui n'étaient pas les nôtres.

Drago fit part d'une objection à sa mère.

- Pourtant le père de Rogue, ainsi que vôtre mère à vous deux, ils ont bel et bien été tués. Mais vôtre père n'est pas mort ce jour-là n'est-ce pas ?

- Non en effet Drago, Tom Elvis Jedusor n'était pas mort. Par miracle, il fut sauvé du bûcher par Grindelwald et il survécu. Mais il était horriblement défiguré par ses brûlures. Il n'avait plus de cheveux, plus de poils sur le corps, et il dû être amputé du nez.

Grindelwald emporta le corps meurtri de son fidèle associé en Bulgarie. Pendant près de quinze ans, on n'entendit plus parler d'eux.

Narcissa venait de terminer l'histoire de ses parents. Elle se leva, mais Drago lui fit signe qu'il voulait en savoir davantage.

- Ce que vous venez de dire est très intéressant, mais j'aimerais que vous me racontiez maintenant vôtre histoire à vous maman. J'aimerais que vous me racontiez vôtre histoire avec les maraudeurs.

Narcissa lui sourit, puis consentit à se rasseoir dans l'herbe pour lui raconter son histoire à elle.

- Vois-tu, j'ignorais qui étaient mes parents biologiques lorsque je suis entrée à Poudlard. Je portais le nom de Black, et Bellatrix ainsi qu'Andromeda étaient des sœurs à mes yeux. J'avais toujours cru que Cygnus et Druella étaient mes parents. Quand j'ai eu dix-huit ans, Dumbledore m'a appris la vérité. Il croyait en moi, comme il avait cru en mon père autrefois.

Il a cependant hésité à refaire la même erreur de me parler du Graal et de la prophétie. Il se sentait responsable en effet de la mauvaise direction empruntée par Tom, et il eu du mal à me mettre au courant à propos de tout cela. Quand j'ai su que Rogue était mon demi-frère, je suis allée le voir et je lui ai tout expliqué. Dumbledore nous a reçu tous les deux dans son bureau et il nous a dit franchement que nous étions nous aussi porteurs de grands espoirs à ses yeux.

Rogue ressemblait fatalement à sa mère : il était extrêmement doué en potions. Nul n'aurait pu ne pas se rappeler d'Eileen en le regardant. Et moi, on me trouvait étrange car je ne ressemblait à aucune de mes sœurs ni à mes parents. Mais Dumbledore lui, savait qui étaient mes parents. Il voyait dans mon regard les yeux d'Eileen, cet enchanteur regard métallique. Et il voyait dans mes traits fins le visage de Tom.

Ce n'est que par hasard que j'ai fait la connaissance des autres maraudeurs. En premier lieu, Severus m'a présenté Lily Evans, qu'il connaissait depuis l'enfance. C'était une jeune fille douée avec des yeux verts ensorcelants. Severus était amoureux d'elle. J'ai connu les quatre amis de Lily par la suite. Peter, James, Sirius et Remus étaient à Gryffondor, mais ça ne m'a jamais posée problème. Je connaissais bien Sirius, puisqu'il faisait partie de ma famille adoptive, les Black.

Narcissa esquissa un sourire en se souvenant des instants de bonheur qu'elle avait passée avec eux. Cela remontait à tellement loin...

- Dumbledore nous a tout expliqué à nous sept. Il nous a emmenés dans la caverne, nous a montré le trésor qui reposait sous le lac, nous a mit face à nos responsabilités et nous a averti qu'une vaste rumeur affirmait qu'un mage noir était de retour en Angleterre.

- J'ai vu le souvenir de Rogue, déclara Drago. Quand vous avez tous prêter serment.

- Oh, très bien. Ça ne t'a pas choqué j'espère. Nous avons été liés par ce serment jusqu'à la mort, et depuis ce jour-là, nous ne nous sommes plus quittés même après avoir finis nos études. Lily et James ont vécu ensemble au grand dépit de Severus. Moi, je me suis mariée à 20 ans avec ton père. Une époque bien sombre commençait à nouveau pour le monde sorcier à ce moment-là.

Tom était devenu un mage noir, se faisant appeler Lord Voldemort. On le nommait aussi l'Ange de la mort, car partout où il passait tout n'était que massacres, enlèvements et destruction. Le Vol de la mort, voilà d'où vient son surnom. À ce moment-là également, le monde entier de la sorcellerie appris avec stupeur que Grindelwald avait réussi à s'évader de sa prison. Il était pourtant très âgé désormais, relégué dans l'ombre par son jeune associé, Voldemort.

Le directeur de Poudlard, Dumbledore eu alors une brillante idée : il décida de fonder une société secrète appelée l'Ordre du Phénix, sur le modèle de l'Ordre des Templiers au moyen-âge. Le but était simple : les membres de l'Ordre avaient pour mission de protéger le Graal coûte que coûte contre la menace du mage noir. Chacun de nous sept, nous les maraudeurs, nous furent faits chevaliers de l'Ordre par Dumbledore en vertu du serment que nous avions proféré de tout mettre en œuvre pour détruire Voldemort.

Lucius, ton père était bien malheureusement un de ses adeptes. Je ne l'ai su que trop tard, mais j'espérais encore pouvoir le ramener à la raison. J'ai tout de même demandée à Severus de faire connaissance avec mon mari pour pouvoir infiltrer les rangs des serviteurs du mage noir.

Drago continuait à écouter, fasciné. Il demanda cependant au bout d'un moment :

- J'ai une question maman : aimez-vous mon père ?

- Bien sûr que je l'aime. C'est un amour insensé je te l'accorde, mais un amour quand même. Ça ne veut pas dire que je cautionne ses choix, ses crimes et ses idéaux. Bien au contraire.

- Rogue le détestait n'est-ce pas ?

- Severus détestait à peu près tout le monde. Les seules personnes qui ont toujours trouvées grâce à ses yeux c'était moi, Albus et Lily. Même si, lorsque j'y pense il était aussi très attaché aux autres maraudeurs.

- S'il est vrai que faisiez partie de cette bande, vous êtes donc une animagus ?

- Oui j'en suis une. C'est vrai qu'à la réflexion je ne te l'ai jamais dit. Je peut me métamorphoser à ma guise en cheval blanc.

- Sérieusement ?

- Oui. C'est très difficile à réaliser comme effort, mais j'y arrive.

- Et Rogue ? En quoi peut-il se métamorphoser lui ?

- En harfang des neiges.

Drago haussa les sourcils, surpris.

- C'est étonnant.

- Je te l'accorde. Cela tranche avec son apparence assez sombre, mais c'est un rapace qui lui correspond bien. Même intelligence rusée et même regard perçant. Et d'ailleurs les chouettes ont affreusement peur des chauve-souris, tout comme Severus.

- Très bien, dit Drago en se levant. Merci de m'avoir raconté tout cela. J'ai pensé à juste titre que vous étiez la mieux placée pour m'éclairer sur toute cette histoire.

Sa mère se redressa elle aussi, humant l'odeur qui montait depuis le rosier sauvage. Le soir tombait lentement dans le jardin du domaine de la famille Malefoy.

- J'ai quelque chose pour toi si tu veux, déclara Narcissa en sortant une photographie de sa poche. C'est une photo de moi et de mes amis prise par ton père durant l'été 1980, peu de temps après ta naissance. Garde-là avec toi, ça te rappellera qui étaient les maraudeurs. Soit fier d'être l'enfant de l'une d'entre eux.

Drago saisit la photo qu'elle lui tendait et observa les personnes qui se trouvaient dessus. Il fût stupéfait de constater qu'elle avait été prise dans ce même jardin, 18 ans auparavant. Son cœur se serra en voyant leurs visages, tous heureux et souriants.

Narcissa était magnifique, vêtue d'une petite robe estivale, assise dans l'herbe avec un nouveau-né dans les bras. C'était lui. À côté d'elle se trouvait Severus Rogue, incroyablement différent de l'homme qu'il connaissait. Il souriait, un sourire franc et sincère d'une rare expressivité qui le rendait beau. Il était vêtu tout en blanc, soulignant d'autant plus la luminosité de son visage. Autour de Rogue et de sa mère se trouvait le couple Potter, James et Lily, celle-ci étant enceinte. Il y avait aussi Remus et Sirius qui se donnaient des bourrades dans le dos comme des gamins en riant, et enfin Peter qui complétait le tableau, allongé dans l'herbe avec un pissenlit dans la bouche.

- Est-ce qu'ils te manquent ? Osa-t-il demander en se tournant vers sa mère.

- Ils me manquent tous mon chéri, dit-elle, les yeux brillants de larmes. Chacun d'entre eux était bon et brave. Nous étions tous en parfaite harmonie.

Drago fit immédiatement le parallèle avec ses propres amis à lui. Il se souvient de cette après-midi ensoleillée où il était allé se reposer à l'ombre du vieux chêne du parc de Poudlard en compagnie d'Hermione, de Blaise, de Pansy, de Tracey et de Harry.

- Il reste Remus, déclara tristement Narcissa, le tirant de ses pensées.

- Comment ?

- Remus Lupin. C'est le seul maraudeur à part moi à être encore en vie. Tous les autres sont morts.

- Il ne sont pas morts pour rien maman. Ils ont œuvré pour la paix du monde sorcier. Ce sont des héros.

- Je le sais Drago. Mais n'essaie pas de suivre leur exemple. Tu es ton propre modèle.

.

Le lendemain matin, le temps se couvrit. Des nuages assombrirent le ciel, mais la température était toujours aussi étouffante. Blaise était assis sur un fauteuil dans la chambre de Drago, sirotant un verre de punch pendant que son ami lisait un magazine sur son lit. Ça faisait plus de deux semaines que Blaise résidait chez Drago, et s'il voulait être honnête avec lui-même, il n'avait pas du tout envie de partir. Le confort du manoir était absolument divin.

Il avait vraiment du mal à imaginer ce qui allait se passer une fois qu'ils se seraient enfuis.

- Drago ? L'interrogea-t-il soudain, les sourcils froncés.

- Oui ?

- Tu as pensé à tout pour ton départ, sauf à une seule chose : il faut que nous allions retirer tout l'argent de ton compte en banque à Gringotts. Et mon argent à moi aussi.

- Je n'y avais pas pensé, c'est exact.

- À moins bien sûr que tu veuilles que l'on demande la charité. À toi de voir.

- Non, non tu as raison. Allons-y dès maintenant.

- D'accord. On y va par poudre de cheminette ?

- Oui.

Ils descendirent au salon et s'emparèrent de la boîte contenant la poudre. Tous les deux posèrent les pieds dans l'âtre de la cheminée et jetèrent la poudre magique au sol. Dans un craquement sonore, ils disparurent du manoir Malefoy.

Blaise et Drago atterrirent au Chaudron Baveur, peu animé en cette heure matinale. Ils traversèrent rapidement le pub avant d'arriver sur le Chemin de Traverse, encombré par une foule de sorciers venant de l'étranger venus passés leurs vacances en Angleterre.

- Tu es sûr que c'était une bonne idée de venir ici ? Maugréa Drago en jouant des coudes au milieu d'un joyeux groupe d'étudiants sorciers qui parlaient français.

- Évidemment. Tu verras, il fera frais à l'intérieur de la banque.

Il lui répondit en marmonnant tout en bousculant sans aucune douceur un marchand de tapis grec. Blaise retrouvait là le fameux dégoût qu'éprouvait son ami pour la foule. Drago détestait se mêler à une cohue de gens qui hurlaient dans toutes les directions, surtout sous la chaleur de l'été.

Au bout d'une période de temps qui lui paru interminable, Drago arriva enfin devant la banque. Blaise marchait derrière lui, pas pressé pour un sou.

- Est-ce que ça te dirait d'aller prendre une glace chez Florian Fortarôme ?

- Chaque chose en son temps Blaise. Allons d'abord retirer l'argent.

- Tu es vraiment de mauvaise humeur aujourd'hui, commenta le métis en emboîtant le pas au blond.

Il faisait effectivement une fraîcheur incroyable au sein de Gringotts. Drago se sentit tout de suite mieux, et son humeur fébrile fût vite remplacée par une attitude posée, calme et droite. Il s'avança avec assurance vers l'un des nombreux guichets de la banque et apostropha le gobelin qui s'y trouvait.

- Bonjour. Mon nom est Drago Lucius Malefoy. Je viens pour vous demandez de retirer la somme exacte de 550 gallions en pièces d'or.

- Votre numéro de compte s'il vous plaît, lui répondit le gobelin en lui tendant une feuille vierge et une plume.

Drago écrivit rapidement le numéro de code qui permettait d'accéder à son compte en banque.

- Bien. Maintenant posez votre main ici.

Le gobelin effectua une rapide identification de son client. Une fois qu'il fut certain qu'il s'agissait bien de Drago, il afficha un rictus satisfait.

- Le numéro de votre coffre maintenant s'il vous plaît.

- C'est le n°709.

- Parfait. Suivez-moi. Ce jeune homme vous accompagne ? Dit-il en observant Blaise.

- Oui, il est avec moi.

- D'accord. Il peut venir avec nous.

Le gobelin les fit monter dans un petit wagonnet, et ils se mirent à descendre dans les profondeurs de la banque à une vitesse vertigineuse. Le coffre de Drago était couplé avec celui de ses parents, et c'était un des plus profonds de tout la banque car les Malefoy étaient une ancienne famille de sorciers.

- Nous voilà arrivés, déclara le gobelin. Vous pouvez descendre.

Drago et Blaise se dirigèrent vers le coffre.

- Tu vas tout retirer ? L'interrogea le métis.

- Tout ce qui m'appartient personnellement, oui.

Le gobelin posa sa main sur la porte, et tous deux pénétrèrent dans la chambre forte une fois qu'une ouverture se fût ouverte dans la pierre.

La pièce regorgeait de pièces d'or, d'argent et de bronze, ainsi que d'une multitudes d'objets de valeur appartenant à la famille Malefoy. À la mort de ses parents, Drago hériterait de tout. Pour l'instant, un quart de la richesse du coffre lui revenait de droit, sachant qu'il était majeur. L'argent appartenant à Drago se trouvait dans une annexe plus petite que la chambre forte principale. Le gobelin y entassa tout ce qui s'y trouvait dans un grand sac de toile qu'il hissa ensuite sur ses épaules.

- Oh non ! Nous sommes vraiment trop bêtes ! S'exclama soudain Blaise en se prenant la tête.

- Quoi ? S'alarma Drago.

- Le Graal bordel ! C'est ici qu'il faut le cacher ! Gringotts est l'endroit le plus sûr au monde après Poudlard ! On n'y a pas pensé !

Drago réfléchit un moment, l'air songeur.

- Tu te doutes bien que si c'était aussi simple, Dumbledore aurait mit le Graal dans son propre coffre.

- Ça aurait été trop dangereux, sachant qu'il savait qu'il était vieux et qu'il n'avait pas de succession. Le trésor aurait pu tomber involontairement entre des mains mal intentionnées.

- Il y a une chose que tu oublies Blaise : ce coffre et tout ce qui s'y trouve appartient également à mes parents. Donc à mon père. Et mon père s'empressera de donner le trésor à Voldemort sitôt qu'il le verra ici.

- Ah oui, je n'y avait pas penser.

- Mais tu as raison, ce serait une très bonne idée. En attendant, nous devons trouver un autre endroit. À mon avis, Gringotts n'est pas le seul endroit sûr pour cacher quelque chose. Il doit y avoir d'autres lieux aussi protégés qu'ici, et aussi protégés que Poudlard.

Une fois que Blaise eu récupéré de l'argent dans son propre coffre ( 200 gallions pour être exact ), ils remontèrent à la surface. Après avoir signés un formulaire stipulant qu'ils avaient bien retirés l'argent, ils partirent de la banque en faisant léviter au-dessus de leurs têtes les deux sacs contenant leurs gains.

Ils s'arrêtèrent quelques temps à une terrasse chez le glacier Fortarôme pour se reposer.

- Au total, nous avons donc 750 gallions, récapitula Drago tout en mangeant une glace à la fraise.

- Il y a de quoi assurer notre subsistance durant un bon bout de temps, éructa son ami.

- Oui, mais tout dépend du temps que ça nous prendra à trouver un lieu sûr.

- C'est rageant ! Gringotts est un endroit idéal pour cacher quelque chose d'aussi précieux que l'objet que nous avons. Tout est gâché à cause de ton père !

.

Blaise et Drago revinrent pour le déjeuner au manoir Malefoy. Après avoir déposés leurs sacs contenant leur argent, ils descendirent rejoindre Narcissa dans la salle à manger. Cependant, une mauvaise surprise les y attendait.

- Tiens, tiens voilà mon fils. Bien le bonjour Drago, déclara Lucius Malefoy.

- Bonjour père, répondit froidement celui-ci.

- Mais je t'en prie toi et ton ami, installez-vous. Justement, figure-toi que je parlais de toi avec Narcissa. Tu veux toujours devenir un fidèle serviteur du Lord n'est-ce pas ? Eh bien le Seigneur des Ténèbres t'attend. Dans cinq jours, nous irons tous les deux à Little Hangleton.