Harry reposa sa cape d'invisibilité dans sa malle, se glissa sous ses couvertures, et attendit.

Une heure.

Deux heures.

Trois heures.

Quatre heures.

Et ça y'est, il se faisait chier.

Qui osait dire que la patience n'était pas une vertu de Griffondor ? Qu'il vienne passer des nuits de merde, surtout pour un réveillon de noël, et qu'il l'ouvre après seulement. Non parce que les nuits blanches quand personne, mais alors là, vraiment personne, n'est fichu de rester pour noël à Poudlard, merci mais non merci.

Mais voilà. Non seulement le Survivant avait survécu, perdu ses parents, grandi dans un ersatz de famille, et tout ça pour quoi, je vous le demande ? Mais en plus il se retrouvait tout seul, comme un con, à Poudlard, où les seuls pauvres péquenots qui se courent après sont un directeur diabétique légèrement aliéné, un demi-géant pas du tout dangereux pour la santé des centaines d'enfants qui côtoient tous les jours les croisements aléatoires de ce petit chimiste en herbe, un orphelin un peu con, débordant d'un courage mal placé et particulièrement doué pour attirer les ennuis, quelques mioches qui traînent ensemble parce qu'ils ont des amis, eux, et quelques elfes parce que même eux passent des fêtes en famille.

Même Trelawney et Snape s'étaient barrés, c'est dire, quand même !

En tout, un vieux, un gentil adulte qui ne comprend rien à la détresse d'un orphelin et qui lui raconte des anecdotes sur les parents morts du môme maudit en lui expliquant bien à quel point il connaissait ses parents avant qu'ils ne meurent, tiens, t'ai-je dis qu'ils étaient morts ?, quatre enfants plus jeunes, un Griffondor, et une dizaine d'elfes.

Dix-sept.

Ils étaient dix-sept.

Non mais quelle vie de merde...

Apercevant l'aube, il se reprit, coupa court à ses réflexions, et se leva.

Enfilant deux paires de chaussettes, rappelons que la pierre d'un château, c'est généralement froid, il descendit dans sa salle commune, dans le but de vérifier que, effectivement, rien ne trônait au pied du sapin.

S'asseyant dans le fauteuil jouxtant l'immense arbre de noël, le Survivant ne pu s'empêcher de laisser vagabonder ses pensées. Et, avant même qu'il n'ai pu s'en rendre compte, il se laissa emporter dans la brume du sommeil.

Un léger bruissement.

Un délicat parfum.

Une douce chaleur.

Un éclair... et puis plus rien.

Se réveillant en sursaut, Harry sentit son dos craquer et son cou le lancer avec force.

C'est ça, de dormir n'importe où et de faire nuit blanche, crétin... pensa t-il.

S'étirant difficilement, il se rendit compte que de un, la pièce s'était considérablement réchauffée, de deux, il n'avait plus froid, et de trois, une bonne odeur embaumait la pièce.

Le champion de l'observation se rendit alors compte qu'un feu avait été allumé dans la cheminée, qu'un doux plaid avait été étendu sur lui pendant son sommeil, et qu'un généreux bol de chocolat chaud trônait devant lui.

Papillonnant des yeux, il se demanda si tout ça était bien réel, s'il ne rêvait tout simplement pas. Entre les visions et les cauchemars, ç'aurait été fantastique. Il se sentait bien, juste bien, sans plus, sans moins, et Merlin seul savait qu'il ne dormait plus bien depuis que le Serpent à l'autre bout du fil lui filait des migraines toutes les deux minutes.

Tentant le tout pour le tout, il attrapa la tasse, autant pour tous ceux qui voulaient le voir crever empoisonné, et but une gorgée avec contentement. Il ne put empêcher un soupir de bonheur de franchir la barrière de ses lèvres quand il sentit le goût du cacao envahir son être.

Profitant de sa matinée, et de sa boisson, il glanda quelques instants, se laissant aller dans l'atmosphère cotonneuse de la pièce.

Puis, se décidant à se lever, il remarqua une petite lettre glisser de la table basse jusqu'au sol. Il la prit, perplexe, et la lu...avant de sourire et de sortir de la salle commune de Griffondor, heureux, et complètement rasséréné.

Sur la table, quatre petits mots se détachaient, d'une écriture fluide et aérienne, semblant narguer toutes les voies du Destin qui se complaisaient à faire de la vie du Survivant un enfer.

Et bien, non. Pas cette fois.

Sur la lettre, juste quatre mots.

Juste quatre mots qui changèrent le tournant d'une histoire.

« Joyeux Noël, Harry Potter »

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Plusieurs heures avant...

-Maîtresse Luna Madame, Inky a fait comme demandé par Maîtresse Luna Madame.

-Merci beaucoup, Inky, répondit une voix cristalline.

Ravie, l'elfe s'éclipsa dans un « pop » heureux, et la jeune fille s'écroula sur son lit. Voilà qui était fait.

Un sourire calme envahit ses traits et elle se laissa sombrer dans l'inconscience, parfaitement comblée.