Chapitre 2.

Les jours passaient et Saga se convenait de cette nouvelle vie. Bien que Kanon était souvent présent, il pouvait quand même garder son espace personnel, marcher un peu dans les petites rues et faire quelques courses. Telle fut sa surprise quand il réalisa que dans la cuisine, il n'y avait ni couteau, ni éplucheurs, ni ciseaux ou quoi que ce soit de tranchants. Comment Kanon voulait il qu'il cuisine dans de telles circonstances ? Enfin, dans le fond, Saga en avait quand même sourit. Il se sentait apaisé et rassuré d'avoir un frère si investit et concerné de sa santé et son bien être.

Pourtant, quand l'ex-marinas cogna à la porte d'entrée et déposa une grosse bête poilue sur le sol, Saga se posa de suite des questions. Tout d'abord, qu'est-ce que c'était que ça. Ensuite, pourquoi. Cet appartement était déjà tellement petit. Il leva la tête sur son petit frère à la recherche d'une quelconque explication, mais Kanon n'en dit rien. Saga observa la chose perplexe, sentir les meubles du salon et se frotter contre à peu près tout. Il ne s'était jamais intéressé aux animaux. Toute sa vie, il avait juste bossé dur pour pouvoir un jour devenir chevalier, rien d'autre ne l'intéressait, sauf bien sûr son frère.

- Comment s'est passé le rendez-vous ? demanda Kanon.

- Bien, répondit brièvement Saga qui ne s'étallait jamais sur les thérapies.

Il avait simplement horreur d'en parler, même si c'était avec son frère. Chaque semaine, il devait subir des séances afin de mieux identifier son trouble de dissociation de la personnalité, et il n'imaginait pas que ce serait aussi prenant psychologiquement. Il n'était jamais bien content de se rendre dans cet endroit. Mais il le fallait alors il y allait. Kanon s'était proposé à plusieurs reprises de l'accompagner, mais cela se soldait toujours par un refus. Le psychiatre passait tout son temps à creuser, creuser encore, peut-être un peu trop profondément pour connaitre l'origine de l'apparition de cette maladie, ce qui troublait de plus en plus Saga. Il y'avait des zones d'ombres qu'il ne connaissait pas vraiment, et dans lesquelles il n'avait aucune envie de s'aventurer.

- J'ai emmené le repas, continua le plus jeune en posant tout sur la table.

- Et le chat, c'est pour ?

- Je me suis dis qu'il te plairait, et comme ça tu ne te sentiras pas seul quand je ne serais pas là.

Saga ne répondit rien et s'installa à table. Il saisit ses comprimés et les prit en les accompagnant d'un verre d'eau. Ses yeux se posèrent ensuite sur le plat que Kanon déballait. Il sentait de suite que c'était lui qui l'avait cuisiné. Kanon n'était pas très doué en cuisine, ses plats ne ressemblaient que rarement à grand chose mais en tout cas, c'était toujours bon. De toutes façons, en tant que chevalier, il fallait dire qu'ils n'avaient pas appris grand chose culinairement si ce n'était deux ou trois soupes ou quelques salades.

- Mu a dit qu'il passerait te voir, dit Kanon en s'asseyant.

Saga resta un moment d'absence en entendant la nouvelle. Mu allait venir ?

- Tu n'es pas content ? demanda son frère.

- Mu... Il a dit ça ?

- Oui, il viendra dans la semaine. Il avait l'air un peu inquiet pour toi, je pense qu'il veut juste voir comment tu te portes.

- Je n'imaginais pas qu'il mette les pieds ici.

- Pourquoi. Mu est mature, il sait bien que ce n'est pas toi qui a tué son maitre, continua Kanon en servant les deux assiettes.

- C'est un peu plus profond que ça Kanon, répondit Saga pensif.

- Je t'écoute, dit-il en commençant à manger.

- Mu et moi avions... Une relation spéciale. Avant que je ne sois malade et que je ne prenne la place du Grand Pope.

- Une relation spéciale...?

Saga prit une pause, regardant son assiette. Il commença à chercher ses mots. Pour être honnête, lui même avait du mal à situer leur relation à cette époque, il ne saurait même pas comment l'appeler. Et après toutes ces années sans avoir vraiment parlé avec le Bélier, il en était encore plus perdu. Qu'est-ce qu'il pourrait bien lui dire quand il viendrait ?

- Nous étions simplement proches. Du moins... De plus en plus proches, nous passions beaucoup de temps ensemble. Je ne saurai pas poser des mots dessus, mais j'aimais passer du temps avec lui. Après tout ce qui s'est passé, je me suis dis qu'il me détestait certainement... Même si je me suis toujours demandé pourquoi il n'avait jamais réagis quand j'avais pris la place de son maitre. Il le savait et pourtant... Il n'avait rien fait.

Rien qu'à y penser, Saga sentit son coeur battre étrangement. Il avait tellement d'interrogations autour du Bélier, mais il ne savait s'il aurait le courage de toutes les dires.

- Cette nuit, avant que je ne sombre dans la folie, Mu m'a fait une confidence. Mais... Impossible de me souvenir de ses mots. Comme si cette entité avait déjà prit possession de moi quand il me parlait. Je me souviens qu'il était en souffrance, je le tenais dans mes bras mais... Impossible de me rappeler de quoi il s'agissait.

- Demande lui directement ?

- Penses-tu... J'ai honte de faire ça.

- Sans ça, tu ne sauras jamais de quoi il parlait et ne pourra donc jamais l'aider s'il en a besoin.

- Mais cela fait tant d'années... J'ai le sentiment de parler avec de totals inconnus.

- Tu n'es un inconnu pour personne quoiqu'il en soit, pour preuve, Mu fait le premier pas en venant vers toi. Ne t'enfuis pas surtout...

S'enfuir où de toutes façons. Il l'avait déjà fait une fois en se donnant la mort, et ce n'était pas une grande réussite. Si les chevaliers d'or se sentaient la force de s'ouvrir à lui, cela le confortait un peu, bien que malgré tout, les premières approches avec eux ne pourraient être que des affrontements. Entre les mains de Shaka et d'Aphrodite qu'il a souillé, Aioros mort par sa faute et Aiolia blessé, Shion supprimé et tous les autres manipulés pendant des années, pensant servir le bon côté... Le gémeau savait qu'il ne pourrait échapper à de grands flots de paroles dures, avant de pouvoir retrouver la paix avec ses frères, du moins, si c'était possible.

Et ce jour là, quand Mu cogna à la porte, le coeur de Saga fit un grand bond dans sa poitrine. Il alla ouvrir peu sûr de lui, et découvrit un bélier pas très souriant. Un peu mouillé par la pluie, il portait une veste qui le réchauffait et posa directement ses yeux sur l'animal qui s'approchait pour le sentir. Saga porta le chat et salua Mu d'un sourire. Il le mena au salon où attendait deux tasses de thé chaud. Et à partir de ce moment là, une ambiance étrange s'installa dans la pièce. Douce mais inquiétante, légère mais palpable, comme si le silence parlait à leur place. Mu promenait doucement ses doigts sur sa tasse chaude, le regard perdu. Le gémeau se décida à prendre la parole :

- Kanon m'a dit que... Tu t'inquiétais. Je vais bien, dit-il.

Le chevalier du Bélier regarda son ainé et sourit un peu en acquiescant d'un coup de tête. Saga continua :

- Ca me fait plaisir que tu sois là. Ca compte beaucoup pour moi.

- ... Est-ce que tu t'en souviens ? demanda Mu hésitant.

- Me souvenir...?

- Toi et moi avions beaucoup parlé, n'est-ce pas ?

Saga baissa un peu la tête puis but quelques gorgées de son breuvage.

- Pardon mais j'avoue que je ne me souviens pas de grand chose. Ca fait tellement longtemps, et avec tout ce qui s'est passé... J'ai un peu de mal faire le tri.

Mu resta un instant ainsi à le regarder, silencieusement. Saga sentit de nouveau la culpabilité l'envahir et le silence le juger. Il reprit la parole :

- Mu... Tu savais n'est-ce pas ? Que c'était moi. Pourquoi n'as tu rien dis ? Pourquoi... N'as tu rien fait ? Tu sais je... Je suis terriblement désolé de tout ce que j'ai put faire, je suis désolé de t'avoir autant blessé.

- Tu nous as oublié.

Saga fronça les sourcils, ne comprenant pas.

- Oublié ?

- Tu nous as tristement oubliés, tous les deux. Je ne voulais pas te détester... Alors j'ai attendu en me disant que...

Le gardien de la première maison s'arrêta, observant son frère d'arme. Un silence s'installa à nouveau. Il baissa les yeux, puis termina son thé.

- Merci de m'avoir reçu. Je souhaite que tu te remettes vite.

- Tu t'en vas déjà ? questionna le gémeau.

- Je ne comptais pas rester longtemps de toutes façons, répondit Mu en se levant.

- Mu, je suis sûr qu'on peut discuter de tout ça, tu es venu ici pour ça n'est-ce pas ? Alors je t'en prie reste. Je souhaite juste que tu me revoies à nouveau comme un ami... Si cela est encore possible.

- ... Je ne suis pas venu pour que tu me voies comme un ami, répondit le bélier une expression de tristesse sur le visage.

A ces mots, Saga sentit son coeur se déchirer. Mais que croyait-il. Que Mu viendrait lui sauter dans les bras comme si rien ne s'était jamais passé ? Mais où avait-il donc l'esprit ? Il cherchait quoi dire mais rien ne sortait de sa bouche, il était paralysé par cette phrase qui l'avait blessée. Son esprit s'était vidé en un instant.

- Je pars, ajouta Mu. Prends soin de toi Saga.

Il prit le chemin de la porte, quand Saga le rejoignit et le tint fort contre lui. Mu surpris ouvrit de grands yeux, ne bougeant plus. Saga murmura :

- Je me souviens, que je te tenais comme ça, à ce moment là, et je t'entendais pleurer à mon oreille. Tu étais malheureux. Je refuse de te laisser partir triste cette nuit encore. Je suis désolé de ne me rappeler de rien... Tu es important pour moi, tu étais mon précieux ami, alors je t'en prie. Laisse moi une chance. Tout ce que tu as dis cette fois là... Redis le moi.

Après plusieurs secondes de silence, Mu l'entoura aussi de ses bras et répondit tout bas :

- Saga... Je crois que si les choses se déroulent ainsi, c'est peut-être parce que c'est le meilleur pour nous deux. Afin que... Nous ne commettions jamais d'erreur. Merci pour tout.