Salutation, belle compagnie.

Merci pour toutes vos reviews, ça fait chaud au coeur ! Surtout pour un prologue écrit dans la précipitation, et publié à la one again ! ^^ Mais voici la suite, j'espère qu'elle vous plaira tout autant.

La charmante et talentueuse Lauraceae a ma reconnaissance éternelle, c'est une super beta reader, et ses corrections sont toujours pertinentes, encore merci !

Oh, et PoseidonDemon, le mariage classique n'est pas mon truc, mais si tu n'es pas contre appartenir à un harem, alors j'accepte ta proposition...Et voilà ta suite ! Pour vous autres, contente que la caractérisation de Wifi vous plaise, et veuillez noter que cette histoire passera en rating M dans le futur plus ou moins proche, mais des triggers warnings seront là avant chaque chapitre prooblématique.

Bref, enjoy.


Chapitre I – Tend to your wounds

"Ouais Mathieu, c'est encore moi ! Ton phone a planté ou quoi ? C'est le quatrième message que je te laisse, j'commence un peu à flipper, là. Réponds à mes tweets au moins ! Si c'est une vengeance pour mon silence, j'te l'ai dit, on capte rien là-bas, deux semaines sans aucun réseau, t'imagine un peu le bordel ? Haha... *BIP* Ah, attends deux secondes, j'ai un- Tu réponds pas à Links non plus ? Ni à Kriss, visiblement… Okay, je commence sérieusement à angoisser…Mec, si t'es cloîtré chez toi, donne au moins signe de vie à quelqu'un ! Le Fossoyeur nous invite à prendre une Guinness si on passe par son patelin, au fait, mais si t'as la flemme de faire la route, il viendra bien jusqu'au Dernier Bar ! Sinon, ma daronne t'adore, tu peux –Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? »

Antoine rattrapa in-extremis le portable qu'il venait de lâcher, raccrochant machinalement, avant retirer ses lunettes. Embuant les verres de son souffle, il s'appliqua ensuite à les frotter avec un pan de sa chemise, avant de les remettre sur son nez. Non, l'hallucination n'avait pas changé. Un chat d'un blanc immaculé trônait bien sur la tête d'un canidé, lui-même assis devant la porte de son appartement. Enfin, de l'appartement de ses parents. Un peu abruti par le long trajet qu'il venait de faire, il fouilla ses poches pour se donner contenance, avant d'en sortir ses clés. Le cliquetis de ses divers porte-clefs résonna dans la ruelle vide, et attira immédiatement l'attention des deux animaux. Le félin sauta souplement au sol, juste à temps : le canidé se précipita vers lui, aboyant avec enthousiasme. Antoine n'eut guère le temps d'être étonné : en quelques secondes le chien fut sur lui, lui faisant fête, et à la lueur jaunâtre des réverbères, il reconnut immédiatement le pelage fauve et le bandana fleuri qui faisait office de collier.

_Capsule de Bière ? Qu'est-ce que- merde, Wifi ?

S'accroupissant, le Youtuber caressa par habitude l'animal surexcité, fronçant les sourcils en sentant ses côtes à travers son épais duvet rêche.

_Qu'est-ce que vous faites ici ? Vous n'êtes pas avec...

Mathieu ! Jamais le schizophrène n'aurait laissé son précieux chaton s'évader, et s'il était bien plus laxiste avec son autre compagnon, il était insensé que celui-ci se retrouve à sa porte.

_Hey, hey, où est Mathieu ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

Un peu tard, il se rappela qu'il ne maîtrisait pas le langage animal. Mais leur présence ici…Secouant la tête, il ramassa le chaton au creux de ses bras, et se dirigea en vitesse vers sa porte, suivi de près par Capsule. Déverrouillant sa porte, il céda le passage à ce dernier avant d'entrer, la tête pleine de question. Ce n'était pas normal. Les deux animaux avaient l'air faibles et affamés, leurs pelages maculés de boue et de poussière, plus proches des compagnons des clodos que des mascottes d'un jeune homme soucieux de leur bien-être.

Une question demeurait sans réponse au milieu de ses interrogations : Bordel, où était Mathieu ?


Il les avait imaginés ?

Non, non, ce n'était pas possible. Il ne pouvait pas avoir imaginé un truc pareil. Trois ans qu'il bossait avec eux, qu'il enchaînait les rires, les blagues, les cris aussi. Trois ans qu'il diffusait leurs aventures sur la Toile, gravissant les échelons de la notoriété internet, connaissant la gloire et le bonheur en faisant ce qu'il aimait, aidé de ses multiples personnalités. Personnalités multiples…Ça lui rappelait son enfance, tiens, quand sa mère s'entêtait à lui dire que ses amis imaginaires étaient faux. Bien sûr qu'ils étaient faux, enfin, il n'était pas stupide ! C'était un simple moyen de rendre le monde extérieur moins hostile, plus amical.

_Et c'est en partie pour cela que vous avez imaginé vos avatars, monsieur Sommet. Seulement votre maladie vous empêche de distinguer la réalité de la fiction. Ce ne sont rien de plus que des amis imaginaires de l'âge adulte, qui vous ont fait perdre pied.

Enfin, c'était ridicule. Il n'était plus un gosse, loin de là. Et il n'était pas malade !

« Ouais gros, t'es tout à fait sain d'esprit ! »

« Allez gamin, écoute pas ce con, et fais nous sortir. J'ai quelques culs à présenter à mon gros calibre… »

« Oui ! Tire leur dessus, comme dans Call Of, et trouve Kirby, je suis sûr que ces méchants l'ont enfermé ailleurs ! »

_Ailleurs ?

_Je vous demande pardon ?

Le jeune à l'air torturé leva les yeux vers le médecin qui lui faisait face, son regard perdu semblant animé d'une lueur nouvelle.

_Où est-ce qu'ils sont ? Où est-ce que vous les avez mis ?

_Mathieu, c'est dans votre tête. Articula l'autre homme, l'air soucieux. Je pensais que nous avions fait des progrès.

_Justement, je –ah !

Le youtuber prit son crâne entre ses mains, assailli par la douleur qui lui fendait le crâne. Le visage du Professeur s'illumina dans son esprit, son visage pâle marqué par l'effroi, souligné par la lumière crue, presque bleutée, qui l'éclairait. S'il n'avait pas été si préoccupé par ses flashs et sa migraine montante, il aurait peut-être remarqué les doigts usés de son interlocuteur principal glisser sur un renflement du dictaphone, incertains.

_Encore ces mal de tête ? Prenez ce-

_CAPITALISTE !

Le docteur Strauss serra les dents en entendant la voix complètement différente qu'avait prise son patient. Insurgée, endolorie, mais éthérée et nasillarde comme celle d'un fumeur de haschisch, elle avait des accents de conviction qui ne lui plaisaient guère.

_Babylone a peut-être nos corps, mais elle n'aura pas nos âmes.

_Mathieu, s'il vous plaît, prenez ce cachet, votre migraine disparaîtra. Insista-t-il, resserrant sa prise sur son enregistreur tout en poussant la pilule blanchâtre vers le schizophrène.

La main de son patient était effectivement crispée sous la souffrance, ce fut cependant sans grande surprise qu'il le vit secouer la tête, lui adressant un regard trop vague pour être réellement accusateur, mais empreint de lucidité.

_Je connais mes champis, et ceux-là sont pas naturels, doc'. Vous-ah !

Ce ne fut point une nouvelle migraine qui fit hurler le jeune homme, mais l'horrible brûlure de l'aiguille d'une seringue pénétrant la peau fine se son cou, manquant de peu la jugulaire mais transperçant quelques capillaires dans son élan. Le contenu de ladite seringue lui fut injecté sans cérémonie avant qu'elle ne soit retirée, l'homme au costume gris perle plaquant un pansement sur la plaie et un mouchoir sur la bouche et le nez de sa victime. Celle-ci écarquilla les yeux, mais ne put résister, et s'effondra sur la table en bois laqué de noir, inconscient.

_J'espère que le chloroforme n'est pas contrindiqué avec votre mélange, docteur.

Ce dernier soupira, rangeant son dictaphone dans sa poche avant d'acquiescer.

_C'est sans danger. Mais je préconise la mise en place immédiate des conditions de choc.

_Cellule d'isolement ? sourit l'autre, passant une main dans ses bouclettes brunes. J'ai toujours voulu voir s'il était aussi sexy en camisole de force, avec-

_Merci, ça ira. coupa sèchement son interlocuteur. Une chambre de confinement standard sera parfaitement suffisante.


_Okay, visiblement, il est pas parti tout seul.

Seb se redressa de sa position accroupie, essuyant ses mains sur son jean délavé. Ses yeux sombres suivirent sans les quitter les traces de pneus que nul ne s'était donné la peine de recouvrir, et qui s'effaçaient un peu plus loin sur la route. On ne pourrait rien en tirer, car le quartier bien que peu fréquenté était tout de même en région parisienne, mais c'était du travail bâclé. Et à bien des égards.

_Tu veux dire qu'on l'aurait enlevé ?

Se retournant vers l'orateur, le fier membre du duo Grenier grimaça en l'avisant : livide, ses lunettes de travers et caressant sans relâche la tête pointue de Capsule de Bière, Antoine avait l'air au bord de la nausée. Si cela était dû à la possibilité d'un rapt, à la nuit sans sommeil qu'il venait de passer où aux déjections félines et aux aliments périmés qui empuantissaient le duplex, le rétro-gamer n'aurait su le dire.

Il préféra cependant ne pas potentiellement aggraver les choses.

_Je veux pas m'avancer, ni faire de suppositions foireuses, mais bon, on passe de quatre paires de pompes différentes à trois, y'a des traces de roues encore assez fraîches alors que le van et la moto de Mathieu sont encore là, et les lumières et le reste étaient encore allumés quand on est rentrés.

Oui, bon, il n'allait pas mentir non plus, hein. Antoine ouvrit la bouche, mais il n'eut pas le temps d'émettre un son que la porte du duplex s'ouvrit.

_Alors ?

_Que dalle, répondit Fred à son partenaire en haussant les épaules, marchant jusqu'à eux. J'aurai bien dit qu'il n'y a pas un rat, mais il y en avait une pleine cage dans la buanderie aménagée.

Aménagée ? Tiens tiens, le détour du Fossoyeur de Films par l'autre appartement Sommet s'était peut-être révélé plus infructueux que ce qu'il pensait…

Antoine les avait tous contactés la veille au soir, fatigué mais passablement inquiet. Nourrissant les deux animaux affamés devant sa webcam, il leur avait expliqué la situation par Skype ou FaceTime, allant jusqu'à texter Kriss dont l'internet avait encore sauté dans son bled paumé. Links et lui avaient même promis de rejoindre la capitale dès que possible, une fois la gravité de la chose expliquée. Car oui, tous convenaient que Mathieu n'aurait jamais laissé son chaton sortir, ni affamé ses animaux. Les parisiens de la bande s'étaient néanmoins proposés pour rechercher leur collègue, et fouiller son domicile dans le cas échéant. Les Grenier et Antoine se chargeaient du duplex onéreux que l'autre YouTuber parvenait ils-ne-savaient-trop-comment à louer, tandis que le Fossoyeur et Durendal jetaient un coup d'œil au petit appartement parisien qui n'était qu'officieusement affilié à Mathieu. Enfin, avaient jeté, ils l'avaient déclaré vide une demi-heure auparavant.

_Aucune trace de qui que ce soit ? questionna Seb, fronçant les sourcils. Même pas de victime dans la cave ?

_Niet, nada, nothing, j'ai juste récupéré la caméra qui tournait toujours... Répliqua son partenaire avec un petit sourire, avant de désigner du menton le van aux allures de Mystery Machine qui trônait dans un coin. Et de ton coté ?

_Des traces de pneus. Le van était ouvert et déglingué, mais impossible de savoir si c'est une effraction ou si c'est Capsule qui s'en est chargé en en sortant.

_On devrait p't'être appeler la police ?

Les deux retro-gamers se tournèrent de concert vers leur confrère.

_Visiblement, il est pas parti de son plein gré. J'pense que…Qu'il faut vraiment s'inquiéter là.

Seb grimaça, hésitant quant à la formulation d'une réponse. C'est vrai que ça pouvait sembler être une bonne idée, mais…

_Les flics fouillant chez Mathieu ? Chez le Patron ? C'est la pire idée du siècle après l'invention d'Instagram.

Bien évidemment, Fred n'avait pas son tact. Heureusement, Antoine parut ne pas s'en formaliser, préférant froncer les sourcils

_Pourquoi ça ? C'est pas comme si le Patron pouvait cacher ses victimes dans la cave, non ?

Ses compagnons s'échangèrent un regard, soudainement mal-à-l'aise.

_Mais... T'es bien au courant pour ses personnalités, non ?

_ …Je sais qu'il est schizophrène, oui. admit Antoine après une seconde d'hésitation. Mais je ne vois pas le rapport…

Les Joueurs du Grenier s'échangèrent un autre regard, indéchiffrable pour l'observateur extérieur. Puis Seb soupira, soudainement exténué.

_Viens, on rentre chez toi. Y'a des trucs que tu dois savoir…