Tout commença réellement en décembre, de l'an -1282. Un hiver comme personne n'en avait jamais connus avait dévasté Athènes, tuant des dizaines et des dizaines de personnes, autant dans les bas quartiers que dans les rues fortunées. Les récoltes, mauvaises, suffisait à peine à nourrir les habitants, et il n'était pas rare de voir disparaitre chiens et chats au cours de la nuit. La ville mourrait à petit feu.
Dans la minuscule cabane qui servait de foyer à la famille d'Aro, l'humeur était au plus bas. Plus tôt dans la matinée, le jeune garçon était monté dans les beaux quartiers, avec l'insignifiant espoir de rapporter une pomme de terre laissée à l'oubli sur le sol ou une miche de pain volée à un marchand. Las. Son butin se résignait à quelques maigres feuilles de chou pourri, dont même les rats n'auraient pas voulu. Sa mère avait su en tirer un bouillon peu gouteux, fade, qu'ils mangèrent tout de même avec appétit. Ce semblant de repas terminé, ils s'étaient affalés dans leurs couchettes de paille, affaiblis. La symphonie des ventres grondant comme le tonnerre avait empêché Aro de fermer l'œil de toute la nuit. Cela ne pouvait plus durer. Rien n'était pire que cette faim dévorante !
Le garçon se retourna sur son matelas pour apercevoir Didyme, qui sommeillait à ses côté. Son visage était maigre, et dévoré par une constante douleur. Sous son ample tunique, il pouvait deviner sans peine des côtes saillantes, comme prêtes à déchirer sa tendre chaire pour jaillir à l'air libre. La voir ainsi, si faible et fragile, le fit grimacer. Il devait tenter quelques choses, pour elle.
Un nouveau grondement le fit se retourner vers sa mère. Son regard glissa sur la forme légèrement charnue de ses cuisses. Durant les repas, c'était toujours elle qui recevait la plus grosse part. Il faut dire qu'à cette époque, les parents n'avaient pas une très grande estime pour leurs enfants. Il y avait tant de chaire entourant ces os….tant de viande à proximité. L'eau monta à la bouche du jeune garçon. Puis, se rendant compte de l'horreur de ses pensées, il secoua la tête et se gratta nerveusement le crâne. Mais la faim fit revenir cette idée au grand galop. Oui, il devait le faire. Pour Didyme. Et pour sa propre survie.
Sans faire de bruit, il s'extirpa de sa couchette et s'approcha du corps endormis. Il devait agir vite. Avant qu'elle ne se réveille et alerte tout le quartier. Mais il ne pouvait agir devant sa sœur, qui ne manquerait pas de se réveiller au premier bruit survenus. Il secoua doucement l'épaule de sa mère, qui se réveilla en grognant. Elle murmura un « quoi ?! » endormis, et Aro lui fit signe de passer dans l'autre pièce. En grommelant, elle suivit son fils, se demandant ce qu'il lui voulait. Une fois passé le torchon servant de porte, il bondit sur elle en un éclair et serra sa gorge entre ses mains, ses muscles saillant sous l'effort. Ses yeux bleus fixaient le visage de la femme qui virait au rouge. L'adolescent possédait une force prodigieuse que lui conféraient la faim, la rage. Tout fut rapidement terminé. Le corps, flasque et vide de toute vie, tomba au sol avec un bruit mou. Aro resta là quelques minutes, le visage tourné vers le plafond, la poitrine se soulevant rapidement au rythme de sa respiration. En baissant les yeux sur le cadavre, il fut pris d'un doute. Avait-il bien agis ? Serait-il capable de la dépecer ? Tremblant de tout son corps, il alla chercher un long couteau. Ce qui était fait était fait. Il ne pouvait plus revenir en arrière. Quand la lame s'enfonça dans la chaire, puis s'en extirpa avec un horrible bruit de succion, le jeune garçon cru qu'il allait vomir. Il n'en fit rien. Il continua sa besogne jusqu'au petit matin, déposa les morceaux encore sanguinolent dans un bol en bois puis se hâta de jeter le cadavre dans la mer, toute proche. Il revint juste à temps, alors que Didyme venait de se réveiller. Il essuya rapidement le sang sur son pantalon rapiécé, et couru prendre sa sœur dans ses bras.
-J'ai une surprise pour toi petite sœur !
J'ai eu un gros dilemme morale en écrivant ce chapitre ^^" Mais je pense que c'est un choix qui conviendrait parfaitement à Aro: tout faire , même les pires horreurs, pour survivre! J'espère donc que ce chapitre vous aura plu!
(je tient encore une fois à signaler qu'il n'y a pas de messages caché dans ce chapitre! juste au cas ou^^)
