Chambre d'Émeraude
Personnage : Koala
Thème : Qui veut récolter la tempête, sème d'abord le vent.
Note : J'ai été un peu prise de court par le temps, du coup ça part un peu en live à la fin. En espérant que ça reste compréhensible, ahah !
L'œil du cyclone
La jeune fille ferma les yeux.
Elle se focalisa sur les battements rythmés de son cœur. Elle imagina le sang bouillonnant être pompé dans sa poitrine et distribué dans tout son corps. Elle visualisa le liquide, rouge et brûlant, couler dans ses veines, à fleur de peau. Elle sentit les perles de sueur sur son front plissé de concentration, les gouttes de transpiration au creux de ses mains, la salive dans sa bouche contractée. Elle perçut l'humidité de l'air, comme une multitude de particules d'eau qui flottait autour d'elle et venait coller la poussière de Baltigo dans ses cheveux.
Elle se mit en position, jambes écartées et légèrement fléchies, bras gauche ramené contre son flanc, et le droit tendu en arrière. Elle arma son poing, rassembla son énergie puis donna le coup, dans un mouvement parfaitement maîtrisé.
- Karakusa-gawara Seiken !
Et rien.
Le soupir dépité de Hack, dans son dos, l'accabla de déception. Koala relâcha sa position et rouvrit les yeux, frustrée de découvrir face à elle les cibles de bois parfaitement intactes. Voilà des heures qu'elle s'exerçait, en vain ; des jours entiers que son maître lui enseignait les méthodes de cette technique, sans le moindre succès. L'épuisement et la crasse de ses échecs répétés pesaient sur elle. L'adolescente serra les dents d'aigreur, la nuque et les épaules nouées.
- Tu n'y arrives pas... dit Hack, toujours dans son dos.
L'évidence lui fit l'effet d'une gifle et elle fit volte-face, furieuse.
- ... parce que tu ne t'y prends pas de la bonne façon, acheva-t-il en soutenant son regard courroucé.
- J'ai fait tout ce que vous m'avez dit ! contra la jeune fille. Ma position est parfaite !
- La position n'est qu'un détail, expliqua calmement Hack. Les plus grands Maîtres de Karaté des Hommes-Poissons peuvent réaliser cette technique en étant couchés dans leur lit.
- Sauf que je ne suis pas un Homme-Poisson ! hurla Koala.
De rage, elle donna un coup de poing dans la cible la plus proche qui tomba par terre en soulevant un nuage de poussière. Elle quitta le terrain d'entraînement comme une furie, laissant derrière elle un Hack désemparé.
L'homme-poisson se gratta la tête et soupira. Les humains étaient tellement émotifs, surtout les plus jeunes. À tout juste quinze ans, Koala avait déjà un sacré caractère. Mais elle était juste, volontaire et avait bon cœur. Deux ans plus tôt, il avait été particulièrement surpris d'apprendre que la petite fille, timide et gentille, qui venait tout juste de rejoindre le mouvement révolutionnaire, était la gamine ancienne esclave dont lui avait parlé Jimbei. Son ami avait été avare de détails, mais Hack en savait suffisamment pour considérer la fillette d'un autre œil.
Aussi, quand elle s'était campée devant lui, quelques mois plus tard, les poings sur les hanches, avec sa petite frimousse sérieuse et décidée, pour lui demander de lui enseigner le Karaté des Hommes-Poissons, il avait accepté.
Le révolutionnaire releva la cible renversée par sa turbulente élève et quitta à son tour le terrain d'entraînement. Il retrouva Koala dans les vestiaires, occupée à farfouiller rageusement dans son casier. Il s'assit silencieusement sur un banc, non loin. Il était à peu près certain qu'elle avait perçu son arrivée ; malgré la colère, elle gardait un Haki de l'Observation aiguisé. Hack ne chercha pas à se manifester, ni à calmer les gestes brusques et empreints de colère de l'adolescente. L'homme-poisson ferma les yeux, et attendit. Le fracas des affaires remuées par la jeune fille finit par s'estomper, même si sa respiration était toujours lourde et hachée.
Il sentit qu'elle venait s'asseoir à ses côtés.
Hack attendit encore, silencieux toujours, que le souffle de son élève s'apaise. Et même alors, il laissa les secondes glisser entre eux, d'abord pesantes et fébriles, puis se teintant d'une langueur doucereuse.
- Aucun humain n'avait jamais appris le Karaté des Hommes-Poissons avant toi.
- Je sais que je ne serais jamais aussi forte que vous...
Il l'observa du coin de l'œil, épaules affaissées, tête basse, les mains pendant piteusement entre ses jambes.
- Tu l'es déjà, affirma-t-il.
Elle se redressa, interloquée.
- Mais je...
- Tu fais partie de l'Équipage du Soleil, non ?
Ses yeux s'agrandirent de surprise. Elle n'avait jamais osé lui parlé de Fisher Tiger, ni des autres.
- Comment... ?
- Jimbei est un bon ami à moi.
Ses épaules tressautèrent et elle s'éloigna imperceptiblement de lui, se reculant sur le banc. Le dos voûté, Koala ramena ses jambes contre elle et baissa le regard, le visage voilé de douleur et de honte. Hack sentit son cœur se serrer à la vision de l'adolescente, qui semblait plus jeune et vulnérable que jamais.
- Je suis désolée, dit-elle d'une voix étranglée.
- De quoi ? demanda doucement l'homme-poisson. D'avoir redonné l'espoir et la joie de vivre à une bande de pirates meurtris par la haine ? Tu devrais en être fière.
Elle cacha son visage entre ses bras repliés sur ses genoux, les épaules agitées de sanglots silencieux. Et dans son dos, la marque brûlait, brûlait, brûlait. Le feu du fer chauffé à blanc ne s'était jamais éteint, dévorant un peu plus son âme à chaque heure, à chaque minute passée à vivre alors que Fisher Tiger était mort. La douleur grignotait son dos, il lui semblait que la marque grossissait de jour en jour et qu'elle finirait par l'engloutir toute entière. C'était un mal auquel elle ne pouvait échapper, parce qu'elle le portait sur elle, en elle, et rien ne pourrait l'effacer.
- Tiger est mort à cause de moi.
- Tiger est mort à cause de la Haine.
Hack tendit la main et la força à relever la tête.
- Je te connais, Koala, affirma-t-il avec assurance. Il n'y a pas une once de haine en toi, et c'est le meilleur hommage que tu puisses lui rendre. Tes mains sont propres.
Dans un geste précipité et impulsif, l'adolescente se jeta contre lui, et l'homme-poisson passa un bras réconfortant autour de ses épaules, la serrant contre lui. Il la laissa évacuer toutes ses larmes et partagea son chagrin. Il aurait voulu la garder là, en sécurité et à l'abri, pour qu'elle n'ai plus jamais à pleurer, mais Hack savait que les épreuves forgent une vie. Koala était forte. Sinon Tiger ne lui aurait jamais offert la marque du Soleil.
Même lorsque ses pleurs s'estompèrent, elle resta dans ses bras, profitant d'un calme et d'une sérénité nouvelles. Elle n'aurait su dire combien de temps avait passé, lorsqu'elle se détacha enfin de lui et essuya ses yeux rougis. Elle aurait voulu s'excuser d'avoir fait une scène, le remercier de son écoute et de son réconfort, mais les mots restèrent noués dans sa gorge. Hack hocha cependant la tête, comme s'il comprenait tout ce qu'elle ne parvenait pas à dire, et il posa affectueusement sa main palmée sur la petite tête rousse.
- Va te reposer. On reprend l'entraînement demain, ordonna-t-il.
- Je ne suis pas sûre d'y arriver, avoua Koala.
Elle haussa les épaules, presque penaude.
- Je ne suis qu'une humaine. On sait tous les deux que je ne pourrais jamais réaliser certaines techniques.
- Tu y arriveras.
Hack se releva et épousseta distraitement sa tenue.
- Qui veut récolter la tempête, sème d'abord le vent.
- Hein ?
L'homme-poisson hocha la tête d'un air entendu, puis s'éloigna. Arrivée à la sortie des vestiaires, il se retourna à demi.
- Ce n'est que depuis l'œil du cyclone que tu pourras contrôler la tempête.
Et il sortit.
Immobile, Koala cligna stupidement des yeux, cherchant un sens à ces énigmatiques paroles. Ce n'était pas tellement le genre de Hack de parler ainsi. C'était un excellent professeur, et depuis un peu plus d'un an qu'ils s'entraînaient ensemble, il s'était toujours montré pédagogue, clair et précis dans ses instructions comme dans ses conseils. D'où sortait-il une consigne aussi alambiquée et sujette à interprétations ?
L'adolescente soupira et, ne supportant plus le contact de la crasse et de la sueur sur sa peau, elle attrapa ses affaires de toilettes et se réfugia dans une cabine de douche. L'eau brûlante jaillit du pommeau et coula sur son corps courbaturé par l'effort, emportant la saleté et la poussière, la fatigue et l'échec jusque dans le siphon noir. Elle actionna la poignée et augmenta la température, provoquant un nuage de vapeur qui l'enveloppa d'une brume opaque, aveugle. L'eau était si chaude qu'elle lui brûlait presque la peau, pourtant elle lui paraissait toujours glacée sur son dos.
Lorsqu'elle sortit de la cabine de douche, elle avait la peau rougie, mais enfin propre.
.
BAM !
Sabo se réveilla en sursaut et observa, penaud, les lames qu'Inazuma venait d'abattre sur son pupitre pour le sortir du sommeil.
Inazuma, qui le fixait d'un air dur et sévère depuis le tableau noir, sur lequel était développé une complexe équation mathématique.
Le garçon se mordit intérieurement la langue, redoutant le courroux du professeur. Inazuma était femme en ce moment. Et ses colères étaient nettement plus violentes, et effrayantes, que lorsqu'il était homme. Sabo déglutit alors qu'une veine gonflait dangereusement sur la tempe de la femme-ciseaux et bientôt, un déluge de reproches s'abattit sur lui. Il encaissa les réprimandes sur son inattention et son manque de rigueur avec une mine contrite et grimaça lorsque Inazuma évoqua les notes catastrophiques qu'il avait eu à sa dernière évaluation.
Si, du haut de ses quatorze ans, Sabo récoltait les louanges de Hack et des autres instructeurs sur ses capacités au combat, il avait plus de mal avec les notions théoriques que l'Armée Révolutionnaire imposait à ses jeunes membres.
Pas qu'il soit plus bête qu'un autre, il arrivait même à avoir d'excellents résultats lorsqu'il s'intéressait à un sujet. Inazuma l'avait personnellement qualifié de jeune garçon brillant et très intelligent. Seulement, Sabo n'aimait pas passer ses journées assis à un bureau à faire des équations, étudier des techniques de navigation ou apprendre l'histoire. Très vite, il s'ennuyait et ressentait le besoin de sortir dehors pour se dégourdir les muscles avec une bonne petite bagarre.
Quand il ne perturbait pas la classe en chahutant avec ses camarades, son esprit s'évadait et il se laissait aller à rêvasser sur un passé dont il ne savait rien, jusqu'à, bien souvent, s'endormir sur son pupitre.
Ce qui mettait toujours Inazuma dans une colère noire.
- C'est pas avec des maths qu'on va renverser le Gouvernement Mondial, marmonna tout bas l'adolescent.
Malheureusement pour lui, Inazuma l'entendit.
Et après un sermon bien senti sur le respect de ses aînés et sur l'importance des notions théoriques pour un chef stratège, la femme-ciseaux le vira tout bonnement de son cours. Sabo essaya d'arranger les choses, il s'excusa et promit de faire des efforts, d'être plus attentif, mais Inazuma ne voulut rien entendre.
Alors il rassembla ses affaires et sortit de la salle de classe sous le regard mi-moqueur, mi-compatissant de ses camarades. Car s'il était heureux d'échapper à encore deux heures de calcul mathématique, il savait que l'incident remonterait aux oreilles de Dragon et qu'il écoperait d'une nouvelle engueulade.
Sans compter qu'il devrait se débrouiller pour rattraper le cours.
Ah, pourvu que Ivankov revienne vite à Baltigo et qu'Inazuma redevienne homme !
Sabo referma la porte de la salle de classe et soupira. Il se demandait quoi faire de ce temps libre imprévu quand il glissa sur le sol carrelé du couloir et s'étala lamentablement par terre. Le garçon se releva d'un bond et vérifia que personne n'avait surpris sa maladresse. Mais les lieux étaient déserts.
Déserts, et étonnamment propres.
Le carrelage avait été astiqué et lustré, les murs nettoyés à l'essence de jasmin, le plafond dépoussiéré des toiles d'araignées qui l'habillaient habituellement et chaque recoin, minutieusement récuré. Il flottait dans l'air une odeur âcre de produits ménagers.
- Ah. Merde.
.
Sabo trouva Koala aux cuisines.
Il envisagea un instant de faire comme s'il ne l'avait pas vue, peu enthousiaste à l'idée d'échanger une heure de mathématiques contre une heure d'épluchage de pommes de terre. Mais l'odeur douceâtre du jasmin l'en empêcha. Alors le garçon entra d'un pas enjoué et salua joyeusement sa camarade :
- Tiens, salut Koala ! Comment ça va ?
Il s'assit à ses côtés et attrapa un couteau avant de se mettre à éplucher le premier tubercule à sa portée. La jeune fille s'était arrêtée dans sa tâche à son arrivée et le fixait d'un regard suspicieux.
- Tu ne devrais pas être en cours avec Inazuma ? Tu t'es encore fait viré ?
- Pas du tout ! décria-t-il. Je...
Le regard réprobateur de Koala le fit taire.
- Oui, bon, peut-être... avoua-t-il en haussant les épaules.
Koala était encore pire que Inazuma femme.
- Et toi ? Tu ne devrais pas t'entraîner avec Hack ? contra-t-il, trop heureux de faire basculer la conversation sur elle.
D'autant plus qu'il n'était pas dans les habitudes de Koala d'être une mauvaise élève, de sécher un cours ou de se faire virer. Cependant, au lieu de répliquer avec son mordant habituel, l'adolescente baissa la tête sur sa pomme de terre dont elle reprit consciencieusement l'épluchage.
- Hack m'a laissée partir plus tôt...
Et plutôt que de se reposer, d'aller bavarder avec les autres filles dans la salle de pause, ou même, de prendre de l'avance dans ses devoirs, elle était là, seule dans les cuisines surchauffées, à éplucher des patates.
- Ah, ah, il t'en fait voir de toutes les couleurs, tenta de plaisanter Sabo.
- Hack est un excellent professeur, coupa sèchement Koala.
Le garçon se recroquevilla sous le regard tranchant de sa camarade. Il eut un sourire d'excuse et reprit, penaud, sa tâche. Mais intérieurement, il se demandait ce qu'il devait faire, ou dire. Il avait l'impression que chacun de ses mots tombait mal. Un silence désagréable s'installa entre eux, seulement troublé par le crissement des couteaux contre les aliments et le bruit des épluchures tombant dans le seau de compost.
- ... c'est moi qui suit une incapable, reprit finalement l'adolescente d'une petite voix.
- Ça, j'y crois pas une seule seconde.
- Je n'arrive même pas à comprendre cette foutue consigne ! s'emporta Koala en balançant sa pomme de terre fraîchement épluchée dans la bassine. "Qui veut récolter la tempête, sème d'abord le vent." tu y comprends quelque chose, toi ?
Sabo haussa les sourcils.
- Hack a dit ça ?
- Oui. Et aussi qu'il fallait être dans l'œil du cyclone pour contrôler la tempête. Ça n'a aucun sens !
- Attends, fit Sabo en posant son couteau, explique-moi dans quelles circonstances il t'a dit ça.
Alors elle lui raconta. Les journées harassantes d'entraînement. Tous ses efforts et sa bonne volonté qui ne servaient à rien, ses échecs à répétition. Elle lui raconta tout de ses doutes et de sa crainte d'échouer encore, gardant juste sous silence sa crise de larmes dans les vestiaires. Koala connaissait Sabo depuis son arrivée à Baltigo, et malgré leurs prises de bec, elle lui faisait confiance. Il l'avait aidée à affiner son Haki de l'Observation, lui permettant de faire ses premières avancées dans la maîtrise du Karaté des Hommes-Poissons.
L'essence de cet art résidait dans le contrôle de l'eau se trouvant dans l'environnement immédiat du combattant. Seulement, à ses débuts, Koala ne pouvait même pas percevoir l'eau, dans l'atmosphère, dans la terre, dans les corps vivants. Alors, la contrôler, encore moins. Elle avait passé quelques séances désastreuses avec Hack à essayer de sentir l'eau autour d'elle, mais ce qui était une évidence naturelle pour l'homme-poisson restait un mystère obscur pour la jeune fille.
C'est Sabo qui lui avait apporté la solution, au moment où elle s'apprêtait à lâcher l'affaire et à tout abandonner.
Il lui avait exposé le concept du Haki, une faculté que les professeurs n'avaient pas encore évoquée avec eux, mais dont l'adolescent avait entendu parler dans un livre. Fasciné par le sujet, il avait fait des recherches dans la Bibliothèque de Baltigo - dont l'accès était pourtant interdit aux jeunes recrues, Sabo ne lui avait jamais dit comment il avait fait pour y pénétrer sans se faire prendre. Quoiqu'il en soit, le garçon s'était exercé, seul, à cette étrange faculté et avait obtenu des résultats plutôt prometteurs. Il avait appris à Koala ce qu'il savait, et à force de persévérance, elle avait acquis cette perception si particulière du monde, et surtout, de l'eau qui l'entourait au quotidien.
Quelle n'avait pas été la surprise de Hack, devant les progrès, spectaculaires et inattendus, de Koala.
L'utilisation du Haki de l'Observation pour percevoir l'eau et pratiquer le Karaté des Hommes-Poissons ne lui serait jamais venu à l'esprit, et l'originalité de la méthode avait donné lieu à des discussions animées avec Dragon, Ivankov et Kuma.
Ces derniers avaient été curieux de savoir où l'adolescente avait découvert et appris ces techniques réservées aux adultes, les enfants étant soigneusement tenus à l'écart jusqu'à leur majorité. Mais Koala était restée muette comme une tombe, protégeant le secret de son ami avec une opiniâtreté remarquable.
Les leaders de la Révolution avait toutefois fini par deviner l'implication de Sabo et ce dernier avait pris un savon, pour la forme, avant d'être félicité pour ses capacités. Le lendemain, une classe spécifique avait été ouverte aux enfants présentant une pré-disposition pour le Haki, quelque soit sa forme.
- Hack te l'a dit, remarqua Sabo lorsqu'elle eut fini, tu ne t'y prends pas de la bonne façon.
- Merci, ça j'avais compris ! grinça Koala, dépitée. Mais je ne sais pas ce qui cloche.
- Cette technique, là, Karabu-machin-chose...
- Karakusa-gawara Seiken, corrigea la jeune fille.
- Ouais, voilà. C'est ce que je disais. Donc, avec cette technique, tu dois percevoir l'humidité dans l'air...
- Ça, j'y arrive, grâce au Haki.
- ... et insuffler ta force dedans pour libérer une onde de choc dévastatrice, avec un effet retard plus ou moins marqué, ce qui provoque comme un genre de tempête.
- Et c'est là que ça pêche, acquiesça Koala.
- Tu n'y arrives pas, parce que tu as déjà une tempête à l'intérieur de toi, conclut Sabo, avec l'air satisfait de celui qui a raison.
- Quoi ?
- Regarde-toi ! Tu es toute tendue et énervée, pleine d'émotions bizarres qui tourbillonnent et débordent dans ta tête. Je sais pas comment tu fais, d'ailleurs, pour avoir tant de choses en toi sans exploser comme une cocotte minute.
Sabo s'agitait dans tous les sens, faisant de grands gestes avec ses mains en même temps qu'il parlait et Koala dut faire un effort considérable pour ne pas le frapper.
- Ce sont les émotions qui alimentent la tempête, argumenta l'adolescente.
- Mais les émotions, ça se contrôle pas. Tu es déjà une véritable tempête à toi toute seule, alors tu ne pourras jamais en provoquer et en maîtriser une autre, de tempête !
Cette conversation n'avait aucun sens.
- Et qu'est-ce que je suis censée faire, alors ? s'énerva Koala.
- Te calmer, insista Sabo. Trouver l'œil du cyclone. Le calme au milieu de la tempête. Là où tu pourras semer le vent en toute tranquillité. Y'a que comme ça que tu pourras la contrôler, ta tempête.
Elle le fixa un moment, dubitative.
- C'est comme les pommes de terre ! affirma le garçon.
- Pardon ?
- Le ver de terre se cache au milieu, au calme, pour pouvoir parasiter toute la patate. Tu dois faire comme le ver de terre...
C'en fut trop pour Koala. Elle se leva et mit une beigne à Sabo.
.
La jeune fille ferma les yeux.
Elle ralentit sa respiration, se détacha des pensées parasites. Elle ouvrit ses sens cachés, ceux qui étaient habituellement occultés par la vue, l'ouïe et l'odorat. Ce qu'elle cherchait ne pouvait ni se voir, ni s'entendre, ni se sentir. Il s'agissait d'un autre genre de perception, plus subtile, fragile et insaisissable, mais c'était bien là, tout autour d'elle. L'humidité ambiante, de l'eau invisible qui flottait dans les airs. Les sources souterraines, à des centaines de mètres sous le sol sec et aride de Baltigo, pleines d'une eau vive, froide et pure comme du cristal. Les êtres vivants, Hack qui attendait patiemment dans son dos, et la multitude de personnes disséminés dans les bâtiments labyrinthiques du Quartier-Général. L'eau était le signe de la vie. On en trouvait dans chaque organisme, même les plus petits, fourmis sous ses bottes, scarabées cachés dans le sable...
Et puis, il y avait elle-même.
Koala.
Pleine de vie et de contradictions. Mais surtout, pleine d'eau.
Tout son corps, du bout des orteils jusqu'à la pointe de ses cheveux. Dans son sang, bien entendu, mais aussi dans ses organes, son cœur, son cerveau, ses poumons, sa vésicule biliaire... dans chacune de ses cellules, elle était faite d'eau.
Une eau trouble, tantôt pétillante et légère comme un ciel d'été sans nuages, tantôt sombre et poisseuse comme une nuit d'orage. Et la marque dans son dos avait répandu un poison acide en elle. Le poison d'une culpabilité qui n'était pas la sienne, d'une honte qu'elle s'était imposée alors qu'elle ne la méritait pas.
Elle était humaine.
Mais elle était aussi l'eau.
Koala se mit en position, jambes écartées et légèrement fléchies, bras gauche ramené contre son flanc, le droit tendu en arrière. Et elle attendit. Son esprit était aussi vide qu'un précipice. Son âme était aussi calme que les profondeurs marines. Mais il y avait, tout au fond d'elle une douce et agréable chaleur. Un feu réconfortant qui lui apportait force et vitalité. Un soleil oublié qui brillait en elle et chassait le poison, éclaircissant son eau pour la rendre aussi limpide qu'au premier jour.
Koala arma son poing, rassembla son énergie, sema le vent dans chaque goutte d'eau, dans chaque particule d'humidité, puis donna le coup, dans un mouvement parfaitement maîtrisé.
- Karakusa-gawara Seiken !
Et rien ne se passa.
Les secondes tombèrent au compte-goutte.
Puis une pression traversa l'atmosphère. L'une des cibles en bois craqua. Une autre laissa échapper une volée d'échardes. L'air s'alourdit, devint pesant, palpable, presque solide.
Alors une terrible déflagration traversa le terrain d'entraînement et les cibles explosèrent les unes après les autres dans une tempête de puissance, certaines réduites à l'état de poussière.
Koala, les yeux toujours fermés, eut un sourire de victoire.
- Tu as bien semé le vent, souffla Hack à côté d'elle.
