Yellow ! Rebonsoir, deuxième participation aux 10 jours d'Aventures, avec seulement une heure de retard cette fois ! Je vous présente mon psychopathe préféré, tel que je l'imagine enfant. Et il n'a pas eu une enfance facile le bout de chou... Envoyez lui une review de soutien en m'en laissant une !

Bonne lecture

Jour 2 : Antagoniste / Le petit garçon à la rapière

Il était une fois un petit garçon bâtard d'un petit duc et d'une laitière. Il avait les cheveux sales en permanence, les vêtements toujours rapiécés, et jamais de souliers. Malgré tout, il n'en restait pas moins l'élève le plus brillant du maître d'arme de la cité, et un enfant malicieux, connu pour son intelligence et sa ruse. Il aidait souvent sa mère à vendre le lait, et parvenait mieux que quiconque à les convaincre d'acheter son lait presque caillé. Il n'en revenait que plus joyeux vers sa mère, quelques maigres pièces de cuivres en poche. Même si entre temps, les enfants plus âgés l'avaient roué de coups, il revenait les poches lourdes de pièces, le visage en sang mais son butin sauf. Car il lui tenait toujours à cœur de voir le visage de sa mère s'éclairer quand il étalait ses gains du jour sur la table de leur mansarde misérable. C'était la plus belle chose qu'il pouvait voir de sa journée, le sourire de cette jeune femme, dont le joli minois avait été ravagé par le dur travail qu'elle exerçait pour trois fois rien. Son deuxième rayon de soleil constituait en la leçon d'escrime qu'il avait chaque jour, et ce depuis qu'il savait se tenir sur ses deux jambes et que ses bras supportaient le poids d'une épée de bois.

Il remontait la rue des manticores, tournait dans celle du poisson, et s'arrêtait devant la porte au vert éteint, sur laquelle deux lames croisaient le fer. L'homme qui avait pris la place du petit garçon se souvenait encore de l'odeur de bois pourri, de la peinture craquelée, des touffes d'herbes poussant entre les marches du perron. Il poussait la porte, parcourait quelques mètres dans un couloir aveugle, et débouchait sur une grande salle en rond. Toujours, la coupole de verre crasseuse le fascinait, de même que les fresques presque effacées déjà qui couvraient les murs. Au centre de la pièce, assis, toujours assis, le Maître l'attendait. Les années n'avaient pas pu faire plier cet homme là. Ses sourcils, autant que sa courte barbe taillée en pointe, étaient du blanc de la neige. Ses yeux au contraire étaient deux éclats de charbons ardents. Y rayonnaient une flamme plus vive que n'importe quel feu de joie, plus puissante que celle de n'importe qu'elle mage, plus éclatante que le soleil même parfois.

Il se levait à son approche, souplesse incarnée. Commençait toujours ainsi la leçon.

Chaque soir, il rentrait fourbu, les mains dans le même état que son visage les mauvais jours. Il se faisait tout petit en grimpant tout en haut de la bâtisse bancale que l'on osait appeler habitation. Il évitait soigneusement leur logeuse, une vieille harpie au cœur de pierre, qui avait pour ambition de faire payer sa mère en nature. Elle se voyait déjà tenancière d'un bordel respectable, habillée tout de velours pour ses vieux jours. Le petit garçon s'était promis que pour ses vieux jours, la vieille harpie devrait se contenter d'un linceul s'il elle persistait à pousser sa mère dans cette direction.

Il atteignait le palier en un rien de temps, ouvrait la porte fermée à double tour, et se faufilait jusqu'à son lit. Une paillasse au sol, quand sa génitrice avait hérité d'un vieil édredon moisi sur les bords. Enroulé dans sa couverture revêche, il s'endormait en écoutant la respiration paisible de sa mère.

Le lendemain, tout recommençait. Il trouvait le lit de la laitière vide, se levait, s'habillait, mangeait seul le reste d'œuf qui traînait sur la table. Il refermait la porte derrière lui, cachait la clé dans la poche cousue dans le revers de sa chemise. Il partait vendre le lait, rattrapant le chariot de sa mère au bout de la rue. Vendait le lait. Sautait dans les flaques. Rigolait un coup avec les gamins du quartier. Rapportait les pièces de cuivres à sa mère, s'enivrait de son sourire. Partait prendre sa leçon. Rentrait des heures plus tard, perclus de bleues mais heureux. Et dormait.

Mais cette journée était différente.

Le soleil n'avait pas encore sauté du lit que le martèlement des sabots emplissait toute la ville de ses échos. Le petit garçon se redressa sur sa couche, chassant du revers de la main les puces avec qu'il partageait sa couverture. Son nez le piqua aussitôt : le feu. Il y avait du feu dehors. Les hurlements commencèrent juste après, s'accordant avec le crépitement des flammes, et le crissement strident de l'acier contre l'acier. L'enfant fut debout en moins de deux. D'instinct, il comprenait qu'il n'avait qu'une option : fuir. Le plus loin possible. Il secoua sa mère de toute la force de ses petits bras, cherchant désespérément à la réveiller. Une bouteille de mauvais gin, puis deux, puis trois, roulèrent au sol. Essoufflé, l'enfant regarda la jeune femme. Il ne pouvait pas la laisser. Mais elle ne pouvait pas venir. Bien.

Poussant la table, le petit garçon barricada la porte du mieux qu'il put, attachant la poignée à un crochet au mur, empilant leurs maigres possessions pour faire barrage à un éventuel agresseur venu de dehors. Puis, il se munit d'une lame, un coutelas édenté, qu'il avait récupéré chez un poissonnier. S'assit dans le noir, et les yeux grands ouverts, attendit de même que le Maître l'attendait lui chaque jour. En écoutant de toutes ses oreilles.

Le matin vint découvrir une ville en sang. Des corps jonchaient les rues ; des hommes, des femmes, des enfants, des chevaliers, des mages, des fantassins…On trouvait de tout. Les charognards s'en donnaient à cœur joie, certains dévorant les yeux des morts, d'autres les dépouillant de leur armure, leur armes ou leurs bijoux. Les uns croissaient, les autres étaient silencieux comme des ombres. Mais tous étaient habillés de noir. Au milieu des décombres, une bâtisse, noircie elle aussi. Restée debout, elle faisait figure d'exception à côté de ses consœurs réduites à l'état de poutres éparpillées sut le pavé. On soignait ce qui pouvait être soigner au rez-de-chaussée, et on rassurait les autres dans les étages supérieurs. Seul la mansarde tout en haut restait inaccessible aux survivants. Tous ceux qui avaient essayé d'y pénétrer avaient été proprement transpercés. Un odeur ignoble émanait de plus de l'habitation : on pouvait apercevoir les orteils d'un ou deux hommes en armure, la gorge ouverte d'une oreille à l'autre. Les survivants ne savaient que faire face à cette situation incongrue : ils avaient beau répéter à l'inconnu à l'intérieur qu'ils ne lui voulait aucun mal, il persistait à agresser touts ceux qui tentaient de s'introduire dans la mansarde. La situation resta donc comme telle, jusqu'à ce que débarque le petit duc de la ville, enroulé dans son grand manteau de fourrure, et cherchant manifestement l'affection des sujets dont il venait de sauver la peau. Il encouragea les mourants, rit avec les soldats rescapés, et fronça les sourcils en constatant que le dernier étage était inaccessible. Il se saisit aussitôt de sa lame, et ni une ni deux, partis occire l'horrible personnage qui tenait la mansarde.

Une fois en haut des marches, il pu observer les restes d'une porte, brisé en mille morceau, probablement à coup de hache. Plus loin, dans l'embrasure, les débris d'une table. Couverte de sang séché. Le duc resserra sa prise autour de son arme, quand il découvrit les corps de deux de ses hommes, les tripes répandus au sol, et un air terrifié inscrit comme dernière expression sur leur visage. Dans un coin, d'autres morts, probablement du camp adverse au vu de la couleur de leur armure de plate. Encore cette air terrifié plaqué sur leur face cadavérique. La lumière n'entre que par une toute petite lucarne, laissant dans l'ombre un grande partie de la pièce unique. On parvint néanmoins à discerner un corps recroquevillé sur un matelas défoncé : une jeune femme, au teint d'une blancheur surnaturelle, en contraste totale avec les ombres qui l'entourent.

Les yeux du duc scrute le noir, à la recherche de l'ennemi. Son œil est soudain attiré par l'éclat d'une lame à sa droite. A tout petit pas, il se rapproche de du reflet qu'il a aperçus. Il lève sa lame, et au moment d'abattre sa rapière, baisse les yeux…sur un petit garçon.

Dans ses pupilles phosphorescentes, il ne peu rien lire. Car il n'y a rien dans ses yeux là. Rien que la mort. La haine. Le rire. Le rire d'un dément.

Dans ses derniers instants, alors que la lame du coutelas transperce son abdomen, juste à la jonction de son armure, le duc à peur. Peur de sa propre création.

Il a hérité de ses yeux.