Auteure : Scribe Mozelle

Traductrice : Aviosa

L'univers appartient à Bram Stoker & Scribe Mozelle
C'est ma première traduction ! Cette fanfiction m'a profondément marqué *0* Best Story Ever

RatingM
NdA :
Cette histoire contient des scènes à caractère homosexuel avec des descriptions assez graphiques. Donc si vous n'avez pas l'âge légal ou si ce genre de chose vous rebute, n'allez pas plus loin !

Genre : Romance \ Tragédie

***Maria Ta : Votre Majesté***

***Domn : Seigneur ***

Chapitre Deux - Destin

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L'an de grâce 1460

Château Varga, Valachie

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Une semaine plus tard

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Durant leur voyage, Vlad passa par les terres qu'il recevrait en dot, s'il choisissait d'épouser Elizabeta Varga. Il était satisfait. Elles étaient bien entretenues et semblaient pouvoir produire d'abondantes récoltes. Il repéra aussi quelques troupeaux de moutons et du bétail. Il supposa qu'ils feraient aussi partie du marché, comme c'était la coutume. Il avait une grande maisonnée et des provisions en plus étaient toujours les bienvenues.

Le château Varga était bien plus petit que le château Draculea mais il était bien fait et bien fortifié. Dans la cour, des vassaux couraient pour prendre les rênes de leurs chevaux. Le petit groupe descendit de cheval et Vlad étudia l'endroit où les animaux étaient conduits.

Un groupe de gens vint par la porte principale du château, un homme replet aux cheveux gris à leur tête, ses mains tendues en signe de bienvenue.

- Maria Ta Draculea !

Il s'inclina profondément et Vlad lui répondit par une légère et polie inclinaison de la tête.

- Je suis honoré que vous considériez ma douce Elizabeta comme une épouse potentielle. Je vous en prie, Domn, honorez mon humble demeure de votre présence.

Vlad bourdonna la réponse appropriée.

- C'est moi qui suis honoré que vous m'autorisez la possibilité de demander la main de votre précieuse enfant.

Il regarda la petite foule venue pour accueillir les visiteurs mais ne vit personne qui pourrait ressembler à la plus jeune fille de la maison. Cependant, il vit quelqu'un d'intéressant.

C'était juste la vision fugitive, en fait, d'une silhouette qui oscilla au bord de la foule pendant un moment, observant les hommes lourdement armés de l'entourage de Vlad avec quelque chose qui ressemblait à du désarroi. Il était grand, finement jeune dans un sarrau d'un brun rude, le vêtement sans forme noué à la taille par une simple corde. Vlad se demanda pourquoi Varga autorisait les servants de sa demeure à s'habiller aussi pauvrement.

Il croisa le regard du garçon pendant un moment. Les yeux du jeune homme était larges, bruns velours, et semblaient s'étirer juste un peu sur les bords extérieurs : des yeux de biche. Il se glissa à nouveau dans le château et Vlad le regarda, laissant le discours mielleux de bienvenue de son hôte passer sur lui sans le remarquer.

Qui était-il, se demanda-t-il. Un valet de pied ? Un régisseur en formation ? Il était un peu vieux pour être un page. Un garçon d'étable ou un assistant de garde-chasse ou de fauconnier n'aurait pas été admis dans la maison.

Vlad fut conduit à l'intérieur et on lui montra tout de suite sa chambre. C'était bien sûr la plus grande du bâtiment. Ernestu en avait peut-être déménagé la veille pour que son royal invité puisse en jouir.

- Reposez-vous et rafraîchissez-vous avant la fête de ce soir, Domn. Je vous en prie, demandez tout ce dont vous avez besoin ou ce qui vous fait envie. Mes serviteurs sont vos serviteurs.

Quel plaisir d'entendre ça, Ernestu, songea-t-il. Car j'ai vraiment envie d'un de vos serviteurs, je pense. Oui, je crois que j'ai terriblement besoin de lui.

Quand le vieil homme fut parti, Vlad parla à Simion, son aide.

- J'ai vu un jeune homme parmi la maisonnée : grand et mince, avec des cheveux noirs et courts. Seize ans à peu près. De beaux yeux bruns. Amène-le moi, Simion.

Simion sourit en s'inclinant. Cela faisait de nombreuses années qu'il servait le prince et il le connaissait bien. Le maître devait en effet être charmé pour appeler le garçon aussi vite après son arrivée, n'essayant même pas de feindre la patience. Le garçon allait se retrouver à marcher bizarrement très bientôt, si Simion ne se trompait pas. Il espérait que le garçon serait capable d'apprécier la chance qu'il avait d'avoir l'attention de Vlad Tepes Draculea.

Il s'enquit du jeune garçon, ne recevant que des regards vides. Non, il n'y avait pas de jeune serviteur correspondant à cette description. Ne voulant pas retourner les mains vides auprès de son maître, il rôda dans les quartiers des serviteurs et dans les cuisines. Rien. Avec réticence, il retourna à la chambre de Vlad.

Il trouva son maître prêt à recevoir son charmeur désiré. Il avait retiré ses lourds vêtements de voyage et ne portait qu'un peignoir fin et blanc. Il semblait encore plus angélique que jamais, jusqu'à ce qu'on remarque que le vêtement moulait une érection pressante et très humaine alors qu'il se déplaçait. Quand Vlad vit que son serviteur était revenu seul, son visage s'assombrit. Simion fit avec hâte :

- Mon seigneur, j'ai essayé ! Il est introuvable. Les serviteurs nient le connaître.

- Je ne suis pas aveugle, Simion, ou fou. Je sais ce que j'ai vu. Le garçon est ici, quelque part.

Il n'ajouta pas : Et j'ai l'intention de l'avoir. C'était inutile. Simion le savait.

- Patience, Domn. S'il est ici, je le trouverai.

Mon garçon, songea Simion. Je ne peux qu'espérer que tu aimes les hommes. Autrement ta vie va être plutôt inconfortable pendant un moment. Vlad n'aime pas qu'on lui refuse quoi que ce soit.

Simion continua son enquête aussi discrètement que possible, tandis qu'il vérifiait que le groupe de sa seigneurie soit logé et que leurs animaux soient bien traités. Il remarqua avec satisfaction que les serviteurs savait comment traiter les biens (matériels, humains et animaliers) de la noblesse en visite.

Il n'avait toujours pas eu de chance lorsque l'heure de la fête arriva. L'expression de Vlad était presque aussi sombre que les vêtements sombres et formels qu'il portait pour le banquet. Mais lorsqu'il entra dans le hall, il s'arrangea pour avoir une expression plaisante. Il n'aimait pas beaucoup la politique sociale de sa classe mais il savait ce qui était nécessaire.

Les tables étaient arrangées en forme de U, la place d'honneur se trouvant à la barre de fin. Les rangs des invités décroissaient vers la fin de la table. Vlad fut escorté avec beaucoup de cérémonie au siège à la droite de son hôte qui lui-même s'assit au centre de la table supérieure.

La pièce fut soudain remplie d'invités qui se tenaient derrière leurs sièges et attendaient l'arrivée du prétendant favori. Ils furent présentés à Vlad en termes courts mais excessivement fleuris. Il répondit avec quelques merci courtois. Puis Ernestu fit avec fierté :

- Maintenant, Domn, mon trésor, mon Elizabeta.

La jeune femme traversa la pièce, suivie de quelques bonnes qui gloussaient nerveusement, et elle se rendit à la table de tête. Vlad la regarda tout en appréciant ironiquement la façon dont la fille se présentait. Ce n'était pas une fleur tremblante et timide. Elle savait ce qu'elle valait.

Elizabeta se tint de l'autre côté de son père et s'inclina bas. La ligne de gorge nettement coupée de sa robe de velours rouge rubis montra le sommet de petits seins, du blanc laiteux recherché par toutes les femmes de la noblesse. Elle avait des cheveux d'un noir de corbeau, retenus en un soyeux chignon à la base de son cou et recouvert par un petit chapelet de cordes tressées en or.

Ses yeux, lorsqu'ils croisèrent les siens, provoquèrent un léger choc chez lui. C'étaient les mêmes yeux que le jeune homme qui avait attiré son attention : grands, sombres et légèrement en amande. Il y avait même une ressemblance au niveau du visage, avec les pommettes hautes. Mais sa bouche était plus petite, là où la sienne avait été généreuse, presque luxuriante. Il se passait quelque chose d'étrange ici, songea-t-il.

Étant une fille bien comme il faut, elle ne parla pas car on ne lui en avait pas donné la permission. De plus, pour leur première rencontre, elle était assise de l'autre côté de son père. Plus tard, on l'autoriserait à s'asseoir à côté de Vlad pour qu'ils se connaissent au moins nominalement.

Alors que toute la compagnie s'asseyait, un dernier invité se glissa dans la pièce, prenant un siège à l'extrême bout de la table, le plus humble des sièges. Il n'y avait aucun doute sur la silhouette fine aux cheveux très courts et sombres. C'était le jeune homme qu'il avait vu dans la cour.

Ainsi... ce n'est pas un serviteur, songea Vlad. Aucun serviteur n'aurait osé s'asseoir avec ses seigneurs. Quel dommage, je vais devoir me montrer plus prudent avec lui. Pourtant, ce doit être un membre très bas de cette maison. Il va juste falloir que j'aille plus doucement.

Vlad feignit poliment de s'intéresser à la femme qui serait probablement son épouse, lui adressant des remarques par-dessus son père, écoutant à moitié ses réponses. Ses yeux n'arrêtaient pas de lorgner au bout de la table.

Le garçon mangeait lentement, presque délicatement, coupant sa nourriture en petits morceaux avant de la manger. Plutôt que de lécher ses doigts comme la plupart des seigneurs et dames, il les ressuyait avec un linge qu'il gardait sur ses genoux. Quand un serviteur voulut lui verser du vin, il couvrit son verre de sa main, secouant la tête. Un autre lui amena une carafe d'eau et il accepta.

Personne ne lui parla pendant le dîner. Il était généralement ignoré et semblait s'en satisfaire. De plus en plus étrange, songeait Vlad. Un rang bas, des habits modestes, l'abstinence, des cheveux courts... Peut-être un ecclésiastique ? Hm, cela pouvait rendre les choses plus difficiles. Mais pas impossibles. Vlad sourit. Si le garçon pratiquait le célibat, ce serait un véritable défi que de déchaîner l'énergie qu'il conservait en lui.

Sur le ton de la conversation, Vlad fit à Ernestu :

- Avez-vous un prêtre ? Je souhaiterais me confesser plus tard.

- Bien sûr, Domn, bien sûr. Votre piété vous précède.

Vlad haussa les sourcils d'un air sceptique. Il respectait les formalités de sa religion mais il n'avait pas vraiment un réputation de saint et il le savait. Ernestu désigna de la main un homme chauve en bure noire qui était assis un peu plus loin à la table.

- Le père Mircea est toujours prêt pour les Saint Offices. Vous pouvez généralement le trouver dans la chapelle... ou la bibliothèque.

Il prononça le dernier mot avec une légère teinte de mépris.

Vlad se redressa, piqué dans son intérêt.

- Vous avez une bibliothèque, Varga ?

Son hôte parut surpris mais il poursuivit en souriant :

- Oui, Domn. Quelques très bons ouvrages.

Vlad savait à quoi il pensait. Les Dracul étaient des guerriers réputés. On ne s'attendait pas à ce qu'ils soient intéressés par des choses aussi douces que la littérature ou l'éducation, à moins que cela ne parle de philosophies et tactiques martiales. Mais en fait, les ancêtres de Vlad avait respecté, et peut-être révéré, la connaissance. Il y avait une impressionnante collection de livres, papiers et parchemins dans le château Draculea. Ils étaient tristement négligés ces derniers temps car le dernier bibliothécaire était mort au temps de son père et n'avait jamais été remplacé.

Les yeux fixés sur son assiette, Elizabeta hasarda :

- Nous en aurons plus avec le temps. Nicolae travaille dur tous les jours.

Ernestu grogna.

- Il n'est bon qu'à ça.

- Père, je vous en prie. C'est tout ce qu'il sait faire. Vous ne pouvez pas vous attendre à avoir un guerrier ou un chasseur vu comment il a été élevé.

- Tu ne peux pas me reprocher ça, ma fille. Je ne pouvais pas savoir qu'il deviendrait si tendre.

À ce qu'il semblait, c'était un vieux contentieux entre ces deux-là. Vlad trouva cela intéressant. Jusqu'à présent, Elizabeta avait été la fille docile modèle, prête à obéir à chaque caprice et ordre de son père. Qu'était ce Nicolae pour elle, pour qu'elle le défende ?

Elizabeta poursuivit :

- Vous vous attendiez à quoi en l'envoyant vivre chez les frères ? Vous saviez qu'ils étaient savants. Si vous aviez voulu faire de lui un guerrier, vous auriez dû faire de lui l'écuyer d'un chevalier. Mais bien sûr...

Son ton était amer.

- Vous auriez dû l'équiper et cela aurait été beaucoup plus cher. Tout ce qu'on demandait au monastère, c'étaient quelques vêtements grossiers et de la pitance pour sa nourriture.

- Beta ! Assez. Tu agis comme si c'était ton frère.

Ses yeux lançaient des éclairs à présent. Eh bien, elle a du caractère après tout, songea Vlad.

- C'est mon frère !

La voix d'Elizabeta était basse et dure à présent, complètement différente du ton gentil qu'elle avait utilisé avant.

- Bien que nous ne provenions pas des mêmes entrailles, nous venons de la même semence, Père.

Ah, ça explique tout. Un bâtard. C'était assez commun. La situation semblait un peu inhabituelle cependant. D'après ce qu'il entendait, il semblait qu'Elizabeta et ce Nicolae avaient été élevés ensemble, au moins les premières années. Son affection était évidente. Les nobles s'occupaient souvent de leurs bâtards, surtout si la mère était au-dessus de la masse paysanne. Mais il était très rare qu'un enfant illégitime soit en contact avec un légitime.

Vlad n'avait pas une bonne opinion de Varga mais il semblait avoir fait plus que son devoir pour cet enfant. Il l'avait apparemment élevé pendant un moment puis placé dans un endroit où il serait en sécurité et pourrait apprendre un métier. Peu en aurait fait autant.

- Il lit ? interrompit Vlad.

Le père et la fille lui lancèrent un regard vide. Ils avaient été trop pris dans leur long argument.

- J'admire ceux qui font l'effort d'apprendre. J'apprécie moi-même la bibliothèque au château Draculea.

Elizabeta, sentant un champion potentiel pour son favori, hocha la tête avec empressement.

- Et il écrit aussi, Domn. Pas seulement copier mais il écrit ses propres pensées ! Oh, il a une belle écriture ! Si claire, si parfaite. C'est une œuvre d'art.

- Puis-je rencontrer cet artiste ?

C'était un moyen de gagner les faveurs de la fille tout en irritant le père. Varga n'oserait pas refuser quoi que ce soit à son invité, même si cela l'ennuyait.

Ernestu soupira lourdement et fit signe à un valet.

- Amène le bibliothécaire.

Le valet se dirigea vers le bout de la table. À chacun de ses pas, Vlad sentit son cœur battre plus vite. Le serviteur dépassa le rang des nobles et chacun se retourna pour surveiller sa progression, curieux de savoir qui était convoqué à la table d'honneur. Il arriva en bout de table et s'arrêta devant le garçon aux cheveux noirs vêtu de son grossier habit, lui parlant lentement.

Le garçon se détourna de son assiette pour écouter puis il leva la tête vers la table, ses grands yeux noirs anxieux et remplis de questions. Il y avait un peu de sauce sur ses lèvres. La convocation devait l'avoir rendu nerveux car, oubliant sa serviette, sa langue lécha l'éclaboussure. Vlad se sentit durcir sous la table.

Le garçon se leva et contourna le bout de table, marchant dans l'espace entre les deux côtés. La pièce était silencieuse tandis que les autres le regardaient passer. Vlad pouvait entendre le doux bruit de ses chaussons. Finalement il fut devant eux.

Son regard se posa brièvement sur Vlad puis passa rapidement sur l'homme qui était son père par la chair, si ce n'était par l'esprit. Ensuite il regarda Elizabeta et ses yeux devinrent doux et chaleureux. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres, le rendant encore plus jeune et si désirable que Vlad en souffrait presque. Pendant un moment, il faillit haïr la fille qui pouvait obtenir un tel regard de lui.

Puis il regarda à nouveau Varga, son sourire disparaissant, et il baissa les yeux. Sa voix était tranquille et respectueuse.

- Vous avez requis ma présence, Domn ?

- Notre honorable invité a exprimé le désir de te rencontrer.

Le ton d'Ernestu disait "bien que je ne puisse comprendre pourquoi".

Le garçon regarda à nouveau Vlad puis baissa les yeux, sentant le rouge lui monter aux joues. La façon dont le seigneur en visite le regardait était plutôt... déconcertante.

Mon Dieu, il est magnifique, s'émerveilla Vlad. Il parla gentiment :

- Regarde-moi, mon garçon, et dis-moi ton nom.

Le jeune homme leva ses yeux avec hésitation. Les yeux du prince étaient bleus et le bleu aurait dû être une couleur froide. Pourquoi étaient-ils si intenses, si brûlants ? Il parvint à peine à émettre plus qu'un murmure pour parler au Prince Vlad Tepes Draculea pour la première fois.

- Si mon seigneur le souhaite, je m'appelle Nicolae Calugarul.

Ah, songea Vlad. Alors Varga ne veut risquer aucune partie de son domaine en reconnaissant le garçon comme un Varga. Nicolae le Moine, hein ? Il va falloir voir si je ne peux pas m'assurer que ce nom ne lui... convienne plus.