Bonjour tout le monde !
Voici le chapitre 2 ! Je sais que je suis un peu longue à publier, et je m'en excuse ^^ Déjà que je ne suis pas une rapide pour écrire, mais là cette fic me tient particulièrement à cœur parce qu'elle est un peu différente de ce que je fais d'habitude, je m'attache davantage à développer l'univers et le background, et du coup c'est un peu difficile pour moi.
Ceci dit, merci pour vos retours positifs, ça me fait super plaisir, et j'espère que la suite vous plaira toujours autant ! D'ailleurs si vous avez des idées, des suggestions qui vous passent par la tête pour la suite, là façon dont vous percevez la relation de Newt et Thomas, n'hésitez pas à m'en faire part! Je n'ai pas encore tout défini ^^
-Lilith-
04 Janvier 2030
J'ai mal dormi la nuit dernière.
Sans trop savoir pourquoi, je n'ai pas arrêté de repenser au garçon venant de subir l'Effacement que j'ai croisé hier. Peut-être parce que c'était la première fois que je tombais sur un sujet sortant directement de la salle d'opération. La vision de ce garçon endormi, immobile sur son brancard, m'a remué plus que prévu. Et le fait qu'il soit aussi beau n'arrangeait rien. Il ressemblait presque à un ange, un ange fragile et déchu, noyé au milieu de tout ce blanc. Sa présence semblait limite déplacée au milieu de tous ces scientifiques en combinaison criarde, et la réalité du monde n'en paraissait que plus laide.
Newt.
Je me suis renseigné à son sujet ce matin. Comme je m'en doutais déjà, je n'ai pas pu apprendre grand-chose.
Seize ans. Arrivé il y a trois jours, en provenance de l'ex-Etat de Californie. « Situation familiale difficile. Grandes capacités intellectuelles. Potentiellement Immune », précisait le dossier.
J'ai serré les dents sur les deux derniers mots. Potentiellement Immune. Cela signifie que Newt est peut-être porteur du virus, mais que les symptômes ne se sont pas encore déclarés. Seuls des tests médicaux poussés pourront le déterminer.
Car non, tous les sujets tests ne sont pas immunisés contre la Braise. Certains sont contaminés, à des stades très peu développés toutefois, et leur étude sert de point de comparaison avec celle des Immunes. Et lorsqu'ils dépassent un certain pallier de la maladie, ils sont rapidement mis à l'écart, pour éviter tout incident. Jusqu'à ce que...Je préfère ne pas trop y penser.
J'ai parcouru la fiche encore un moment, mais c'était tout. L'organisation ne s'encombre jamais de détails dans ses rapports sur les nouveaux sujets, comme si leur précédente identité n'avait plus aucune importance. A moins qu'elle ne souhaite tout simplement pas laisser filtrer trop d'informations, ce qui est également bien son genre.
D'habitude, ça ne me dérange pas tant que ça, puisque j'ai fini par me faire à l'idée – quoi qu'il m'en coûte - que mes contacts avec la plupart des sujets se borneraient à quelques entretiens et études psychologiques. Ma curiosité quant à leur passé est donc assez superficielle, plutôt de l'ordre du professionnel, et rapidement satisfaite.
Mais là, une sensation de frustration totalement incongrue me serre le ventre. J'ai envie de savoir qui est ce garçon. Je veux savoir d'où il vient, s'il avait des frères, des sœurs, à quoi ressemblait sa vie avant les éruptions, avant que le monde ne bascule dans les ténèbres.
Et je veux savoir ce qui lui est arrivé après, jusqu'à ce que le WICKED lui ait mis la main dessus.
Je n'avais pas réalisé jusque là, à quel point la solitude pouvait me peser.
…
06 Janvier 2030
Je viens de m'apercevoir que j'ai été bien trop occupé ces deux derniers jours pour songer à Newt. Trois nouveaux sujets ont commencé à présenter des symptômes de la maladie, ce qui a entraîné une surcharge de travail pour moi ainsi que pour mon équipe de tests. J'ai donc dû revoir l'ordre de mes priorités.
Au fond, qu'est-ce que je cherchais ? Qu'est-ce que ça aurait bien pu m'apporter d'en savoir plus sur ce mec ? Soit il est Immune et de toute façon je n'aurai guère le loisir de me lier avec lui, soit il ne l'est pas et son temps ici est compté, ce qui encore plus cruel. Ce n'est pas parce que je finis par trouver l'amitié de Teresa un peu trop exclusive et envahissante que je dois me jeter à la tête du premier venu. Je ne dois pas, et je ne peux pas. Alors autant oublier cette attirance instinctive que j'ai éprouvée en tombant sur ce garçon, cette espèce d'attraction qui me donnait envie d'apprendre à le connaître, et que je me recentre sur ma mission. Sauver des vies. Ou en ruiner, selon le point de vue.
C'est pour cela que ça me fait un choc lorsqu'au détour d'un couloir, je manque de lui rentrer dedans.
Il est encadré par deux médecins, et a revêtu la tenue officielle que se doivent de porter tous les sujets. Une sorte de combinaison blanche avec un numéro imprimé au niveau de la poitrine. Le mélange parfait entre le look hôpital et prisonnier, ce qui résume parfaitement notre condition.
Un des médecins me salue en m'appelant par mon prénom, et Newt me jette un regard à la fois surpris et vaguement hostile, se demandant sans doute pourquoi j'ai la permission de me balader sans escorte sans me faire rappeler à l'ordre, alors que pourtant je porte le même uniforme que lui. Je me sens soudain assez mal à l'aise.
Je tente un sourire un peu crispé avant de poursuivre ma route, mais son regard se fait plus perçant, presque accusateur. Mon statut de petit chouchou du WICKED me fait tout à coup plus l'effet d'un fardeau que d'une bénédiction.
Et j'avais tort.
Ses yeux ne sont pas bleus.
Ils sont noisette.
…
07 Janvier 2030
Je dois rencontrer Newt aujourd'hui. Officiellement, je veux dire.
C'est un passage obligé : le WICKED me charge d'interroger chaque sujet fraîchement débarqué, les garçons du moins. Teresa s'occupe des filles.
Je suis sensé à la fois lui expliquer ce qu'il fait là et ce que l'on attend de lui, lui présenter les choses sous le jour le plus attrayant possible. Et en même temps, je vais recueillir quelques informations sur son comportement, son caractère, ce qui va servir de base de données aux psychologues qui lui feront passer ses premiers tests. Certains sujets ne sont encore que des gosses, et je suppose que c'est effectivement plus rassurant pour eux de se voir expliquer la situation par quelqu'un comme moi ou Teresa que par une armée de scientifiques qui ont souvent tendance à oublier qu'ils étudient des êtres humains doués de sensibilité, et pas de vulgaires bouts de viande.
J'ai fait cela des dizaines de fois, et pourtant je me sens un peu nerveux. Mes mains tremblent légèrement alors que je referme la porte de la salle d'interrogatoire derrière moi.
Newt est déjà là, enfoncé dans sa chaise, bras croisés, l'air buté. Clairement sur la défensive.
Bon. C'est mal parti.
Il lève les yeux vers moi et un sourire légèrement moqueur se dessine sur son visage. Il ne semble guère surpris de me revoir, il a dû finir par piger que nous n'évoluons pas exactement sur le même plan d'égalité, lui et moi.
Je m'assois face à lui, en tâchant d'arborer une expression des plus avenantes, ce qui ne semble pas vraiment l'amadouer. La pièce dans laquelle nous nous trouvons est meublée en tout et pour tout d'une table et des deux chaises que nous occupons, austérité oblige, au cas nous risquerions d'oublier que nous ne sommes pas là pour une discussion amicale avec thé et petits gâteaux.
Je rassemble mon courage et me lance.
-Salut, moi c'est Thomas.
Il hausse un sourcil, l'air de dire « Et qu'est-ce que ça peut me foutre ? », sans desserrer les lèvres.
Je passe outre cette entrée en matière délicate et poursuit comme si de rien n'était.
-Bon... Je suppose qu'on t'a déjà expliqué en gros pourquoi tu es là et ce qu'est le WICKED, n'est-ce pas ?
Nouveau silence. Léger hochement de tête.
Newt a toujours les yeux braqués sur moi, et son absence de réaction commence à m'intriguer. D'ordinaire, j'ai affaire à des gamins en pleurs, paniqués, que je m'efforce tant bien que mal de rassurer à grands coups de promesses creuses et de vérités édulcorées, ou alors à des types en colère qui passent leurs nerfs sur moi, pauvre petit bouc émissaire du WICKED. En tout cas, tous me pressent de questions, exigent des précisions, cherchent à comprendre le pourquoi du comment.
Mais Newt, lui, semble au-dessus de ça, indifférent à ce qui va lui arriver. C'en est presque frustrant. Malgré tout, je reprends.
-Je ne connais pas les raisons exactes pour lesquelles le WICKED t'a sélectionné. Mais s'il l'a fait, c'est que tu as un véritable intérêt à ses yeux. On ne choisit pas les sujets au hasard. De ce que j'ai lu sur toi, il semblerait que ce soit avant tout pour ton potentiel intellectuel. Et étant donné que la Braise s'attaque directement au cerveau, les tests que l'on te fera passer pourront se révéler très utiles pour nos recherches.
J'ai bien insisté sur le mot « Braise ». Parce que l'évocation du virus ne manque jamais de susciter une réaction.
Mais là, c'est encore un coup dans l'eau.
-Tu c'est ce qu'est la Braise, au moins ?
Mon ton s'est fait quelque peu acide.
-Une saloperie de maladie qui a commencé à se répandre quelques mois après les éruptions solaires. On ne sait pas comment elle est apparue, ni comment s'en protéger, ni même pourquoi certaines personnes la chopent plutôt que d'autres. En tout cas, elle vous bouffe le cerveau plus ou moins rapidement, jusqu'à ce que vous deveniez une espèce de zombie ultra-violent, cinglé et cannibale. Ca te va comme ça, ou tu veux que je continue?
Il a débité son petit discours d'une voix monocorde, en me fixant d'un air légèrement insolent, et je me sens bouillir intérieurement.
-Génial, tu te décides enfin à parler !
Newt lève les yeux au ciel.
-Ecoute, ne te prends pas la tête. Je sais ce qui se passe ici, officiellement du moins, je me doute que tu vas me dire que je suis plus en sécurité ici que dehors, que je devrais être heureux de participer à une noble cause, et tout un tas d'autres conneries inutiles. Je ne sais pas si tu y crois toi-même ou si c'est juste histoire de me rassurer, mais franchement, ce n'est pas la peine de te donner tout ce mal pour moi, d'accord ?
Je reste sans voix. C'est la première fois qu'on me la fait, celle-là.
-Mais... tu n'as pas de questions ? Tu ne veux pas au moins savoir si tu as le virus? Tu ne vas pas me faire croire que même ça, tu t'en fous ?
Il se penche vers moi, son regard plus intense que jamais. Et moi, j'ai le réflexe idiot de regarder ses lèvres.
-Très bien. Est-ce que j'ai la Braise ?
Je soupire.
-Je n'en sais rien pour l'instant. Le WICKED pense que non, que tu serais peut-être immunisé, mais tu vas devoir subir des tests pour qu'on en soit sûr.
Il me décoche un petit sourire narquois avant de se laisser retomber contre le dossier de sa chaise.
-Ben voilà, je suis bien avancé avec ça.
Je me sens soudain profondément abattu. J'avais passé des heures à anticiper cette rencontre, à m'imaginer tout ce que j'aurais bien pu dire à Newt pour lui remonter le moral, pour lui décrire la vie au WICKED de la façon la plus positive possible. Stupidement, je me l'étais représenté comme un garçon un peu timide, au tempérament fragile. Et au lieu de ça, je me retrouve face à un mur de sarcasme et d'indifférence.
Je ne sais pas ce qui me fait le plus mal. Que ce mec soit aussi blasé par ce qui lui arrive, ou bien que mon fantasme débile de devenir ami avec lui me revienne en pleine tête comme une bonne gifle.
Je tente une dernière approche.
-Ecoute...Je ne veux pas que tu croies que je suis là pour jouer le parfait petit scientifique. Je bosse avec le WICKED, c'est vrai, mais je suis en premier lieu un sujet d'expérience, tout comme toi. Si tu n'as pas envie que je te fasse mon speech traditionnel de bienvenue, alors je ne le ferai pas. Mais je veux que tu comprennes un truc. Si je suis venu, ce n'est pas juste pour te faire la promo de l'organisation, même si c'est au fond précisément ce qu'on attend de moi. Si je suis là, c'est surtout pour t'aider à te préparer à ce qui t'attend. La vie ici est loin d'être une partie de plaisir, crois-moi. Et même si le WICKED n'apprécie pas trop ça, je veux que tu saches que si tu as besoin de te confier, si tu sens que tu craques, je... enfin, je suis là, quoi. Tu pourras toujours venir me trouver.
Ah, bravo ! Dans le genre larmoyant...
Je me lève avant de sortir d'autres conneries. Je suis celui qui est supposé aider les sujets à s'intégrer, tout en leur inculquant quelques principes de base : notre mission avant tout, soyez forts, tout va bien se passer, blablabla. Et là, je fais tout de travers. Non seulement Newt n'en a strictement rien à foutre de ce que je peux lui raconter, mais en plus je prends de gros risques en lui balançant mes opinions personnelles sur le WICKED. Et accessoirement, je viens de passer pour le mec un peu désespéré souffrant d'un gros manque affectif. Ce que je suis, au fond. Sauf que je ne souhaitais pas que ça devienne aussi criant.
J'ai à peine repoussé ma chaise que Newt se penche au dessus de la table pour me saisir le poignet.
-Non, attends, s'il te plaît...
Son expression s'est radoucie, il me regarde d'un air presque implorant qui me fais... fondre. Oui, fondre. Il n'y a pas d'autre mot.
-Je suis désolé. Reste, s'il te plaît.
Je me rassied sans me faire prier davantage. Je n'espérais pas un changement d'attitude aussi radical de sa part. Je ne sais pas trop à quoi m'attendre avec lui maintenant, mais je ferai avec.
Newt lâche mon bras et se met à jouer nerveusement avec la manche de sa combinaison. Il fixe à présent un point sur la table, évitant soigneusement mon regard.
-En fait, j'ai une question à te poser. Une seule. Le reste, je m'en fous.
Je sens une pointe d'inquiétude me traverser la poitrine. Je n'aime pas la gravité de son ton. J'ai peur qu'il ne me demande quelque chose que je ne serai pas en mesure de lui révéler. Et j'en ai plus qu'assez de tricher.
-Vas-y, je t'écoute.
-Est-ce que je vais revoir ma sœur ?
Et merde...
Saleté de dossier trop vague. Si j'avais su qu'il avait une sœur, j'aurais pu essayer d'anticiper sa question. Même si rien ne me dit que j'aurais trouvé une réponse adéquate. Parce que j'ai déjà été confronté à ce genre de cas par le passé, mais on ne peut pas dire que je m'en sois brillamment tiré.
-Non. Enfin, je veux dire... Je ne pense pas. En tout cas pas tant qu'on n'aura pas trouvé de remède, on n'a pas le droit de sortir, mais...
Je ne sais pas quoi lui dire. Il n'y a aucun moyen d'enjoliver le fait que nous ne reverrons vraisemblablement plus jamais les dernières personnes de notre entourage à avoir survécu aux éruptions et à la maladie. Parents, amis... Nous n'avons plus droit au moindre contact.
Newt interrompt mes lamentables explications d'un geste de la main. J'ai presque envie de lui sauter au cou pour le remercier de couper court à ma torture.
-C'est bon, j'ai compris, ne te fatigue pas.
Ses yeux se sont assombris, et il se mure à nouveau dans le silence.
J'ai envie de pleurer. Ou de hurler, je ne sais pas trop. J'ai horreur de ce moment. Lorsque le petit nouveau en face de moi comprend qu'il est ni plus ni moins pris au piège, malgré toutes les belles promesses que lui a faites le WICKED. Parfois, ce moment est très bref, avec les personnes du genre de Teresa, qui ont vécu un vrai calvaire et sont reconnaissantes à l'organisation de les avoir tirées d'affaire. Le genre de personne à se résigner rapidement, assez malléable, galvanisée par la justesse de notre cause. Mais la plupart du temps, ça ne se passe pas aussi bien, notamment avec les plus jeunes. Et dans ces moments-là, je me sens démuni, impuissant, et surtout affreusement coupable.
-Hé, ne fais pas cette tête-là, tu n'y es pour rien.
Comme s'il avait lu dans mes pensées.
-Je sais bien, mais je... Enfin, je suis désolé. Pour ça, pour... pour tout. C'est injuste.
Je ne cherche pas à développer. Je sens qu'il comprend parfaitement tout ce que je sous-entends. Après tout, il est sensé être un génie.
Newt hausse un sourcil vaguement amusé.
-Ne le dis pas trop fort, qu'est-ce que vont penser tes chefs ?
-Oh, il n'y a pas de caméras dans cette pièce. Pas à ma connaissance, du moins.
Cette fois, le sourire de Newt est sincère. Son visage s'illumine durant un instant qui me paraît beaucoup trop bref, accentuant encore l'aspect juvénile de ses traits, et je ne peux m'empêcher de remarquer les minuscules fossettes qui creusent ses joues.
-Bon alors, Thomas... Tu me le fais, ce speech de bienvenue ?
Je voudrais le voir sourire en permanence.
