Hello.
Désolé d'avoir mis tellement de temps à écrire à nouveau mais je travaille 50 heures semaine ces derniers temps. Je change ce Twoshot en Multi chapitre. Le chapitre n'est pas long mais je m'attaque à la suite directement. Il ne devrait pas y avoir plus de 5 chapitres à mon avis. Ensuite, je reprendrai l'écriture de M&A. 6 mois de deuil sont suffisant.
Enjoy & Review
Appuyé contre la table de la « cafeteria » réservé à la division Q (une table dans une pièce adjacente au centre opérationnel), j'observe les volutes de fumée s'échapper de la bouilloire électrique, les yeux dans le vague, sans pour autant éteindre l'appareil. J'en suis incapable à cet instant, trop enraciné dans mes pensées. Cette une étrange sensation que de savoir que l'on doit faire quelque chose, d'être totalement conscient de ce qui nous entoure tout en étant physiquement incapable d'agir d'une quelconque manière. La puissance de l'esprit sur le corps, sans nul doute. Quelle importance au final ? Ce n'est que de l'eau chaude changée en vapeur. Je n'aurai qu'à en chauffer à nouveau. Non, ce qui me préoccupe est d'une toute autre nature.
J'ai désobéi aux ordres de Mallory. Je n'ai pu me résoudre à quitter ces vieux souterrains pour rejoindre le monde des vivants. Littéralement, je veux dire. Depuis l'annonce de la mort de M, tout n'est que deuil autour de moi. La nouvelle a fait le tour en moins de temps que je ne me l'étais imaginé. Depuis, le MI6 est devenu un tombeau où chacun se recueil à sa manière. Certains pleurent, d'autres arborent des regards tristes ou cernés pour les premiers informés. Les gens en parlent entre eux, croisent une autre personne et en reparlent encore. Je ne compte plus le nombre de regards ou de murmures sur mon passage. J'ai même surpris certains employés d'autres départements à passer à plusieurs reprises devant mon antre. Suis-je à ce point un sujet de curiosité ? Je veux dire, je sais que la plupart du temps j'ai l'air étrange pour bon nombre de personnes mais je n'avais encore jamais provoqué un tel intérêt de la part de quiconque. Généralement, les gens me jettent un regard curieux avant de détourner leur intérêt vers quelque chose de plus chatoyant, une belle secrétaire ou le petit nouveau de la semaine. Non loin de moi l'idée de rechercher une telle attention de la part des autres. A vrai dire, j'ai toujours fuit l'attention des autres. C'est beaucoup trop compliqué. Je ne serais même pas quoi en faire au final. Je trouve juste qu'être le sujet de toutes les attentions dans des circonstances si dramatique est un manque de savoir-vivre flagrant. Humains stupides…. Ils se repaîtrent du malheur des autres comme le ferait un animal sauvage d'une carcasse encore fraîche. Ils regardent la tragédie des autres en face dans le but de se sentir eux-mêmes chanceux d'y échapper, pour cette fois. Ils la fixent, guettant son approche. Ce n'est pas pour rien que les files de voitures s'allongent sur l'autoroute lors d'un accident de voiture. Les gens veulent voir du sang, mais, si possible, pas le leur. Diantre, non, et si possible pas celui d'un de leur proche. C'est tellement primitif comme comportement que ça m'écœurerait presque. Ne sommes-nous pas sensé nous élever au-dessus de tout cela de par notre intelligence supérieure à celle de l'animal ? Après réflexion, je ne sais pas ce qui est le mieux : l'intérêt maladif pour voir l'accident ou le désintérêt total d'autrui si on ne jette même pas un coup d'œil au carambolage. Est-ce de l'égoïsme de ne pas regarder la mort s'échapper du corps ?
Allez savoir. Quoiqu'il en soit, tous ces mots échangés ne changeront en rien la situation. M avait beau être « une vrai peau de vache » comme dirait Bond, je crois que tous la respectaient pour ses qualités de leader incontestées. Mine de rien, cette force de caractère nous manquera, tant d'un point de vue professionnel que privé. Dans un certain sens, elle était attachante du haut de son 1m55.
Je ne sais pas qui la remplacera mais cette personne aura du travail pour arriver à sa hauteur (sans mauvais jeu de mots). Les employés sous ses ordres directs lui vouaient une admiration sans borne pour ses choix, souvent difficiles. Tanner en est l'exemple parfait. Un tel niveau d'estime ne s'acquière pas en un jour. Spécialement en ce qui concerne Tanner, à vrai dire. Je ne pense pas qu'il accordera autant de confiance, ni autant de dévotions à son successeur. Au-delà de ça, Tanner reste Tanner. Il mettra du temps à faire son deuil mais sera à son poste lundi matin quoiqu'il arrive. J'en mets ma main à couper.
En vérité, ce qui me préoccupe le plus, ce n'est ni les murmures sur mon passage, ni le fait que Tanner ait déserté les lieux. Non, ce qui me préoccupe, c'est l'état mental de Bond. Personne ne l'a revu depuis l'interrogatoire de ce matin. J'ai eu beau le chercher sur les caméras de sécurité du bunker. Volatilisé. Il est sorti de la salle de débriefing où je l'avais laissé quelques minutes après moi, a tourné au coin du couloir et puis… Disparu. Je ne comprends toujours pas comment cela est possible dans un bâtiment aussi sécurisé que celui-ci… Bond est unique à n'en pas douter. Cet homme est un vrai casse-tête. Un instant, il peut plaisanter et rire de bon cœur avec vous tandis que celui qui suit, il vous poignarde sans crier gare. Serait-il bipolaire ?
Il ne réagit pas comme les autres personnes et n'est jamais là où l'on l'attend. C'est sans doute ce qui fait de lui un si bon agent : l'imprévisibilité. S'il agit comme ça sur le terrain, comment réagira-t-il à la mort de M ? Qui Diable peut le dire ? J'ai eu beau spéculer toute la journée, je n'en sais toujours rien. Je l'ai imaginé traquer le restant des hommes de Silva et les abattre de sang-froid aux quatre coins de la terre. J'ai soupçonné qu'il lèverait une femme dans le bar d'un hôtel chic de Londres pour se changer les idées. Au final, je ne sais pas ce qu'il a fait de sa journée. Il n'y a vraiment plus rien qui le retienne sur cette Terre. Il pourrait disparaitre à nouveau…
Au fond, cela ne me regarde pas même si je détesterais l'idée qu'il ait fait une connerie, quelle qu'elle soit, alors que j'aurais pu l'aider…. Je suis surement un peu présomptueux sur ce coup-ci. Je veux dire que je suis la dernière personne à lui avoir parlé. J'aurais pu… Je ne sais pas. J'aurais pu éviter de le provoquer pour commencer. C'aurait été intelligent de ma part. Une telle réaction est incompréhensible venant de ma part. Je suis d'un naturel calme et plutôt docile mais lorsque je suis prêt de lui… J'ai envie de l'énerver, de le faire sortir de ses gonds. Ce doit être surement une des choses les plus difficiles sur cette Terre. Bond a toujours l'air si calme. Je ne dis pas qu'il est serein, loin de là, juste… maitre de lui en toute circonstance… Sauf aujourd'hui dans cette salle…
Je ne me remets toujours pas du dernier regard qu'il m'ait lancé. J'ai eu beau essayé de le décrypter… Peine perdue. Je n'ai pas assez d'expérience en relations sociales pour pouvoir comprendre un tel regard, surtout venant de quelqu'un d'aussi complexe que cet homme. Venant de ma part, c'est dire comme cela me frustre, moi qui aie l'habitude de toujours tout savoir en toute circonstance.
Quoiqu'il en soit, je pense que cette nuit sera fatidique dans sa guérison. Elle définira la profondeur de sa plaie et sa vitesse de récupération…. Quoiqu'il ait fait de sa journée d'aujourd'hui….
Ma journée, je l'ai passé à essayer d'imaginer ce qui se passe dans sa tête depuis Skyfall. Que ressent-il réellement ? Ressent-il de la douleur ou juste de la peine d'avoir perdu sa mère de substitution ? Lui plus que quiconque devrait savoir que la mort est inévitable et, la plupart du temps, là où on ne l'attendait pas. Bien sûr, cela n'enlève rien à l'horreur de la chose, qu'on y soit préparé ou non.
Avec le recul, je pense que je n'aurais pas dû le laisser seul, encore moins le provoquer afin de le faire réagir. Dieu seul sait quand nous le reverrons à présent, et dans quel état. Et s'il ne revenait jamais ?
Trois coups cognés contre la porte me font directement me retourner, me sortant de mes sombres pensées. L'espace d'un instant, mon cœur rate un battement, espérant… Mais ce n'est que Williams, l'un de mes subordonnés.
-« Que puis-je faire pour vous, Williams ? »
-« Je… Vous êtes parti depuis bientôt une demi-heure et je… Enfin, je me demandais si vous alliez bien, Monsieur. »
Une demi-heure ? Si longtemps. Ma vue s'attarde sur la tasse de thé préparée sur la table avant de dévier vers la bouilloire maintenant froide. Oh. J'aurais juré qu'i peine une minute… J'essaie de masquer mon air étonné et me redresse afin de reprendre contenance. Williams me fixe d'un regard timide. Un peu plus âgé que moi, châtain clair d'1m65, Andrew Williams est le dernier arrivé du département Q, sous-entendu, juste avant moi. A vrai dire, si on ne me l'avait pas présenté lors de mon arrivé, je ne l'aurai jamais remarqué. De corpulence mince, ajoutez à cela une timidité maladive et vous comprendrez pourquoi il passe inaperçu la plupart du temps. Au département Q, personne ne lui accorde réellement d'attention, moi y compris, je dois l'avouer. En vérité, je suis étonné qu'il soit encore en ces lieux. Je pensais avoir chassé tout le monde il y a longtemps. Que fait-il ici dans ce cas ?
-« Je semble en effet avoir perdu la notion du temps. »
Williams me sourit gentiment.
-« Vous n'étiez pas sensé vider les lieux il y a une heure de cela avec vos condisciples ? »
-« Hum. Oui, c'est vrai mais j'avais un travail à terminer et je…. Je… m'inquiétais pour vous, Monsieur. »
Vraiment ? C'est si rare que quiconque se préoccupe de moi. Je ne peux m'empêcher de le dévisager d'un air ahuri.
-« Vous allez bien Monsieur ? »
Devant tant de sincérité, je ne peux qu'être franc en retour.
-« J'essaie d'aller pour le mieux, Williams. Et vous ? »
-« Je suis triste, Monsieur. »
-« Je le suis aussi. Je finis par penser que nous n'aurions pas pu faire quoique ce soit de plus pour la sauver. »
-« Non ! Je… Enfin, oui, je suis triste concernant M aussi mais.. euh… »
Mes sourcils s'arquent d'étonnement tandis que Williams détourne le regard en rougissant. Quel homme étrange. Sa timidité se dépeint dans chacun de ses gestes ou chacune de ses mimiques. Je ne comprends toujours pas ce qu'il me veut ? Mais de quoi parle-t-il, bon sang ? Je tente de comprendre en vain. Un mystère…
-« Je ne vous suis pas, Williams. Expliquez-vous.»
-« Il n'y a rien à expliquer, Monsieur. Je suis attristé que vous vous mettiez dans des états pareils, c'est tout. Tout le département s'inquiète pour votre santé. Vous ne devez pas vous sentir coupable. Vous n'êtes responsable de rien, vous savez. C'est de la faute de Bond, pas la vôtre. Et je ne suis pas le seul au MI6 à le penser. C'est le seul responsable à blâmer pour ce qui s'est passé. Pourquoi l'avoir amené en Ecosse ? Il aurait pu… »
Il y a quelques instants, je devais le presser à parler et le voici plus loquace qu'une pie, et véhément avec cela, hargneux envers Bond… Et c'est plus que je ne peux en supporter aujourd'hui, pas après l'avoir vu s'effondre dans cette salle quelques heures plus tôt.
-« ASSEZ ! De quel droit le jugez-vous ? Vous ne comprenez rien ! Personne ne le comprend ! »
-« Vous êtes trop exténué et chamboulé pour voir son implication réelle. Vous ne comprenez pas ce qui se passe ici. »
-« Je vais très bien et… »
-«Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur, regardez-vous dans un miroir. Vous n'allez pas bien. Tout le monde le voit et je m'inquiète sincèrement pour vous. »
Je suis sans voix, tant par sa répartie que par son assurance soudaine, sans parler de son attention à mon égard. Je ne sais que répondre. Dois-je le remercier ? Le congédier ? Surement, les deux. Je me contente de lui sourire de manière gênée.
-« Williams… je suis touché par votre sollicitude. Je vous promets de prendre soin de moi à l'avenir. Cela vous convient-il ? »
-« Ai-je le choix ? »
Sa remarque me fait rire.
-« Promettez-moi de ne plus critiquer Bond pour ce qu'il s'est passé. »
A ma requête, je le vois se tendre. Son visage expressif affiche une moue dédaigneuse.
-« Mais, Monsieur… »
-« Croyez-moi. Bond a fait tout ce qu'il pouvait. Il ne mérite pas qu'on le calomnie dans son dos. »
Après un instant d'hésitation, Williams acquiesce en soupirant.
-« Très bien, je vous le promets. »
Contrairement à ce que j'attendais, Williams ne semble pas décider à me laisser seul. Il passe d'un pied à l'autre, l'air gêné.
-« Il y a autre chose ? »
-« Je me demandais... Enfin si vous voulez bien entendu… Je ne sais pas… peut-être aller boire un verre un de ces jours… en toute amitié…. »
Je n'en reviens pas. Aller boire un verre avec lui ? Serait-ce un rendez-vous ? Oh !
Ma stupéfaction doit se lire sur mon visage. En un instant, Williams semble faire marche arrière.
-« Oubliez ce que je viens de dire. C'était stupide de ma part et je sais que vous êtes très pris par votre travail… »
Sans crier gare, il disparait de la pièce sans me laisser la possibilité de répliquer. Je suis toujours bouche bée devant son audace. Ai-je mal interprété son intention ? Je ne sais pas. Pourquoi réagir de la sorte dans ce cas-là. C'est si inhabituel pour moi de recevoir ce genre de proposition.
Mon regard s'attarde sur l'entrée de la pièce. Que vient-il de se passer ?
Je tourne à nouveau mon attention vers la bouilloire. Chose rare chez moi, l'envie de thé m'est passée. Je finis par retourner devant mon écran géant. Après un bref listing de la situation, je constate que je n'ai rien raté. Toutes les missions sont en stand-by à l'heure actuelle, la dernière s'étant achevé dans la soirée. Que suis-je sensé faire à présent ? Je n'ai aucune envie de quitter cette pièce malgré ma promesse faite à Williams. Je ne peux tout simplement pas. Tout mon corps est tendu dans l'attente d'un événement qui ne se produira plus. Mes épaules sont douloureuses signe d'un trop long stress. Je suis tout bonnement incapable de me calmer. Il me faudrait une occupation pour pouvoir tourner, bien que superficiellement, la page. J'en viens même à prier un cataclysme planétaire, une crise politique, quelque chose de…
-« Bip, bip, bip, … »
Merci, mon Dieu. Je ne sais pas ce que signale ce bruit mais je l'accueille avec reconnaissance.
Mes doigts, animés d'une vie propre, recherchent déjà la cause de cette alarme… Oh ! Après vérification, il s'agit d'une balise de signalement, un SOS si vous préférez. Un SOS provenant de…. Londres… Deux pâtés de maisons d'une des entrées de notre complexe souterrains. Qui ? Question stupide. Qui est assez téméraire pour actionner une radio de détresse à cette heure-ci ? Ce ne peut être que Bond. Est-il en danger ? Me servant de mes logiciels, je constate avec effarement qu'il se trouve dans un bar sans histoire aucune… Je suis effaré. S'attend-il à ce que je lui envoie la cavalerie ou s'agit-il d'une invitation à le rejoindre ? Est-il trop saoul pour rentrer chez lui ? Voilà donc où il a passé la journée… J'hésite à l'en blâmer. Je ne sais pas ce que j'aurais fait à sa place. Je ne sais déjà pas ce que je vais faire à présent.
