Bonjour à tous,

Cette histoire est fondée sur la théorie de Chara en tant que narrateur et qui n'est donc pas un personnage foncièrement maléfique. Vous pouvez la trouver en tapant A CHARActer's Analysis, de Determinator.

Concernant Sans, c'est basé en partie sur Handplate, la BD de Dzara publiée sur Deviant Art. Plus d'explications arriveront au fur et à mesure de l'histoire.

Enfin, j'ai sans doute pioché quelques idées dans la saga vidéo de Comic Sans TV, surtout celle Dogs of Future Past.

Et maintenant que j'y songe, certaines idées proviennent de la série explicative sur Undertale de Captain Hype sur laquelle je me suis fondée pour la physique de Undertale.

L'univers original appartenant à Toby Fox

Cette histoire sera courte et bonne nouvelle, elle est déjà finie. Les parutions seront donc régulière.

Pour une meilleure lecture, je conseille fortement d'écouter les pistes Don't Give up, Gaster's theme ou Mysterious Door de l'Ost d'Undertale.


Chapitre 2 : N'abandonne pas.

Pendant de longs instants,Sans et Chara contemplèrent l'origine de la seule lueur dans ce vide obscur. Il s'agissait d'un unique bouton jaune sur lequel était marqué Effacer. Inutile de dire qu'aucun des deux n'était ravi de voir ça. Chara, entre deux sessions de jeux de mots, avait résumé les règles faisant fonctionner le pouvoir de Détermination : Sauver, Continuer, Effacer. Ce bouton, ils l'avaient bien compris, signifiait que cette ligne temporelle allait cesser d'exister comme les autres et qu'ils allaient revenir au point de départ. Chara serait à nouveau près de sa tombe à attendre l'influence de l'Anomalie par l'intermédiaire de l'humain qui tomberait et Sans se réveillerait encore plus dépressif avec seulement quelques impressions fugaces. Il n'en était pas question.

Finalement, après ce long silence, Chara finit par exploser. Sous les orbites creuses de Sans, elle se mit à frapper le sol avec furie (puisque aucun mur ne paraissait disponible dans ce lieu) comme si elle cherchait à le briser. Inutile de dire qu'étant un fantôme, cela ne fonctionnait pas et le squelette doutait que ses efforts, bien que louables, soient récompensés par une sortie magique. Néanmoins, l'entendre jurer de toutes ses forces et se défouler sur un élément intangible était un spectacle plutôt amusant, alors Sans n'intervint pas pour la calmer et se contenta d'admirer la scène. Voir le fantôme généralement calme, plutôt mesuré et sarcastique, perdre son calme et s'exprimer avec autant de rage en valait le détour.

« NON ! NON ET ENCORE NON ! Il n'est pas question que cela recommence ! Tu m'entends, Anomalie de malheur ?! Je ne jouerai pas à ton petit jeu de malade mental ! Je ne collaborerai pas, cette fois ! Ça n'a que trop duré ! Si tu crois que je vais appuyer sur ce satané bouton, tu peux toujours courir ! Ce n'est pas moi la sadique ici, espèce de ******* ! »

À ce stade, cela devenait un véritable déferlement de jurons extrêmement variés et que Sans, honnêtement, ne se serait jamais attendu à entendre dans la bouche de cette enfant si poli… Le petit squelette donnait mentalement des points pour la créativité et le ton franchement menaçant avec lequel ils étaient crachés quasiment sans interruption. Il aurait également tout donné pour que l'Anomalie soit téléportée juste devant Chara en pleine éruption de fureur, juste pour voir ce qu'il se passerait : peut-être l'ectoplasme se transformerait en plasma pour le vaporiser… L'idée était plutôt amusante à contempler et Sans n'était pas du genre à laisser passer une occasion de rire un peu…

« Tu sais, tu n'as pas besoin de péter les plombs dans ce noir total... »

Le rictus de rage de Chara devint très effrayant et le squelette recula de plusieurs pas, peu désireux de découvrir si un fantôme pouvait le blesser dans cet état. Par chance, pour le moment l'enfant n'avait pas l'intention de s'en prendre à lui, mais bien au sol. Elle frappait partout, sauf le maudit bouton, en silence, cette fois, ses yeux rouges brillant d'une lueur furieuse et désespérée. Le petit squelette ne désirait pas rajouter de l'huile à l'incendie et décida donc de se concentrer sur le bouton, l'examinant sous tous ses angles, avec beaucoup d'attention. Mais, quand il approcha sa main vers ce dernier, Chara, qui ne devait pas être aussi perdue dans sa rage qu'elle le laissait apparaître, surgit devant lui pour le stopper et dirigea cette fois sa colère sur lui :

« Es-tu malade ? Il n'est pas question d'entrer dans leur jeu ! Tu ne vas quand même pas renoncer si vite et... »

La lueur brillant dans l'orbite creuse du squelette arrêta net Chara dans son déballage verbal. Son compagnon d'infortune semblait attendre qu'elle se calme avant de répliquer. Le fantôme fit mine de prendre une profonde inspiration et d'expirer profondément, ce qui évidemment, n'avait pas beaucoup d'effet vu son état actuel. Néanmoins, Sans accepta le message sous-entendu.

« Je n'allais pas le presser, rassure-toi, je n'ai pas envie plus que toi de retomber en enfer. Mais analyse la situation. Objectivement, ce bouton ne devrait pas être là, ou du moins, pas de cette manière. C'est toi qui me l'a révélé, tu te souviens ? Dans toutes les situations auxquelles on est confronté dans l'Underground, il y a toujours un choix à faire. Même si le choix n'était qu'apparent, on faisait en sorte de t'en laisser l'illusion, tu avais toujours la possibilité de préférer une formulation à une autre. Même toi, à la fin, tu laissais le choix à ton partenaire de détruire le monde ou, s'il refusait, de l'anéantir à sa place. »

« En quoi est-ce pertinent ? ! À la fin, le résultat est le même et cela ne fait aucune différence ! » S'exclama Chara en levant les yeux au ciel inexistant.

«En effet. Mais calme toi et observe. Ici, quel que soit l'être qui gouverne cet endroit, il ne nous a pas laissé de choix, il ne veut même pas que nous en ayons l'illusion. Il veut nous contraindre à faire comme il le souhaite et en faisant cela, il nous a laissé un indice crucial. C'est nous qui avons la main. » Le ton de Sans paraissait sûr de lui et cela interpellait Chara.

«Je ne comprends pas ! En quoi ne nous laisser aucun choix fait en sorte que nous ayons la main dans cette situation sans issue ?! »

« Parce que tu as toujours le choix, même quand tu te trouves dans une situation sans issue, même quand tu es enfermé et que tu n'as aucun contrôle sur ton existence et sur ce qui t'arrive, tu as encore des choix. Tu peux choisir ta façon d'appréhender la situation. Et, quand une occasion se présente enfin, être assez fort pour assumer ses choix. » Déclara le squelette avec une sombre détermination.

« … Tu en parles en connaissance de cause, je me trompe ? » Demanda Chara après une longue minute de silence passée à contempler son compagnon d'infortune devant elle. Elle ne l'avait jamais vu aussi décidé et cela attisait sa curiosité.

« Tu peux dire ça. » Répliqua Sans sans dire un mot de plus.

« Je ne peux pas me résigner. Je ne peux pas. La Détermination est ce qui m'a forgé et même si je n'ai plus d'âme… Je ne peux pas abandonner. C'est contraire à ma nature. » Répliqua le fantôme sur un ton résigné.

« Je comprends bien. Mais dans ce cas précis, je ne parlais pas d'abandonner. Quelqu'un a voulu que nous n'ayons pas le choix dans cette situation précise et en faisant cela, l'Anomalie a laissé échapper plusieurs points cruciaux. Tout d'abord, elle ne peut pas agir pour nous sinon, elle l'aurait déjà fait depuis belle lurette au lieu de tenter de nous forcer à le faire à sa place. Ensuite cet individu est tout aussi coincé que nous puisqu'il se sent obligé de nous laisser aucun choix afin que nous agissions comme il l'entend. S'il avait été un peu malin, il nous aurait donné une illusion de choix ou bien il aurait truqué les dés, c'est ce que j'aurais fait, en tout cas. Il a essayé d'improviser pour régler le problème mais il ne s'est pas rendu compte d'un point vital. » Expliqua le petit squelette en insistant bien sur chacun des points de son raisonnement.

« Lequel ? » Demanda Chara.

« Nous ne sommes pas déterminés. Et par là, je ne veux pas dire le pouvoir de combattre la mort par la seule force de la volonté. Je veux dire que nous possédons un libre arbitre et que c'est nous qui pouvons décider de notre destin sans être manipulé par une force supérieure. » Répondit Sans en fixant intensément son interlocutrice.

« Je te pensais du genre fataliste. » Souleva le fantôme, paraissant intrigué par le radical changement d'attitude de Sans.

« Je ne l'ai pas toujours été et je suis suffisamment libre de mes choix pour savoir quand abandonner cette attitude. Autrement, je ne m'amuserais pas à me confronter à toi dans un combat sanguinaire perdu d'avance de toute manière. À la fin, j'exerce mon libre-arbitre, histoire de faire passer un message à l'Anomalie, même si cela ne sert à rien. Je suis habitué à ce que mes paroles ne changent rien à la situation. J'ai désormais tendance à agir en dernier recours, je l'admets volontiers. Mais là, nous avons atteint précisément ce point. »

La lueur qui brillait dans l'orbite gauche de Sans était beaucoup plus effrayante que quand il les avait affronté dans le hall de la Justice. Elle était beaucoup plus prononcée et l'éclat bleu paraissait refléter quelque chose qu'elle n'avait pas encore vu dans les orbites du squelette : de l'espoir.

« Alors que comptes tu faire ? » Demanda Chara, fascinée par le ton du monstre.

« Il y a un dernier point crucial que l'Anomalie a oublié. Ce bouton Effacer… C'est une interface avec le Vide dans lequel nous nous trouvons et la réalité où se situe l'Anomalie et elle prend la forme de ce que nous utilisons dans l'Underground. Ce qui signifie... »

« Que ce bouton Effacer se trouve à une jonction entre plusieurs réalités, c'est ça ? » Déduisit le premier Enfant Tombé.

« Tout à fait. Or, les points de jonction dans l'espace-temps sont plus fragiles, comme si tu avais tenté de coudre ensemble trois morceaux de tissus. En plus de ça, le couturier a fait un sale boulot et en tentant ce raccommodage de fortune, il n'a fait que fragiliser encore plus ce point. » Expliqua Sans, sa pupille brillant plus que jamais.

« Je sens que tu es sur le point de faire une grande révélation qui va entièrement bouleverser la situation. Vas-y, fais toi plaisir ! » Répliqua Chara, trop heureuse de laisser à son compagnon son instant de gloire.

« Les raccourcis que j'utilise pour me téléporter fonctionnent précisément grâce à ce genre de points de jonction. Je sais les trouver et les utiliser. »

« Du pure génie. » Souffla le fantôme bien qu'incapable en théorie de ce type d'action.

« Agrippe toi solidement à mon bras et ensuite, nous devrons toucher le bouton précisément en même temps. Tu es certainement la seule ici capable de toucher le bouton puisque tu peux détruire l'Underground sans être contrôlée par l'Anomalie mais moi, je suis le seul pouvant trouver le point pour nous faire passer dans une autre réalité. Donc ne me lâche surtout pas quand tu le feras. » Dit Sans sur un ton pressant.

«C'est bon. » Répondit Chara en s'agrippant au bras du squelette et en approchant sa main vers le bouton Effacer.

« Par contre, je serai honnête avec toi. Je n'ai aucune idée du lieu où on va atterrir. » Ajouta Sans alors que le doigt du fantôme touchait enfin l'interface.

Et avant même que Chara ait pu protester, ils disparurent du néant, ne laissant que le néant du Vide.


Dans un autre lieu, un squelette et un fantôme terrifié apparurent de concert et s'écrasèrent sur le sol avec fracas. Oui. Même le fantôme avait paru sentir l'impact, à en juger par ses grommellements incompréhensibles.

« Je te déteste. »

« Si tu préférais rester où nous nous trouvions... » Répliqua le squelette sur un ton sarcastique.

« Mettons que je n'ai rien dit. Bon, chose plus importante, où sommes nous ? » Répliqua Chara en se redressant pour regarder autour d'elle.

Ils se trouvaient dans une sorte de très long corridor dont ils ne pouvaient voir la fin. Les murs étaient aussi sombre que le lieu dont ils venaient mais avec une décoration différente. De larges bandes blanches, montant jusqu'au plafond, se trouvaient placées à intervalles réguliers, brillant d'une lueur diffuse et presque éteintes. Sans et Chara se trouvaient devant l'une d'entre elles, dont la couleur différait des autres et pouvait être qualifié de gris très sombre.

« Je préfère la décoration. » Déclara le squelette en se relevant et en contemplant les murs autour de lui.

« C'est parce que tu es un drôle de zèbre. » Répliqua le fantôme en imitant son partenaire.

« Ça zébré. » Dit Sans en affectant un nez bouché.

« On arrête tous les deux de faire les zèbres et on passe à la suite ? À quoi cela ressemble selon toi ? »Proposa Chara d'un ton plus sérieux tout en se rapprochant de l'une des bandes blanches.

« Peut-être à des portes. Structurellement et magiquement, je vois cela comme des portails et en même temps… à des lignes. Je pense que nous venons de celle-ci. » Affirma Sans en pointant du doigt la bande grisée derrière lui.

« Y a t-il un risque à essayer de passer par l'une d'entre elles ? » Demanda le fantôme en se tenant devant la plus proche de celles d'où ils venaient.

« Pas plus que de se téléporter depuis le néant pour aller dans un lieu complètement inconnu dont on n'avait jamais entendu auparavant. Par contre, je place mon veto sur la dernière. Il faudra me lever tôt pour repasser par celle-ci. »

« Je t'accorde deux points pour le jeu de mot. Allons y ensemble puisque nous ne savons pas encore si on peut faire ça séparément. »

« On finirait par croire qu'on travaille la main dans la main, toi et moi. » Fit remarquer Sans d'un ton pince-sans-rire.

« Il y a trop de jeux de mots sur les mains pour que je veuille me lancer là dedans. Voyons cela demain. » Rétorqua Chara alors qu'ils passaient au travers du mur blanc.

Le squelette ne répliqua pas. Non pas tant parce qu'il était à cours de jeux de mots mais à cause de ce qu'il voyait derrière le portail. D'innombrables lignes luisantes filaient devant eux, certaines se croisant, d'autres disparaissant d'un seul coup, quelques-unes naissant du croisement de certaines, toutes semblant filer vers une seule direction. Ils avaient l'impression de se trouver devant une véritable tapisserie, perpétuellement en mouvement, aux couleurs indéfinissables mais assez peu éclatantes. Cependant, sur une ligne en particulier, qui brillait d'un rouge vif, certains points bien précis, comme des étoiles lumineuses, brillaient et se détachaient fortement.. Les yeux écarquillés, Chara regardait autour d'elle, cherchant à comprendre ce qu'elle voyait exactement et paraissant avoir des difficultés à l'appréhender. Bien au contraire, Sans, de son côté, paraissait fasciné et le sourire qui s'affichait sur son crâne paraissait plus réel, comme s'il était vraiment excité.

« Bon, l'artiste, tu sais à quoi rime tout ça, pas vrai ? »

« Je ne me qualifierais pas de poète, mais oui, je crois que je sais ce que sont à la fois ces bandes portails et ce que sont ces choses. Chaque portail représente une ligne temporelle dans l'Underground, avec ses différences infimes. Et les lignes que nous avons devant nous dans cette sorte de tapisserie… Ce sont nos existences filant dans une seule direction, celle du temps qui passe. Chaque fil doit représenter une personne. Regarde la manière dont ces deux là se croisent avec un troisième qui en sort… Je dirais que c'est la naissance d'un monstre. » Décrivit Sans sur un ton excité.

« Il y en a tellement… Mais à la fois… pas tellement. Il n'y a pas celles de l'humanité, autrement, il y aurait des milliards de fils en plus. C'est incroyable ! Mais comment reconnaître celles qui nous intéressent ? » Souffla Chara, réellement éberluée par ce qu'elle voyait.

« Pour un monstre lambda, ce serait très compliqué. Mais pour l'humain que tu as accompagné, cela devrait être facile. Il suffit de suivre le fil rouge. » Répondit le squelette, les mains dans les poches.

« Très drôle... »

« Non, sérieusement. Il n'y a qu'un seul fil vraiment rouge dans cette trame et quand tu t'en approches, tu remarques quelque chose d'assez intéressant : tout d'abord, il apparaît brusquement, sans qu'il n'y ait rencontre entre deux autres fils, comme s'il était apparu de nulle part. Ensuite, il est d'un rouge très vif et d'après ce que je peux observer, tous les autres sont presque blanc, avec d'infimes nuances. Les âmes des monstres sont toujours de ce type de couleur et l'âme de l'humain était du même rouge. Enfin, il y a un fil rouge mais aussi translucide, enroulé autour de lui et je ne serais pas étonné qu'il s'agisse de toi. CQFD. » Démontra Sans en paraissant plutôt satisfait de lui même.

« Oui, tu as raison. Mais alors, tous ces points lumineux qui parsèment ce fil là… Ce serait des Sauvegardes ? » Demanda Chara en se rapprochant du fil rouge et en l'examinant intensément.

« Non. Regarde bien, ici, il y a une dizaine de points brillants rien qu'à cette intersection avec ce fil. Si l'on part du principe que les jonctions entre deux fils représentent une rencontre entre deux personnes, alors cela doit prendre en compte tous les types d'interactions, y compris les combats. Les points brillants ne symbolisent pas une sauvegarde mais une mort. L'humain a dû affronter un monstre et mourir à de nombreuses reprises contre celui-ci avant de le tuer. Regarde, le fil du monstre paraît coupé et cesse de se poursuivre. » Examina le squelette sur un ton dépourvu d'humour.

« De quel monstre s'agit il ? » Demanda Chara d'un air tendu et en évitant soigneusement le regard de son compagnon d'infortune.

Sans approcha délicatement la main du fil du monstre à l'endroit où il croisait celui rouge sang de l'humain et, avant que Chara ait pu l'en empêcher, il le toucha brièvement avant de reculer, comme s'il venait de se brûler, bien que l'absence de peau rendait cela difficile. Ses orbites paraissaient vides, ce qui était le signe d'un profond sérieux, comme l'avait bien compris le fantôme. L'esprit errant le regardait avec inquiétude, demandant ce qu'il s'était passé :

« Qu'est ce qui s'est passé ? As-tu vu quelque chose ? »

« C'était Undyne. »

L'expression de Chara devint sombre et Sans l'avait bien remarqué. Il n'était pas observateur pour rien après tout…

« Tu la regrettes ? »

« Elle était la vrai héroïne de l'Underground. Quelqu'un qui n'abandonnait jamais, qui ne se rendait jamais. Elle était digne d'admiration. Même moi qui n'avais plus d'âme, je comprenais cela. » Répondit Chara avec une telle conviction que Sans ne pouvait que la croire.

Le squelette se retourna vers la tapisserie et l'observa à nouveau. Il ne lui fallu pas longtemps pour aboutir à une conclusion terrible.

« C'est une ligne de temps génocide. Plus le fil rouge progresse, moins on trouve de lignes de monstres. Petit à petit, il y a de moins en moins de monstres, sauf les plus puissants. l'Underground devient vide jusqu'à ce que... »

« Personne ne vint. » Murmura Chara d'une voix atone.

« Ici, le fil rouge ne croise plus que trois fils. La première jonction est une véritable constellation de points lumineux. J'ai dû vraiment très bien faire mon boulot. Ensuite, le fil croise un autre, blanc éclatant et solide. Je présume qu'il s'agit d'Asgore. Et le dernier fil… Il est transparent comme le tien, un peu rose mais plus fragile. Je ne suis pas sûr, à ce point. » Dit Sans en touchant le dernier point de jonction pour savoir de qui il s'agissait.

« Oh… Qui aurait cru que le pissenlit soit... »

« Asriel. » Acheva Chara d'une voix éteinte.

« Ton point de non-retour, j'imagine. Vos deux fils entrecroisés se séparent et juste après cela, même les quelques monstres qui avaient survécu au massacre grâce à Alphys disparaissent complètement. L'Underground est totalement annihilé. Génocide complété et après cela… plus aucune fin heureuse pour nous. » Acheva Sans en baissant son crâne.

Le silence s'éternisa et, à ce stade, il devenait clairement insupportable. Le poids de ses responsabilités n'avait jamais autant peser sur Chara mais elle ne se défilerait jamais devant elles. Il n'y avait pas moyen de se justifier devant sa propre victime et elle n'en avait pas l'intention. Ce ne serait que des excuses et des excuses devant cette hécatombe ne serviraient à rien. En revanche, elle pouvait lui donner ses raisons :

«C'est de ma faute. Si j'avais pu leur apprendre le sens des responsabilités, peut-être que cela n'aurait jamais eu lieu. Au lieu de cela, je me suis laissée entraîner à penser que la mort était la seule option qui nous restait, à tous. À ce stade, c'était la seule solution que j'avais trouvé pour que les événements arrêtent de recommencer sans arrêt et pour échapper à cette souffrance infinie. Si l'Anomalie était tellement frustrée de voir que les choses ne se passeront plus jamais comme elle le voudrait, alors elle arrêterait ses efforts malsains. J'étais trop naïve en pensant que l'Anomalie cesserait si facilement. C'est moi qui suis responsable. »

Sans ne répondit pas et se contenta de quitter la ligne temporelle condamnée avant d'entrer dans une autre, suivie par Chara qui attendait toujours sa condamnation. Dans cette autre ligne temporelle, tout semblait aller pour le mieux : l'humain rencontrait des monstres, devenait ami avec eux (après bien des morts pour l'enfant) et finissait par affronter Flowey. Ensuite, en formant une boucle plutôt étrange, il revenait à sa dernière sauvegarde, explorait le vrai laboratoire avant de lutter contre Asriel dans un combat final qui s'achevait par sa victoire et le retour des monstres à la surface. Une fin heureuse, pacifique, celle qu'il aurait souhaité. Mais d'après ses observations, le monde se faisait effacer peu après. Même si la fin était heureuse, elle n'était pas définitive.

Toujours sans un mot et encore suivi par Chara, Sans entra dans une autre ligne et vit une histoire assez similaire, sauf que la fin différait légèrement. Le fil rouge de l'humain était remplacé par celui de Chara et tous les amis que l'humain s'était fait étaient éliminés. Une fin qui aurait pu être heureuse devenait, finalement, pire que celle s'achevant par un génocide.

Sans revint dans le corridor et s'assit sur le sol en contemplant ce dernier d'un air morne. Chara, très hésitante, se rapprocha du squelette, dans le plus profond silence. Elle comprendrait parfaitement si son compagnon voulait s'en prendre à elle : selon son avis, cela ne serait que justice. Mais rien ne venait, sinon un silence encore plus pesant. Sans ne paraissait pas vouloir dire quoi que ce soit. Et puis, finalement, il dit simplement :

« C'est pour cela que j'ai perdu espoir. »

« ... »

« Aucun moyen de savoir si la fin heureuse dans laquelle je me trouvais était la bonne ou si j'allais me faire poignarder dans le dos, à peine sorti de l'Underground. Mais ne t'inquiètes pas, tu n'es pas la seule en cause. Même si j'avais atteint la fin heureuse, j'aurais compris que ce ne serait pas définitif et j'aurais simplement attendu que le cauchemar recommence. Tu n'étais qu'une petite partie du problème dans tout ça. » Déclara Sans sur un ton morne.

« Non. Je suis à l'origine du problème. La Détermination. Si je n'étais jamais née avec ce satané pouvoir, jamais vous n'auriez autant souffert. Vous seriez peut-être encore coincés dans l'Underground mais vous n'auriez pas à souffrir à cause de la Détermination. » Répliqua Chara, ses yeux rougeoyants fixant le vide.

« Tu leur as donné espoir. De ton vivant, tu as permis à notre peuple de surmonter sa peur de l'humanité et sa dépression et de recommencer à vivre. Tu as cherché à libérer les Monstres et cela doit compter pour quelque chose. Même quand Asgore a opté pour un mauvais choix après ta mort, cela a quand même permis au peuple de retrouver espoir. » Nuança le petit squelette.

« L'espoir était la pire chose que je pouvais lui donner. L'Underground sera perpétuellement piégé dans une boucle sans fin et c'est à cause de moi. Tu sais très bien que c'est vrai ! Toi, parmi tous les autres, tu sais très bien que l'espoir n'est qu'un leurre !» S'exclama Chara.

« La boite de Pandore semble le confirmer. » acquiesça Sans.

« Ah… Tu connais la vrai signification du mythe, alors ? » Demanda le fantôme avec une expression amère.

« Je suis très familier avec, je le reconnais. La boite de Pandore où étaient enfermés tous les maux menaçant l'humanité : famine, maladie, guerre, souffrances, mort. Quand elle l'a ouverte, tous les maux se sont échappés et se sont répandus sur la Terre. Cependant, elle est parvenue à la refermer à temps pour que l'espoir y reste piégé. Pourquoi, se demanderait-on, l'espoir, un sentiment perçu si positivement, ferait-il partie des maux de l'humanité ? Parce que l'espoir ne sert qu'à prolonger la souffrance quand la situation est sans issue et c'est une chose bien terrible que de ressentir un tel sentiment quand on se trouve au bas de l'échafaud. Des interprétations sur ce mythe affirme que ce qui est resté au fond de la boite de Pandore n'était pas tant l'espoir que la connaissance du moment où notre vie prendra fin. Vivre en sachant quand l'heure de sa mort arrivera serait précisément vivre sans espoir. Cela marche aussi, je suppose. » Analysa le squelette d'un air un peu songeur.

« Tu vois donc bien... » Commença Chara.

« Pour les personnes lucides, et je ne veux pas dire par là forcément les plus intelligentes, l'espoir est une malédiction. Nous savons exactement quelle sera l'issue de toute manière. Mais pour la majorité des mortels, humains comme monstres, l'espoir est ce qui leur permet d'avancer. Autrement, ils seraient comme nous : soit ils auraient abandonné l'idée même de bonheur, soit ils seraient prêts à n'importe quelle extrémité pour faire cesser la souffrance. Je ne voudrais pas que ceux qui m'entourent deviennent comme moi ou comme toi. Ils veulent être heureux et même si pour moi, c'est impossible, je ne pourrais arracher ce souhait à ceux que j'aime. »

« Comme Papyrus ? » Demanda le fantôme d'une voix hésitante.

« Non. Tu pourrais faire subir tout ce que tu veux à Papyrus, tu peux le conduire aux portes de la mort et même l'y laisser, il ne cessera jamais d'espérer. Il sera imperméable à toute raison, il refusera tout argument logique, il niera même d'innombrables preuves sous ses yeux, même venant de moi. L'espoir et son éternel optimisme seront toujours là pour le guider, même dans les moments les plus difficiles. Même l'Anomalie ne pourra pas le faire changer d'avis. » Déclara Sans, comme s'il n'émettait pas une simple opinion, mais un fait aussi évident que si la gravité existait.

« Tu insinues qu'à une époque, tu essayais de lui faire voir la raison. » Fit remarquer Chara.

« Et j'y ai renoncé. Au final, peu m'importait d'avoir raison. Essayer n'avait rien donné et n'avait fait que nous blesser. Papyrus était la seule raison pour laquelle je désirais vivre alors je m'en suis satisfait. »

« Je suppose que les ignorants sont bénis... » Soupira Chara, avec un air clairement désabusé sur son visage et paraissant complètement lasse. D'après ce qu'elle savait de Papyrus, sa naïveté le rendait clairement plus heureux que n'importe qui dans l'Underground. Peut-être devrait elle l'imiter ? Nan ! Chara appréciait trop les mauvais jeux de mots et le sarcasme pour cela.

« Les ignorants sont peut-être plus heureux mais ils sont moins libres, au final. Je propose donc qu'on remédie à notre ignorance. » Déclara Sans en se relevant avec un air décidé qui n'avait pas sa place sur le crâne du squelette dépressif.

« Comment ça ? » Demanda la fantôme, un peu étonnée par ce brusque changement d'attitude de son partenaire.

« Tu ne vois pas ? Là où nous nous trouvons, nous avons des centaines de millier de données à déchiffrer. Des milliers et des milliers de fois ce qu'il s'est passé dans l'Underground. Excepté que cette fois, je n'aurais plus à compter sur de vagues souvenirs, des réminiscences éphémères et des rêves épars. Maintenant, nous avons affaire à la réalité concrète, sous forme de lignes codées. Nous pouvons analyser chaque situation et observer les points communs mais aussi déterminer s'il y a une différence ou une variante que nous pourrions explorer pour remédier à notre situation. »

« Tu veux analyser chacune d'entre elle ? Mais, il semble y en avoir une infinité ! C'est titanesque ! » S'exclama Chara, complètement incrédule.

« Je ne vois rien de mieux à faire en ce moment précis. Ne me dis pas que tu as les foies ? »

« Je vais te montrer qui d'entre nous a les tripes pour ça ! » Gronda Chara avec un sourire décidé.

Et ensemble, d'un air déterminé, les deux compagnons se dirigèrent vers le prochain portail.


Voilà pour ce chapitre. Si vous avez lu et que vous avez aimé, merci de laisser une review, même courte.

Joyeux Noël à tous !