Un secret dévoilé.
Chapitre 2.
Trottant, sur son cheval, jusqu'à la sortie du château, Arthur avait bien l'intention de retrouver Merlin afin de l'accompagner dans sa quête. Au fil des années, et depuis leur rencontre, la relation des deux jeunes hommes n'avait cessé d'évoluer. Ils s'étaient haïs dans un premier temps. Puis ils s'étaient rapprochés devenant amis, sans trop de proximité entre eux. Chacun restait à sa place. Mais cette amitié n'était pas vraiment la bienvenue entre prince et son valet. Arthur en prit d'ailleurs conscience au fil de son rapprochement avec son jeune serviteur. Certains sentiments n'avaient aucune place dans ce monde.
Il avait déjà fait une exception pour Guenièvre. Ses sentiments amoureux, à l'égard de la jeune femme, avaient été assez intenses pour le mettre dans l'embarras vis-à-vis du royaume. Mais Arthur était aussi un jeune homme qui avait besoin de s'affirmer sur tous les plans. Il ne voyait pas d'un bon œil les interdictions qu'on lui donnait. Il détestait devoir obéir lorsqu'il savait qu'il avait raison. Lorsqu'il savait que les choses devaient changer pour accepter des aprioris, des lois qui n'étaient pas juste.
Malgré cela, il avait conscience que certains interdits devaient être respectés pour éviter, ne serait-ce que, de perdre toute crédibilité envers son royaume et ceux aux alentours. Avoir une aventure avec une domestique n'était rien comparé à la réalité de sa vie souhaitée.
Alors qu'il passait les larges portes, séparant la ville-basse de la plaine de son futur royaume, Arthur observa ce qui l'entourait, à la recherche d'une silhouette. Ealdor était à droite, de l'autre côté de la frontière de Camelot. Alors pourquoi n'y voyait-il aucun signe de Merlin ? Gaïus lui avait assuré qu'il était partie depuis peu de temps. Il aurait dû l'apercevoir, mais rien. Lorsque son regard parcourut l'horizon, son visage prit une expression d'incompréhension. Un homme, à cheval, se dirigeait vers le sud, prenant la direction de la forêt de Balor. Le jeune prince ordonna à son cheval de s'activer et entra dans un galop afin de le rattraper.
Pourquoi le jeune homme brun prenait une telle direction ? Ils avaient pourtant déjà pris le chemin d'Ealdor bien des fois.
- Merlin, l'appela-t-il alors qu'il ne se trouvait plus qu'à quelques mètres.
Le jeune homme se tourna et observa Arthur arriver à sa hauteur. Son visage était neutre, mise à part un voile d'inquiétude. Arthur attendit d'entendre sa voix, mais rien ne vint. Restant silencieux pendant près d'une minute, il décida de montrer sa nature habituelle :
- Tu t'en vas sans me demander mon autorisation, commença-t-il. Tu pars sans me demander de l'aide et tu ne me réponds même pas lorsque je t'appelles ? Arthur fit mine de réfléchir sans même prendre conscience du regard vide de son valet. Je réfléchis encore à la punition que je pourrais t'infliger en rentrant.
- Rentrez au château, Sire, soupira le jeune servant dans une voix légèrement exacerbée. J'ai une affaire à régler, je ne souhaite pas vous faire perdre de votre précieux temps.
- J'ai eu vent de cette histoire. Mais sais-tu que tu ne prends pas la bonne direction pour te rendre à Ealdor ?
- J'en ai conscience, mais qui vous dit que je me rends là-bas ?
- Je suis le prince, Merlin, annonça-t-il d'un ton légèrement hautain. Toutes les langues se délient lorsque je pose des questions.
- Pas toutes, rectifia Merlin sans plus d'enthousiasme.
Arthur eut un léger rictus qu'il tenta de dissimuler. Merlin restait son plus grand mystère. Il savait qu'il lui cachait des choses. S'il ne l'embêtait pas avec cela, c'était par respect. Un respect qu'il dissimulait avec les tâches ingrates qu'il donnait à son serviteur, ou avec des remarques acerbes qu'il regrettait au fond de lui, mais n'en laissait rien paraitre.
- Oui, pas toutes. Je sais que tu as un secret que tu ne veux pas partager…, avança Arthur avant que son interlocuteur ne le coupe :
- Pas qu'un secret seul.
Arthur fronça les sourcils en observant son valet, pendant que leurs chevaux marchaient, côte à côte, dans un rythme synchronique.
- Vraiment ? s'étonna le jeune homme blond. Tu en as plusieurs ?
- Et bien, vous ignorez où je vais et pourquoi, expliqua Merlin, ce qui, en somme, est un autre secret.
Le prince ne put s'empêcher un sourire amusé. Mais face à ce serviteur au visage impassible, l'arc que traçaient ses lèvres disparu. Il inspira l'air pur de la forêt, que la brise légère leur apportait, et finit par lui annoncer :
- Et bien cela ne restera pas un secret puisque je viens avec toi. Je serais forcé de le découvrir par moi-même.
Merlin lui jeta un regard légèrement surpris, mais aussi gêné. On ne pouvait aller à l'encontre de ce que le prince décidait lorsqu'on était un simple valet. Alors il se tût. Mais Arthur n'était pas aussi crétin que son valet avait pu le dire à leur première rencontre. Il avait remarqué que son servant n'était pas réellement d'accord avec cette perspective. Pourquoi ? Il l'ignorait. Allait-il être confronté à des réponses qu'il regretterait ? Cela aussi il l'ignorait encore.
Les deux hommes s'engouffrèrent alors dans la forêt, dans un silence pesant. Arthur n'osa plus dire un mot. Merlin profita alors de ce précieux cadeau, habitué aux remontrances, sarcasmes et autres remarques vexantes que son Prince avait pris l'habitude de lui certifier.
