Chapitre 2: Surprise au Chadron Baveur

Note: Ce chapitre est situé avant le début de la sixième année scolaire de Harry. La scène se déroule après la vaine tentative d'Hermione d'apprendre quel objet Drago Malfoy a commandé chez Barjow et Beurk. Alors que les trois amis s'apprêtent à sortir de l'Allée des Embrumes…


Ron et Hermione n'avaient pas fini de se disputer lorsque Harry aperçut une ombre familière descendre le Chemin de Traverse. La cape noire et les cheveux graisseux de l'homme ne laissaient aucun doute sur son identité. Il fit à ses amis signe de se taire et leur montra la silhouette, qui s'éloignait à pas pressés en direction du Chaudron Baveur.

– Ça alors ! murmura Ron. Qu'est-ce que Rogue fait ici ?

– Il a dû venir acheter des ingrédients pour ses potions, supposa Hermione.

– Je ne serais pas étonné qu'il ait un rendez-vous avec les Malfoy, grommela Harry sombrement. Ou qu'il soit venu acheter des instruments de magie noire.

– Je te ferai remarquer qu'il n'était pas dans l'Allée des Embrumes, protesta Hermione, indignée par sa partialité. Et qu'est-ce que tu veux qu'il fasse en compagnie des Malfoy ?

– Je suis d'accord avec Harry, déclara Ron. C'est un vieil ami de Lucius Malfoy. Et je l'imagine mal faire ses achats dans la boutique de l'apothicaire au milieu de ses élèves !

– Et pourquoi pas ? Tout le monde fait ses provisions sur le Chemin de Traverse !

Harry regardait la cape noire disparaître dans le brouillard. Il éprouvait une envie irrésistible d'en apprendre davantage sur les plans de son maître des potions et sentait que le moment était propice. Sans perdre davantage de temps, il décida de s'élancer à la poursuite du professeur.

– Harry, non ! Il faut rentrer dans la boutique de Fred et George, on a dû s'apercevoir de notre absence ! gémit Hermione en essayant de le retenir par le bras.

– Oui, laisse tomber ! suggéra Ron. Qu'est-ce que ça te fait, qu'il se promène ici ?

Harry ne les écoutait pas. Il suivait Rogue à une distance prudente, obligeant ses deux amis à marcher sur ses talons afin de ne pas dépasser de la cape d'invisibilité. La silhouette noire passa sous la voûte qui s'ouvrait sur la cour du Chaudron Baveur et s'engouffra dans le pub.

– Rentrons, Harry ! suppliait Hermione, qui se tordait à présent nerveusement les mains. Qu'est-ce que tu espères voir ? Il ne va pas amener de Mangemorts au bar !

– Je veux savoir ce qu'il mijote, répondit-il sans cesser de s'avancer obstinément vers l'arcade. Il est venu me voir cet été. Je vous ai dit que son comportement était étrange.

– Oui, mais ce n'est pas le moment de faire des recherches, assura Ron.

Il s'arrêta résolument sous la voûte et saisit Harry par l'épaule pour l'immobiliser.

– Maman fera une scène terrible si elle se rend compte que nous sommes partis sans la prévenir. Avec tous les moyens de sécurité qu'ils ont mis en place !

Indifférent aux sollicitations de Ron, qui menaçait de lui arracher le bras, Harry tendit le cou pour voir ce qui se passait dans le pub. A travers la porte vitrée, il vit Rogue traverser le bar désert et se diriger vers l'autre entrée : celle qui donnait sur Charing Cross Road.

– Harry, revenons ! insistait Hermione. Tu vois bien qu'il ne rencontre personne ! Nous ne pouvons pas le suivre dans tout Londres !

Il était sur le point de céder lorsqu'il s'aperçut que Rogue était revenu à l'intérieur. Une femme lui emboîtait le pas. Harry s'avança vers la vitre pour mieux la distinguer. Il crut alors qu'il allait avoir une attaque. C'était la tante Pétunia. Ron et Hermione contemplèrent la scène bouche bée, oubliant pour un instant leur détermination à rentrer au plus vite.

– Par les chaussettes de Merlin ! haleta Ron, les yeux écarquillés. Ta tante est amie avec Rogue ? Pas étonnant qu'elle soit si méchante !

– Je croyais que les Moldus ne pouvaient pas voir l'entrée du Chaudron Baveur, s'étonna Hermione. A sa place, elle aurait dû voir une boutique détruite…

– C'est sans doute pour cela qu'il est sorti à sa rencontre, dit Harry.

Il réfléchissait. Allait-il apprendre enfin l'origine de l'étrange connivence entre Mrs Dursley et le maître des potions qu'il avait sentie le soir où celui-ci était venu lui transmettre le message de Dumbledore ? Allait-il savoir comment ils s'étaient connus et quel secret ils partageaient ? Il fit un geste vers la porte, qui n'était qu'entrebâillée. Ce mouvement ramena Hermione à elle.

– Harry, pas maintenant ! Il faut revenir ! S'il te plaît, laisse…

Mais sa décision était prise. Il tira la cape d'invisibilité entièrement sur lui, les faisant sursauter d'effroi et s'écarter précipitamment de la porte, et se faufila à l'intérieur.

Rogue et Pétunia s'étaient assis à une petite table de fond. Mrs Dursley paraissait fort mal à l'aise dans cet endroit miteux et en tout point contraire à son mode de vie, comme le laissait deviner son expression de visage troublée. Tom, le vieux propriétaire du pub, ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil perplexe sur son impeccable tenue moldue lorsqu'il fut venu lui servir son thé, auquel elle ne toucha guère. Il déposa ensuite un verre d'hydromel devant Rogue. Celui-ci n'accorda pas plus d'attention à sa boisson que Pétunia à la sienne.

Ils conservaient un silence lourd d'antipathie mutuelle. Harry s'avança avec précaution vers leur table. Ce fut Mrs Dursley qui se décida à parler la première. Sa voix d'habitude aigre et suraiguë tremblait d'inquiétude.

– Ce qu'il a dit est donc vrai ? Il est bien revenu, Lord… Lord V…

– On ne prononce pas son nom, coupa Rogue sèchement.

– Mais il est revenu ?

– Oui.

– Cela signifie qu'il y aura une guerre ? Comme la dernière fois ?

– En effet. Et elle a déjà commencé.

Elle laissa échapper une faible exclamation d'horreur.

– Est-ce que ma famille est en danger ? demanda-t-elle avec insistance.

– Peut-être, répondit Rogue, impassible. Si le Seigneur des Ténèbres essaie de capturer Potter, il pourra vous utiliser comme un appas ou vous soumettre à la torture.

Pétunia expira lentement, comme pour maîtriser son angoisse, mais de toute évidence, elle était résolue à poursuivre son interrogatoire jusqu'au bout.

– Pourquoi s'intéresse-t-il tant à Harry ? Pourquoi veut-il… le capturer ?

L'irritation de Rogue semblait s'accroître avec chaque nouvelle question que Mrs Dursley lui posait. Harry se demandait pourquoi il avait consenti à ce rendez-vous, qui n'avait aucun intérêt pour lui.

– Pour la même raison que la dernière fois. Il croit que Potter a le pouvoir de le vaincre.

Et soudain, après un court silence, il lui lança avec dédain :

– Vous auriez dû le savoir depuis longtemps.

Plus encore que cette attaque violente, ce fut la réaction humble de la tante Pétunia qui stupéfia Harry. Les yeux baissés, elle s'abstint de répliquer. Elle ne reprit qu'après avoir bien pesé ses mots :

– A votre avis, a-t-il une chance de le détruire ?

– Dumbledore le croit, affirma Rogue d'un ton sceptique. Il faut donc l'espérer.

Elle releva les yeux vers lui.

– Vous étiez ami avec elle. Pourquoi détestez-vous ce garçon ?

Rogue ne répondit pas toute de suite. Sa main se crispa sur sa boisson avec une telle force que le verre fragile menaçait d'éclater entre ses doigts.

– C'est le fils de Potter, avoua-t-il enfin entre ses dents.

Harry avait l'impression d'être plongé dans un rêve. L'aversion de Rogue pour son père ne lui était que trop bien connue. A y bien penser, il n'avait cependant jamais entendu le professeur critiquer sa mère. Ainsi donc, ils auraient été amis. Mais dans ce cas, pourquoi l'avait-il traitée de Sang-de-Bourbe le jour de leur épreuve de Défense contre les Forces du Mal ? Peut-être avait-il été jaloux de voir Lily courtisée par James ?

Une confession mélancolique de Mrs Dursley le tira de sa réflexion fiévreuse.

– J'ai honte d'avoir… d'avoir été… si injuste avec elle, reconnut-elle d'une voix éteinte. Je n'aurais jamais dû… lui dire…

Sa voix se perdit. Rogue la fixa des yeux et son regard glacial sembla s'adoucir imperceptiblement. Il hésita avant de demander avec une tendresse qui ébahit Harry plus que tout ce qu'il venait d'entendre :

– A-t-elle jamais parlé de moi après… ma dernière visite ?

– Pendant la dernière fête de Noël que nous avons passée en famille. Elle a dit que vous lui manquiez.

Il se passa alors quelque chose qu'aucun élève de Poudlard n'aurait jamais cru possible. Rogue avait des larmes aux yeux. C'était donc vrai. Il aimait Lily.

Harry suffoquait sous sa cape d'invisibilité. Il ne voulait pas en entendre davantage. Il devait partir, se réfugier dans un lieu calme où il pourrait repenser à tout ce qu'il venait d'apprendre et accepter la réalité insoupçonnée. Il fit quelques pas en arrière, mais ses membres engourdis par le choc ne lui obéissaient plus. Il tituba, heurta une chaise et tomba sur le sol en la renversant. Les deux hôtes eurent un soubresaut et se tournèrent vers l'endroit d'où provenait le bruit. Rogue réagit avec la rapidité d'un éclair.

Impedimenta !

Les jambes de Harry s'immobilisèrent. Quelques secondes plus tard, le professeur lui arracha sa cape d'invisibilité. Dès que la tante Pétunia l'eut aperçu, elle poussa un cri strident et sortit du pub en courant. Paralysé et impuissant, Harry regarda avec appréhension le maître des potions. Il avait déjà eu l'occasion de subir sa fureur l'année précédente, après avoir pénétré dans ses souvenirs. Cette fureur n'était pourtant rien à côté de la rage qui le secouait à présent. Cette fois, Rogue allait le tuer. C'était écrit dans ses yeux noirs qui brûlaient d'une lueur démente. Un tremblement s'empara de Harry lorsqu'il le vit lever sa baguette.

– Professeur Rogue ! Qu'est-ce qui se passe ?

C'était Tom qui accourait en claudiquant. Ses pupilles se dilatèrent à la vue du tableau qui s'offrait à lui : Harry était renversé sur le sol, la silhouette menaçante de Rogue dressée devant lui, sa baguette en l'air.

– Rien d'extraordinaire, Tom, répliqua le professeur férocement sans baisser le bras. C'est encore Potter qui a décidé de se mêler des affaires qui ne le regardent pas et de venir écouter ma conversation privée.

– Le jeune Potter ? Par la barbe de Merlin, qu'est-ce que…

– Et je suis sûr qu'il a échappé à sa garde. Le ministère a formé un groupe d'Aurors de choix rien que pour sa protection, mais peu lui importe, à lui. Le célèbre Potter se promène où il veut, quand il veut, autant qu'il veut, et s'il se fait attraper par des Mangemorts, quelqu'un viendra sûrement à son secours.

– Oh ! oh ! Mais, professeur, peut-être que Mr Potter avait seulement l'intention de venir prendre un…

– Il est venu fouiner ! s'emporta Rogue. Je sais de quoi je parle, Tom !

– Certainement, professeur, certainement… Je vous prie seulement de ne pas être trop sévère avec…

– Je suis son professeur, il m'appartient de décider à quel point il convient d'être sévère avec lui !

Pendant cette querelle, Rogue s'était à moitié tourné vers le vieil homme. Harry s'efforçait désespérément de rompre le charme qui le clouait sur place, mais tout à coup, les effets du sortilège se dissipèrent d'eux-mêmes. Il regarda discrètement en arrière et comprit qu'Hermione avait utilisé la formule Finite Incantatem. Sans perdre de temps, il empoigna sa cape d'invisibilité et se rua dans la cour où attendaient ses deux amis. Tous les trois se précipitèrent aussitôt vers le Chemin de Traverse. Avant de disparaître derrière la voûte, Harry jeta un dernier coup d'œil furtif vers le bar. La baguette de Rogue était pointée sur eux et ses lèvres formaient le mot Oubliettes. Une fois revenus au Weasley, Farces pour sorciers facétieux, ils ne se souvenaient plus de leur aventure.