Le blabla inintéressant de Cat :
HEY. Oui ce premier chapitre a mis cent ans à arriver, tout en sachant que j'ai mis au moins quatre mois à l'écrire. Sans vouloir me justifier, des examens et un début de vacances bien méritées ont eu raison de mon temps ces dernières semaines, mais peu importe, il est là, tout beau, tout neuf et il n'attend que vous pour être lu. Personnellement, je le trouve un peu trop long (dans le contenu, je pense que j'aurais pu enlever certaines choses) mais c'est un chapitre qui est surtout là pour vous présenter Grace, ses amis, ses relations et quelques pistes pour la suite. J'espère que vous ne serez pas trop perdus par la quantité d'informations et que ça vous plaira quand même !
Merci pour les retours que j'ai eu, n'hésitez pas à me donner votre avis !
CFLM angel - Ici une amoureuse de pingouins qui espère que la suite te conviendra !
Vlad - Il me semble que tu as déjà commenté une autre de mes fictions, alors merci d'être fidèle à ce que j'écris :D J'essaye d'avoir une écriture assez joyeuse, après on est passé à un point de vue interne donc ça dépendra de l'humeur de ma Grace x) Ne t'inquiète pas pour cette histoire de "I hate you, I love you", je ne suis pas non plus partisane du "Oh quel abruti... mais il est beau quand même, allez c'est pas grave si je le déteste et que c'est un véritable enculé, après tout je suis une fille hihi je ne suis pas censée avoir de cerveau". Donc évidemment, comme toute histoire d'amour, ça prendra du temps :) Donc j'espère que tu aimeras beaucoup beaucoup beaucoup ce premier chapitre aussi !
Bonne lecture !
CHAPITRE 1
Poudlard me voilà
Lorsque le réveil sonna ce matin-là, j'avais complètement oublié quel jour on était. J'avais donc remis mon oreiller sur ma tête, enfoui mes pieds dans les plis froids de la couette – avouez, tout le monde fait ça – et grommelé un charabia qui ressemblait plus à du gobelbabil qu'autre chose, et je m'étais rendormie.
Enfin ça, c'était sans compter la nature magique de mon réveil.
Autant dire que j'aurais peut-être dû vérifier les différentes fonctionnalités avant de l'acheter, parce que ce n'était absolument pas marqué sur l'emballage qu'il avait l'option de rappel corne de brume.
━ Tu as tout ? Ton chaudron, tes livres, ton uniforme, tes parchemins ? Est-ce que tu as vérifié s'il ne te manquait rien ?
━ Pour la cinquième fois, OUI Mamie !
━ Grace, ne parle pas à ta grand-mère comme ça !
Je poussai un grognement à mi-chemin entre le Troll et la goule, ignorant ma mère, et je tournai les talons, quittant la cuisine où ma grand-mère maternelle préparait un panier-repas pour ce midi. A tous les coups, elle allait encore mettre trop de sauce dans mon sandwich et même Ozzy, le hibou de Gemma qui mangeait à peu près tout ce qu'il trouvait, n'en voudrait pas.
Je montai les escaliers quatre à quatre, et traversai le couloir jusqu'à entrer dans une pièce sans frapper.
C'était un bureau spacieux, surplombé d'une immense verrière où le ciel rosé des Cornouailles s'étalait comme une peinture. Les murs étaient couverts de hautes bibliothèques remplies de centaines de vieux livres poussiéreux qui menaçaient de te tomber dessus quand tu passais à côté, certains étaient mêmes ensorcelés pour mordre quand on essayait de les ouvrir. Je le savais, j'en avais fait les frais de nombreuses fois, pour preuve, j'avais une cicatrice juste en-dessous du coude. Des instruments bizarres reposaient un peu partout, il y avait des cadres cassés dans un angle, et des parchemins s'entassaient aux quatre coins de la pièce ainsi que des cartes, des manuels ouverts et annotés et des flacons au contenu encore non-identifié.
Je m'avançai encore un peu plus, faisant craquer le parquet sous mes pas. Peut-être que je n'aurais pas dû reprendre de bacon tout compte fait…
━ Grace, c'est toi ? fit une voix bourrue tandis qu'un vieil homme émergeait de dessous un bureau en bois.
━ Grand-père, tu es réveillé ! m'exclamai-je avec un grand sourire.
Je n'avais jamais eu assez de courage pour appeler mon grand-père « Papi », il me paraissait beaucoup trop sérieux pour ça.
Archibald Rosier-Mercer était un grand homme, dans tous les sens du terme. C'était un chercheur et un voyageur invétéré, il avait réussi à se faire un nom parmi certains des scientimages et magizoologistes les plus reconnus en Angleterre alors qu'il n'avait seulement qu'une trentaine d'années, ce qui ne le rendait pas peu fier. Il n'en restait pas moins humble et cela lui arrivait de donner des conférences sur ses travaux, quand il ne travaillait pas sur un énième livre sur les Manticores. Ce que je préférais quand j'étais petite, c'était m'asseoir dans le seul fauteuil de la pièce, un énorme siège en cuir dans lequel on sentait ses fesses s'enfoncer, et l'écouter me parler de ses voyages et de ses découvertes (en particulier le passage où il se faisait courser par un Eruptif en colère dans la savane africaine) en agitant sa baguette magique pour faire apparaître des formes et des images qui accompagnaient son récit. Il marchait à grands pas dans la pièce, remuant les bras dans tous les sens, le visage éclairé par les souvenirs de ses aventures. Parfois, il se penchait au-dessus de moi pour me faire peur, la plupart du temps quand il me contait joyeusement comment il avait frôlé la mort pour la quatre cent soixante-treizième fois, et sa grande silhouette m'enveloppait chaleureusement tandis que sa barbe touffue me chatouillait le front.
Ça n'avait pas vraiment changé depuis, certes il avait pris un peu d'embonpoint mais mieux valait ne pas le lui faire remarquer, il se vexait facilement
━ Je n'allais pas rater la rentrée de ma petite-fille préférée, pour quel grand-père indigne tu me prends au juste ? répliqua-t-il en m'embrassant sur le dessus du crâne.
━ Je suis ton unique petite-fille, Grand-Père, marmonnai-je sans pouvoir cacher un sourire.
━ Pour mon grand malheur, fit-il en levant les yeux au ciel, faussement désespéré. J'aurais aimé pouvoir acheter des robes ou des jouets roses à une autre sans qu'elle ne me les renvoie à la figure en me déclamant à grands mots un discours sur le machisme dégradant pour le sexe féminin, la rupture éducative entre les filles et les garçons, l'ignominie de la prépotence masculine, et l'hégémonie de l'homme dans la société, tout ça sans respirer et en employant des mots bien trop compliqués pour son propre bien.
━ Ha ha, très drôle, dis-je en lui tirant la langue. En attendant, je n'avais pas totalement tort. Et tu ne vas pas me reprocher d'avoir un vocabulaire développé quand même ?
━ La cause féminine te tient à cœur, j'avais compris, concéda-t-il en rejoignant l'un de ses bureaux, fouillant distraitement dans ses papiers. Si seulement ta copine, la petite brune qui est venu l'été dernier, ne m'avait pas fait toute une thèse là-dessus, j'aurais pu t'appuyer mais je te promets que je ne peux plus entendre les mots « vagin », « seins » et « concombre » dans la même conversation, m'avoua-t-il avec un sourire mi-moqueur, mi-réprobateur.
━ Tu vois ça avec Liam, répondis-je en haussant les épaules, je lui avais dit qu'inviter Jo était une mauvaise idée.
On se regarda dans les yeux, avant d'éclater de rire. Mon grand-père, malgré son âge avancé, avait toujours été « nature » et la complicité qu'il y avait entre nous rendait ma grand-mère un peu jalouse, en particulier lorsqu'on décidait de la rendre folle.
Il sembla comprendre ce qui me traversait l'esprit puisqu'il me demanda ensuite :
━ J'imagine que tu es montée parce-que ta grand-mère t'as encore trop maternée ?
━ Comment tu as deviné ? soupirai-je, sarcastique. Elle doit être encore plus stressée que moi, c'est dingue ! m'exclamai-je en levant les bras, désemparée.
━ Elle est toujours comme ça les jours de rentrée, tu le sais bien. Tu te souviens de la fois où elle vous a amenée en quatrième année ? Un désastre, me rappela-t-il, amusé, tandis que je grimaçai. Sacrée Elisabeth.
Un petit silence s'installa, seulement troublé par les livres qui changeaient de place dans les étagères et le bruissement des parchemins que mon grand-père déplaçait sans délicatesse.
Et après c'est moi qu'on accuse d'être bordélique.
━ Allez, viens par là, je voudrais te montrer quelque-chose, fit-il finalement en me faisant signe de me rapprocher de lui.
Je traînai des pieds jusqu'à lui, curieuse comme une gargouille, et penchai la tête pour pouvoir observer ce qu'il tenait dans les mains.
C'était un coffret en bois gravé dont la serrure en bronze formait un symbole celte que je n'avais encore jamais vu. L'intérieur était en velours bleu nuit et il parut onduler quand mon grand-père l'effleura. Il contenait trois objets, un pendentif reposant dans un petit écrin, une potion d'une curieuse couleur dorée dans laquelle des bulles d'air semblaient flotter, ainsi qu'une bourse en cuir.
━ Qu'est-ce que c'est ? demandai-je, impatiente d'en savoir plus.
Mon grand-père avait toujours possédé d'étranges objets, ramenés de ses voyages ci et là, et il avait toujours pris plaisir à me les montrer, me faisant part de ses observations tout en écrivant furieusement sur son carnet de notes. Si ceux-ci ne sortaient en rien de l'ordinaire, il ne les avait cependant jamais partagés avec moi, aussi étais-je pour le moins intriguée.
━ Ceci, dit-il en soulevant la bourse, est une petite partie de ma réserve personnelle de poudre de Cheminette. (Me voyant hausser un sourcil, pas impressionnée pour une Noise, il continua avec un sourire en coin.) Je sais, tu te sens flattée. Seulement, ce n'est pas de la poudre normale, non Madame. Celle-ci vient droit d'Ukraine, et elle a des propriétés bien spécifiques. Tu n'as pas besoin d'énoncer ta destination, elle t'amène là où tu en as le plus envie… ou le plus besoin, selon la situation. Je t'épargne l'histoire de sa création, c'est particulièrement intéressant mais tu trouverais ça ennuyeux à mourir.
Je pouffai, sachant très bien qu'il avait raison. Je l'observai ensuite reposer la sacoche dans le coffret en bois, avant de pointer du doigt de la petite fiole.
━ Ceci est une potion, fit-il et je levai les yeux au ciel. De toute évidence, rajouta-t-il, amusé de sa propre bêtise, tu l'auras deviné toute seule.
Il marqua une pause, et j'observai la potion d'un œil plus acéré. Ce n'était pas son genre de soulever des évidences avec tant de désinvolture. Je n'avais certes pas de talent particulier pour les Potions, Rogue m'aurait bien aidé sur ce coup-là, mais je n'étais pas non plus ignare. Malgré cela, je n'avais aucune idée de ce que cela pouvait être.
Mon grand-père reprit ses explications, d'une voix plus basse et plus grave, m'incitant à être plus attentive :
━ Je ne peux pas te dire ce qu'elle contient, ni ses effets. Tu dois seulement savoir qu'elle pourra t'être utile si jamais tu en as besoin.
━ Comment je pourrais savoir quand j'en aurais besoin ? lui demandai-je en fronçant les sourcils.
━ Crois-moi, tu le sauras, affirma-t-il. Rappelle-toi seulement de ne l'utiliser qu'en cas d'extrême urgence.
Je hochai la tête, ne sachant quoi dire. Je sentais que tout ce charabia avait une importance, mais laquelle, c'était bien ce qui me posait problème. J'avais confiance en mon grand-père, et même s'il paraissait un peu taré parfois, il finissait toujours par avoir raison. Ce qui était particulièrement inquiétant au quotidien d'ailleurs.
J'avais ris au nez de Gilinsky, la prof de Divination en troisième année, quand elle m'avait annoncé avec un sérieux tout à fait hilarant que le don du Troisième Œil était dans ma famille. « Je pense que ça se saurait si c'était moi, je ne perdrais pas mon temps à chercher mes chaussettes tous les matins, avait chuchoté à l'oreille de ma voisine en ricanant. » Maintenant, je commençais presque à croire la vieille folle…
Je chassai mes interrogations de ma tête quand il saisit délicatement le pendentif par sa chaîne en argent. Il passa son doigt sur le cristal nacré en forme de goutte qui l'ornait, avant de le retourner. Je reconnus immédiatement la rune gravée au dos.
━ C'est –
━ Oui, tu as trouvé. C'est une rune assez ancienne, qui symbolise la protection. Tu l'as sûrement déjà étudié en cours, mais ces symboles, au-delà de leur existence en tant que simple alphabet, ont une signification ésotérique très développée et ont contribué, dans l'Ancienne Magie, à renforcer les enchantements lancés sur des objets.
━ Tu veux dire que ce collier… c'est un talisman ? demandai-je, estomaquée, en fixant le pendentif avec de grands yeux.
━ Un talisman, une amulette, appelle-le comme tu veux, répondit mon grand-père en se tournant vers moi. Ecoute-moi bien Grace, continua-t-il encore plus gravement en posant une main sur mon épaule. Les temps sont sombres, le danger rôde, et le pire est encore à venir. Poudlard est certes l'endroit le plus sûr pour toi mais on n'est jamais vraiment sûr de rien. Tu peux me prendre pour un vieux fou paranoïaque si tu le souhaites, mais je veux que tu portes ce collier. S'il-te-plaît, ma Gracy.
Il déposa le pendentif au creux de la paume que je lui tendis, et referma mes doigts dessus. Il me sourit faiblement.
━ Je ne sais pas ce que je deviendrais s'il t'arrivait quelque-chose, souffla-t-il en me tendant ensuite le coffret.
Je n'avais pas spécialement envie d'y penser non plus.
━ Ne parle pas de malheur, Grand-père, lui répondis-je tranquillement. Pour le moment, la seule chose horrible qu'il puisse m'arriver, c'est d'être empoisonnée par le déjeuner de Mamie.
Il lâcha un rire et me frotta le haut du crâne, ignorant mes vives protestations.
━ Allez, descendons voir si tu n'as pas oublié ton livre de Métamorphose, ou un autre truc inutile du même genre.
━ Si le professeur McGonagall t'entendait…
━ Ah mais justement, elle ne peut pas, et c'est ça qui est bon !
Et après on se demande pourquoi je n'ai aucun atome crochu avec cette matière.
Grand-père finissait de mettre mes bagages dans le coffre tandis que j'essayais vainement d'échapper aux baisers mouillés de ma grand-mère, qui sanglotait, comme toujours un 1er septembre. Heureusement qu'on n'était pas sur le quai de la gare, la honte !
━ Prend bien soin de toi ma chérie, tu vas nous manquer, fit-elle finalement en se détachant de moi, essuyant ses yeux avec son tablier.
Je suis heureuse de ne pas avoir hérité du côté émotif de la famille, vraiment.
Soudain, au moment de dire au-revoir à mon grand-père qui souriait en revenant vers nous, ayant sûrement deviné mes pensées, un bref souvenir me traversa l'esprit.
━ Merde, Loki ! m'écriai-je, affolée avant de rentrer de nouveau en trombes dans la maison, tandis que ma mère soupirait en me reprochant mon langage.
Je montai deux étages à toute allure, avant d'enfoncer une porte. Là, sur le sol de la chambre, engoncé dans sa cage, le chat le plus noir de la création miaulait du plus fort qu'il pouvait.
━ Roh, ça va hein, ça arrive à tout le monde d'oublier des choses, râlai-je à son égard, avant de mettre une main sur ma hanche, encore essoufflée.
Un miaulement agressif me répondit, montrant qu'il n'était pas du tout de mon avis. Pour le bien-être de mes oreilles, je décidai qu'il était plus sage de lui lancer un sortilège de mutisme le temps qu'il se calme. Et, puisque c'était un rancunier pas possible, ça allait mettre un certain temps.
━ Je t'avais bien dit que tu allais oublier quelque-chose, HA ! cria ma grand-mère en me pointant du doigt quand je redescendis, toutes larmes disparues, me faisant sursauter.
J'espérais ne pas avoir non plus hérité du côté bipolaire de cette famille de timbrés.
Embrassant une dernière fois mes grands-parents, je m'approchai ensuite du coffre resté ouvert pour y déposer Loki.
━ Oui oui, je suis une méchante maîtresse, je t'oublie puis je t'abandonne, blablabla. Oh arrête de me regarder avec ces yeux, ça ne changera rien.
Mon chat cracha et je lui tirai la langue en réponse. Non, je ne suis pas folle. J'ai une conversation très saine avec un animal poilu et muet, tout ce qu'il y a de plus normal. Enfin, quand on est une sorcière, tout paraît plus ou moins normal.
Je fis le tour et regardai par la fenêtre de la voiture, une vieille Volvo qui devait sûrement avoir mon âge, et grimaçai en voyant l'état des sièges à l'intérieur.
━ T'es sûre qu'ils pouvaient pas te prêter autre chose au Ministère ? râlai-je en direction de ma génitrice. Parce-que là, c'est même plus les fonds de tiroirs qu'ils ont dû racler, ils ont carrément vendu le bureau...
━ Monte dans la voiture, répliqua ma mère en levant les yeux au ciel.
Elle rassura sa propre mère une dernière fois, avant de descendre les quelques marches qui la séparaient de l'allée de graviers dans laquelle je me trouvais toujours. Elle fronça les sourcils en me faisant un signe brusque de la main me signifiant de rentrer dans la voiture. Elle fit ensuite le tour de l'épave que son patron avait consenti à lui laisser le temps de quelques heures, tandis que je continuais mon observation, imperturbable.
━ Mais sérieusement, y a de la mousse qui sort de mon fauteuil ! Et puis, qui sait, il y a peut-être quelqu'un qui est mort dans cette voiture et ils t'ont rien dit ! On peut attraper des maladies très graves comme ça tu sais et personnellem-
━ Grace, monte dans cette fichue voiture avant qu'on ne finisse par être vraiment en retard ! finit par s'énerver ma mère qui était déjà installée derrière le volant.
━ Ça va, pas la peine de crier...
J'ouvris la porte d'un geste las et m'assis sur le fameux siège tout décrépi avec une moue dégoûtée évidente. Ma mère roula des yeux et démarra. Je sentais déjà que le trajet allait être une vraie partie de plaisir. Et dire je ne pouvais même pas embêter Liam, ce sale traître, en plus de ça.
Posant mon coude sur le bord de la fenêtre, je plaçai mon menton au creux de ma main en soupirant. Dire que si l'on était resté à Londres, il aurait juste suffi de transplaner dans une rue pas trop éloignée, comme absolument tous les ans, ou bien alors réserver un Portoloin. Mais noooon, il avait fallu que ma mère décide que rendre visite à mes grands-parents une semaine avant la rentrée, m'obligeant à me lever aux aurores pour pouvoir être à l'heure à la gare et, surtout, à rater ma journée de shopping pré-rentrée habituelle avec mes meilleures amies. Et ça, ça m'était restée en travers de la gorge, ce que je n'avais pas hésité à lui faire comprendre durant tout notre séjour.
Oui, je suis une spécialiste du boudin longue durée, je bats des records.
En attendant, la route de la campagne anglaise était horrible et ma tête, que j'avais fini par poser contre la vitre, n'arrêtait pas de vibrer, du coup mes dents claquaient, mes cheveux étaient dans un état horrible – et ce n'était pas peu dire vu leur état naturel – et ma joue glissait toutes les quinze secondes. Autant dire que ce n'était pas du tout confortable.
Je regrettais encore plus de ne pas avoir transplané, même si j'avais des nausées pas possible les heures suivantes. Les inventions moldues n'étaient définitivement pas faites pour moi.
Dix heures et quart.
Le quai de la gare commençait à se remplir tranquillement, et tandis que j'essayais avec beaucoup de difficultés de donner à la masse capillaire qui végétait sur mon crâne une forme à peu près potable après mon léger somme dans la voiture/tas de ferrailles/engin de torture/vieux tacot/rayez la mention inutile, je gardais soigneusement un œil sur la barrière magique qui séparait notre King's Cross du monde ordinairement banal des Moldus. Un peu plus tôt, ma mère m'avait accompagnée pour s'assurer que je n'oublie pas ma valise sur le quai – oui c'était déjà arrivé, mais je me passerais de vos commentaires – mais si vous voulez mon avis, c'était plus histoire de bavarder avec ses vieilles connaissances de l'école.
Personnellement, je me serais passée de voir la sale tronche de Richard Davies si tôt dans l'année – pas qu'il soit réellement moche, bien au contraire, mais quelle tête de con ! – seulement sa mère, Isobel Kirksten, était une ancienne camarade de classe de la mienne et elles aimaient échanger les derniers potins lorsqu'elles se voyaient. J'avais poussé un long soupir, sans doute pas le dernier de la journée d'ailleurs, et m'étais assise sur ma valise. Davies, lui, m'avait adressé un clin d'œil en roulant des mécaniques. Yurk.
━ Alors, Mercer, je vois que l'été a été généreux dis donc, c'est une vraie poitrine que je vois pointer là ? m'avait-il demandé avec un sourire goguenard.
Je m'étais étranglée – avais-je mal entendu ? – jetant un coup d'œil furtif à nos génitrices respectives qui semblaient à dix mille lieues de notre conversation. Je veux bien avouer que je fais du zèle question féminisme parfois, mais là, ne venez pas me dire que je m'étais fait des films !
━ Et toi, c'est un vrai cerveau que je crois discerner ? Oh non, pardon, j'ai dû confondre, avais-je répliqué, consciente que c'était bas mais que je me mettais très clairement à son niveau.
S'il croyait que sa méthode de drague de bas étage allait fonctionner sur moi, il s'enfonçait la baguette dans l'œil. Non mais oh, je ne suis pas une fille facile, moi, Monsieur ! Il faut se battre pour m'avoir !
Et puis, de toute manière, la question ne se posait pas, mon cœur était déjà pris ailleurs…
Son sourire s'était fané immédiatement, et il s'était détourné de moi en récupérant ses bagages. Puis il s'était éloigné avec sa mère, le menton haut, tel une cheerleader offensée.
Pauvre bébé.
Après ça, ma mère était partie travailler, n'ayant réussi à obtenir que sa demi-journée pour m'amener. Pas d'adieux déchirants, ni de câlins larmoyants, on s'était contenté de se faire la bise et elle m'avait arraché la promesse de ne pas me faire remarquer avant – au moins – le mois de décembre et de lui envoyer des lettres aussi souvent que possible, parce qu'on ne pouvait définitivement pas compter sur Liam pour le faire.
Et maintenant, on en revient à mes fichus cheveux et cette espèce de nœud qui allait me rendre complètement maboule.
━ Raaaah, je vais juste finir par te couper, saleté de -
━ Bah alors Mercer, on se parle toute seule ? fit soudain une voix derrière moi.
Je me retournai à vitesse grand V, les doigts toujours pris dans ma tignasse, manquant de m'en arracher une bonne partie dans le même temps. Devant moi se tenait la seule et l'unique Coraline Perkins, un rictus moqueur au coin des lèvres. Ses cheveux blonds lisses et brillants – absolument rien en commun avec les miens donc – flottaient derrière elle, et elle avait une mine resplendissante. Pendant un instant, la jalousie me traversa, avant que la joie de revoir mon amie d'enfance ne prenne le dessus.
━ Putain de bordel de- Ah Cora, c'est toi ! m'exclamai-je avec un sourire qui se transforma en grimace. Tu veux bien m'aider, je suis coincée, me lamentai-je en pleurant des larmes de crocodile.
━ Comment tu fais pour toujours te mettre dans des situations pareilles, tu m'expliques ? demanda-t-elle, avant de m'interrompre voyant que j'ouvrais la bouche pour répondre. Non, ne dis rien, je ne veux pas savoir tout compte fait.
Elle m'aida à démêler mes cheveux d'un coup de baguette de magique et à l'aide d'un sortilège inconnu à ma connaissance, elle effaça toute trace de fatigue sur mon visage. « Tu avais l'air d'un inferi en phase terminale. » qu'elle me lança juste après avoir rangé sa baguette.
On peut toujours compter sur ses amis pour avoir un petit mot gentil.
Et sur une Serdaigle pour connaître des sorts bien utiles.
Elle me salua gentiment de la main, m'indiquant qu'elle allait s'installer avec ses amis de sa maison dans leur wagon mais qu'il ne fallait pas que j'hésite à passer leur faire coucou. Je l'aurais bien suivie mais je préférais attendre encore un peu.
J'observai le quai de la gare en cherchant des membres de ma maison, et plus particulièrement mes camarades de chambrée. Je vis passer quelques connaissances, certaines que j'aurais préféré éviter d'ailleurs – je devais avoir la poisse aujourd'hui –, notamment Katie Gibbs au bras de son petit-ami qui, je tiens à dire, entre en cinquième année. Elle a tellement peu de succès dans notre promo qu'elle va chercher chez les jeunes. Cougar, va.
A quelques mètres d'elle, étaient réunis les clans Mange-mes-morts, J'ai-une-plus-grosse-maison-que-toi et Mariages-incestueux, soit respectivement les familles Flint, Zabini et Black. Inutile de préciser qu'ils avaient tous le sang pur, merci pour eux. Bella Flint et Estelle Zabini, deux langues de putes en puissance – pardonnez-moi l'expression mais il faut dire ce qui est – n'avez rien de bien dangereux mais à l'image de leur maison, elles étaient de vraies vipères. Il en fallait cependant plus pour me faire peur, et ça ne m'avait bien sûr jamais empêché de leur faire des crasses.
Les trois familles semblaient discuter affaires et, bien que la cordialité soit de mise, leur expression froide ne m'échappa pas. De même qu'un détail étrange me fit froncer les sourcils lorsque je vis le fils cadet des Black, Regulus, droit comme un piquet aux côtés de Maman Walburga. Cependant, je n'eus pas le loisir de m'interroger plus longtemps, une silhouette bien connue avait traversé la foule désormais bien présente sur le quai 9 ¾. Accompagnée de ses deux parents, ma meilleure amie s'avançait désormais vers moi, un énorme sourire aux lèvres et la chevelure de flamme au vent.
━ Ma personne préférée sur Terre ! m'exclamai-je en sautant de ma valise pour aller l'embrasser.
━ Je croyais que c'était Samuel ta personne préférée sur Terre ? répliqua-t-elle toujours souriante en me rendant mon câlin. Ça aurait donc changé ? Est-ce que je dois me sentir flattée ?
Je lui tirai la langue, les joues légèrement roses, puis je me tournai vers son père et sa mère pour les saluer, en bonne petite fille bien élevée que j'étais.
━ Monsieur et Madame Evans, vous avez pu vous libérer ? leur demandai-je poliment.
━ Grace, combien de fois t'ai-je dit de nous appeler Mark et Cathlyn, me réprimanda affectueusement Mr Evans, avant de tirer la valise de sa fille jusqu'à ses pieds.
━ Un nombre incalculable de fois, répondis-je avec un sourire désolé.
Nous discutâmes quelques instants, avant que je ne profite d'un désaccord entre les adultes pour glisser à Lily :
━ Et ta sœur, elle ne vient pas cette année ?
Le visage de ma meilleure amie s'assombrit et elle se mordilla les lèvres, comme à chaque fois qu'elle était embêtée ou agacée.
━ Elle n'a pas voulu, me répondit-elle finalement en soupirant. Elle a dit qu'elle préférait rester à la maison pour préparer sa rentrée. C'est sa dernière année dans son super institut privé, tu comprends, fit-elle sur un ton sarcastique en levant les yeux au ciel.
━ Et bien, tant mieux, affirmai-je en passant mon bras sous le sien. Je préfère qu'elle ne soit pas là plutôt qu'elle nous pourrisse la vie à ronchonner comme une vieille mégère.
Je me lançai alors dans une imitation parfaite de Pétunia Evans, grandissant mon cou jusqu'à l'exagération et exécutant des grimaces qui détendirent Lily.
━ Arrête, c'est tellement ça en plus ! s'exclama-t-elle dans un éclat de rire.
━ Bon, les filles, finit par nous dire Mrs Evans, je vois que vous vous amusez bien alors on va vous laisser. Passez une bonne rentrée !
Elle embrassa Lily, puis ce fut le tour de Mr Evans et ils nous saluèrent avant de s'éloigner tranquillement. Ils avaient fini par s'habituer à l'idée de devoir laisser leur sorcière de fille partir aussi longtemps, et désormais la séparation paraissait moins douloureuse pour eux.
Après avoir rassemblé nos bagages, Lily et moi décidâmes enfin de monter dans le Poudlard Express, alors que l'horloge indiquait approximativement dix heures cinquante. Au moment où j'essayais de tracter ma dernière malle jusqu'à l'intérieur du wagon, le visage rouge et transpirant sous l'effort, un pied sur le quai et l'autre sur l'escalier, je sentis qu'elle me glissait des doigts. Paniquée, je poussai un cri de désespoir, refusant de voir ma valise s'éclater sur le sol et mes affaires exposées à la vue de tous – surtout quand, a priori, elle contenait mes sous-vêtements.
Soudain, une main providentielle apparue dans mon champ de vision et vint à ma rescousse. Je levai alors des yeux adorateurs vers mon/ma sauveur(se) et là… Ma respiration se bloqua, mes jambes me lâchèrent, mon estomac entama un tango endiablé avec mon cœur, et mon cerveau partit direction l'Amazonie profonde pour vivre en autarcie.
Bref, Samuel Gallagher se tenait devant moi, et IL ME SOURIAIT, PAR LA CULOTTE DE MORGANE !
On se calme, Mercer, on contrôle ses hormones, là, voilàààà…
Je ne pus cependant pas m'empêcher de le dévorer du regard, de sa peau hâlée à ses cheveux blonds attachés en catogan, en passant par ses yeux marron chocolat et sa barbe de quelques jours, et si j'avais pu je me serais jetée sur ses épaules musclées et son torse bien bâti de Dieu du Stade.
Oui, vous l'aurez compris, mon cœur était définitivement et irrémédiablement pris par l'apollon qui était apparu par miracle en face de moi, et ce depuis la toute première fois que je l'avais vu sur le palier de notre maison, cinq ans auparavant.
J'avais dû avoir à peu près la même réaction d'ailleurs : regard vide, bouche ouverte, et bave aux coins des lèvres. Une vraie tête de demeurée donc.
━ Allo, la terre à Grace, la terre à Grace, vous me recevez ? appela Lily derrière moi, et aussitôt mon âme regagna mon corps et je me mis à rougir violemment.
Je me raclai la gorge, m'apprêtant à répondre, quand une voix résonna désagréablement à mes oreilles.
━ Bon Grace, tu te décides à bouger tes grosses fesses là, tu bouches le passage !
Je vous présente William Mercer, ou la délicatesse faite homme.
Ses cheveux avaient poussé durant l'été et lui tombaient en mèches folles sur le front. Les sourcils froncés, il me fixait avec une moue ennuyée, exactement la même qui s'afficha sur mon propre visage quand je l'aperçus par-dessus l'épaule de Samuel. Nous n'avions que quelques mois de différence, mais les gens nous avaient toujours pris pour des faux-jumeaux. Nous avions la même chevelure brune indisciplinée, les mêmes yeux clairs, les mêmes tâches de rousseur sur le nez, et pratiquement les mêmes expressions. Et si durant un bon nombre d'années cette ressemblance m'avait rendue fière, j'étais aujourd'hui plus exaspérée qu'autre chose. Etre la sœur du talentueux capitaine de Quidditch de Gryffondor n'est pas une sinécure, croyez-moi.
━ Arrête Liam, tu vois bien qu'elle galère avec sa valise, viens l'aider au lieu de râler, fit l'homme de ma vie qui ne le savait pas encore.
Je crois que je suis en train de rêver, Samuel vient de prendre ma défense. Oh, je défaille !
Mon abruti de frère lâcha un long soupir et un grognement qui devait ressembler à quelque-chose comme « Oui Maman. », et suivant les conseils de son meilleur ami, il sortit sa baguette… pour la pointer sur moi.
━ Si tu me jettes un sort douteux, je te préviens que je me vengerais, le menaçai-je d'un regard noir. C'est pas parce que t'as 17 ans que tu peux faire ce que tu veux.
━ C'est pas parce que t'as 17 ans que tu peux faire ce que tu veux, me singea-t-il avant de lancer un Wingardium Leviosa sur ma malle pour la déposer tranquillement à l'entrée du wagon. Tu peux me remercier, rajouta-t-il sur un ton condescendant.
━ Dans tes rêves, le Troll, dis-je en lui tirant la langue, puis je montai les quelques marches et m'engouffrai dans le wagon à toute vitesse, embarquant Lily avec moi.
Quand on arriva à peu près au milieu du wagon, je finis par lui lâcher la main et elle se tourna vers moi, morte de rire.
━ Mon dieu, mais qu'est-ce qu'il vient de se passer ? réussit-elle à dire entre deux éclats de rire.
Appuyée contre le mur, elle se tenait les côtes.
━ Je sais pas mais je préfère oublier tu vois, c'était pas vraiment un des moments dont je suis le plus fière, grimaçai-je.
Elle repartit de plus belle, et malheureusement je ne pouvais pas lui en vouloir et je finis par la rejoindre.
Soudain, la porte du compartiment à notre droite s'ouvrit et le visage agacé d'une jolie brune apparut. Quand elle nous aperçut, son expression pincée s'adoucit légèrement et elle nous salua en agitant la main.
━ Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-elle ensuite en ouvrant un peu plus la porte coulissante.
━ Pas grand-chose, répondit Lily en se redressant, Grace vient de se ridiculiser devant Gallagher.
━ Rien d'inhabituel alors. Bon, vous venez vous asseoir ? fit-elle en rentrant dans le compartiment.
━ T'es méchante, Dorc', pleurnichai-je en entrant à sa suite.
Dorcas Meadows, ou la fille la plus insensible du monde.
Je hissai ma valise dans le porte-bagage, ainsi que la cage de mon chat. Ayant finalement pitié de celui-ci, j'inversai le sortilège de mutisme, et après m'avoir craché au visage et miaulé un instant son mécontentement, Loki se tourna pour me montrer son dos, et bouda.
Tel maître, tel chat.
Je finis par m'asseoir, enfin, et étalai mes jambes sur l'autre banquette, avant d'entamer la fameuse discussion annuelle des vacances avec Dorcas, que je n'avais pas eu l'occasion de voir, tandis que Lily sortait un livre. Elle et Dorcas n'avaient jamais réellement réussi à s'entendre, elles se supportaient dans le cadre des cours et du dortoir mais surtout pour me faire plaisir en fait. J'avais toujours trouvé ça étrange, étant donné qu'elles se ressemblaient sur un certain nombre de points : elles étaient toutes les deux brillantes et obstinées avec un fort tempérament. Apparemment, qui se ressemble ne s'assemble pas toujours.
Alors que le train se mettait enfin en marche, Dorcas m'apprit qu'elle était restée avec son père, dans leur maison en Irlande. Elle avait perdu sa mère durant le second semestre de notre deuxième année, et même si elle détestait qu'on la prenne en pitié, cela l'avait énormément affectée. Son père, lui, avait été dévasté mais il essayait bravement de surmonter son deuil pour s'occuper correctement de sa fille. C'était un homme adorable et très drôle, et Dorcas avait beaucoup de chance de l'avoir.
J'allais en venir à mes propres vacances quand l'ouverture énergique de la porte du compartiment me devança. Apparurent alors nos deux dernières camarades, Gemma Sherman, une grande aux courts cheveux châtains au sourire flippant et Mary MacDonald, une blonde assez discrète au visage en forme de cœur.
━ Yo, comment ça va là-dedans ? Vous avez passé de bonnes vacances ? Vous avez vu que le dernier livre d'Armélia Johns est sorti, j'ai trop hâte de le lire ! Tu t'es coupé les cheveux Lily ? Ça te va trop bien !
Voilà, quand Gemma était partie on ne pouvait plus l'arrêter. Heureusement que Mary était là. Elle nous salua d'un sourire avant de la pousser légèrement en lui disant de la fermer. Gemma protesta un instant puis finit par la laisser passer. Mary vint alors s'asseoir à côté de Lily, et Gemma se chargea de mettre leurs valises dans le porte-bagages. J'en profitai pour dire bonjour à Ozzy, le hibou que ses parents lui avaient offert cet été. Elle l'avait surnommé ainsi parce qu'elle vénérait Ozzy Osbourne, le chanteur de Black Sabbath, un groupe moldu. Loin de moi l'idée de critiquer ses goûts musicaux, bien au contraire, mais le petit hibou, bien qu'il soit adorable, n'avait rien du personnage qu'il était censé représenter. C'était juste une adorable petite boule de plumes qui me mordilla affectueusement le doigt quand je le passai entre les barreaux de sa cage.
━ Alors les filles, quoi de neuf ? nous demanda Mary quand je me fus rassise.
Je vis les lèvres de Lily se retrousser et je sus immédiatement qu'elle allait raconter l'épisode désastreux de notre rencontre avec mon frère et son beau gosse de meilleur ami. Traîtresse, lui lançai-je à travers un regard noir. Je m'empressai d'ouvrir la bouche pour prendre les devants et je leur expliquai alors ma conversation très enrichissante – vous sentez l'ironie là ? – qui avait eu lieu un peu plus tôt avec Richard Davies alias Tête-de-strangulot-atrophié.
━ Mais quel mufle ! s'exclama Lily qui n'était pas au courant.
━ Ça ne m'étonne même pas, dit Dorcas en haussant les épaules, blasée, alors que Gemma déballait un flot d'injures fleuries et menaçait d'étrangler le Serdaigle.
━ Tu l'as quand même bien remballé, fit remarquer Mary en me souriant. Félicitations !
━ Le mérite revient entièrement à Lily, répondis-je, moqueuse. Si je ne la voyais pas rembarrer Potter au moins trois fois par jour depuis deux ans, je ne sais pas comment j'aurais réagi.
J'eus la satisfaction maline de voir la joie quitter le visage de ma meilleure amie, tandis que les trois autres explosaient de rire.
━ Merci de me rappeler que je vais devoir me coltiner une année de plus sa face d'abruti en me retenant de la lui encastrer dans un mur, répliqua-t-elle en soufflant. Tiens d'ailleurs, en parlant du loup…
Des voix masculines se firent entendre derrière la porte, avant que celle-ci ne s'ouvre pour la troisième fois en l'espace de dix minutes sur un visage bien connu de notre petit groupe.
Avant que vous ne me surchargiez d'interrogations, laissez-moi vous prévenir que vous allez rencontrer l'un des plus gros abrutis que cette terre ait portés. Oui oui, peut-être même pire que Richard Davies ou Ogden Avery. Quoique ce dernier en tient une couche quand même…
James Potter ou le boulet accroché au pied de Lily, la condamnant à le traîner derrière elle jusqu'à la fin des temps, était, sur le papier, un jeune homme tout à fait respectable. Il venait d'une famille de Sang-Pur qui reniait cependant la pensée partagée de leurs membres à la mentalité étriquée. C'était, de plus et même si ça m'arrachait la bouche de le dire, un très bon joueur de Quidditch et, selon plus de la moitié de la population pré et post-pubère de Poudlard, un très beau spécimen masculin. Personnellement, le style débraillé et je-m'en-foutisme ne me faisait pas baver, mais chacun ses goûts hein. Et puis, j'étais plus portée blonds que bruns, comme vous l'aurez sûrement deviné.
Enfin, le problème résidait surtout dans le fait que le fameux Potter, en plus d'être un affreux pot de colle binoclard, était insolent, arrogant, impudique et très très agaçant.
━ Evans, ma belle et merveilleuse Evans, soleil de mes jours et lune de mes n-
━ La ferme Potter, va draguer ailleurs, interrompit Dorcas en levant un instant les yeux du magazine qu'elle avait sorti un peu plus tôt.
L'expression hébétée sur le visage de Potter valait – presque – toutes les Chocogrenouilles du monde. C'était rare qu'il se fasse interrompre en plein milieu de sa tirade, surtout par Dorcas. Généralement Lily partait avant qu'il ait fini et il la poursuivait dans les couloirs, ou bien elle lui mettait une baffe quand il dépassait les bornes. Ça m'arrivait également de l'envoyer bouler, surtout parce qu'il me tapait sur le système, mais que la brune s'en mêle c'était nouveau.
━ Bah alors Meadows, t'es jalouse ? lança une voix moqueuse derrière Potter.
Pourquoi ne suis-je pas étonnée ?
Je vous présente ma Némésis personnelle, qui ne quittait jamais Potter, ce qui me faisait souvent me demander si ça leur arrivait même de pisser séparément tant ils étaient proches. « Des frères » qu'ils disaient, tu parles mon cul oui, ça m'avait tout l'air d'être particulièrement incestueux leur affaire.
Bref, devant nous se tenait à présent Sirius Black, fantasme féminin – et sûrement masculin pour ce que j'en savais – de notre collège. Grande tige plafonnant à 1m85 – c'est sûr que moi avec mon pauvre mètre soixante-et-un, à côté, j'avais l'air d'une naine – le brun cultivait le côté mystérieux et sombre avec ses cheveux noirs et ses yeux gris orageux – selon les mots de son fan-club, personnellement pour moi ils avaient exactement la même couleur qu'un caillou mais bon. Le style négligé semblait être contagieux, car tout comme Potter il portait sa chemise sortie de son pantalon et la cravate aux couleurs de Gryffondor de travers. Un large sourire goguenard s'étalait sur ses lèvres, son rictus habituel que j'avais appris à détester au fur et à mesures que les années passaient. Parce que monsieur Black avait beau être baisable – excusez du langage, mais le qualifier de « mignon » est au-dessus de mes forces – c'était quand même un sacré crétin. Comme l'indiquait son nom, il faisait partie de la noble famille des Black citée plus haut, et même si son attitude rebelle dès son entrée à Poudlard, notamment par son placement à Gryffondor, démontrait d'une volonté de s'affranchir des liens de sang qui le reliaient aux Black, il n'avait pas été épargné par la dégénérescence pathologique qui caractérisait les familles de Sang-Pur, bien au contraire.
La simple vue de sa tête me donnait envie de lui donner des baffes. Le souvenir des évènements qui s'étaient déroulés à la fin de l'année dernière était encore très frais dans ma mémoire, et même si Potter y était pour beaucoup, pour moi le principal responsable était juste devant mes yeux.
Dorcas s'était redressée et lui adressait maintenant un regard noir.
━ Absolument pas Black, répliqua-t-elle. Je pensais juste que Potter attendrait au moins notre arrivée à Poudlard pour commencer à faire la cour à Evans et nous casser les oreilles par la même occasion. Apparemment la notion d'amour propre t'échappe toujours, rajouta-t-elle en reniflant avec dédain en direction du binoclard.
Alors que les deux ouvraient la bouche pour répondre, une troisième voix coupable se joignit à la discussion tandis qu'un visage de plus apparaissait dans l'encadrement de la porte.
━ A vrai dire, c'est ma faute, je venais chercher Lily pour la réunion des préfets… Cet idiot n'a pas pu s'empêcher de me suivre, désolé les filles.
Remus Lupin était un type tout à fait différent de mystère. Dans ses habits élimés, sa hauteur et sa stature étaient d'autant plus marquantes. Son visage toujours aussi fatigué était parcouru d'anciennes cicatrices qui avaient laissé des traces blanchâtres sur son nez, sa joue gauche et le début de son cou jusqu'à son épaule cachée sous un pull épais. Malgré la mélancolie qui habitait continuellement ses étranges yeux mordorés et son air sérieux de premier de la classe, Remus était la personne la plus adorable qui pouvait exister.
Oui, ça m'arrive de faire des compliments. Je ne suis pas qu'une fille négative !
Je lui adressai un bref salut quand il me jeta un regard en coin, puis reportai mon attention sur Lily qui semblait avoir repris ses esprits après la rapide altercation entre Black et Dorcas. Elle rassembla ses affaires et sans accorder ne serait-ce qu'un mot à Potter, elle sortit du compartiment.
━ Tu pars déjà ? geignis-je en glissant sur la banquette telle un mollusque peu distingué, me sentant abandonnée.
━ Le devoir m'appelle, je te ramène des Patacitrouilles dès que je peux, fit la voix déjà lointaine de ma meilleure amie.
Je sentis le regard dégoûté de Black sur moi avant même qu'il n'ait commencé sa phrase.
━ Tu es sûre que tu es une vraie fille, Mercer ? interrogea-t-il avec l'air de celui qui connait la réponse mais qui la pose quand même histoire de t'enfoncer.
━ Tu veux vérifier ? lui répliquai-je en me redressant, tandis que mes yeux glissaient sur la dernière silhouette de leur groupe, muette jusque-là.
Tout ce que ses trois amis étaient, Peter Pettigrow était loin de s'en approcher. Il n'avait pas la stature musclée de Potter, se contentant d'être petit et sec, ni la « beauté surnaturelle » de Black – encore une fois, pour les réclamations, adressez-vous à son fan-club –, sans être spécialement moche il avait sérieusement besoin d'un styliste pour accorder sa garde-robe à ses cheveux couleur paille et à ses petits yeux d'un bleu délavé. Et puis, il n'était pas non plus le plus brillant de notre promo, cette place étant débattue par Remus et Lily. Il avait sûrement ses qualités, mais elles étaient largement éclipsées par Potter et Black qu'il suivait comme leur ombre, une détestable et écœurante lueur de dévotion dans le regard. Vous l'aurez deviné, je n'avais pas beaucoup d'estime pour lui.
━ Ça va aller, je vais m'éviter des nuits de cauchemars sans fin, grimaça Black. Bon allez, ajouta-t-il en donnant une tape dans le dos de Potter, on s'arrache, maintenant que ta dulcinée est partie on n'a plus de raison de rester là.
Il tourna les talons, suivi de Potter qui jeta un regard déçu à notre compartiment et de Pettigrow qui nous lançait des œillades furtives, tandis que je criai un « Ouais c'est ça, bon débarras » infantile dans le couloir, qui fut suivi d'un « C'était un vrai déplaisir » ironique à l'autre bout. Remus leva les yeux au ciel devant notre bêtise.
━ Tu vas bien ? me demanda-t-il ensuite. Tu as passé de bonnes vacances ?
Je souris devant sa gentillesse, c'est sûr que c'était pas l'autre abruti congénital qui se serait embarrassé de politesses. En même temps, je ne suis pas certaine que discuter avec Black de mes vacances soit une bonne idée. J'en ai des frissons rien que d'y penser.
━ Oui et toi ? Tu as l'air fatigué.
━ Comme d'habitude, répondit-il avec un sourire en coin. Je dois y aller mais on se reparle plus tard, passe le bonjour aux autres. Encore désolé pour le dérangement, s'excusa-t-il en se frottant l'arrière du crâne d'un air gêné.
━ Pas grave, c'est pas de ta faute si t'es entouré d'abrutis, fis-je en haussant les épaules alors qu'il me faisait les gros yeux. Bah quoi, c'est vrai. Allez, file, avant que Miss 'Vous n'êtes que des insectes sous ma chaussure' Vance ne vous pète une durite.
Il pouffa et me fit un signe de la main avant de repartir. Je rentrai à nouveau dans le wagon où tout avait repris son cours. Mary et Gemma discutaient de la nouvelle série de romans à l'eau de rose de Carla Gibbins, tandis que Dorcas soupirait en les écoutant, son magazine posé sur les genoux.
Dire que ce n'était que le début du trajet.
Peu après le déjeuner – j'avais raison, Ozzy n'avait pas voulu de mon sandwich – je décidai de sortir un peu pour me dégourdir les jambes, espérant ne croiser aucune personne indésirable. Mary avait déjà disparu je-ne-sais-où depuis une demi-heure, Dorcas était plongée dans son manuel de Métamorphose et Gemma dormait. En ce qui concernait préfète-Lily elle avait fait une apparition à midi puis après m'avoir glissé une demi-douzaine de Patacitrouilles sur les genoux pour se faire pardonner, elle était repartie vadrouiller. Résultat je me faisais chier comme un rat mort et l'envie d'aller embêter quelqu'un me chatouillait dangereusement.
Le couloir était vide mais néanmoins rempli de conversations joyeuses qui filtraient des compartiments. Une sensation familière m'étreignit quelques instants, et je restai plantée là, les paupières papillonnant. Ce n'était pas la première fois, ni la dernière d'ailleurs, que je prenais le Poudlard Express, et en tant que sorcière, passer une année dans une école de magie n'avait rien d'extraordinaire. Mais le sentiment de légèreté qui semblait éclore dans mon estomac me fit prendre conscience que ça m'avait manqué, les trajets à se gaver de sucreries en discutant du prochain professeur de Défense Contre les Forces du Mal, à partager les derniers potins de l'été et à comparer nos nouvelles coiffures.
Je secouai la tête, qu'est-ce que j'étais en train de penser encore ?
Soudain, une porte au fond du wagon s'ouvrit et une voix me héla :
━ Mercer, tu rêves ou quoi ? Ça fait trois fois que je t'appelle !
━ Désolée Jones, ta voix de stentor aurait dû m'avertir plus tôt ! me moquai-je en rejoignant la brunette qui se tenait dans le couloir, les poings sur les hanches, un grand sourire sur son visage à la peau sombre.
Hestia Jones était une vraie boule d'énergie, il était rare de la voir marcher, non elle préférait sautiller, et elle pouvait soutenir une conversation sur n'importe quel sujet pendant des heures. Inutile de dire qu'elle s'entendait très bien avec Gemma. Elle canalisait sa bonne humeur en envoyant des boulets de canons dans les buts sur un terrain de Quidditch. Elle était sûrement le meilleur élément de l'équipe de Poufsouffle, ce que j'avais coutume de répéter pour agacer Marshall, leur capitaine.
Dès que j'arrivai à sa hauteur, elle m'agrippa par le bras et sans me laisser le choix – j'aurais pu avoir une envie pressante, elle y avait pensé à ça ? – me tira dans le compartiment à sa suite.
Je fus accueillie par les visages amusés de trois étudiants, dont la figure constellée de taches de rousseur de Dane Finnigan, le meilleur ami de Hestia. En grand timide qu'il était, il se contenta d'un hochement de tête, tandis que Coraline, assise à ses côtés criait un « Encore toi ! ».
━ Je ne peux pas me passer de ta présence, que veux-tu, lui dis-je en haussant les épaules d'un air fataliste.
Elle me fit un clin d'œil.
━ Je sais bien, tu es accro à moi, plaisanta-t-elle
━ Ne rêve pas trop non plus ! s'exclama Hestia en riant tandis que je me tournais pour dire bonjour à mon indienne préférée.
Sarasvati Dhawan, ou plus simplement Sara, était un ange à la peau dorée. Les garçons s'entassaient à ses pieds et on comprenait pourquoi. Elle avait un corps de rêve, une longue chevelure brune aux reflets grenat et des yeux de biche. Et puis il fallait dire qu'elle avait l'avantage de l'exotisme, alors nous, pauvres anglaises à la peau blafarde et aux cheveux fadasses – non je ne parle pas de moi –, on ne faisait clairement pas le poids. Mais c'était difficile de détester quelqu'un d'aussi gentil et attentionné que Sara.
━ Cora nous a dit que tu avais une tête de déterrée ce matin, ça va mieux ? me demanda-t-elle avec un air concerné.
Je la rassurai avant de me tourner, faussement outrée, vers mon amie d'enfance.
━ Et bien merci, on peut compter sur toi pour révéler mes moments de faiblesse !
Avant qu'elle ne puisse me répondre, la porte du compartiment s'ouvrit de manière assez brusque et le visage enfantin de Artur Priestley apparut suivi de peu par sa stature athlétique de batteur.
Comme Cora, j'avais toujours connu Arty, puisqu'on habitait tous les trois, ainsi que quelques autres élèves de Poudlard, dans le Londres sorcier. Si Cora et lui avait eu la chance de se retrouver ensemble à Serdaigle, il fallait croire que mon côté téméraire l'avait emporté chez les griffons. Pourtant, on avait souvent parié tous les trois qu'Arty et moi irions à Gryffondor et Cora à Poufsouffle à cause de sa manie de toujours vouloir jouer les justicières. Le Choixpeau nous avait réparti bien différemment de ce que l'on avait espéré à l'époque et la déception avait été rude, mais Poudlard n'était pas bien grand et une amitié aussi vieille ne se détruisait pas parce qu'un vieux bout de torchon parlant en avait décidé ainsi.
En attendant, le petit Arty avait bien grandi depuis l'année dernière. Je serai toujours surprise de la manière dont les garçons peuvent prendre dix centimètres en un été. Ils mettent quoi au juste dans leur jus de citrouille le matin ?
━ Mon petit Boursouf d'amour ! s'écria-t-il en me voyant.
L'inconvénient avec les amis qui vous connaissent depuis des lustres, c'est qu'ils vous ressortent les petits surnoms pourris que vous détestez à toutes les sauces.
━ Arty, t'avais dit que tu l'utiliserais plus celui-là ! marmonnai-je en faisant la moue.
Il rigola en me tirant la joue, les yeux brillants.
━ Toi aussi tu m'as manqué, se moqua-t-il. Au fait, j'ai croisé Luke, dit-il en se tournant vers Hestia. Il a dit que tu lui manquais, cœur-coeur (Il s'interrompit en faisant semblant de vomir.) et que si Mlle Casse-pieds Vance n'était pas sur son dos, il passerait sûrement un peu plus tard.
Lucas Abbot, le dernier mousquetaire de leur petite bande, était le préfet de Serdaigle et le petit-ami de Hestia depuis la fin de leur quatrième année. Ne me demandez pas comment ce miracle de la création était advenu mais le blondinet réservé avait apparemment craqué sur l'hyperactive et depuis, c'était l'amour fou. Autant dire que l'éternel célibataire qu'était Artur avait plutôt du mal à supporter les roucoulades de son meilleur ami et de la Poufsouffle. Même s'il disait que c'était une trahison que Lucas sorte avec un membre de l'équipe adverse étant donné son rang de batteur chez Serdaigle, je restais persuadée qu'il était juste jaloux au fond.
Voyant qu'ils allaient partir dans une discussion animée, je les laissai en promettant à Hestia d'assommer Vance si je la croisais. « T'es une Gryffondor, tu fais ça tous les jours ! ». Mais bien sûr, c'est mon passe-temps favori, taper les gens. Pour quoi je passe moi après ?
Bonjour l'image, sérieux.
Je traversai un ou deux wagons, croisant au passage quelques première année curieux, et des quatrième année qui s'amusaient dans le couloir à s'envoyer des frisbees à dents de serpent. Ces derniers, quand ils me virent arriver, virèrent au blanc et lâchèrent tout ce qu'ils tenaient dans les mains. Les frisbees retombèrent au sol en sifflant de mécontentement. N'étant en aucun cas à cheval sur le règlement, bien au contraire, je leur lançai un clin d'œil et passai mon chemin.
Quelques minutes plus tard, alors que je commençai à me dire que j'allai peut-être faire demi-tour faute de trouver une source de distraction satisfaisante, je tombai sur la portière d'un compartiment ouverte et la personne en train de lire que j'aperçus à l'intérieur m'était bien familière.
Severus Rogue n'était pas ce qu'on pouvait appeler un canon de beauté, oh que non. Il avait le teint cireux, les yeux noirs enfoncés et cernés, le nez crochu et les cheveux gras qui lui tombaient sur les épaules. Cependant, malgré son caractère de vieux garçon, c'était quelqu'un de particulièrement intelligent. Evidemment, son intellect étant mis à profit chez les Serpentards, j'avais dû mal à l'avouer à voix haute.
Lily et lui étaient amis avant de rentrer à Poudlard. La première fois que je les avais vu, c'était ici dans le Poudlard Express, en compagnie de Potter et de Black. J'étais tombée par hasard – une envie pressante – sur le duo de crétins qui, déjà à l'époque, avait décidé qu'emmerder le monde serait leur hobby favori. C'était à partir de ce moment que Potter s'était donné comme devoir de ridiculiser Severus autant qu'il le pouvait. Et il y prenait un plaisir malsain, tout comme Black qui ne manquait pas une occasion de le pousser à l'acte. Ces deux-là étaient cruels et sans aucune compassion. Ils en avaient fait leur souffre-douleur attitré et par la même occasion, s'étaient attirés les foudres de Lily. C'était pour ça qu'il m'arrivait de me dire que, si Potter avait les meilleures notes en Métamorphose, il avait pourtant un pois chiche à la place du cerveau pour ne pas comprendre que bizuter le meilleur ami de sa bien-aimée n'allait pas le faire rentrer dans ses bonnes grâces. Surtout après ce qu'il s'était passé l'année dernière, durant les BUSEs.
Le début de la journée s'était pourtant bien déroulé. Durant la matinée, nous avions passé notre épreuve de pratique de Défense Contre les Forces du Mal et même si, personnellement, il y avait eu quelques ratés imprévus dus à ma légendaire maladresse, cet oral n'était qu'une formalité. Après le déjeuner, nous nous étions retrouvés dans la Grande Salle pour l'épreuve écrite et malgré le stress, nous nous en étions bien sortis. J'avais décidé de remonter dans la salle commune réviser mon épreuve de Runes Anciennes du lendemain, tandis que les filles étaient parties en direction du lac pour réviser les Potions. Malheureusement, je m'étais souvenue au dernier moment que j'avais demandé ses notes à Remus et que c'était impossible que j'attende le dîner pour les lui emprunter. Je m'étais donc mise à sa recherche, et quand il s'était avéré qu'il n'était ni chez les Gryffondor ni à la bibliothèque, j'étais sortie poursuivre mes recherches dans le parc, ragaillardie par le beau temps. La scène sur laquelle j'étais alors tombée m'avait fait l'effet d'une douche froide.
De loin, je n'avais pas vu grand-chose, si ce n'était la chevelure flamboyante de Lily et son visage rouge de colère. Je savais Potter friand d'humiliations publiques, et Black bon public, mais ce jour-là, ils avaient dépassé les bornes. Le premier avait suspendu le Serpentard par les pieds et le second riait comme un bossu en se tenant le ventre. Les premiers mots qui avaient atteint mes oreilles avaient pourtant été prononcé par Severus :
« Je n'ai pas besoin de l'aide d'une sale petite Sang-de-Bourbe comme elle ! »
Lily s'était enfuie après avoir hurlé sur Potter et j'étais restée là, bouche bée, à essayer de comprendre comment cinq ans d'amitié avaient pu s'envoler en seulement quelques secondes. Evidemment, les coupables m'étaient apparu bien vite, et quand Potter avait de nouveau levé sa baguette et suspendu Severus dans les airs en demandant à la ronde « Qui veut me voir enlever le caleçon de Servilo ? » avec un sourire méchant aux lèvres tandis que Black sautillait derrière lui en s'exclamant « Moi, moi ! », je n'avais pas réfléchi bien longtemps. J'avais accouru jusqu'à eux, et j'avais jeté sur Potter le sortilège d'Expulsion le plus puissant que j'avais jamais produit. Il avait traversé la pelouse tandis que Black cessait de rire. J'avais crié un truc du genre : « La prochaine fois, je t'arrache les bijoux de famille avec les dents, histoire d'éviter au monde le supplice de voir un jour ta descendance exister. ». Par pure esprit de vengeance, j'avais ensuite lancé à Black mon plus beau Chauve-Furie, avant de faire redescendre Severus et de le traîner derrière moi.
Sa relation avec Lily n'avait plus jamais été la même. Il avait essayé de s'expliquer, pour arranger les choses, mais quelque-chose s'était cassé après ce jour-ci. De mon côté, j'avais plaidé sa cause, trouvant trop bête qu'ils cessent de se parler. Je ne dis pas que j'avais cautionné les paroles du Serpentard, loin de là, cependant au bout de cinq ans je commençais à connaître Severus et nous étions devenus amis, j'étais certaine que c'était la fierté et l'ego qui avaient parlé. Ce qui n'excusait en rien le mal qu'il avait fait à ma meilleure amie, oh que non. Surtout dans le contexte de ces dernières années, ses mots avaient été le couteau remué dans la plaie autant qu'une trahison pour la rousse.
Depuis notre entrée à Poudlard, nous sentions bien que l'ambiance n'était plus la même qu'elle avait semblé être auparavant. Les frictions entre les maisons, principalement Gryffondor et Serpentard, s'étaient accrues mais pas seulement. Dehors, la réputation d'un mage noir, que personne n'avait paru prendre au sérieux de prime abord, commençait à croître de plus en plus. Personne ne connaissait son but – à part dominer le monde, comme tous les grands méchants évidemment – mais on savait déjà qu'il prônait la suprématie des Sang-Purs dans la société. Mon grand-père était un vieux chercheur un peu farfelu, mais il n'était pas fou ni paranoïaque. Il y avait des rumeurs qui courraient, des disparitions inquiétantes. Et ce mage noir et ses fidèles s'en prenaient aux moldus et aux né-moldus. Oh bien sûr, ils se faisaient discrets pour le moment et à moins de connaître quelqu'un au Bureau des Aurors, il était difficile d'avoir plus d'informations que ne voulait laisser filtrer le Ministère. A Poudlard, la tension montait lentement et si nous n'avions aucune preuve, nous savions que certains étaient d'accord avec les idées de ce taré. Il était clair que nos soupçons se portaient sur les Serpentards, maison adepte par excellence de la magie noire. On connaissait des familles qui n'hésitaient pas à revendiquer leur appartenance : les Flint, les Mulciber, les Rosier, les Malfoy et bien entendu, les Black…
Severus avait toujours eu une part sombre, c'était quelque-chose qui m'avait toujours dérangé chez lui et quelque-chose que Lily n'avait jamais voulu voir. A force de fréquenter les mauvaises personnes, on finit par se laisser influencer. Et au cours de la cinquième années, Severus avait changé. Il s'était laissé embrigader. Mais cela n'était pas assez pour justifier les paroles qu'il avait eu pour la fille dont il était tombé éperdument amoureux.
Je m'étais appuyée sur le chambranle de la porte. Le roulement du train faisait trembler mon épaule mais je me contentai de l'ignorer. J'avais croisé les bras et je le regardai fixement. Il me renvoya un regard noir et je poussai un soupir, avant d'aller m'asseoir face à lui.
━ Tu es con.
Il haussa un sourcil.
━ Je m'attendais plus à quelque-chose du genre « Bonjour Severus, tu as passé de bonnes vacances, quelle joie de te revoir !».
━ Tu es con, répétai-je sans réagir à son sarcasme.
Il baissa la tête, plus pour éviter mon regard que par véritable honte.
━ Je sais.
━ Elle va avoir du mal à te reparler.
━ Je sais.
━ Tu es con.
━ Tu me l'as déjà dit, répliqua-t-il, agacé. Cinquante-quatre fois.
━ Tu as compté ?
━ C'est une approximation. Entre les lettres, les engueulades et autres discussions vicieuses dont tu as la spécialité… Tu sais qu'on a déjà eu cette conversation plusieurs fois ?
Le silence régna encore quelques minutes, puis je poussai de nouveau un profond soupir.
━ Tu as passé de bonnes vacances ?
Un fantôme de sourire passa rapidement sur ses lèvres et il haussa les épaules.
Une quinzaine de minutes défilèrent, où je fus principalement la seule à parler, mais je ne m'en formalisai pas, connaissant le caractère plutôt discret de Severus sur sa vie personnelle.
━ Tu devrais y aller, me conseilla-t-il finalement en fronçant les sourcils, si tu ne veux pas croiser Rosier et sa clique.
━ Tu veux dire, ta clique ? répliquai-je en reniflant de dédain, et il évita mon regard.
━ Ton cousin ne sera pas particulièrement ravi de te voir ici.
━ Éloigné, cousin éloigné, précisai-je avec une grimace. Et Rosier n'est pas particulièrement heureux de me voir peu importe l'endroit, rajoutai-je en me levant néanmoins.
Par je ne sais quelle erreur génétique, j'étais liée à Evan Rosier, défenseur de la veuve et de l'orphelin, bon samaritain à l'âme généreuse et le cœur en or…
Manquerait plus que l'auréole. Blurp. Aidez-moi, je m'étouffe dans mon propre vomi.
Si Rosier n'avait été qu'un petit con, le monde s'en serait bien mieux porté. Malheureusement, le Serpentard n'était pas que rusé et ambitieux, il était l'exemple même d'un esprit noir et corrompu, avide de pouvoir. Oh bien entendu, il le cachait derrière de grands sourires et des œillades charmantes – ça y est, j'ai rendu mon déjeuner – mais personne n'était dupe. Surtout quand une série de « glissades accidentelles » dans les escaliers avait eu lieu l'an dernier, toutes concernant des né-moldus. N'allez pas me dire qu'ils s'étaient jetés tous seuls sur les marches mouvantes après s'être lancé un Petrificus Totalus. Cette histoire avait été particulièrement douteuse, et il ne fallait pas s'appeler Sherlock Holmes pour trouver le coupable assez rapidement. (C'est ce que Lily avait dit en tout cas, moi je n'ai aucune idée de qui peut bien être ce M. Holmes. Sûrement un honnête homme, pour ce que j'en sais.)
Dire que j'étais ravie que Rosier fasse partie de ma famille était une sacrée litote. Lui comme moi essayions de renier le plus possible cette appartenance, et j'étais bien contente que mon grand-père ait choisi d'épouser une sorcière de rang inférieur comme ma grand-mère quitte à être déshérité, ne serait-ce que pour ne pas avoir à subir les repas de famille à la mode Sang-Pur et le regard glaciaire de Druella Rosier, épouse Black.
Si je conservais une certaine rancœur à l'égard du Serpentard, ce n'était pas seulement à cause de ses origines et de son appartenance aux Mangemorts, qui recrutaient même à Poudlard, mais parce qu'il avait entraîné Severus dans son sillage. J'étais consciente que ce n'était pas uniquement de la faute de Rosier, mais quand on a un coupable parfait sous la main, on ne s'embête pas à chercher plus loin.
Je laissai donc Severus dans son compartiment, et décidai de repartir dans le mien. Jetant un coup d'œil à ma montre, je vis qu'il était à peine quinze heures. J'avais hâte d'arriver, je détestais attendre sans pouvoir faire grand-chose, la seule pensée d'être privée d'une partie de ma liberté de faire ce que bon me semblait me rendait folle. Il fallait que je me trouve une occupation.
Je fouillai dans les poches de mon sweat, qui devait d'ailleurs appartenir à mon frère puisque j'y trouvais une dizaine de bombabouses. On peut compter sur les garçons pour avoir ce genre de farces-et-attrapes tout le temps sur eux.
Hmm, distraction, distraction…
Je me retournai au moment de passer la porte du wagon, et à l'autre bout, je vis la silhouette charpentée de Rosier, accompagnés de ses fidèles compagnons. Un sourire mauvais s'afficha sur mon visage et je sortis discrètement ma baguette. Un mouvement de poignet plus tard et mon sortilège de Confusion faisait son effet. J'eus un petit ricanement, avant de lancer mes bombabouses le plus loin possible dans le couloir. Je me dépêchai ensuite de disparaître, fermant la porte derrière moi. Je repris ensuite ma marche, un sifflotement joyeux s'échappant de mes lèvres.
Oui, j'ai l'âge mental d'une gamine de six ans, mais j'assume.
Je revenais tranquillement dans mon wagon après être passée par les toilettes, un grand sourire aux lèvres, quand tout à coup, une tornade m'accosta brutalement :
━ Dis-moi Mercer, tu ne serais pas au courant d'une certaine attaque à la bombabouse dans la voiture 15 par hasard ?
Emmeline Vance réunissait tous les stéréotypes de la parfaite Serdaigle. Des sourcils toujours froncés, des lunettes carrés qui lui donnaient un air encore plus sévère, de longs cheveux attachés en un chignon serré et des habits de grand-mère. On aurait dit McGonagall avec quarante ans de moins, et ce n'était pas un compliment. McGo avait un style horrible.
La rumeur courrait que si elle avait eu le poste de préfet c'est parce qu'elle avait fait des choses pas très catholiques dans le bureau du directeur. Personnellement, je ne pensais pas Dumbledore pédophile, mais dans le fond ça ne m'aurait pas étonnée plus que ça. Cette fille aurait tué père et mère pour devenir préfète et mettre en place son règne de la Terreur. C'était une acharnée du règlement, son livre de chevet devait d'ailleurs sûrement être celui de Poudlard. Elle n'hésitait pas à enlever des points à sa propre maison, ce qui expliquait pourquoi Artur la détestait autant. Quant à Lucas, le calme Lucas, il faisait des crises de panique à l'idée de faire ses rondes avec elle. Bref, c'était un sacré numéro, qui personnellement ne m'aurait pas dérangée outre mesure, si elle n'avait pas décidé de me prendre en grippe. Parce que oui, Miss Vance-je-pète-plus-haut-que-mon-cul était très à cheval sur ses notes et mettait un point d'honneur à être la meilleure. Malheureusement, il s'avérait que je l'avais toujours dépassée en Enchantements, et ce depuis le premier Wingardium Leviosa que Flitwick nous avait demandé de lancer en première année. Et elle en était malade de jalousie.
Pour une fois que j'étais bonne dans une matière, il fallait que ça m'attire les foudres de la seule préfète casse-couilles de notre année. Quand je vous dis que j'ai un problème de karma.
Bref, la préfète se tenait devant moi, le chignon défait, le visage rougeâtre, et… un délicieux fumet de… bah de merde quoi, faut dire ce qui est, se dégageait d'elle.
━ Tu essayes un nouveau parfum, Vance ? lui demandai-je innocemment en me bouchant le nez.
Un tic nerveux agita le coin de sa bouche.
━ Je répète ma question : tu ne serais pas au courant d'une attaque à la bombabouse dans la voiture 15 ? fit-elle, agacée.
━ Aaaah, c'est de là d'où vient l'odeur, je comprends mieux ! m'exclamai-je en claquant des doigts, comme si je venais d'avoir une illumination. Une attaque à la bombabouse, pourquoi est-ce que je serais personnellement informée, mmh ?
━ Oh, tu serais même plus qu'informée ! répliqua la brune en croisant les bras.
━ Tu as des preuves ? interrogeai-je en faisant mine d'examiner mes ongles d'un air intéressé.
━ Oui, ton air suspect et ton sourire satisfait, dit-elle sur un ton tranchant.
━ Pardon, je voulais dire de vraies preuves ?
Voyant qu'elle ne répondait pas, je poursuivis :
━ Bien, donc cette conversation est terminée. Ravie d'avoir pu t'aider ! Passe te changer au fait, parce que l'odeur, pffou, si tu veux attirer tous les clodos du coin, t'es sur la bonne voie !
Et je m'éloignai en direction de mon compartiment, de nouveau le sourire aux lèvres. Ok, ce n'était pas le coup que j'avais promis à Hestia, mais franchement, j'étais plutôt fière de moi.
━ Gemma, tu marches sur ma cape !
━ Hey, Grace, fais gaffe !
━ Quelqu'un a vu ma cravate ? Je l'avais posée juste là !
━ Ma cape, Gemma !
Il régnait un tel remue-ménage dans le compartiment qu'on s'entendait à peine parler. Loki s'était mis à miauler parce qu'on l'avait tiré de sa sieste, Ozzy hululait joyeusement en nous voyant nous agiter et Sissi, la chatte angora de Mary, faisait racler ses griffes contre sa cage. Autour de nous flottaient les valises ouvertes, desquelles on avait sorti nos uniformes, qu'on essayait à grand peine d'enfiler.
━ Lily, tu enfonces ton coude dans mes côtes là !
━ Oui bah excuse-moi, mais si tu te poussais un peu, je pourrais enfiler ma chemise correctement.
━ Eh, mais c'est mon pull ça !
Alors que j'enfilais mes bas en ronchonnant, certaine que j'allais me retrouver avec un énorme bleu sur les côtes, la porte du compartiment s'ouvrit.
Sérieusement, faut qu'ils arrêtent là, on rentre pas comme au Chaudron Baveur ici !
J'eus à peine le temps de voir qui était le chieur qui venait nous rendre visite que les filles criaient déjà au scandale.
━ Pervers !
━ Au viol !
Seule Dorcas, déjà habillée, n'avait pas réagi et moi, et bien moi j'étais toujours courbée pour enfiler ma chaussette, la bouche grande ouverte. Lily balança sa chaussure, tout en maintenant sa chemise devant sa poitrine, et Mary s'était recroquevillée sur la banquette.
━ Woh, woh, on se calme là-dedans ! s'écria une voix masculine. Je n'ai rien vu du tout, arrêtez de crier ! Je me cache les yeux, voiiiilà.
C'est à son ton ironique que je le reconnus, avant même de le voir dans l'encadrement de la porte. Il tenait sa main devant ses yeux, et tapait du pied.
━ Geoff', qu'est-ce que tu fiches là ! s'exclama Gemma avec un grand sourire, encore en petite culotte.
Cette fille n'a aucune pudeur, ça en devient gênant.
━ Je fais le tour des wagons, pour vérifier que tout le monde se met bien en uniforme. Je préfèrerai être tranquillement dans mon compartiment, crois-moi, soupira-t-il.
Geoffrey Coleman, l'ex petit-ami de Gemma, avait un an de plus que nous et était préfet à Poufsouffle. Personne n'avait vraiment compris pourquoi il avait été nommé à ce poste, et même lui en était désespéré. Geoffrey était l'archétype même du mec cool, qui ne se prenait pas la tête, et plus du genre à donner des points aux farceurs plutôt que les mettre en retenue. Autant dire que pour lui, se taper les rondes, les réunions et autres, c'était un véritable calvaire. Je ne compte plus le nombre de fois où il a maudit Dumbledore.
Gemma et lui étaient sortis ensemble l'année dernière, mais il n'y avait jamais eu de véritables sentiments entre eux. Malgré tout, Gemma s'était attaché à lui et nous, force était de constater qu'après plusieurs mois passés en sa compagnie, on avait fini par l'apprécier également. Suite à leur rupture, ils étaient restés amis, et depuis ils se parlaient fréquemment, comme deux bons potes.
━ C'est très bien, mais maintenant que t'as vérifié, tu peux nous laisser Coleman, souffla Lily en le poussant légèrement par les épaules.
━ Ok, ok, fit-il en la laissant le traîner hors du compartiment. Très joli soutien-gorge, au fait Evans, rajouta-t-il au moment où la rousse ferma la porte.
Le visage de Lily s'enflamma immédiatement et j'eus beaucoup de peine à m'empêcher de rire.
━ Quand Potter va apprendre ça… la taquinai-je, sachant qu'elle réagirait au quart de tour.
━ Oh ça va hein ! s'exclama-t-elle en nous tournant le dos, boutonnant sa chemise d'une main maladroite.
Mary ne se gêna pas pour rigoler, et Dorcas leva les yeux au ciel, comme elle savait si bien le faire.
━ Il est vraiment pas croyable, celui-là, fit Gemma. Il est disponible, tu sais ? continua-t-elle à destination de la rousse avec un sourire en coin. Il a largué sa copine pendant les vacances.
━ Et alors ? marmonna Lily. Je devrais être intéressée ?
━ Ignore-la, dis-je à Gemma. Pourquoi il l'a quittée celle-ci ? demandai-je ensuite, avide de potins.
━ Il paraît qu'elle parlait trop, répondit la châtain en haussant les épaules.
━ Mais ils ne se sont pas vus cet été pourtant ? interrogea Mary, interloquée.
━ Ne me demande pas le pourquoi du comment, soupira Gemma, ce gars a un système de fonctionnement que je n'ai pas encore réussi à décrypter, et je crains que personne n'y arrive, malheureusement.
L'agitation retomba quelque peu, et nous finîmes de nous habiller en silence. La nuit était tombée, et j'avais échangé ma place avec Dorcas près de la fenêtre. Le front collé à la vitre, je regardai le paysage nocturne défiler à grande vitesse. D'ici peu, on apercevrait les lumières du château, et l'attente me rendait fébrile. Les soirs de rentrée étaient mes préférés. Je me souviendrais toujours du tout premier, c'était un souvenir qui resterait gravé à jamais dans ma mémoire.
Liam m'avait raconté des tonnes d'histoires sur Poudlard, et lorsque Samuel était venu chez nous, le premier été, ils s'étaient amusés à me conter les anecdotes amusantes sur le quotidien à l'école des sorciers, faisant briller mes yeux de petite fille impatiente. Mais tous les contes du monde ne pouvaient égaler le sentiment flamboyant de s'asseoir dans le Poudlard Express pour la première fois, de traverser les eaux sombres du lac noir en voyant se rapprocher les tours du château, de frissonner sous le regard strict de Minerva McGonagall sans savoir que ce ne sera pas la dernière fois, d'attendre avec appréhension d'être placé dans une maison en espérant que ce sera la bonne, d'entendre cette petite voix résonner dans ta tête et puis rugir sous les applaudissements de tes nouveaux camarades, de se faire accueillir à bras ouverts pour déguster le meilleur banquet de l'année, de découvrir ensuite le lieu de tous tes futurs conversations, jeux, rires et pleurs, et de s'allonger pour enfin fermer les yeux et rêver de tous les lendemains fantastiques qui t'attendent.
Bon ensuite tu déchantes un peu en voyant la montagne de devoirs que tu amasses en moins d'une semaine, et ça dès la première année. Mais justement, le jour de la rentrée, c'est le seul jour où tu n'as pas à te soucier d'avoir oublié de faire quelque-chose, comme rendre un devoir de Métamorphose, par exemple – et je ne parle absolument pas à titre personnel.
━ Ohé, Grace ! Grace ! La terre appelle la lune !
Je sursautai en sentant Lily me secouer l'épaule.
━ On est arrivé, me dit-elle en souriant doucement.
De nous deux, ce devait sûrement être elle qui était la plus excitée à l'idée de retourner à Poudlard, même si elle ne le montrait pas. Déjà parce-que c'était Lily Evans et qu'elle montrait rarement ses sentiments – contrairement à moi que tout le monde traitait de livre ouvert – et ensuite parce que je pense qu'elle avait peur de ressentir trop de joie et qu'au final, tout ça ne soit qu'un rêve, même après cinq ans. Je n'arrivais pas bien à imaginer ce que ça faisait d'apprendre du jour au lendemain qu'on était une sorcière – Lily m'avait raconté que c'était comme si on lui avait dit que les aliens existaient réellement. J'avais toujours vécu dans le monde sorcier, ma mère travaillait au Ministère de la Magie et toute ma famille – et Merlin savait qu'elle était grande – était sorcière – à part peut-être la cousine Murielle, mais elle, on n'avait vraiment jamais su ce qu'elle était réellement. Je baignais dans le chaudron depuis petite, comme on dit. J'avais grandis dans l'idée que j'irai à Poudlard un jour, tous les quatre ans j'attendais la coupe du monde de Quidditch avec impatience, le chemin de Traverse n'avait plus aucun secret pour moi, et la pire punition que pouvait m'infliger ma mère était de ranger ma chambre sans baguette. Il m'était donc difficilement concevable d'imaginer un monde sans la magie, et c'était sûrement pour ça que Lily partageait plus de choses avec Mary et Gemma qu'avec Dorcas et moi. Ce qui ne nous empêchait pas de nous entendre sur d'autres points.
━ Au fait, tu as vu la nouvelle coupe de Sanders ?
━ Ouais, on dirait un crapaud, c'est immonde.
━ Et encore, c'est méchant pour les crapauds.
Pas besoin d'être sorcière dans le sang pour casser du sucre sur le dos des autres.
A l'instant où je posai le pied sur le quai, il se mit à pleuvoir.
━ C'est une blague ! m'exclamai-je en posant lourdement ma valise sur le sol.
━ Tu portes la poisse, Mercer, constata Gemma, défaitiste.
Faye Swann passa devant moi, sa baguette levée formant un parapluie protecteur.
━ C'est pas parce qu'il pleut que tu es obligée de traîner, tu sais.
━ Toujours aussi aimable, Swann, marmonnai-je en jetant un sort d'imperméabilité à ma valise ainsi qu'à la cage de Loki qui s'était recroquevillé dans un coin.
Le train vomissait une foule d'élèves qui se bousculaient en pestant contre le mauvais temps. Un peu plus loin, une lanterne éclairait un chemin de terre qui s'enfonçait entre les pins, tenue à bout de bras par la silhouette massive de Hagrid, le garde-chasse. De sa grosse voix bourrue, il appelait les première année, ce qui créa encore plus de chaos.
━ Chaque année c'est un bazar pas possible, grommela Mary quand quelqu'un lui écrasa le pied. Où est passée Lily ?
━ Je crois qu'elle est partie vérifier qu'aucun petit ne se perdait en route, dis-je en poussant un Poufsouffle devant moi, il me lança un regard courroucé auquel je répondis par des gros yeux méchants, et il fit trois pas sur la droite sans demander son reste.
━ Tu veux dire, comme toi tu t'es perdue dans la Forêt interdite le jour de la rentrée ? pouffa la blonde, ravie de me rappeler cet épisode humiliant – encore un – de ma première rentrée.
Oui, elle n'avait pas été parfaite comme j'avais voulu le faire croire.
━ Ça va, ça n'a duré que vingt minutes avant que Hagrid ne la retrouve, ça aurait pu être pire, fit remarquer Gemma.
━ Pire qu'un broyage des os intégral par un demi-géant en pleurs ? J'ai eu des bleus pendant trois semaines ! C'est moi qui aurait dû pleurer ! protestai-je tandis que l'on franchissait la porte étroite de la gare qui donnait sur la route.
Sur la chaussée étaient alignées nos habituelles diligences sans chevaux. A quelques mètres de nous, difficilement remarquable dans l'obscurité, Lily nous faisait de grands signes pour que l'on vienne la rejoindre.
━ J'ai échappé de peu au trajet avec Potter, le cauchemar ! nous confia-t-elle quand on arriva à sa hauteur. Il m'a alpaguée à la sortie du train et si je n'avais pas prétexté avoir vu Mulciber lancer un Jambencoton sur un première année, je ne serais même pas là pour vous parler !
Je lui tapotai l'épaule, désolée pour elle. Tant que Potter ne lui aurais pas fait sa déclaration annuelle de rentrée, elle ne serait pas tranquille pour la soirée. La pauvre. On avait parié avec les filles – chose dont Lily ne devait pas être au courant, sinon on était fichu – que la situation n'allait pas durer. Mary pensait que Lily finirait par céder tôt ou tard et sortir avec l'affreux poulpe binoclard, Gemma était convaincue que Potter allait se lasser et arrêter de la harceler, et moi, j'espérais juste que Potter nous lâche la grappe et retourne s'amuser avec ses petits copains prétentieux – aka Black-le-gnou – sans interférer avec notre vie. Autant dire que je priais Merlin pour gagner mes 12 Gallions (oui, le prix montait au fil des années).
Une fois installées dans la diligence, les conversations reprirent et la route se fit sans incidence dans un bruit de ferraille. On passa le portail de l'école, et là, Poudlard apparut dans son immensité. Les hautes tours du château se détachaient dans le ciel nocturne, illuminées ci-et-là de l'intérieur par des torches. Le parc était sombre et humide à cause du mauvais temps, et seule la cabane d'Hagrid lui donnait une touche de chaleur, l'éclairant comme l'aurait fait une guirlande de Noël. Les diligences s'arrêtèrent au pied des marches menant aux grandes portes en bois qui scellaient habituellement l'entrée et qui étaient grandes ouvertes pour nous laisser rentrer. On descendit une à une de la voiture, tout en essayant de ne faire tomber aucun de nos bagages sur le sol désormais spongieux et détrempé. Il pleuvait toujours à verse, alors on se mit à courir pour se mettre au sec le plus rapidement possible. Je dois avouer que, de l'extérieur, voir plus d'une centaine d'adolescents se ruer à l'intérieur d'un château en se marchant dessus devait être particulièrement poilant, mais j'étais plus occupée à essayer de sauver mes propres pieds qu'à me fendre la poire.
Je poussai un soupir de soulagement lorsque l'on passa les portes du château, ravie d'être enfin au sec. On déposa nos malles au pied de l'escalier en marbre de l'immense hall et, après avoir salué respectueusement le professeur McGonagall qui s'assurait du bon déroulement de l'opération d'un œil sévère, on se dépêcha de se mettre en file indienne pour rentrer dans la Grande Salle.
━ Tu crois que les première année sont en vie ? me demanda Mary sur le ton de la plaisanterie.
━ Si ça se trouve, avec ce qu'il tombe, ils se sont tous noyés, rajouta Gemma, pince-sans-rire comme toujours.
━ N'importe quoi, répliqua Dorcas, exaspérée par leurs bêtises. Vous avez vraiment des idées tordues toutes les deux.
━ N'empêche, dis-je en réfléchissant à voix haute, ça serait bizarre sans les première année.
━ Plus de nouvelles petites têtes blondes, acquiesça Lily.
━ Plus de questions innocentes, embraya Mary sur un faux air mélancolique.
━ Plus de « Excusez-moi Madame » en nous bousculant dans les couloirs, ajoutai-je.
━ Plus d'explosions surprises dans les cachots, fit Dorcas en se prenant au jeu.
━ Plus de gringalets sur lesquels passer ses nerfs un vendredi soir, soupira Gemma.
━ Gemma !
━ Bah quoi ?
La foule de pachydermes que nous étions finit par avancer et on entra finalement dans ce qui était sûrement la pièce la plus impressionnante de tout Poudlard. Les murs de pierre accueillaient les élèves de l'école depuis sa création sans jamais céder. Flanqués de cheminées de part et d'autre, ils offraient à tous la chaleur et le réconfort bien mérités par les étudiants malmenés par les professeurs et les intempéries de la campagne écossaise. La salle était meublée d'une grande table qui s'étendait sur toute sa largeur, réservée aux professeurs ainsi qu'au directeur de l'école, et surmontée de plusieurs tableaux, dont les portraits des quatre fondateurs de Poudlard dans leurs habits d'époque. Il y avait également quatre longues tables, une pour chaque maison, entourées de deux bancs en bois. Mais le plus impressionnant restait sans doute le plafond enchanté, qui reproduisait fidèlement le ciel réel, ce qui expliquait pourquoi il était actuellement sombre et pluvieux. Cependant, la pièce était éclairée sans faute par des centaines de bougies qui flottaient allègrement dans les airs. La chorale de crapauds-chanteurs élevés sur des tabourets se faisait déjà entendre, couvrant presque la pluie qui tambourinait aux grandes fenêtres.
Dans un brouhaha joyeux, chacun finit par trouver une place, attendant la cérémonie de répartition, avec impatience pour certains, avec exaspération pour d'autres. Lorsque les première année entrèrent, le chahut s'arrêta seulement pour être remplacés par des chuchotements. Les paris étaient lancés, et je vis passer plusieurs Noises entre les mains de Russell Cross, un septième année, ami de mon frère et grand bookmaker dans l'âme, sous l'œil réprobateur de Lily.
Au final, on récupéra quatre filles et cinq garçons chez Gryffondor, tous acclamés à grands cris et à coups de poing masculins sur la table. Après la chanson annuelle du Choixpeau, Dumbledore se leva pour nous dire quelques mots et très vite, les assiettes vides se remplirent de tous les mets anglais les plus délicieux sous nos yeux brillants et les bouches ouvertes des première année.
Bon retour à la maison. Était-ce que c'était moi qui le pensais ? Ou bien Lily qui s'était penchée à mon oreille pour me le chuchoter ? Ou alors était-ce le sentiment qui se dégageait de nos sourires béats face à un spectacle qu'on oublierait de contempler à nouveau dans une semaine ? J'avais l'impression de me glisser, pour une année supplémentaire, dans un costume que je connaissais bien et que j'enfilais chaque fois avec bonheur. Oubliées mes dernières semaines d'été pourries, oubliée la honte dans le train, oublié le visage arrogant de cet abruti de Black, j'étais simplement heureuse de m'asseoir avec mes amies à la table de ma maison, dont j'étais fière comme une véritable lionne, et de déguster le banquet de rentrée en jetant des regards en coin à celui que je pensais être alors l'homme de ma vie.
Lorsque la conversation s'orienta sur la longueur de la barbe de Dumbledore, je laissai courir la soirée en soupirant de bien-être et sans me soucier de rien de plus que mon propre remplissage de panse.
N'hésitez pas à me laisser un petit mot pour me dire ce que vous en avez pensé, surtout après un chapitre aussi long et fourni que celui-là !
Cat
