NDA : Bon. Je sais que je n'ai pas updaté depuis cent mille ans :). C'est difficile d'écrire avec le travail, les cours, enfin vous connaissez la chanson !
Ca a surtout été difficile de me détacher de "Cherche garçon au pair...", parce que j'avais la tête tellement dedans, malgré tout ce temps. J'avais envie d'écrire une séquelle, des scènes supplémentaires qui ne me sont pas venues sur le coup, bref. Je comprends mieux pourquoi les gens n'écrivent pas plusieurs fics en même temps, maintenant.
Bon et puis évidemment y a le syndrome du "C'est vraiment de la merde ce que j'écris", qui pousse à tout effacer et à fermer brusquement son ordinateur en tirant la tronche.
Bonne année à tous et à toutes (Oui, là aussi je suis un peu à la bourre, mais passons !)
Shelby Sauvage, si tu passes par là, plein de bisous sur toi ! (T'es bientôt vieille hihi)
Impasse des Rêves
Chapitre 2
Harry
Je secoue la tête, éberlué, et me tourne vers Ron qui se contente d'hausser les épaules, l'air de dire « Désolé mais la pièce a décidé pour toi, vieux ».
Ce qui me réconforte, c'est que mon meilleur ami a l'air tout aussi surpris que moi. Ron ne savait pas. Sinon il n'aurait jamais voulu décider ça à pile ou face. A vrai dire, Ron et moi n'avons plus abordé le sujet « Malfoy » depuis la fin des procès. C'est Hermione qui aurait été au courant. Hermione savait toujours tout.
Si elle avait été là, elle aurait levé les yeux au ciel et soupiré « Bon sang – Hermione ne disait jamais « Bordel » comme moi ou « Merlin » comme Ron, mais toujours « bon sang »- Harry je te l'ai dis dix fois au moins ! Tu ne te souviens pas ? Il a été nommé à ce poste à la fin des procès, en Juin 1999… ».
Hermione m'aurait forcé à accepter la demande de Dudley. Parce que Hermione prônait le pardon et qu'elle croyait que les gens méritaient une seconde chance. Mais Hermione n'est pas là - et je me demande, avec un petit pincement au cœur, quand est-ce que je cesserai d'imaginer les réactions que Hermione aurait eues si elle avait été présente dans ma vie -.
Toujours est-il que je n'ai pas la force d'affronter deux de mes persécuteurs à la fois.
J'ai trop souffert - pas seulement pendant la Guerre, mais aussi après-. J'ai trop souffert, je souffre encore et mon médicomage m'a dit de prendre soin de moi. Faîtes des choses que vous aimez faire, Monsieur Potter. Allez voler, essayez de voir vos amis, détendez-vous. Prenez soin de vous.
Me préserver. Me protéger. Garder la tête hors de l'eau.
Garder l'équilibre. Ne pas tomber.
Continuer à vivre.
Ne pas tomber.
o
- La pièce a décidé, Harry ! Tu dois aider la petite !
- Mais c'est Malfoy, Ron !
Je chuchote tant bien que mal, mais Neville me jette un drôle de regard par dessus son bureau. Il a toujours détesté être témoin de nos petits désaccords, à Ron et moi. Enfin, c'est Ron qui dit ça, parce que Nev' ne m'a jamais rien dit, et je n'ai jamais remarqué de signe d'agacement chez lui. Mais Ron dit que je ne remarque jamais rien. C'est l'infirmerie qui se fout de Sainte-Mangouste.
Ron fronce les sourcils un moment puis soupire, m'attrape parle bras et me pousse dans le couloir sans ménagement -ce con est grand, maintenant. C'est lui qui est trop grand, pas moi qui suis particulièrement petit-.
- Je croyais qu'on devait pardonner et aller de l'avant ? Fait-il en s'appuyant contre le mur, les bras croisés.
- J'ai dis ça lors des Procès. Mais franchement, me retrouver avec mon cousin et Malfoy dans la même pièce ? Je préférerai baiser le cadavre de Bellatrix !
- Bordel, Harry, c'est dégueulasse ! S'exclame Ron en faisant mine de vomir.
- C'est vrai, mais tu as saisi l'idée ! Je m'esclaffe.
- Mais on s'en fiche de Malfoy et de ton cousin ! L'important, c'est la petite ! Par les slips de Merlin, personne n'a dit que tu devais parler éducation avec Malfoy autour d'un verre de bière-au-beurre ! Tu hiboutes ton cousin - enfin, tu le félétones - ...
- Tu lui téléphones, Ron.
- Ouais, tu lui téléphones, tu lui donne l'adresse de l'autre connard, et voilà ! Tu n'es pas obligé de lui tenir la main pour l'emmener voir Malfoy !
- Ouais... C'est vrai.
Je pourrais faire ça, oui. Tout simplement. M'impliquer un peu, mais pas trop. Améliorer la vie de cette enfant, mais ne pas y laisser de plumes.
J'aime cette idée.
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Draco
Au début, je l'ai vécu comme ce que c'était : une punition. Un travail imposé, non payé - au début, du moins-, qui me demandait de renoncer à tout ce que je croyais -avant la Guerre, parce qu'après la Guerre, je ne croyais franchement plus en rien-... J'aurais pu en pleurer de désespoir si je n'avais pas été si soulagé de ne pas retourner à Azkaban.
Les premières semaines furent les pires ; avec le temps, j'ai fini par m'y faire, et même par m'y plaire.
Mais au début, j'ai dû prendre des cours d'étude des moldus avec Thomas - Dean Thomas-. Un Gryffondor de la même année que moi. C'était une décision du Ministère, et après qu'il m'ait renvoyé chez moi à l'issue de mon Procès, je me suis posté à la fenêtre et j'ai attendu mon précepteur.
En entendant "cours d'étude des moldus", j'ai cru revoir Granger, mais elle était avait déjà quitté le pays- heureusement, parce qu'elle m'aurait assommé de détails inintéressants-. J'avais espéré que je tomberais sur un Serdaigle - puisque je savais qu'aucun Serpentard n'était de Sang-Mêlé-, mais j'avais fais un rapide calcul, et je savais qu'il y avait peu de chances qu'un Serdaigle accepte une mission aussi ingrate que de donner des cours d'étude des moldus à un ancien Mangemort. Poufsouffle est, par excellence, la maison des adorateurs de moldus, mais les Poufsouffles sont des couards et la probabilité que l'un d'entre eux se découvre des couilles était faible.
Je savais donc que mon précepteur serait sûrement un Gryffondor. Il n'y a que les Gryffondors pour être assez cons et pleins de bon sentiments pour accepter une mission pareille.
Honnêtement, je n'avais pas beaucoup de souvenirs de Thomas. Je me souvenais de Finnigan, son acolyte, puisque cet abruti avait une fâcheuse tendance à faire exploser des choses en cours - et ça le faisait toujours rire. A croire qu'il le faisait exprès pour amuser la galerie... Putain de Gryffondors-.
Mais Thomas était plus discret, toujours à dessiner dans son petit carnet, à suivre Finnigan comme un petit toutou, presque, finalement, à se comporter comme un élève normal - pas comme ces dégénérés de Weasley, cette emmerdeuse de Granger, ce connard de Potter ou cet abruti de Londubat.- En réalité, si la maison Gryffondor comportait plus de Thomas et moins de Weasley, les Serpentards se porteraient mieux.
Il est arrivé dans ma chambre un matin de Juin 99, l'air déjà énervé alors qu'il n'avait pas encore vu ma tête, ma mère sur les talons - si je ne la connaissais pas aussi bien, j'aurais juré qu'elle était essoufflée, comme si elle avait couru après lui-, et m'a dit :
"C'est moi qui te donne les cours d'étude des moldus, Malfoy. J'imagine que cette idée ne t'enchante pas, mais moi non plus, alors réglons ça rapidement, veux-tu ?!"
Je l'ai suivi jusqu'à la bibliothèque de l'aile gauche sans rien dire, parce je le trouvais courageux d'être venu jusqu'au Manoir - alors que tout le monde, même les prétendues "amies" de mère, évitaient cet endroit maudit et encore hanté-.
Je l'ai suivi parce que je n'avais pas le choix, parce que si je refusais de le suivre, je perdais ce "travail" et je retournais à Azkaban. Je l'ai suivi parce que j'aurais suivi n'importe qui plutôt que de retourner en prison. Je l'ai suivi parce que pour rien au monde je n'aurais laissé ma mère seule, sans défense, dans ce putain de Manoir hanté.
Nous nous sommes vus pendant tout l'été. La première fois, il s'est contenté de parler et moi de prendre des notes -plutôt sérieusement, d'ailleurs. Un vieux réflexe de second de la classe, sûrement-. Puis, pour illustrer ses propos, il m'a montré des photographies - qui ne bougent pas- de sa famille, de leur maison.
J'ai dû apprendre des tonnes de noms et de définitions. Télévision. Pile. Ordinateur. Téléphone. Cassette vidéo. Magnétoscope. Walt Disney. Football - Merlin, ce qu'il m'a bassiné avec son football !-. Hockey. Rugby. . Gaz. Gazinière. Courrier. Poste. Avion. Voiture. Vélo. Moto. Ecran. Stylo. Clef. Cigarette. Briquet.
Thomas était un assez bon professeur - pour un Gryffondor-. Il tenait difficilement en place plus de dix minutes, alors il me stressait un petit peu, à marcher tout en parlant, en faisant de grands gestes - le vase de Chine de ma mère s'en souvient encore, le pauvre-. Il était mal à l'aise, dans ce grand manoir hanté, seul Gryffondor dans l'antre des Serpentards. Parfois, il arrivait en retard, complètement débraillé et avec une tronche d'imbécile heureux - ça doit être la marque de fabrique des Gryffondors-. Ses explications et ses réponses à mes questions étaient un peu foireuses, et il ne semblait pas comprendre qu'en ce qui concernait son monde, je ne savais rien : il ne commençait pas par le commencement. Il avait des difficultés à se mettre à ma place, à réfléchir de ma façon.
Mais ce n'était étonnamment pas si horrible que ce à quoi je m'attendais. D'abord, Thomas ne faisait jamais référence à mon père, à Azkaban ou à mon rôle dans la Guerre. Il ne me jetait pas de regards haineux comme la plupart des gens dans la rue. Il était d'un naturel plutôt rieur, et était très poli avec ma mère - quand elle nous apportait le thé et la collation, principalement, mais tout de même-.
Je ne pourrais pas dire que durant l'été 99, j'ai considéré Thomas comme un ami, mais nos séances ne me déplaisaient pas. Avec Goyle à St Mangouste, Pansy aux Etats-Unis et Blaise en Italie, je me sentais assez seul. J'avais mère, bien sûr, mais Mère était... Après la Guerre, Mère a eu une longue période de déprime.
Thomas avait pour habitude de faire des cours de cinquante minutes, et de laisser dix minutes de libres au cas où j'ai des questions. Quand je n'en avais pas, nous bavardions de choses et d'autres. Pas au début, bien sûr, mais un jour, il m'a dit qu'il était allé voler avec Weaslette -la fille-, et nous avons pu parler de Quidditch.
Le Quidditch est un sujet sûr. Quoi que, même en parlant de Quidditch, j'aurais été capable de me disputer avec Potter.
Thomas, je l'ai vite deviné, était une personne qui fuyait les conflits. C'est comme ça qu'il a refusé de faire la tête à Potter quand ce dernier lui a piqué la Weaslette, en sixième année. C'est comme ça qu'il a accordé la faveur au Ministère lorsqu'ils l'ont contacté pour qu'il me donne des cours d'étude des moldus. C'est comme ça qu'il est arrivé au Manoir, un soir, complètement dépité, avec une demi-heure de retard, et qu'il m'a dit "Pas un mot, Malfoy. Je ne suis pas d'humeur."
J'avais toujours dit qu'il se passait un truc étrange entre Finnigan et lui ; Tante Bellatrix disait que j'étais doué pour cerner les gens.
J'aurais préféré qu'elle n'use pas de ce "don".
Quelques années plus tôt, j'aurais poussé Thomas à bout jusqu'à ce qu'il me dise ce qu'il se passait entre lui et son Irlandais. Mais je venais de passer un an en séjour all-included au bord de la mer, entouré de personnages qui m'auraient volontiers envoyé bouffer les mandragores par la racine, et je n'avais pas franchement envie de fâcher la personne qui me permettrait de ré-intégrer la société sorcière en tant qu'homme libre. Même si sous-payé. Même si exploité. Même si en contact constant avec des moldus.
J'ai donc hoché la tête et docilement écouté sa leçon sur les maladies moldues - photographies à l'appui, doux Merlin !-.
A partir de ce moment là, Thomas a dû décider qu'il pouvait vraiment me faire confiance - sacré Gryffondor!- et il a déclaré que j'étais prêt.
Alors nous sommes sortis. Dans un village moldu, pour commencer. Pour "boire un verre". J'ai dû payer avec de l'argent moldu : livres, pences. Putain de petites pièces. Putain de Thomas et ses idées tordues.
Je suis passé pour un abruti complet, à me battre avec des bouts de papier - des billets, Malfoy-, à fixer le menu comme un strangulot sorti de son lac -Prends une bière, fais-moi confiance, Malfoy- et puis, bien sûr, je ne comprenais pas très bien ce que nous a raconté le barman - une histoire de Coupe du Monde, de français, et de football-.
La fois d'après, nous sommes allés dans un autre village nous promener dans un "supermarché". C'était génial. Chez nous, les sorciers, ce sont les elfes de maison qui font les "courses". Tous les dimanches soirs, nous donnons une liste de menus à Becky, qui la donne à Tofo, qui va au marché des elfes - quelque part dans Hyde Park côté sorcier -. Mais les moldus font leurs courses eux-mêmes. Ils partent avec un sac, des gallions - non, des livres- et arpentent les rayons. Thomas a dû me tirer hors du magasin, mais j'ai quand même réussi à acheter du jus de framboise - ça c'est original !- et des biscuits qu'on a dégustés au bord d'un lac - en parlant de Quidditch-.
Et un jour, nous sommes sortis dans le Londres moldu. C'était à la fois effrayant et exaltant. Il y avait du monde partout ; je n'avais jamais eu l'impression que le Londres sorcier était petit, j'y trouvais tout ce que je cherchais : mon hibou, des parchemins, une bière au beurre, des ingrédients pour mes potions de vitalité, des livres. Mais le Londres moldu, c'est autre chose. C'est un autre monde qui s'ouvre à chaque fois que l'on passe une porte. Thomas m'avait parlé des cinémas, des bars à thèmes, des boîtes de nuits gay, des parcs d'attraction, des patinoires, des piscines. J'avais vu des photographies, répondu à des questions sur l'utilité de chacun de ces lieux, et je pensais tout connaître par cœur, je pensais être prêt, tout ça parce qu'un Gryffondor de 19 ans avait dit que je l'étais.
Mais je n'étais pas prêt. Je n'étais pas prêt pour la multitude de sensations, d'odeurs, de bruits, d'expériences. J'écoutais vaguement Thomas quand il disait que les moldus n'ont pas la magie mais qu'ils avaient tout le reste.
Je ne comprenais pas ce que "tout le reste" signifiait.
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C'est donc grâce à Thomas que le 15 Septembre 99, je me suis retrouvé habillé dans des frusques moldues qu'il m'avait forcé à acheter -Bon Sang, Malfoy, c'est juste un foutu jean ! Non ? Bon, et cette chemise ? C'est quoi cette tête ? Et celle-ci ? Par les couilles de Merlin, choisis au moins quelque chose ! Tu ne vas pas accueillir tes patients avec tes tenues habituelles ! Pourquoi ? Parce que tu vas leur faire peur, imbécile !-, la boule au ventre, à fixer la plaque de mon bureau :
"Docteur Draco Malfoy - Pédopsychologue
Spécialisé dans les troubles du comportement."
Mon travail, c'était d'entrer là-dedans et d' attendre qu'un moldu qui aurait déjà essayé d'exorciser son enfant - le jour où Thomas est arrivé avec un parchemin "Dieu, Diable et croyances", j'ai eu deux réactions : Un sacré mal de crâne, et un sacré fou rire - ou qui aurait arrêté de se vautrer dans le déni -Non, ce n'est pas mon fils qui provoque les accidents, c'est le petit Daryll, regardez comme il est turbulent ! Mon fils n'a rien d'anormal ! - entre et demande de l'aide.
Je me suis longuement demandé si l'idée du bureau moldu, dans une rue moldue, avec une plaque moldue, visible pour tous -moldus comme sorciers- n'était pas une idée de Granger. C'était somme toute logique : Si un moldu se rend compte que son enfant a un comportement étrange, il va sûrement se tourner vers un professionnel, un spécialiste du comportement. Mais si le bureau est situé dans une sorcière, il ne risque pas de le trouver.
Le risque, cependant, était que je me retrouve avec des enfants qui n'ont rien à faire dans mon bureau : des enfants porteurs de handicap, des enfants mal-élevés, des parents désespérés et j'en passe. Mais je les repère vite : Les enfants qui n'ont aucune magie dans leur corps sont différents des enfants sorciers.
Eux, je les mets rapidement dehors - Il n'est pas écrit dans mon contrat que je dois prendre en charge tous les moldus perdus que je croise sur mon chemin !-.
Les premiers mois, je n'ai même pas été payé pour mon travail. Ce n'était, réellement, ni plus ni moins que ce que les moldus appellent "des travaux d'intérêt généraux" - Oui, Thomas est un bon professeur, ou moi un bon élève, à voir-. J'ai été convoqué au Ministère en Décembre, et mon salaire est passé de 0 à 30 gallions par mois - en sortant du bâtiment, j'ai calculé que j'étais payé environ 4 mornilles de l'heure !-.
Mais j'ai continué à travailler, et en Juin, j'ai été re-convoqué, et mon salaire est passé de 30 à 50 gallions. Je gagne à présent un salaire correct pour le travail que je fourni, mais ce fut un travail de longue haleine. Le Ministère voulait sûrement que j'abandonne et que je retourne croupir à Azkaban, mais je me suis accroché, j'ai été persévérant, et aujourd'hui j'aime mon métier - tant mieux, au vu de mon absence de vie amoureuse-.
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Au final, si l'on omet le fait que ce métier implique être au contact d'enfants et de moldus, il est fait pour moi. J'y réfléchissais le jour où j'ai été convoqué au Ministère pour la première fois : Si j'avais eu le choix, quelle carrière aurai-je embrassé ? Quelles opportunités aurai-je eu, de toute manière, avec le passé qui est le mien ? Qui m'aurait ouvert les portes de l'Académie des Etudes Supérieures ?
Quelle genre de vie a t-on lorsque notre nom est sali et honni, lorsqu'on a dû passer ses ASPICS par correspondance ?
"Tu aurais pu devenir Maître des Potions", s'est lamentée Pansy lorsqu'elle est revenue en Angleterre. Mais pour devenir Maître des Potions, il faut apprendre le métier avec un Maître qualifié et reconnu. Et je n'aurais jamais pu demander à quelqu'un d'autre que Snape d'être mon tuteur.
"Tu aurais pu être langue-de-plomb", a soufflé Théo, un soir où nous étions attablés autour de la table du Manoir Nott. Théo parle si doucement que parfois, Goyle ne l'entend même pas - et je ne parle même pas du pauvre hère qui se retrouve assis à côté de Pansy, qui parle aussi fort que même une armée de doxys ne suffirait pas pour couvrir le bruit de sa voix-.
Théo est devenu langue-de-plomb, c'était tout tracé pour lui. Je crois que j'aurais aimé travailler au département des mystères, parce que je suis terriblement curieux, et que j'aime apprendre, mais je n'aurais pas aimé ne pas pouvoir me vanter - parler !- de mes trouvailles à mon entourage.
"Tu aurais pu être joueur de Quidditch. Tu jouais dans l'équipe de Serpentard, à Poudlard", a suggéré Goyle un jour d'été. Il faisait une chaleur à crever et ma peau était terriblement rouge - même si je ne l'avouerai devant témoin pour rien au monde. Disons seulement qu'il faisait très chaud et que n'importe quel être humain normalement constitué aurait souffert de la chaleur-.
Je me jetais discrètement des sorts de rafraîchissement toutes les cinq minutes alors que Pansy, au contraire, me tannait pour que je lui lance régulièrement des sorts de réverbération - pour mieux bronzer, Draco !- tandis que Blaise se portait comme un charme - le bâtard-. Lorsqu'elle a entendu Goyle, Pansy a affiché un petit sourire qui se voulait discret. Blaise a levé les yeux au ciel et Théo a froncé les sourcils.
J'ai souri parce que la suggestion était mignonne. J'ai souri parce que parfois, Goyle parle comme un gamin de deuxième année. J'ai souri parce que je n'ai et n'aurais jamais le talent pour être joueur de Quidditch professionnel - même si, ça non plus, je ne l'avouerai pour rien au monde-.
Au final, j'aime mon métier parce que, même s'il m'a été imposé, il me convient. J'aime analyser des situations et trouver des solutions. J'aime donner des conseils - j'adore donner des conseils, même lorsque personne ne m'en demande-. J'aime être le référent en matière de savoir, j'aime que l'on m'écoute parler. J'aime me sentir important - même si, au bureau, je ne suis important que pour des morveux de quatre ans et leurs géniteurs-.
A Poudlard, je me donnais des airs de solitaire, parce que je voyais mon père agir ainsi, et que je voulais l'imiter. Mais je ne suis pas mon père. Et après avoir passé trois ans seul, triste, et sans personne vers qui me tourner, je me rends compte que j'aime être entouré. Ça change les gens, un séjour à Azkaban. Ça change les gens, d'être menacé par Vous-Savez-Qui. J'ai aimé passer du temps avec Thomas, j'ai aimé retrouver Pansy en Novembre 99 après tout ce temps sans la voir - même si après l'avoir écoutée babiller dix minutes, j'ai eu un mal de crâne que même deux potions n'ont pas réussi à faire disparaître-.
Au final, j'ai changé, et je n'aurais peut-être pas pu travailler seul, dans le silence complet. Après toutes ces années à fuir la mort, j'ai besoin d'un peu de vie.
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Londres
Le gamin m'adresse un grand sourire et cligne des yeux. Ça lui donne l'air un peu stupide mais je trouve ça attendrissant, malgré moi. Je me demande parfois si toutes ces années passées à travailler avec des gamins ne m'a pas un Poufsoufflisé - comment ça, ce n'est pas un mot ?-. Je me penche et lui demande :
- Tu as bien compris, Nathan ?
- Oui !
- Qu'est-ce que tu fais quand tu commences à te sentir en colère ?
- Je ferme les yeux et je pense à quelque chose que j'aime bien. Je n'arrête que quand je sens que ma magie arrête de cré...crétiper.
- Crépiter. C'est bien. Je ne veux plus entendre que tu as fais mal à ta sœur, d'accord ? Même sans faire exprès.
Le gamin hoche de la tête et je lui indique qu'il peut se rasseoir et jouer. Il se précipite sur les legos en criant et entreprend de construire une tour "plus grande que Papa". Je prends ma baguette, jette un assurdiato - la trace laisse une fumée bleue quelques secondes, ça a le don de toujours m'agacer - et me tourne vers le père qui fixe ma baguette avec des yeux ronds comme des souafles, malgré le nombre de fois où il m'a vu jeter un sort.
- Je pense que Nathan a bien compris les objectifs de la séance d'aujourd'hui. Comment se passe l'école à la maison ?
La plupart de mes patients ont été déscolarisés à cause des "incidents inexpliqués" qui se sont passés lorsqu'ils étaient dans les parages. A l'époque où j'étais enfant, ça ne se passait pas ainsi - du moins c'est ce que j'ai cru comprendre en récoltant des informations dans les archives nationales, ou en questionnant Thomas - : Les enfants restaient dans les écoles moldues et des raisons plus ou moins valables étaient données pour expliquer les incidents. Les sorciers ne s'occupaient pas d'eux avant qu'ils ne reçoivent leur lettre pour Poudlard.
Mais le climat d'après-guerre existe même dans le monde moldu ; depuis les attaques de Voldemort, les sorciers doivent se faire discrets. Si les moldus découvraient notre existence et décidaient de nous éradiquer, nous partirions tous bouffer des mandragores par la racine en moins de temps qu'il n'en faut pour dire gallion.
C'est pourquoi je conseille aux parents de déscolariser leurs enfants, du moins en attendant qu'ils puissent venir régulièrement à leurs rendez-vous et qu'ils apprennent à maîtriser leurs émotions. Les enfants sont parfois re-scolarisés à l'issue de nos séances, ou alors il ne leur reste plus qu'un an à attendre avant d'aller à Poudlard - et ils me cassent les oreilles en craint "DRACO DRACO JE VAIS BIENTÔT ALLER A POUDLARD !-.
Avant la Guerre, il n'y avait pas vraiment de règles ou de cadre concernant les enfants sorciers nés dans des familles moldues. Mon métier a été créé spécialement pour éviter de reproduire le scénario Potter - Après la Guerre, hiver 99, une biographie de Potter est sortie, et son enfance a été dévoilée-. Les nuits dans le placard à balai. Les maltraitances. Les humiliations. La peur de la différence.
Je ne l'ai pas lue, bien sûr, déjà parce que j'étais enfermé à Azkaban, mais aussi parce que je crois que je n'ai pas envie de découvrir ce que je ne sais pas de sa vie à travers un livre. Potter, j'ai l'impression de le connaître : Je suis le seul à le mettre en colère en deux phrases, je connais ses réactions et ses habitudes, je sais, contrairement au reste du monde, qu'il a beau être un enfant-héro qui est mort pour sauver le monde, c'est un parfait connard.
Potter est loin d'être l'homme parfait que la société sorcière veut qu'il soit, c'est un abruti qui ne comprend rien à rien et un salaud qui jette des sorts de magie noire sur des adolescents en pleurs. Mais je ne vais pas ressasser ces souvenirs, parce que ça appuierait les propos de Blaise qui prétend que je suis obsédé par Potter. N'importe quoi. Je ne n'ai pas vu sa tête de dégénéré depuis des années et je me porte comme un charme !
Mon métier a été créé pour que les enfants et les parents de familles moldues se sentent soutenus et épaulés, pour que les sorciers puissent vivre dans le secret, et pour que les Sangs-Purs - ou du moins les Sangs-Purs encore en liberté - vivent en harmonie avec les sorciers d'origine moldue. Je n'avais pas très bien saisi cette dernière partie - sûrement parce que je sortais d'un procès épuisant et d'un an de séjour à Azkaban, mais aussi parce que le juge n'avait pas vraiment l'air de savoir de quoi il parlait non plus-.
Avec les années, j'ai compris. Si moi, Draco Malfoy, fils d'ancien Mangemort et ancien Mangemort moi-même, descendant de deux anciennes familles de sorciers reconnues pour leur Sang-Pur, j'étais capable de comprendre le monde moldu, de communiquer et collaborer avec des moldus, alors ça signifiait que tout le monde pouvait le faire. Que l'on pouvait vivre en harmonie avec eux.
Si Potter a été le symbole de la rébellion, j'ai, à mon insu, été utilisé par le Ministère pour être le symbole de la collaboration et d'un monde nouveau.
J'imagine la tête que ce connard de Potter a dû tirer quand il a vu ça !
Le père de Nathan me tire de mes pensées en répondant à ma question, et je sursaute :
- L'école à la maison se passe. Sa mère perd parfois patience, mais Nathan progresse malgré tout. Il continue de demander quand est-ce qu'il retournera à l'école, mais de moins en moins souvent, ceci-dit.
J'hoche la tête. Ils viennent de Bristol. Cet homme rate une journée de travail une fois par semaine pour emmener son fils. Mais il est assidu, parce qu'il voit le bien que nos séances font à son fils. Je me souviens du jour où il l'a emmené, il y a quatre mois. Gêné et angoissé, dans son costume de médicomage - Alors, là, c'est la tenue typique des médecins, Malfoy ! Tous mes Oncles sont dans la santé, tu verrais les réunions de famille, on dirait l'attaque des clones !-. Cet imbécile de Thomas a du coup été obligé de m'expliquer -très laborieusement, soi dit-en passant,- ce qu'est un "clone".
Nous discutons quelques minutes et je prends mon agenda pour nous mettre d'accord sur l'heure du rendez-vous de la semaine prochaine. Nathan se relève en souriant. Il a terminé de ranger, et m'adresse un petit signe de la main avant de suivre son père, qui a déjà ouvert la porte.
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Lorsque mon premier "patient" est entré dans mon bureau, j'avais l'impression d'avoir à faire à un extraterrestre. Je me souviens m'être demandé si le gamin n'était pas un peu bizarre - handicapé, comme disent les moldus-. Il faisait des bruits étranges, il ne parlait pas réellement, et en plus il sautait partout comme s'il avait abusé du whisky pur-feu. "Dis bonjour, Diego", a dit son père. Le gamin s'est tourné vers son géniteur, puis vers moi, et a ouvert la bouche en produisant un son vraiment inquiétant. Je me souviens même avoir vu de la bave.
Je suis resté dans un coin de la pièce un long moment, accroché à mon carnet de notes, à fixer le mioche avec des yeux ronds comme des gallions, et quand la demi-portion s'est approchée, j'ai tout fait pour éviter le moindre contact physique – peine perdue, puisque quelques secondes plus tard, le petit s'est collé à ma jambe en criant parce qu'il venait de marcher sur son propre pied -.
Je suis fils unique. Mon père aussi, et ma mère... Disons seulement q'heureusement que Bellatrix n'a pas eu le loisir de se reproduire. Toujours est-il que je n'avais pas vu d'enfants depuis que j'ai moi-même été un enfant.
Et que dire des enfants que j'ai fréquentés à l'époque... Pansy était déjà une petite teigne, à se mêler de ce qui ne la regardait pas, Théo était déjà silencieux et sérieux comme la mort, et Blaise... Bon, Blaise était sûrement le seul de groupe à avoir eu une vraie enfance, avec son lot de petites blessures, de bonbons, de rires et d'amour. Quelque peu gâchée par les morts successives de son père et de ses nombreux beaux-pères, j'en conviens.
Parfois - c'est rare, mais ça arrive - je pense à l'époque où je jouais tout seul - j'ai passé une grande partie de mon enfance seule, Pansy, Crabbe, Goyle, Théo et Blaise n'étant présents que lors des afternoon tea ou des garden party de Mère- en m'imaginant que je jouais avec Harry Potter. On était super copains, on courait dans les couloirs du château de Poudlard - que je m'imaginais encore plus immense qu'il ne l'est réellement, et c'est dire- et on volait à dos de dragons -bon, ça, ce connard de Potter a bien fini par le faire, non ?-. Parfois, j'ai envie de retourner dans le passé afin de m'en coller une, et de me dire :
"Arrête de perdre du temps à t'imaginer que cet abruti est un chouette gamin, un futur ami ! C'est un con ! Et dans six ans, quand tu rentreras chez toi pour les vacances d'été, drogue tes parents avec du Sommeil Sans Rêve, fais leurs bagages et force un elfe à vous faire transplaner dans un pays lointain ! Ne reste pas en Angleterre, ça va être l'enfer ! L'enfer, tu entends ?"
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- Euh... Bonjour.
Je lève les yeux de mon bureau et me retrouve nez-à-nez avec un moldu très, très corpulent, d'environ mon âge, qui me sourit, visiblement mal à l'aise.
- Je suis désolé de vous déranger. Euh... Je n'ai pas de rendez-vous. Voilà. Je viens vous voir parce que ma fille est... Ma fille est... comme vous.
J'hausse un sourcil et lui demande poliment :
- Comme moi ?
- Elle est... Elle est spéciale.
- En quoi est-elle spéciale, cette enfant ? Je demande en tendant d'apercevoir l'enfant en question.
Il se gratte la nuque et tourne la tête. Derrière lui se trouve une fillette minuscule et très maigre - ce qui est étonnant au vu de la corpulence du père - aux cheveux châtains. Elle est accroché si fort aux jambes de son géniteur que je ne peux apercevoir son visage.
Je me penche pour lui parler mais le père me coupe dans mon élan :
- Ecoutez... Je suis sûr que je suis au bon endroit. C'est mon cousin, Harry, qui m'envoie. Vous devez sûrement le connaître, il...
Je retiens un soupir. J'ai envie de l'envoyer paître et de lui dire que "Harry" est très certainement le prénom le plus donné aux enfants dans le monde sorcier depuis que Harry Connard Potter a survécu à l'Avada Kedavra, et que je ne connais certainement pas son putain de cousin - c'est le 3e type qui arrive dans mon bureau en me disant avoir été envoyé ici parce qu'un ami de la famille/homme rencontré dans la rue/voisin qui s'appelle "Harry" lui conseille de venir me voir, et à chaque fois, sans que je sache pourquoi, mon ventre se serre quand je comprends que le Harry en question n'est absolument pas Harry Connard Potter-.
J'ouvre la bouche pour l'interrompre mais à ce moment là, la petite fille relève la tête et ses yeux apeurés plongent dans les miens.
La forme est différente, la lueur n'est absolument pas la même, mais je reconnaîtrais cette couleur entre mille.
- Maya, dis bonjour au Monsieur.
Plein d'amour !
Koala-Mutant
