La première chose que Sakura sentit lorsqu'elle sortit de son état léthargique, fut une atroce douleur à la tête. Une personne normalement constituée aurait sans doute porter rapidement l'une de ses mains vers la zone de souffrance. Malheureusement, la jeune femme se rendit compte, avec le peu de lucidité qu'elle avait, que ses membres semblaient ne plus répondre correctement aux ordres donnés par son cerveau. Combien de temps avait-elle dormi ? La guerre était-elle finie ?

Elle mit quelque temps avant de pouvoir ouvrir les yeux. Jamais elle ne s'était sentie aussi faible et vulnérable. N'importe qui aurait put l'avoir emmené à des fins d'expérience. Plusieurs scénarios aussi sinistres les uns que les autres défilaient dans sa tête, ne faisant qu'augmenter son martyre. Plus elle se réveillait, plus ses sens la tiraillaient, menaçant de détériorer son état à chaque instant. Sa vue était encore floue malgré les minutes qui passaient, son odorat ne percevait aucune odeur, son palais semblait desséché elle ne pouvait articuler aucun mot et ses mains ne ressentaient plus rien. La seule chose dont elle était sûre c'est qu'elle était en vie. Pouvoir souffrir à ce point ne pouvait exister dans l'autre monde.

Elle finit par distinguer son environnement. Bizarrement, elle fut soulagée, comme si elle se sentait quelque peu protégée. Elle voyait. Etonnamment, elle se surprit à analyser chaque recoin de la pièce, chaque détail, comme jamais elle ne l'avait fait. Rapidement, elle se rendit compte que l'endroit dans lequel elle se trouvait était sinistre, trop sombre, trop sordide. Une simple bougie éclairait la pièce elle ne voyait même pas le fond. Aucune fenêtre, aucun élément de décoration. Seuls un lit, une armoire et une table de chevet semblaient remplir la pièce. Les murs étaient rustiques, faits de pierre. Elle fronça les sourcils, seul mouvement qui lui sembla être possible de faire. Elle se trouvait donc dans un sous sol. Si elle avait de la chance ,elle était dans un repaire que les survivants de Konoha avaient construit. Ils avaient ensuite recherché les survivants pour les soigner. Ce qui lui paraissait vraiment peu probable. Au pire des cas, elle se retrouvait dans le repaire de leurs assaillants. Ce qui signifiait qu'elle ne tarderait pas à être disséquée. Malheureusement, cette solution lui paraissait vraiment plus probable que la précédente.

Ses sens revenaient petit à petit, et à présent elle surveillait le moindre son qui pouvait provenir de l'extérieur. Elle avait peur et en même temps hâte. C'était deux sentiments totalement contradictoires et pourtant elle les ressentait au même moment. Elle resta un moment à écouter le silence qui, dans l'attente d'un signe, ne faisait qu'augmenter sa crainte. Les pulsions de son cœur ne cessaient d'accélérer, et elle eut l'impression qu'il était prêt à exploser à n'importe quel instant.

Sakura savait qu'elle n'avait pas de chance et qu'elle était de nature très émotive. Elle savait aussi que pour être un bon ninja, il ne fallait jamais afficher ses sentiments à aucun moment. Sauf que cette règle, elle n'avait jamais réussi à l'appliquer et n'y arriverait sans doute jamais. Elle repensa aux multiples fois, lors des missions en compagnie de Naruto et Kakashi, où elle avait laissé sa sensibilité reprendre le dessus. Elle aborda un léger sourire. C'était le passé, elle ne devait plus y penser. De plus, les larmes menaçaient à nouveau de couler et ce n'était vraiment pas le moment. Malgré plusieurs tentatives, ses membres engourdis ne semblaient pas vouloir l'écouter. Elle arrivait seulement à les déplacer de quelques centimètres. De toute évidence, elle n'était pas paralysée. Pour l'instant, c'était le seul point positif qu'elle avait trouvé. Sa main avait légèrement frôlé sa cuisse, elle prit conscience que l'on ne l'avait pas lavé. Cela devait faire environ six jours qu'elle ne s'était pas nettoyer et le combat duquel elle venait de sortir avait recouvert son corps d'un film gras à certains endroits, de boue et de sang séché à d'autres. Ses pensées précédentes semblaient se confirmer. Il n'y avait à présent que peu de chance pour que les personnes qui l'avaient retrouvé veulent la maintenir en vie.

Sa tête tourna vivement sur le côté pour se tourner vers la porte en bois massif encadré de fer et de clou à moitié rouillés. Oui, elle avait entendu un grincement. En effet, elle n'avait pas rêvé. Le grincement fut remplacé par des bruits de chaîne. Comment pouvait-on mettre un tel dispositif en place pour la maintenir enfermée alors qu'elle était dans un état aussi pitoyable ? Une silhouette apparut. Elle constata que c'était une femme, vu sa taille et sa corpulence. Pour le moment, elle se trouvait dans l'ombre, elle avait donc du mal à la détailler. La femme arriva à sa hauteur après avoir fermer la porte. Elle déposa un plateau sur la table en chêne qui se trouvait à côté du lit. La femme qui lui faisait face avait un visage fin et agressif. Ses yeux noisettes étaient encadrés par des lunettes noires. Ses cheveux roux en bataille accentuaient son côté hargneux et brutal. Sakura avait l'impression qu'elle allait mourir à tout moment. Elle dégageait une aura si mauvaise qu'elle avait l'impression d'être un agneau sans défense livré à une meute de loups affamés. Elle croisa son regard dur et méprisant, un frisson lui traversa le dos.

-Mange ! ordonna t-elle.

-Je… Ne peux pas, répondit-elle.

Rien qu'avec cette phrase, elle avait l'impression d'avoir utiliser toute son énergie, sa respiration était déjà saccadée. Elle se maudissait d'être aussi faible devant un être si futile.

-Tu n'as pas le choix, tu dors depuis trop longtemps, répliqua-t-elle durement.

Sakura ne répondit rien. Manger lui demanderait un effort surhumain, elle en était certaine. Mais répondre à son interlocutrice n'aurait servis à rien si ce n'est à la fatiguer d'avantage. Elle vit la rousse se diriger vers la porte.

-Je te fais couler un bain, tu pues la mort.

Elle sortit sur ces mots. Sakura fronça les sourcils, elle détestait ce genre de comportement. Il était normal qu'elle empeste, rester une semaine sans se laver en vivant avec une hygiène des plus misérables, côtoyant des cadavres en décomposition ! Logique qu'elle ne sente pas la rose.

Pendant plusieurs minutes, elle réapprit à utiliser ses bras. Chaque mouvement provoquait une douleur à la limite du supportable, notamment pour son bras gauche, touché quelques jours auparavant et qui semblait infecté. Ses gestes étaient maladroits. Elle finit tout de même par arriver à boire l'eau et à attraper le pain. Elle fit tout son possible pour éviter les tremblements. A chaque bouchée, elle sentait son corps se réanimer. Son palais tentait de détecter le goût. Sa gorge réapprenait à avaler, ses dents à mâcher. Jamais elle n'avait autant apprécié un repas, malgré le fait que celui-ci soit le plus pauvre qu'elle n'ait jamais mangé.

Pour la seconde fois elle entendit le bruit des chaînes suivit du grincement strident de la porte. La jeune femme réapparut, un air d'agacement collé au visage.

-Suis-moi, cracha t-elle.

-Je ne peux pas, répondit Sakura.

Oui, elle était sur son terrain, mais Sakura aussi avait un fort caractère et ne se laissait pas marcher sur les pieds. Maintenant qu'elle avait retrouvé sa voix, elle ne se laisserait plus faire aussi facilement. Elle avait toujours eu une autorité avec laquelle elle pouvait soumettre les gens rien qu'en parlant. Elle soutenu son regard, pensant quelques secondes.

-Tu empestes… déclara t-elle.

-Je ne peux pas me lever, renchérit la rose.

Elle entendit la rousse grogner de mécontentement. Elle finit par s'approcher du lit et sans délicatesse, prit l'un des bras de Sakura qu'elle passa autour de son cou. Cette dernière eut l'impression de se faire arracher les ligaments. Elle se mordit la lèvre pour ne pas hurler. Lorsque ses pieds touchèrent le sol, ses jambes fléchirent. Ce n'était certainement pas un soutien qui lui fallait mais de la rééducation. La rousse la traînait sans ménagement. Ses pieds frottaient contre le sol à plusieurs reprises. Elle tenta de reposer les pieds sur les pierres froides, à chaque fois, ses chevilles se tordaient dans un craquement sinistre. Elles traversèrent un couloir tout aussi sombre que la chambre. Plus elle en voyait, plus elle angoissait. Elles croisèrent quelques serpents qui semblaient chercher quelques chose. Elle ne put s'attarder sur ce détail car la jeune femme s'arrêta devant une porte qu'elle poussa à l'aide de son bras libre.

Elle posa brutalement Sakura sur la seule chaise présente dans la pièce. Cette pièce était d'ailleurs plus éclairée que ce qu'elle avait pu voir jusqu'à maintenant. Quatre bougies étaient disposées autour de la baignoire déjà plaine. Elle vit aussi un lavabo surmonté d'un miroir. La rose observa un moment la vapeur s'échapper de l'eau chaude.

-Bon, tu attends quoi ?! s'impatienta la rousse.

Elle avait croisé ses bras contre sa poitrine, et fronçait les sourcils en direction de Sakura. Elle avait beau faire comme si elle dominait la situation, elle ne semblait rien comprendre. Sa naïveté impressionnait Sakura au plus au point. D'autant plus qu'elle devait avoir environ le même âge.

-Je ne peux pas lever les bras et encore moins les jambes, répondit-elle durement.

La rousse jura. Sakura eut un sourire de contentement. D'après ce qu'elle était entrain de comprendre, cette femme n'avait pas le droit de lui faire du mal et devait au contraire l'aider. Quelle idée de mettre des caractères aussi semblables ensemble. La jeune femme réussit rapidement à enlever son haut et sa jupe. Etonnement, elle semblait même délicate et faisait attention à ses gestes, ce qui étonna Sakura. La brassière se révéla être un travail beaucoup plus complexe. Les plaies maculées de sang et de terre avaient collé contre ses vêtements et plusieurs brûlures dû aux explosions avaient encré certains morceaux de tissus dans sa chair. La rousse tenta d'abord de découper par petits morceaux le vêtement pour mieux voir les zones atteintes. Lorsque le plus gros fut enlevé, elle exécuta une technique consistant à anesthésier une partie du corps pour ensuite retirer les corps étrangers. Sakura connaissait très bien cette technique et conclut que cette femme était donc aussi un médecin. Pour pratiquer une telle technique, il fallait obligatoirement avoir une maîtrise totale du chakra. Pourtant elle ne devait pas être habituée à pratiquer de tels soins puisqu'elle semblait se fatiguer à vue d'œil. Sakura la stoppa net. Elle prit une serviette qui se trouvait sur ses genoux.

- Ca n'avancera à rien que tu te fatigue, et je ne peux pas me soigner. Tu vas enlever les morceaux avec une pince à épiler.

- Sans anesthésie ?! s'exclama telle.

- Si on attend plus longtemps, le tissu va moisir et moi avec…

Oui, Sakura avait toujours réussi à convaincre. Quoi qu'elle dise, elle trouvait toujours les arguments. C'était sans doute sa plus grande force et la raison pour laquelle elle aidait par moment Tsunade à régler quelques conflits avec les pays voisins.

La rousse acquiesça, son visage exprimait à présent de la compassion. Elle donna le signal de départ, moment où Sakura mordit à pleine dents dans la serviette pour éviter d'hurler de douleur. Une demi-heure passa dans une atmosphère lourde. Concentrée sur son travail, elle finit par enlever le dernier morceau de tissu. Elle se laissa tomber par terre, la main sur le front, avant de soupirer. Sakura resta neutre, la serviette toujours en bouche. Maintenant, il fallait désinfecter et il y avait peutde chance pour que ce moment soit agréable. En effet, la rousse s'empressa de prendre l'alcool et de l'appliquer sur les plaies vives de la jeune femme. En tout cas, l'intervention dura une heure.

Lorsque l'eau chaude entra en contact avec son corps, Sakura se détendit instantanément. Son visage n'était plus crispé et affichait un air décontracté. La rousse s'occupait de la nettoyer. Une fois fini, elle aida la jeune femme à sortir avant de lui enfiler un peignoir. Sakura eut moins de mal qu'à l'aller, sans doute parce que sa tortionnaire allait plus doucement et s'appliquait à attendre ses mouvements.

Lorsqu'elles arrivèrent dans la chambre, Sakura constata que les draps avaient été changés et qu'une odeur fraîche avait envahi la pièce, bien que cette dernière ne contienne pas de fenêtre. La rousse l'aida à se changer avant de la réinstaller dans le lit. Elle lui rapporta à manger quelques minutes plus tard. Sakura avait beau l'observé, elle semblait avoir remplacé l'agressivité dont elle faisait preuve il y a quelques heure encore par de la compassion. Elle n'osait même plus la regarder dans les yeux.

- Qui es-tu ?

La rousse venait de planter son regard dans celui de la rose, qui elle n'affichait aucune expression. En une fraction de seconde, son visage se crispa. Elle se retourna vivement après avoir déposé le plateau et se dirigea d'un pas vif vers la sortie. Sakura se contenta de prendre le verre d'eau.

- Je suis Karin, dit-elle, la main sur la porte la fixant avec mépris. Que ce soit bien clair, jamais je ne pourrais te supporter, à partir du jour où l'on t'a ramené jusqu'à ce que tu meurs.

Sakura ne dit rien, et un silence pesant s'installa.

- Très bien… Bonne nuit Karin.

La rousse grogna puis resta encore quelques secondes la main sur la poignet qu'elle se mit à serrer fortement.

- Bonne nuit Sakura.

Elle avait simplement murmuré ces mots avant de disparaître derrière la porte. Etonnamment, elle se sentit attendrie par la rousse. Il lui fallut peu de temps pour s'endormir par la suite.

Karin, rageuse, se dirigeait le long du couloir sombre. Elle finit par atteindre une pièce plus spacieuse qui contenait une table ainsi qu'un canapé en piteux état. Elle s'affala sur ce dernier.

-Alors ?

Elle sursauta. Un jeune homme aux cheveux blanc se rapprochant plus de l'argent et aux dents anormalement pointues la regardait avec ironie.

- Je t'en pose des questions Suigetsu ?

- Oh mais c'est qu'elle mordrait presque.

La rousse lui lança un regard meurtrier avant de le frapper avec force. Des cris se firent entendre ainsi que le bruit de frappement contre du métal. Ils s'arrêtèrent tous les deux avant de fronçer les sourcils.

- Je rêve ! L'Akatsuki nous a même pas filé une planque avec des cachots insonorisés.

- C'est bon, j'y vais ça me défoulera comme ça. C'est Kyuubi qui fait encore des siennes, soupira t-il.

- Sasuke est vraiment inconscient ! Si l'Akatsuki apprend que l'on a capturé Kyuubi, ils vont nous…

La jeune femme n'eut pas le temps de finir sa phrase que la porte s'ouvrit brutalement. Deux silhouettes apparurent, trempées. L'un était très grand et de carrure très imposante, son regard neutre et des tâches de sang recouvraient son visage. Le second rangeait son katana, lui aussi était couvert d'égratignures. Son regard était glacial et ne laissait rien paraître. Suigetsu regarda les deux arrivants passer à côté d'eux avant de s'installer à la table.

- Karin, je crois que tu n'as plus de soucis à te faire… L'Akatsuki n'est plus, sourit l'homme aux cheveux d'argent.