J'attends mon soldat
Chapitre Premier - Elle s'appelle Alexane
"Ce qu'il se passe là-bas, ça se passe en permanence dans ma tête. Saches-le."
Les balles fusaient dans l'air. Le transperçant. Créant une atmosphère étouffante, pesante. Et pourtant, malgré tout, elle était là. Solide. Accroupi dans l'attente de la moindre faille du système adverse pour se faufiler et le faire exploser de l'intérieur. Un. Deux. Trois. Et les balles fusaient de nouveaux. Comme un métronome, tout était parfaitement huilé. Son regard cobalt analysait chaque particule de cette scène qui meublait son quotidien. Le chaos. Les corps. Le sang. La poigne de fer de l'ennemi, qui refusait de lâcher plus de terrain qu'il ne l'avait déjà fait. Elle scannait encore et encore, cherchant en vain cette maudite faille, un quelconque défaut, qui pourrait leur permettre de prendre l'avantage. Les balles, elles, continuaient de créer un vacarme assourdissant. Depuis six mois, ils tentaient de prendre l'ascendant sur l'ennemi, mais rien ne réussissait. Elle chargea son arme, balança une rafale, touchant la plupart de ceux qu'elle visait, recevant un high-five de son partenaire qui se trouvait à sa gauche. Au-delà de "Miss Hypnotique", ses camarades l'appelaient également "Œil de lynx". Elle ne ratait jamais une cible, chacune de ses balles arrivaient à bon port. Soudainement, des balles venaient bien plus proche d'eux, elle eu le reflex de projeter son corps au sol, et elle fut incapable de se relever. Elle était à découvert, un moindre mouvement et s'en était finit pour elle. Fermant les yeux fortement, elle ne bougea plus un muscle et ralentit fortement sa respiration, en attendant l'arrivé du brancard dès que le vacarme se calmerait, chose qui ne devrait pas tarder. Un. Deux. Trois. Son corps se fit soulever, et elle comprit. Une douleur familière s'installa dans son bras gauche. Une balle. Elle avait été touchée, ou bien frôlée, elle ne savait pas. Mais à ce stade-là, elle n'en avait rien à faire, tout ce qu'il l'importait été d'enfin prendre l'avantage sur ses mécréants. Un. Deux. Trois. Au loin, le vacarme reprit de plus belle.
À des milliers de kilomètres de là, à un océan de distance, dans une petite salle de danse où raisonnait une musique, changeant des bruits de balle fusant dans l'air, cinq filles essayèrent tant bien que mal de reproduire les pas qui leur avaient été montré. Un regard orageux se posa sur une photo qui dépassait timidement d'un sac. Un soupir franchit ses lèvres rosées, et il s'abaissa en saisissant l'objet qui lui faisait de l'œil depuis un bon moment. Il détailla les traits de la jeune femme souriante immortalisés sur le polaroid. S'appuyant contre le mur, il ramena ses genoux contre son torse, main tremblante. La musique s'affaiblit, pour au final s'arrêter.
-Tim', tout va bien? Demanda posément une voix douce, brisant le silence qui avait prit place dans la salle.
Le jeune homme secoua la tête à l'affirmative. Comme pour ne pas inquiéter qui que ce soit, sur ce qui pouvait bien se passer dans sa tête. Et si elle n'était plus là ? Il reposa sa tête contre le mur derrière lui, en sentant cinq personnes s'accroupirent près de lui.
-Qui est-ce? Demanda la même voix, toujours aussi doucement.
-Elle s'appelle Alexane, ma petite sœur, répondit le blondinet à la jeune polynésienne.
Son regard orageux se posa de nouveau sur la photo entre ses doigts tremblant. Détaillant le visage impeccable de sa sœur. Ses traits fins et féminins, ses yeux cobalt dissimulés derrière des lunettes noires, son corps athlétique et musclé -si bien, qu'elle pouvait battre son frère au bras de fer-, son sourire irréprochable digne d'une pub pour un dentifrice, ses lèvres roses mise en valeur par un rouge à lèvres mate. Il arriva finalement au tatouage qui trônait fièrement sur l'intérieur de son avant-bras, au niveau de la pliure du coude, un rond avec une vague à l'intérieur, visible, car les manches de sa chemise blanche étaient remontées. Ses cheveux bruns étaient remontés en un chignon lâche et brouillon, mais digne de Beyonce. Une cravate noire accessoirisait sa chemise, avec quelques insignes militaires et passant d'épaule représentant son grade. Major, dans l'armée de terre des Etats-Unis.
-Pourquoi n'as-tu jamais rien dis sur ta petite sœur? Demanda la plus jeune latina du groupe.
-Tu sais Camila, c'est dur pour moi. Elle est militaire depuis un an, voir un an et demi. Et elle a à peine dix huit ans, sachant qu'elle est née en décembre. Elle est dans sa dix-neuvième année. Et c'est très très dur pour moi d'en parler, répondit l'aînée des McKellon.
-Pourquoi donc? S'interrogea la jeune femme aux yeux émeraudes.
-Chaque fois qu'elle rentre, chose qui n'est arrivé que deux fois en un an et demi, je dois toujours la voir repartir. Fièrement dans son uniforme. Et c'est toujours dur de la savoir loin de moi, au contact permanent du danger. Enfin... Fin du moment émotion, on s'y remet, dit le jeune homme en se levant et glissant la photo dans sa poche.
Des orbes cobalt s'ouvrirent péniblement sur l'infirmerie du camp, détaillant lentement l'environnement. Les médecins courraient plus ou moins partout. Certains avec des piqûres, perfusions, aiguilles. D'autres avec des dossiers, et divers paperasse. Elle baissa les yeux sur la chaise à côté d'elle, où elle pu voir sa veste posé soigneusement et ses rangers ranger correctement en dessous de celle-ci.
-Alex; enfin ! La belle au bois dormant est réveillé, rigola une jeune femme aux yeux charbonneux et aux cheveux blonds comme les blés.
-Ayma ! Dis moi... Que c'est il passé? Demanda l'interpellé, en s'asseyant au bord du lit encore quelque peu dans les vapes.
-Tu as été touché par une balle. Mais rien de grave. Elle a juste frôlé fortement ta peau et t'as ouverte sur sept centimètres de longueur, ainsi que trois centimètres de profondeur, nous avons nettoyer et recousue au mieux. Tes constantes sont bonnes, et tout ira pour le mieux. La prochaine fois, je t'en conjure, fais attention. Ça aurait pu être bien plus grave qu'une simple ouverture comme celle que tu as, récita l'infirmière en regardant fixement les yeux bleus devant elle.
-Ne me fais pas la morale, je vais bien c'est le plus important.
-Toi oui. Mais Luka, qui était à tes côtés, est à l'hôpital. Lui, il a prit les balles de plein fouet, déclara Ayma. Alexane, ce n'est pas parce que tu n'as peur de rien que tu es indestructible. Chacun à ses faiblesses, et tu trouvera la tienne. Sur ceux, Luka et toi allez être rapatrié chez vous pour un mois et demi. Luka un peu plus que toi. Et ne fais pas de connerie pendant ce laps de temps, sermonna la jeune blonde en s'en allant à reculons. Oh, et dis à Timothy qu'il me manque.
Timothy. La jeune femme baissa les yeux à l'entente du prénom de son frère. Elle allait passer un sale quart d'heure s'il apprenait qu'encore une fois, elle avait été touchée, car elle avait insisté pour être au front. Nouant ses rangers, elle croisa le regard de son supérieur qui hocha la tête pour la saluer, geste qu'elle reproduisit.
Le jeune homme était installé au bar de l'appartement de sa sœur - qui séparait la cuisine de la pièce à vivre -, qu'il habitait lorsqu'elle était en mission. Selon sa fierté, c'était pour laisser Mowgli - Le Jack Russel de sa sœur - dans son habitat familier, mais au fond, il devait avouer que sentir le parfum et voir les affaires de sa cadette un peu partout le rassurait. Un bruit de clé dans la serrure le fit sursauter, et il vit Mowgli se redresser dans son panier prêt à bondir sur l'intrus. Il éteignit la lumière, se saisit d'un couteau posé négligemment sur le plan de travail de la cuisine. Les lumières se rallumèrent soudainement, et Mowgli bondit vers le nouvelle arrivant en aboyant joyeusement. Une voix s'éleva dans la pièce, et le cœur du jeune homme s'arrêta une demi-seconde. Alexane. Il reposa son arme de fortune, et se dirigea vers la porte d'entrée, et vit sa sœur assise sur le sol, dans son uniforme, le petit chien debout sur elle lui léchant amoureusement le visage. Alexane se releva et posa son regard sur son aînée, le détaillant. Ses cheveux blonds avaient poussé légèrement, sa mâchoire était un peu plus carrée, ses muscles s'étaient un peu plus développés. Elle n'eut le temps de le détailler plus encore, que deux bras forts l'entourèrent. La serrant.
-Tu es là, murmura l'aînée.
-Je suis là. Pour un mois, répondit la militaire.
-Que c'est-il passé pour que tu rentres aussi tôt?
-Je te le dirai demain, j'ai envie de passer une bonne soirée aux côtés de mon frère, et ne pas me faire sermonner encore une fois.
La soirée se déroula dans la bonne humeur. Alexane avait défait ses sacs, mettant ses affaires dans la machine à laver, rangeant son uniforme de cérémonie dans son armoire, déposant ses rangers dans le meuble à chaussures de l'entrée, enfilant une combinaison Jumpsuit Onepiece noire. Elle avait donné un os à son petit chien, et avait filé donner un coup de main à son frère dans la cuisine. Timothy se sentait rassuré d'avoir sa sœur à ses côtés, il la détaillait s'apercevant de quelques cicatrices. Dont une à sa lèvre inférieure, côté gauche. Encore une fois, son caractère avait du faire des étincelles. La nuit tombait sur New-York enveloppant la ville d'une légère fraîcheur nocturne. Timothy s'allongea dans le canapé, prêt à dormir en songeant à sa petite sœur qui avait repris sa place dans son grand lit qui trônait fièrement à l'étage, sur la mezzanine. Alexane, quant à elle, soupira en caressant la tête de Mowgli, qui dormait à ses côtés. Dans sa tête raisonnait encore et encore cet incessant vacarme. Elle avait en permanence cette impression que des balles fusaient dans l'air. Et elle l'aurait probablement encore durant les années à venir.
Voilà le premier Chapitre de J'attends mon soldat. J'espère qu'il vous a plus. À bientôt pour un prochain chapitre.
