Note d'auteur : Bonjour tout le monde ! Comme promis, voici déjà la suite, avec au programme une petite confrontation entre soeurs, j'espère que ce chapitre vous plaira ! :) Un grand merci à la personne m'ayant laissé une review, ça m'a fait énormément plaisir d'avoir un retour sur le premier chapitre ! :D
Assise devant son miroir poli, Narcissa enlevait son maquillage d'une main lasse. La poudre blanche, le fard rose, l'ombre à paupières mordorée et le rouge à lèvres carmin disparurent en moins de temps qu'il n'avait fallu pour les appliquer. Elle resta un court instant interdite face à son reflet, presque surprise de l'image qu'elle renvoyait à présent. Si ses traits restaient d'une perfection à couper le souffle, ses yeux brillaient quant à eux de fatigue et de découragement.
Lentement, elle ôta les dizaines d'épingles douloureuses plantées sur son crâne, qui maintenaient ses cheveux en une coiffure élégante. En quelques secondes à peine, ses mèches blondes ruisselaient de nouveau en vagues douces sur ses épaules nues. C'était presque un soulagement de paraître aussi naturelle et vulnérable. Enfin, après une longue soirée à prétendre, elle pouvait laisser tomber le masque et être elle-même.
Un coup discret à sa porte lui fit froncer les sourcils. Elle se demanda qui pouvait lui rendre visite si tard dans la nuit. Sa mère devait être au lit, son père dans son bureau, enfoui sous sa paperasse, et sa sœur devait être rentrée chez elle. Auprès de son cher mari.
- Entrez, finit-elle par dire, intriguée.
Ce fut cependant bien le reflet de Bella qu'elle vit dans le miroir lorsqu'elle enleva ses boucles d'oreille en diamant.
- Vous êtes rentrées tard, fit remarquer son aînée.
- Mère a voulu rester jusqu'à la fin de la réception, répondit Narcissa. Tu m'aides à enlever ma robe, s'il te plaît ?
Lorsqu'elle se leva dans un bruissement d'étoffes, elle crut voir une étincelle d'agacement dans les prunelles de sa sœur. Mais elle fut persuadée d'avoir rêvé lorsque cette dernière lui offrit un sourire et acquiesça sans rien dire.
Elle frissonna en sentant les doigts glacés de Bellatrix sur son dos dénudé. La fermeture glissa et la robe de taffetas bleu nuit tomba sur le sol, où elle resta lovée en petit tas de tissus. Narcissa la remercia du bout des lèvres et enfila le peignoir de soie qu'elle lui tendait.
- Tu avais quelque chose à me dire ? demanda-t-elle.
Sa voix était presque indifférente, dénuée de toute trace de rancœur ou d'envie. Elle évita cependant de la regarder, craignant de se trahir. Elle préféra ramasser la robe pour la suspendre dans sa penderie, tournant le dos à cette sœur pour qui elle éprouvait tant de sentiments contradictoires. Elle l'aimait bien sûr, c'était sa sœur, elle faisait partie de sa famille et elle l'aimerait toujours pour ça. Mais ces derniers mois, l'amertume la rongeait. Elle peinait de plus en plus à se montrer insensible devant le manque d'intérêt de Lucius à son égard.
- Je voulais te parler d'Andy.
Narcissa se figea. Elle eut besoin de plusieurs secondes pour se composer une façade de marbre avant de se retourner. Le visage de Bellatrix était impénétrable. Elle ne savait comment interpréter cette phrase, ce silence, cette expression. Bella n'avait plus reparlé d'Andy depuis sa fugue. Elle avait catégoriquement refusé d'entendre ou de prononcer une nouvelle fois son nom. Elle lui avait fait très clairement comprendre qu'elle était comme morte à ses yeux.
- Qui ça ? demanda Narcissa.
Elle préférait jouer à l'autruche. Repousser l'imminente explosion. Elle avait toujours été très bonne actrice, elle savait faire comme si de rien n'était. Ce n'était pas pour rien qu'elle était la fille favorite de leur mère. Elle était la seule qui parvenait à prétendre être une dame de la haute société, qui savait doser hypocrisie et flatterie avec art, qui se fondait dans le parterre de leurs semblables telle une obéissante petite poupée.
Mais son aînée n'était pas dupe. Elle n'avait jamais su lui mentir.
- Ne me prends pas pour une idiote, Cissy, dit Bellatrix avec un sourire froid.
Ses doigts plongèrent dans les replis de sa robe, d'où elle sortit un vieux morceau de parchemin froissé. Narcissa sentit son cœur s'arrêter lorsqu'elle reconnut l'écriture familière à moitié effacée.
- Comment…
- C'est l'Elfe qui me l'a donnée, la coupa Bellatrix. L'important n'est pas de savoir comment moi j'ai obtenu cette lettre, mais pourquoi tu l'as en ta possession.
Narcissa se sentit faiblir devant son regard terrible. Elle refusait cependant de le montrer. Bella était comme un animal. Le moindre petit défaut dans la cuirasse et elle se jetterait sur elle toutes dents dehors. Alors elle serra les dents, releva le menton et s'avança vers elle d'un pas résolu.
- Rends-la-moi, siffla-t-elle.
- Pourquoi est-ce que tu caches une lettre de cette traître à son sang sous ton oreiller ? répliqua Bellatrix sur le même ton.
Elle leva la missive loin au-dessus de sa tête, pour empêcher sa sœur de l'attraper. Narcissa la fixa d'un regard furibond. La légère peur qu'elle avait ressenti quelques secondes auparavant avait laissé place à de la colère. Elle avait l'horrible sensation que son aînée volait et salissait la dernière chose qui était précieuse à son cœur. Relire les mots d'Andy était un réconfort malgré les circonstances et elle refusait que ses souvenirs d'enfance soient ternis à cause de la rancœur de Bella.
- Andy est notre sœur, souffla Narcissa d'une voix sourde. Tu l'as peut-être oublié, mais elle a grandi ici elle aussi. Elle a dormi dans la chambre voisine, elle a couru avec nous dans ces couloirs, elle a participé aux repas de famille dans la salle à manger, elle a partagé nos fous rires et nos peurs et tu ne peux pas la renier à cause d'un acte d'amour !
La gifle qui suivit lui coupa le souffle. Le claquement de la main contre sa joue résonna dans la pièce au plafond haut. Elle resta un instant le visage tourné, le souffle coupé et porta sa paume fraîche sur son visage rougi. Lorsqu'elle se tourna de nouveau vers sa sœur, le visage de cette dernière était sublimé par une colère et une rage qu'elle n'avait encore jamais vues dirigées contre sa personne.
- Ce que tu peux être naïve, Cissy, persifla-t-elle. Tu n'es plus une petite fille, tu devrais savoir que tu ne peux pas vivre de rêves et de chimères !
Elle brandit la lettre froissée sous son nez, la faisant sursauter.
- Andy nous a trahis. Elle nous a abandonné derrière elle sans remords. Elle a quitté le nom des Black pour un vulgaire Sang-de-bourbe. Elle n'est plus notre sœur, de son propre choix. Et cette lettre n'est pas un moyen pour garder contact avec toi, ne te leurre pas. Il ne s'agit pour elle que de se racheter et de se sentir mieux.
Narcissa attendit que son aînée éloigne son visage du sien pour reprendre la parole.
- C'était il y a un an et demi, murmura-t-elle d'une voix atone. Elle ne m'a plus écrit depuis.
- Ce n'est pas le problème, Cissy, l'interrompit Bellatrix d'une voix agacée. Le problème, c'est que je ne peux pas me permettre un seul faux pas, surtout maintenant.
Narcissa scruta son visage aux traits crispés et elle fut surprise de détecter une lueur de crainte dans ses yeux.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Elle ne savait pas si elle avait envie d'entendre la réponse, mais elle s'était presque sentie obligée de poser cette question. Bellatrix eut un sourire sans joie et releva d'un geste la manche de sa robe noire, dévoilant de ce fait la Marque terrifiante tatouée sur son avant-bras. Narcissa y jeta à peine un coup d'œil, frissonnante, avant de reporter son regard sur le visage fermé de sa sœur.
- Cette Marque, Cissy, est le symbole de mon attachement et de mon dévouement au Seigneur des Ténèbres.
Elle détachait chaque mot d'une voix glaciale qui la fit frémir. Ses yeux s'animèrent d'une lueur nouvelle, d'une dévotion qu'elle ne lui avait jamais vue.
- Mais comment puis-je faire mes preuves auprès du Lord Noir si des branches pourries poussent sur l'arbre de ma famille ? Ma propre sœur qui devient une traître à son sang et épouse un Sang-de-bourbe. Et pire encore, qui ose s'unir à cette vermine et donner naissance à une Sang-mêlée. Sans parler de notre cher cousin Sirius qui s'est enfui il y a quelques mois pour grossir les rangs de l'Ordre. Alors, Cissy, comment puis-je faire croire au Seigneur des Ténèbres et à ses fidèles que nous sommes une famille pure et entièrement dévouée à sa cause ?
Narcissa resta coite, incapable de prononcer le moindre mot. C'était la première fois qu'elle voyait Bellatrix animée d'une telle flamme. Elle ne l'avait jamais vue ainsi. Ni la première fois qu'elle avait tenu une baguette entre ses mains, ni quand elle avait lancé son premier sort, et encore moins le jour de son mariage. La mention de Lord Voldemort semblait l'emplir de vie et d'adoration.
Elle ne put s'empêcher de ressentir une profonde inquiétude. Pour elle, la guerre lancée par le Seigneur des Ténèbres et ses fidèles lui paraissait bien loin. Tant que les événements ne la touchaient pas directement et que son monde continuait de tourner normalement, elle ne se sentait pas concernée par toutes les atrocités qui se déroulaient à l'extérieur. Elle tentait d'oublier que ces horreurs étaient perpétrées en partie par sa chère sœur. Elle se disait que c'était un mal nécessaire pour maintenir le confort actuel de leur famille. Mais à voir Bellatrix ainsi, tout lui semblait soudain plus réel. Et si un jour elle décidait de s'en prendre à Andy ? D'éliminer le problème à la source ? La terreur qui la saisit à cette pensée lui crispa l'estomac.
- Bella, tu ne ferais pas de mal à Andy et à sa famille, n'est-ce pas ?
Sa voix n'était qu'un chuchotis, mais elle sut que Bellatrix avait entendu, car sa bouche se tordit en un sourire amer. Elle mit quelques temps à répondre, comme à contrecœur.
- En tant que fidèle au Seigneur des Ténèbres, je ne peux pas me permettre d'avoir un lien avec cette vermine, asséna-t-elle, implacable. Si j'en ai l'occasion, je n'hésiterais pas à couper cette branche pourrie.
- Mais c'est notre sœur !
- Ce n'est plus notre sœur! la contredit Bellatrix, une lueur sauvage dans le regard. Combien de fois je devrais te le répéter pour que tu comprennes ? Elle a fait son choix et nous a abandonné. C'est à elle d'en assumer les conséquences ! Elle mérite de mourir pour ce qu'elle a fait à cette famille.
Narcissa ne put empêcher les larmes de gonfler ses paupières. La boule dans sa gorge l'empêchait de parler, alors elle se contenta de fixer son aînée avec l'incompréhension et l'innocence de sa jeunesse. Les mots de Bellatrix étaient encore plus violents que sa gifle. Ils faisaient voler son monde en éclats.
- Nous sommes en guerre, Cissy, murmura-t-elle d'une voix rauque. Les victimes sont inhérentes à la guerre. Que crois-tu que le Seigneur des Ténèbres fera aux traîtres à leurs sangs et aux Sang-de-bourbe une fois qu'il aura remporté la victoire ?
Elle laissa flotter un instant de silence, laissant sa cadette s'imaginer les pires tortures qu'Andy pourrait subir selon cette hypothèse.
- Je ne ferais que lui apporter une mort rapide, conclut-elle.
Son ton monocorde sembla résonner de longues secondes dans le silence pesant. Narcissa resserra ses bras autour d'elle, comme pour se tenir chaud. Mais le froid qu'elle ressentait n'était qu'intérieur.
Bellatrix sortit sa baguette et sans un mot, elle enflamma la lettre qu'elle tenait encore dans son poing serré. Le parchemin s'embrasa et très vite ne devint qu'un tas de cendres sur le tapis persan.
- C'est l'heure de tourner la page, Cissy. Et d'avancer. Je te fais confiance pour savoir ce qui est le mieux pour toi.
Bouleversée, Narcissa s'accrocha à son regard grave comme une noyée à sa bouée. Bella avait raison. Elle avait toujours eu l'instinct de survie. Obéir à Mère, obéir à Père, rentrer dans le moule, être une petite fille parfaite. Et elle savait comment se comporter pour continuer à survivre. Epouser Lucius, sauver l'honneur de sa famille, soutenir Bella, oublier Andy, et prier pour une victoire du Seigneur des Ténèbres.
Elle ne savait juste pas si elle avait réellement envie d'une telle vie.
Bella pressa son épaule avec douceur dans un ultime geste de soutien maladroit, avant de tourner les talons, les épaules légèrement affaissés. Elle s'arrêta un instant sur le seuil de la porte et se retourna à demi, son beau visage à moitié dissimulé par sa lourde crinière de boucles aussi brunes que les cheveux de Narcissa étaient blonds.
- Je sais que tu finiras par rejoindre mon avis, un jour.
- Je ne sais pas Bella, répliqua-t-elle. On est trop différente pour être un jour d'accord à ce sujet.
Les mots lui avaient échappés, amers, mais elle ne les regrettait pas. Ils reflétaient exactement ce qu'elle pensait à cet instant. Pour la première fois depuis longtemps elle n'avait pas formulé sa pensée dans le but de plaire à son interlocuteur.
Elle ne les regrettait pas, jusqu'aux dernières paroles que lui lança Bellatrix.
- C'est sûrement pour ça que ton futur fiancé me préfère à toi.
Cette phrase mesquine lui poignarda le cœur plus sûrement que toutes les répliques violentes qu'elles s'étaient échangées ce soir. Hébétée, Narcissa regarda sa sœur disparaître sans avoir le courage de faire un seul geste.
Lentement, elle se rassit face à son miroir, les membres engourdis. Son reflet lui renvoyait l'image d'une jeune femme abattue, aux yeux luisants de souffrance, qu'elle ne reconnut pas. Ce n'était pas elle qu'elle regardait. Ce n'était plus qu'une pâle copie de ce qu'elle était réellement. Depuis le départ d'Andy, ses fiançailles, son éloignement avec Bella, elle n'était plus que le fantôme de celle qu'elle avait été autrefois.
Il ne tenait qu'à elle de redevenir cette adolescente plus courageuse, affirmée et volontaire qu'elle était entre les murs de Poudlard. Mais c'était si difficile de se battre. C'était tellement plus simple de se laisser aller, d'obéir aux ordres et de se conformer à ce qu'on attendait d'elle.
Un second coup d'œil dans le miroir lui fit comprendre qu'elle ne pouvait pas continuer comme ça. Sa passivité la rongeait. Elle s'effaçait derrière la flamme singulière de Bellatrix depuis trop longtemps, elle ne pouvait plus se le permettre. Il fallait qu'elle réagisse. Qu'elle prouve à Lucius qu'elle était bien plus qu'une marionnette qui obéissait à ce que sa Mère lui disait de faire. Qu'elle lui montre qu'elle aussi pouvait être aussi passionnée que sa sœur.
Une détermination nouvelle s'alluma dans son regard lorsqu'elle se releva. Qu'importe le temps que cela prendra, elle était résolue à ce que les choses marchent avec Lucius un jour. Même si cela devait lui prendre toute une vie. Elle n'avait pas le choix. Jamais elle n'aurait le courage d'agir comme Andy et de faire un grand saut dans l'inconnu. Elle devait suivre le chemin qu'on lui avait choisi, aussi amer soit-il. Et pour cela, elle devait l'oublier. Bellatrix avait raison sur ce point.
Narcissa éteignit la bougie et se glissa entre ses draps, la tête encore pleine de doutes. Elle dut faire un gros effort sur elle-même lorsque ses doigts passèrent sous l'oreiller sans rien trouver. Ses poings se crispèrent et elle se tourna de l'autre côté, les paupières fermées si fort que des bouquets de lumière explosaient derrière ses yeux clos.
Le corps crispé et une boule dans la gorge, elle chassa Andy de sa tête. Et de son cœur.
Note de fin : Merci d'avoir lu ! Une petite review pour me dire ce que vous en avez pensé ? :)
Je ne pourrais pas poster la suite avant mercredi pour cause de révisions et partiels, donc je vous souhaite une bonne fin de week-end à tous et à bientôt ! :)
