Chap.2

House a échangé sa douche contre une course en solitaire. Il roule depuis plus d'une heure en rase campagne et approche de la zone noire de la forêt.
Le gigantisme des arbres accroît la sensation de perte de contrôle et de profondeur.

…House aime cette sensation inquiétante et troublantes d'approcher des portes de l'enfer…
Ici, il sait qu'il gagne en option l'odeur du souffre et de la misère la plus dure.

Il vient juste de dépasser l'usine de traitement des eaux usées.
La pestilence des senteurs qui parviennent à percer la barrière protectrice du casque, rappellent à l'esprit « santé publique » de House les nombreuses questions qu'elles ne manquent jamais de provoquer chez lui… « de combien d'allergies ,de troubles respiratoires , de cancers divers et variés; cet environnement est il déjà responsable? Combien de nouveaux chaque jours? ».

Il voudrait ne pas y penser mais il sait que depuis deux ans un camps « sauvage », soi disant provisoire, a poussé comme un champignon.
Il abrite des demandeurs d'asile, réfugiés d'Europe de l'est…
Au départ deux ou trois caravanes ont squatté un espace vert juste à côté de l'usine.
Et puis on a fini au bout d'un an par les reléguer bien plus loin, dans un virage , dans une enclave du bois.
Bien moins visible pour un œil non averti…moins dérangeants pour les « bonnes consciences »…Ce que l'on ne voit pas, n'existe pas.
House vient régulièrement dans ce coin depuis toujours.
Depuis deux ans, il passe; ralentit, regarde pour s'obliger à ne pas faire semblant…mais il passe son chemin.

Il sait par bruits de couloir de l'hôpital, qu'il n'y a pas d'eau courante dans ces camps, pas plus que d'électricité ou de chauffage.
A chaque nouvelle naissance, le P/P pose le problème d'une éventuelle intervention auprès du gouverneur afin de solliciter une amélioration minimum des conditions d'hygiène.
La question reste toujours en débat entre lâcheté et peur de faire pire en attirant l'attention sur ces réfugiés au risque de les faire expulser et tomber dans une plus grande clandestinité…
A quelques pas d'une cité urbaine, un véritable bidonville s'est créé.
House passe son chemin pourtant, il a accepté de voir, pas encore d'intervenir….

House accélère à nouveau pour chasser ce sentiment récurrent d'impuissance nourri d'égocentrisme .
Un coyote surgi de nulle part l'oblige à braquer violemment. Les gravillons font déraper la moto qui menace de se coucher.
Alors qu'il parvient difficilement à contrôler la situation, un second obstacle, cette fois humain se dresse sur le bord de la route.
Une forme humaine gît , recroquevillée sur elle-même.
Cette fois ,House ne peut éviter la chute. Il parvient tout juste à ne faire que frôler le corps inerte.

Quand il reprend ses esprits au bout de quelques instants, grâce au froid, House panique à l'idée d'avoir provoqué de nouvelles lésions à sa jambe maudite…
Il remercie en silence Wilson. Si cette tête de mule ne l'avait pas convaincu l'hiver dernier de suivre un stage de conduite sur route glissante, il n'aurait pas acquis les réflexes qui viennent de lui sauver la vie.
De là à faire son mea-culpa auprès de son ami…il verra plus tard….

Encore groggy par sa chute, House parvient difficilement à redresser sa moto. Puis il se traîne jusqu'à la forme étendue à quelques mètres.
Un gamin d'une dizaine d'années gémit , son corps est secoué de tremblements.
Afin de ne pas l'effrayer,House se présente au gamin.
House:- « Bonsoir, petit, je suis le Dr Grégory HOUSE. Je voudrais t'examiner pour vérifier tes blessures… je peux? ».
Le gamin essaye en vain d'ouvrir les paupières, il parvient tout juste à hocher de façon presque imperceptible la tête.
Une main sur le front confirme son pressentiment, le gamin est dévoré par la fièvre. Il semble souffrir de dénutrition, mais pas de membre cassé ni de brûlures occasionnées par son pot d'échappement.
House:- « Petit, je vais appeler une ambulance et te faire transporter jusqu'à l'hôpital où je travaille… »
Le gamin terrorisé, commence à s'agiter et tente de se redresser pour s'enfuir.
House le contient difficilement compte tenu de son propre état. Il tente de le rassurer « ne t'inquiète pas les soins sont gratuits et on enverra quelque un prévenir ta famille. Ceci dit ne peut il s'empêcher de rajouter; ils ne se préoccupent pas trop de toi , au vu de ton état général. »
Le gamin gémit et murmure d'une voix rauque: « toi pas savoir- pas dire-pas l'hôpital-famille ».
Une voix hystérique précède de peu une volée de coups sur le dos de House « touchez pas à mon frère, espèce de sadique, dégagez ou je vous plante ».
House s'effondre à nouveau sur le sol, surpris par cette attaque imprévisible.
Il n'échappe à de nouvelles blessures que grâce à l'intervention du petit qui s'interpose et explique dans une langue abrupte à sa grande sœur qu'elle a failli trucider le médecin venu à son secours.
Ces paroles ont pour effet immédiat de calmer la jeune fille mais elle conserve un regard méfiant et inquiet.
House:- « Votre frère souffre d'une fièvre très élevée,il risque de convulser. On doit rechercher au plus vite la cause de cette infection et le traiter par antibiothérapie. Je vais l'emmener à l'hôpital. Peux tu prévenir tes parents? ».
Frère et sœur n'ont pas besoin de se consulter pour refuser une nouvelle fois la proposition de House.
Celui-ci ne se démonte pas et sort le portable de sa poche.
D'un geste vif, la jeune fille s'en empare et l'envoie s'exploser de l'autre côté de la route.
House furieux, retient difficilement une envie de la gifler.
Il se redresse péniblement et retourne d'un pas las vers sa moto, qu'il commence à relever.
Il se retourne pour proposer aux deux enfants de les raccompagner au moins jusqu'au camps, là bas il pourra négocier avec la famille ou laisser des médicaments.
Tous deux ont disparu, aussi silencieusement qu'ils étaient apparus.
House scrute la pénombre mais n'aperçoit plus aucun signe de vie.
Ses jambes commencent à trembler, il est épuisé, affamé et blessé.
Le plus raisonnable est de rentrer chez lui au plus vite si sa moto accepte encore de le conduire jusque là.