Hello les gens !
Je vous poste le chapitre 2, le temps de vous patientez fin Mai pour le chapitre 3 :)
Je vous annonce que vendredi soir je poste Mourir par Amour.
Chapitre écrit avec Popolove.
Bonne lecture !
Chapitre 2 : Beautiful Meeting
Pov Edward
oO "All we Are" Oo - One Republic
J'observais la grande bâtisse vide de l'arrière de la maison des Swan avec des envies de meurtre. J'avais vraiment passé une nuit atroce, hanté par les souvenirs de sa mort qui affluaient. Après être rentré la veille, au bout d'une heure à être resté planté là comme un piquet dans ma voiture, son image dans mon esprit ne m'avait pas quittée. Bien sûr, elle ne me quittait jamais, mais ça n'avait point été cette image magnifique de mon ange en train de faire le plus merveilleux des sourires. Là il s'était agi de l'image de son visage baigné de sang, sans expression, sans vie, mort.
Jasper m'avait vu revenir avec une mine pâle et pas bien du tout. Il ne s'était permis aucun commentaire, et après avoir descendu deux ou trois bouteilles de bière dans ma chambre, je m'étais décidé à dormir. Depuis six moi, je détestais dormir. Chaque nuit, des cauchemars monstrueux envahissaient mon subconscient et m'envoyaient dans un tourbillon d'horreur et d'effroi. Je finissais toujours par me réveiller en sursaut, avant de me rendormir, pour que ça recommence, et ainsi de suite… Mes nuits n'étaient plus du tout paisibles, et elles ne le seraient plus jamais. J'avais déjà tenté les somnifères, les calmants et les médocs en tout genre. Mais ils ne stoppaient pas mes rêves. Ils ne m'empêchaient jamais de cauchemarder et de voir son visage, celui de la plus belle des créatures, marquée par des coupures sur ses joues si roses et douces, par le sang coulant le long de sa douce peau d'enfant, ses yeux glacés, autrefois si expressifs mais désormais, ternes… Et puis il y avait lui, cet enfoiré de salopard, ce monstre dégoutant, dont je pouvais voir les yeux brillants d'excitation et le sourire sadique et satisfait sur le visage, à travers sa cagoule noire. Son visage me hantait dans mon sommeil, depuis le jour où j'avais vu son visage, où je l'avais reconnu, et où je m'étais juré de lui faire payer. Ce Paul Swan avait commis la pire des erreurs, et il allait en subir les conséquences.
Ce matin, quand je m'étais levé, j'avais longuement hésité à consentir à suivre mon plan que je trouvais plutôt… inhumain. Mais en y réfléchissant bien, ce monstre avait détruit mon humanité il y a de cela six mois. Je n'étais plus un être humain. Désormais j'étais juste un errant, un condamné à qui on a refusé l'absolution et l'accès à la mort quand je l'avais désiré. Je n'avais plus d'âme, on me l'avait prise. Je n'avais plus de cœur, il était mort. Je n'avais plus d'envie ni de joie, on m'avait ôté tout espoir. Je n'avais plus d'amour à donner, on m'avait tué. Alors quand j'observe cette maison, quand la seule pensée qui me vient à l'esprit en cet instant est de pulvériser cette bâtisse, souiller cet endroit comme il a souillé ma maison, répandre le sang d'une innocente comme il avait fait couler celui d'une enfant, je ne pouvais me rétracter et m'empêcher de me dire, que je prenais la bonne décision, et que quoi qu'il arrive de toute façon, ma vie s'était déjà arrêtée et je n'avais plus rien à perdre. Toute ma vie, j'avais essayé de faire les choses bien, d'être un élève exemplaire, un fils exemplaire, un père exemplaire… La seule chose que je pouvais me reprocher était d'avoir profité de mon boulot pour sortir dans des soirées bien arrosées et fréquenter des mannequins à tout va. Mais j'étais jeune, j'avais le droit de m'amuser, et puis je ne le regrettais pas car c'était de cette façon que j'avais eu Carlie.
Depuis toujours, je n'ai cessé de me comporter de façon respectable, d'être quelqu'un de droit et honnête, de ne causer de tort à personne et de prendre soin des gens que j'aimais, comme mes parents, mes amis, ma fille… Mais apparemment ça n'avait pas suffi au bon Dieu pour qu'il m'accorde le droit d'être heureux. Il avait jugé bon de faire de ma vie un enfer, de la détruire. À quoi cela servait-il d'être quelqu'un de bien, si ce que vous recevez en échange est une foule d'atrocités et de monstruosités, plus effroyables les unes que les autres ? Si pour Dieu, les gens honnêtes et honorables méritent de subir les pire malheurs, pendant que les plus grands salauds de l'univers avaient droit au bonheur, alors à quoi bon s'entêter à vouloir devenir quelqu'un de bien ? Car il était clair que ce Paul menait la belle vie. Il avait une jolie maison, une jolie famille aimante, et aucune ombre au tableau.
Ma mère ne méritait pas de souffrir. Mon père ne méritait pas de vivre ça. En commettant cet acte barbare et répugnant, ce monstre ne s'en était pas pris seulement à moi. Il s'était attaqué à de nombreuses personnes. Beaucoup de gens biens ont souffert après ça. Beaucoup de gens qui ne le méritaient pas. Je me rappelle encore ce jour abominable, où nous l'avions enterrée, ce jour qui avait sonné comme le glas de la fin, le glas de sa perte, comme de ma propre perte…
« Mes yeux balayèrent du regard cette immense place, avec une pelouse d'un vert étonnamment clair. Des centaines de pierres tombales gisaient sur le sol, chaque centimètre de ce bout de terre, représentait un être cher, une partie de nous enterrée la dedans, avec eux. Je relevai le regard vers le fond, des gens étaient réunis, une très grande foule, autour d'une petite tombe. Une si petite tombe qui représentait un enfant, un bébé qui n'avait pas eu l'occasion de vivre une vie longue et heureuse, comme je l'aurais tant souhaité. Ma fille. Mon bébé. Ma chaire, mon sang... Les larmes me brûlaient les yeux, mes muscles se contractèrent violemment, mes poings se serrèrent à mesure que je prenais conscience du grand vide qu'elle avait laissé dans mon cœur en s'en allant.
Une brise de vent fraiche m'effleura le visage doucement. Je fermai les yeux derrière mes lunettes de soleil Ray Ban. J'avais mis des lunettes de soleil malgré ce temps nuageux, et probablement bientôt orageux, afin que l'on ne puisse pas voir l'état de détresse qui était progressivement en train de me submerger. Ma douleur et ma peine étaient trop immenses pour que je puisse les montrer. J'inspirai abondamment l'air à la fraicheur morbide, qui sentait une vie maudite à jamais. Un air que je devrai sentir, jusqu'à que la mort m'emporte. Dans plusieurs décennies. J'allais devoir vivre le cœur mort, respirer cette odeur maudite qui me rappelait une vie antérieure, où tout était plus heureux. La notion du temps s'évapore entre mes doigts, comme de l'eau dégoulinante. Qu'ais-je fais hier ? Boire, encore et encore. Ou peut-être pas, je ne sais plus, peu importe. Le temps, n'a plus sens sans, elle. Le temps pour moi est similaire à des lames de couteau bien aiguisées qui me tranchent la poitrine et ma lassèrent toujours plus à chaque seconde, coupant mon cœur en rondelle. Le temps est un assassin, un bourreau qui me tue à chaque seconde écoulée un peu plus que je ne le suis déjà, sans pour autant me permettre de mourir véritablement.
Ma tête me tournait légèrement, je baissai la tête et tirai mes cheveux en grimaçant, tellement que la douleur me prit. Mon cœur tambourinait en masse, très fortement, comme si il voulait me briser la cage thoracique. Je remuai la tête dans tout les sens, les cheveux entre mes doigts, qui les arrachaient presque. Un coup de vent brusque et violent, me fit reculer de quelques pas. Je soufflai et n'entendis plus rien. Mes tympans étaient comme… sourd. Mon cœur continuait de battre à mille à l'heure, j'enlevai mes doigts de mes cheveux et me frottai la nuque. Seul le bruit de mon cœur, arrivait à mes tympans. Lui et moi. Nous jouions un solo, des plus hard. Je respirais irrégulièrement, pendant que lui, battait fermement. Il m'avait enlevé le bruit du son, du monde, c'était juste lui et moi. J'en ai rien à foutre, de ce putain de cœur. Je ne veux plus de lui, je veux juste qu'il me soit arraché et qu'on me permette de rejoindre mon amour. Il le sait, mais il ne le veut pas. Il veut juste que je vive, en souffrant. Me torturer de n'avoir pas su, protéger un petit ange, un être si beau, le plus beau de tous les êtres dans ce monde. Il voulait juste me tuer, à petits feux, me faisant souffrir davantage.
Notre solo continua des minutes, encore. Une de mes mains s'était logée contre ma poitrine, sur mon cœur. Mon doigt tapotait dessus, doucement, sur le rythme de mon cœur qui battait. L'autre main s'était enfouie dans la poche de mon pantalon. Le vent soufflait de plus en plus, ma cravate vola légèrement. J'ouvris les yeux en observant tout le monde qui était venu pour ma fille. Tout ces gens, qui pleuraient la perte de mon bébé. J'étais encore très loin d'eux, très loin d'elle... à la moitié du terrain, près des voitures garées. Jasper, Carlisle et Garrett derrière moi, étaient appuyés sur celles-ci. Un faible son sortit de ma bouche, le son sortit au fur et à mesure, que mon doigt clapotait sur ma poitrine. Le timbre devint de plus en plus cohérent pour mes oreilles, qui étaient encore évadées de ce monde. Sa berceuse. La berceuse que j'avais composée pour elle. J'avais passé des heures et des heures, quand elle était bébé et qu'elle ne voulait pas dormir, j'avais passé des nuits entières à lui composer cette merveilleuse, berceuse. Sa berceuse, la berceuse sur laquelle, elle allait au pays des rêves, rêver d'un monde de princesse, avec le prince charmant qui vient lui faire la cour…
Des larmes naissaient au coin des yeux. Ma langue, bougeait dans ma bouche, sans que je ne puisse l'autoriser. Elle chantait, sa berceuse. Pour elle, pour qu'elle puisse partir au ciel, auprès des anges, avec ce souvenir. Une larme coula, me tranchant la joue au passage. Elle coula jusqu'à mon menton, avant de s'envoler dans les airs, le vent frais qui l'emportait. Le souffle froid empreignait le chemin de la larme sur ma joue. D'autres larmes naissaient, mais ne coulaient pas. Mon cœur faisait trembler mes membres, déconnectait mon cerveau de la réalité pour arrêter la douce torture que je lui imposais en chantant, sa berceuse. Mais je m'en fichais, mon doigt clapotait plus fort et plus vite, et je continuais... Pour elle, pour mon bébé.
Ma main glissa le long de mon torse, mon ventre, mon bassin, avant de rejoindre ma poche. Ma bouche se ferma, formant une ligne droite. Mes Ray Ban cachaient mes yeux désormais humides. Un autre coup de vent fit envoler ma cravate, qui atterrit sur mon visage, avant de retomber. Je grimaçai, j'étais fringué comme un pingouin. J'avais horreur de ce genre de tenues. Elle, elle en riait bien, quand je devais m'habiller proprement pour des soirées. Je préférais tout ce qui était simple, je n'étais pas très normal comme elle disait, mais ça lui plaisait, elle disait qu'elle était ma fille et fière de l'être. Les gens normaux, étaient trop basiques pour elle, il fallait révolutionner le monde, avec des gens anormaux. « Je suis prête Papa ! J'ai mes Barbies et ma couronne de princesse, allons révolutionner ce monde trop basique ! Le monde préparez-vous, nous voici ! » S'était-elle écriée joyeuse, le sourire jusqu'aux oreilles, dévoilant ses petites dents de lait, carrées, les yeux pétillants de mille feux, en montant sur sa chaise. Elle était tellement pétillante, c'était ma fille, la joie de vivre incarnée. Même un artifice n'est pas à sa hauteur. C'était elle, tout simplement. Mes entrailles, mon oxygène.
Mes yeux se levèrent vers le ciel, il faisait gris, les nuages s'étaient épaissis. L'air était froid, avec un vent glacial. Il allait surement pleuvoir comme il pleuvait sur mon cœur, qui essayait de guérir ses blessures avec de pauvres pansements qui ne changeaient strictement rien, se décollaient et tombaient au sol. Beaucoup de boites y passaient, mais il s'en fichait, il voulait guérir, ou masquer ses plaies… Malheureusement il s'agissait d'un cœur qui sera à tout jamais incapable de guérir. Résignées, les boites de pansement, se retrouvèrent jetées, et mon cœur se retrouva à l'agonie. Un soupir d'exaspération traversa mes lèvres. Je me parlais carrément à moi-même, je parlais de mon cœur comme s'il s'agissait d'une véritable personne. Je plissai les yeux, me demandant comment avais-je pu arriver à ce stade. Étais-je devenu fou ? Non, juste… inconscient. Oui, c'est ça, inconscient de la vie. Je m'en moque. J'étais né pour être un misérable, un incapable, pas fichu de sauver sa fille. Alors à présent j'étais complètement indifférent au monde qu'on m'entoure. Je suis bien là, dans ma bulle de souffrance, qui me tue à petites doses et me donne ce que je mérite, au lieu d'être avec mes proches qui me donnent de l'amour et de la tendresse, que je ne mérite vraisemblablement pas.
Mes mains sortirent de mes poches, je remontai les manches de ma chemise et de ma veste jusqu'au coude. Je posai mon regard sur les bandages blancs, qui masquaient les blessures dont j'avais été victimes ce jour là, ce jour rempli de noirceur et d'horreur. Ces bandages représentaient la dure réalité de ce qui m'était arrivé. Je grognai légèrement en m'acharnant à les enlever brusquement, comme pour refuser d'accepter cette atroce vérité.
« Crétin ! » Jurai-je contre le bandage que j'essayais d'enlever, sans toutefois y parvenir à cause de toutes ces couches de sparadrap, j'avais beaucoup de mal à les ôter, mais je ne lâchais pas prise. Je ne veux pas me cacher la vérité de cette réalité avec un superflu. Je ne veux pas me faire de faux espoirs qu'elle reviendra en courant dans mes bras, souriant de toutes ses petites dents. Non, je ne voulais pas. Pas ça. Sous la violence que je mis pour enlever le bandage, je ne le vis pas lâcher prise et finis par enfoncer mes ongles dans cette chaire, encore toute fraiche et fragile. Je lâchai un sifflement de douleur que les autres entendirent surement puisque leurs regards se posèrent sur moi. Je tournai la tête vers eux.
Le clan était magnifiquement déprimant, comme disait Benjamin mon cousin, tous appuyés sur les voitures derrière moi, m'observant les regards inquiet et fondus de larmes. Mon père, le grand père de Carlie. Il avait perdu tellement plus que son héritière. Il m'avait perdu moi, son fils, et avais désormais hérité d'un enfant mort à tout jamais. Plus l'ombre d'un sourire, ne naîtra sur mes lèvres. Il le savait. Il avait été si fier de moi, de ma réussite, que ce soit sur le plan familial ou professionnel. Il n'avait jamais pensé que j'aurais su gérer la vie de parent avec un travail aussi prenant. Mais j'avais réussi, haut la main. Il en était si fier, autant qu'il en que je sois là maintenant, et de ne pas avoir pensé à me tuer tuer-même. Il était fier que je sois encore de ce monde. Aussi égoïste soit-il, il n'en aurait pas supporté plus. J'étais sa seule et unique raison de rester sur cette Terre. Il avait une femme, ma mère. Mais elle n'était plus. Il ne voulait pas se permettre de perdre cette raison de vivre, surtout que les deux étaient accrochés à moi. Les enfants avant tout, comme on dit.
La perte de Carlie avait été désastreuse, il avait perdu toute joie de vivre. La moitié de son âme n'était plus là. Plus jamais, elle ne sautera dans les bras de son Papi gâteau, plus jamais, il n'ira manger de glace avec elle dans un parc. Plus jamais il ne lui prendra la main, la prendra dans ses bras en la faisant tourner dans l'air. Non, plus jamais. Il avait beaucoup de mal à encaisser cela. En réalité, il ne l'encaisserait jamais. La haine était bien trop forte et présente. Comment une personne pouvait-elle mettre un contrat sur une gamine de 6 ans ? C'était juste inhumain. La haine le rongeait, il vivait pour moi, son fils minable, ainsi que pour la haine qu'il avait à l'encontre de ceux qui avaient commis cet acte affligeant. Il n'avait jamais eu de pensées aussi mauvaises, surtout en tant que médecin. Mais il espérait sincèrement que cette pourriture moisira dans d'atroces souffrances. Et Ô combien je le comprenais…
Mon meilleur ami, le parrain de la petite, Jasper. Un avocat très réputé, qui avait vite pété les plombs en apprenant cela. Il n'était plus lui-même. Carlie, il l'avait vue grandir, elle était comme sa propre fille. Il l'aimait comme telle. Nous étions comme des frères, et il avait beaucoup de mal à supporter de me voir dans un état pareil, de me voir aussi vide. Moi qui étais toujours prêt à rire pour un rien, juste pour le plaisir de rire et m'amuser. Je ne pensais aujourd'hui qu'à la mort et Jasper ne pensait qu'au prochain appel qu'il recevrait, lui annonçant que j'ai mis fin à mes tortures… Son portable, constamment dans ses mains, la peur au ventre. Chaque appel qu'il reçoit, il a la peur au ventre avant de répondre. La seule et unique fois, où il n'avait pas eu peur, on lui avait annoncé la mort, de Carlie. Depuis ce jour, il détestait les téléphones. Ses tripes se retournent à chaque fois qu'un appel sonne. Il avait tellement peur que je ne résiste pas. Mais je ne l'ai pas fait, contrairement à ce qu'ils pensaient tous…
Et puis, Garrett, mon oncle. Le frère de ma mère. Le déjanté de la famille, il a presque mon âge, légèrement plus grand que moi. Il n'avait jamais eu aucun sentiment de tristesse. Toujours prêt à faire n'importe quoi, il était celui qui baissait son pantalon lors des photos de famille, celui que ne mâchait jamais ses mots… Il n'était plus lui. Il ne souriait plus, ne sortait plus de blague, rien. Il avait pleuré dans mes bras. Nous avions pleuré ensemble. Il avait mal, il m'avait avoué qu'il ne pouvait pas se relever de ça. Carlie était comme sa petite sœur. Et moi, j'étais son fils, son frère. Cette perte le tuait à petites doses, doucement mais surement. Il n'était plus le Garrett à se fringuer n'importe comment, il ne disait plus jamais « Peace and love, mec ! ». Il faisait son métier de peintre, dans cette souffrance. Ses tableaux n'étaient plus aussi déplacés que 'Picasso', non, ils étaient juste un néant tout entier. Rien qu'à regarder ses nouveaux tableaux on pouvait pleurer jusqu'à ne plus avoir l'envie de pisser le soir. Il n'était plus le même Garrett, il n'avait jamais eu une vraie famille, à part nous. Pas de femme, pas d'enfant. Rien…
Les bandages, atterrirent dans ma main et j'allai jeter ce superflu dans une poubelle non loin de là. Mon regard se porta sur les personnes autour de ma… défunte fille, enfermée dans une boite en bois. La bile me monta aux yeux et ma respiration s'accéléra. Des larmes coulaient, je les essuyai violemment du revers de ma main, détournant le regard vers le ciel qui se couvrait de plus en plus, avant de le baisser vers mes poignets. J'observais les fraîches cicatrices et les effleurai délicatement du bout de mon doigt. Mes yeux se fermaient tous seuls derrière mes lunettes de soleil, des souvenirs douloureux s'emparèrent de mon esprit. Mes lèvres se pinçaient, des gémissements de douleur traversèrent celle-ci. Je secouai la tête dans tous les sens, laissant mes poignets regagner ma poche de pantalon. Le vent glacial soufflait, ma cravate valsa sur le côté.
Je tournai la tête vers mon père et hochai la tête. Il se leva de la voiture et avança, suivi de Jasper et Garrett. Ils arrivèrent à ma hauteur. Mon père posa sa main sur mon épaule et la pressa légèrement, en signe de réconfort. Je les observai un à un, à travers leurs lunettes de soleil leur yeux étaient mouillés. Je relâchai mes muscles et marchai à pas lents, vers la foule regroupée. Le vent glacial, soufflait en même temps que nos pas, nos cravates volèrent en même temps. Les arbres remuaient légèrement, les feuilles s'envolèrent puissamment vers le sens du vent. Des pétales de fleur, suivirent le pas. Mon regard se posa sur la pierre tombale, un nom inscrit en capitales, avec une petite photo sur le dessus, faisant vivre la personne dans ce monde. Ma Carlie, est là… Mon cœur se serra, je battis des cils, mes yeux se fermèrent le temps d'une demi-seconde, une larme naquit et coula. Je baissai vivement la tête et l'essuya doucement, comme un ultime combat.
Ma mère, se retourna vers nous, dès qu'elle aperçut nos pas. Ses grosses lunettes noires sur le nez, les larmes qui perlaient abondement sur ses joues, le mouchoir dans ses mains, elle accourut dans mes bras. Elle enfouit sa tête dans ma poitrine, sanglotant contre celle-ci, une de ses mains appuyée sur mon torse, l'autre avec le mouchoir à la main. Elle le porta à son nez. J'enlevai mes mains de mes poches et encerclai son dos, d'un geste maladroit et mal assuré. Je le tapotai doucement, puis laissai glisser mes doigts sur la surface lisse de sa robe noire, mes mains s'appuyèrent sur son dos et je la serrai contre moi. Ses sanglots me secouèrent en même temps, et je posai ma tête sur le haut de son crâne.
« Maman… » Murmurai-je doucement, contre ses cheveux.
« Mon bébé, j-je… » Bégaya-t-elle, les sanglots avalant ses paroles. Je la repoussai légèrement, elle avait enlevé ses grosses lunettes noires, levant ses grands yeux en forme d'amante, vers moi. Ils étaient rouges, gonflés, larmoyants. Mon cœur se serra à cette vue. Je posai mes mains sur ses joues, essuyai avec mes pouces les larmes qui coulaient, sans aucune limite de vitesse.
« Ça va aller, Maman. » Chuchotai-je sans penser un traitre mot de ce que je disais. Je déposai un baiser sur son front.
« Non ça va pas aller ! » S'écria-t-elle en larme. « Rien ne va ! Même pas mon petit cœur. » Sanglota-t-elle. « J'ai mal. » Murmura-t-elle. « Si tu savais, combien j'ai mal, Edward… » Souffla-t-elle à peine audible. Mes yeux se fermèrent tous seuls, le temps d'encaisser un énième coup de douleur. Ma respiration se fit plus bruyante. Mes mains glissèrent le long de ses joues, sa mâchoire, son cou, ses épaules, ses bras, avant de retomber, le long de mon corps et de se refourrer dans les poches.
« Je sais. » Déclarai-je sèchement d'une voix rauque.
Elle remit ses lunettes de soleil qui cachaient sa souffrance, que ses yeux faisaient apparaître en plein public. Je passai à travers des personnes que je saluai brièvement, d'un hochement de tête. Je ne prenais même pas l'initiative d'ouvrir ma bouche parler et sortir des mots débiles, dont je n'en penserais pas une seule syllabe. Je passai à travers le cercle que les gens faisaient, m'arrêtant au milieu, à quelques mètres de la petite boite, qu'on appelle communément une tombe. Sa tombe. Mes membres tremblèrent, mes paupières clignèrent doucement, l'eau salée massacra mes yeux comme de l'acide. Mon cœur mourait à chaque battement de cœur, mon sang circulait à une lenteur d'escargot. Mes mains, se resserrèrent. Une de mes veines claqua sous la pression de ma force. Un juron de douleur traversa mes lèvres.
Derrière moi, les personnes venues, des amis du boulot, des collaborateurs, de la famille, murmuraient des « toutes mes condoléances », au fil des secondes, croyant bien faire, alors que je n'avais qu'une envie, leur coller mon poing, dans la figure. D'autres pleuraient silencieusement ou disgracieusement, dans leur mouchoir, ou sur l'épaule de leur homme. Mes yeux fixèrent la tombe. Une belle pierre, blanche crème, gris. Avec gravée en or son prénom, son nom, sa date de naissance et… la date de sa mort. Mon cœur flanchait. Mes poings se serrèrent brusquement, mes veines commençaient à ressortir sur mes entailles encore toutes fraiches, mes poings continuaient de se serrer de plus en plus, mes blessures s'ouvrirent légèrement, quelques goutes de sang tombèrent sur l'herbe verte. Je desserrai mes poings sous la douleur et m'essuyai les poignets. Je me tournai vers la foule, Je passai à côté d'eux sans même un regard pour leur remercier de leur présence. Je reculai jusqu'au fond, m'appuyai sur un arbre, non loin de Jasper qui me fixait avec désarroi.
Le prêtre avança vers mon bébé, il déposa une rose blanche, effleura avec ses doigts mon ange. Je grognai. Jasper émit un sifflement pour me faire taire. Le prêtre leva la tête vers les gens réunis, cherchant du regard une personne, jusqu'à ce que son regard se pose sur moi. Il hocha la tête. Il était habillé de sa robe noire et de son collier blanc, c'était un homme d'âge moyen, croyant jusqu'au bout des ongles. Quand j'étais allé le voir, il m'avait dit que j'avais commis le pêché de la chaire, la seule chose que je lui avais répondue, c'est que j'en avais rien à foutre, je n'étais pas venu pour moi, mais pour elle… Il avait compris et accepté, malgré tout. Ses yeux, marrons foncés, me fixaient. Je n'étais pas croyant, loin de là depuis qu'elle…était partie, je ne l'étais plus du tout. Mais j'ai trouvé essentiel qu'il soit là, pour elle.
« Mes chers amis, nous sommes réunis aujourd'hui afin de rendre un dernier hommage… » Déclara le Prêtre d'une voix forte, en regardant la foule. Il continua son monologue, mais je m'en fichais, je n'avais d'yeux, que pour elle. Cette si petite photo, fondue dans cette pierre tombale. Ce seul petit symbole, qui la fait vivre auprès d'autres personnes. C'est tellement faux, elle vit encore et pas à cause de cette putain de merde. Carlie vivra encore jusqu'à mon dernier souffle, j'en fais le serment…
Le vent soufflait de plus en fort, les feuilles des arbres, tombaient à mes pieds. Des feuilles d'automne. Oranges jaunes. C'était les feuilles préférées de Carlie. Elle les trouvait sublimes, colorées et pas neutre. Elle détestait les feuilles de printemps trop vertes. Elle adorait rester dans un parc, à jouer avec le chien et regarder les feuilles tomber. Elle rayonnait de joie. Et puis l'hiver, quand la neige était la, avec son petit bonnet et ses gants. Son petit nez tout rouge et ses yeux qui brillent comme des diamants, ses lèvres rouges, ses pommettes rosettes… Elle était juste magnifique, quand elle tournait sur elle-même lorsque la neige tombait, ou quand elle me regardait avec un de ces sourires enfantins. Elle riait quand elle faisait l'ange dans la neige. Faire des petites boule de neige, ou encore le plus gros et géant bonhomme de neige. Elle y passait des après midi entiers, les fesses sur la neige, elle s'en fichait, elle rentrait complètement, mouillée de neige fendue. Elle se réchauffait dans mes bras avec une petite tasse de lait au chocolat bien chaud près de la cheminée. L'été, elle aimait la chaleur sur sa peau, un peu blafarde comme moi. Elle s'amusait avec le jet d'eau ou dans la piscine gonflable que je mettais chaque année. Elle aimait se sentir libre sous l'eau, ou quand elle flottait. Elle a toujours pensé que le soleil était un merveilleux cadeau du ciel, qu'il fallait apprécier pour sa valeur. Et puis la pluie, son temps préféré. Elle passait des heures et des heures entières, devant la fenêtre quand il pleuvait, à observer les petites gouttes d'eau tomber et fondre sur le sol. C'était fascinant pour elle. Elle était tellement unique, mon petit bébé.
Le Prêtre, continua son charabia sur Dieu pendant des minutes encore. Il parlait de ma petite Carlie, qu'elle avait rejoint le Seigneur et qu'il veillerait sur elle, qu'elle sera toujours avec nous… L'air commençait à me manquer, ma respiration se hachurait, ma poitrine se comprimait, un battement sur deux j'avais mal. Mes mains desserrèrent ma cravate, je posai ma tête en arrière sur le tronc d'arbre et inspirai par la bouche. Mes yeux étaient ouverts, rivés sur la tombe de ma fille. Ma vue devint légèrement floue, remplie de larmes qui malmenaient mes yeux. Ma tête s'abaissa d'un coup, raide. Mes lunettes de soleil glissèrent jusqu'au bout de mon nez. Des larmes glissaient sur mes joues, silencieusement. Aucun sanglot ne sortit de ma poitrine, ils étaient bien trop comprimés dans la douleur que j'avais au niveau de mon cœur. Je reniflai disgracieusement, relevant doucement la tête. Mes jambes tremblaient soudainement et ardemment, comme si… elle tenait absolument à ce que je tombe à terre. Mes mains allèrent derrière mon dos et se posèrent sur le tronc d'arbre pour me retenir. Mes doigts appuyaient fortement sous la pression de la douleur de mes muscles. Des sanglots s'échappaient de moi, sans aucune autorisation ni envie. Je lâchai prise et me laissai glisser le long du tronc. Les fesses sur le sol, les mains appuyées contre mes genoux, ma tête en arrière, j'inspirai fortement l'air frai et glacial de l'automne. Mes paumons, se glacèrent sur le coup. Mon corps frissonna sous le choc de la froideur qui entrait dans mon corps. Mes poils se hérissèrent et mes larmes se refroidissaient comme des glaçons. Je baissai ma tête vers le sol, fixant l'herbe verte. Des feuilles d'arbre tombèrent doucement, avant de se poser délicatement sur le sol. Mes mains se fourraient dans mes cheveux, mes ongles glissaient sur mon crâne. Une douleur vive me prit le cœur. Mes larmes revenaient avec plus de renfort et d'armure, tandis que je grimaçai.
Les souvenirs de cet acte barbare fusèrent dans ma tête. Je secouai la tête dans tous les sens, les mains dans mes cheveux. Ma bouche se pinçait. Je respirai fortement, tellement que la haine et la colère me montaient brusquement. Mon visage était torturé d'une atroce douleur. Mes battements de cœur, résonnaient dans les oreilles, comme un sifflement aigu, mes mains glissaient sur mon visage, jusqu'à mes oreilles. Je pressai mes paumes de main dessus. Le bruit se tut. Je soufflai de soulagement, le calme étant revenu. Je relevai les yeux vers mon bébé, qui était enfermée dans cette minable boite, dont j'avais des envies de meurtre, envers ce symbole en bois. Carlisle et Esmée étaient devant elle. Ils avaient tous les deux, une rose blanche dans leur main. Carlisle serrait fortement la rose, tellement que des épines lui transperçaient la peau, il desserra sa prise, autour de cette merveilleuse fleur. Des goutes de sang, apparaissaient. Mes sourcils se froncèrent. Ils déposèrent délicatement la fleur sur la tombe, les larmes coulant sur leurs joues, ma mère sanglotait, sans jamais pouvoir s'arrêter. Il embrassa ma mère sur le crâne et se tourna vers la foule. Ses yeux, bleus clairs, étaient apparemment rouges, larmoyants, vides…
« Carlie… » Commença-t-il doucement, en balayant la foule du regard, jusqu'à me retrouver. « Ma petite fille. La fierté de mon fils. L'être le plus magnifique qui ait pu exister sur cette terre. » Déclara-t-il fièrement, avec tant de tristesse. « Quand mon fils, m'a annoncé que j'allais être grand père, c'était un des plus beaux jours de ma vie… » Fit-il avec un léger sourire mélancolique. « Je n'aurais jamais cru devenir un de ces un papis gâteau. Je me voyais plutôt ordinaire. » il eut un rire nerveux. « Mais dès, que cette petite bouille d'ange levait le regard sur moi, je n'étais plus moi-même. Non, j'étais un autre homme. Heureux. J'étais plein de tendresse, d'amour, de joie. Même si je l'étais avant, je le montrais cette fois-ci. J'ai félicité mon fils, des millions de fois. Je les encourageais, lorsqu'il croyait ne pas être un père convenable, je le conseillais. J'ai été père et un grand-père en même temps. C'est tellement merveilleux, de voir que votre fils réussit aussi bien sa vie, que vous-même, aussi professionnellement que familialement. Carlie, notre ange. » Clama-t-il doucement. « J'ai passé des heures et des heures entières avec elle, dans un parc, à acheter des glaces, des bonbons, à aller au cinéma, dans des parcs d'attraction, à la piscine et tant d'autre chose. J'ai même déjà fait des gâteaux pour elle. » Un sourire s'étira sur ses lèvres, en même temps que moi. Ce moment, où il lui avait fait un gâteau, avait été tellement merveilleux et drôle. « Carlie, était âgée de huit mois, la première fois, que je lui avais fait un petit gâteau. Mon fils était présent. C'était un moment juste agréable. Cette petite chipie avait profité que son père et moi, avions le dos tourné pour fourrer ses petits doigts dans la pâte à gâteaux et en mettre partout sur elle-même. Quand nous nous étions approchés d'elle, elle avait glissé ses petits doigts sur nos visages et nous avait recouverts de pâte à gâteaux. » Ses yeux brillaient à ce souvenir.
« Enfin, j'étais devenu papi gâteau, lui achetant à longueur de temps, des jouets, des peluches. Et j'en étais fier. » Il me fixa droit dans les yeux, baissant légèrement la tête sur le côté. « C'était une brave petite fille. Malgré, le faite qu'elle ait toujours eue presque tout ce qu'elle voulait, elle n'était pas capricieuse, loin de là. Chaque objet qu'on achetait, elle en appréciait la valeur. Elle était réaliste comme petite. N'avait pas peur de rien. Juste d'une chose. Nous perdre. Nous. Sa seule famille. Son père surtout. Carlie était forte, elle avait réussi à grandir sans sa mère qui l'a lâchement abandonnée, il fut un temps. Carlie, n'avait jamais fait de caprice pour avoir sa maman ou bien autre, elle avait vite compris et s'était résignée à ne pas avoir de mère. Elle le vivait très bien, elle n'avait aucun souci de ce côté-là. Son père, mon fils Edward, était toujours là. Il était son papa et sa maman en même temps. Assumer deux rôles n'était pas une chose facile, mais il a réussi et Carlie l'a compris très tôt. Elle était très intelligente comme petite fille. Bien plus qu'on ne pouvait le penser. Elle était surprenante et rigolote. Elle avait la joie de vivre. Elle dégageait quelque chose, dès qu'on posait notre regard sur son visage d'ange, recouvert la plupart du temps d'un énorme sourire, dévoilant à chaque fois, ses petites dents de lait, on souriait sans savoir pourquoi… » Confia-t-il.
« Si, on savait pourquoi. Elle. Oui, juste pour elle. De voir qu'elle est épanouie dans sa vie, d'être simplement heureuse. C'était juste le plus beau cadeau que nous pouvions recevoir. Elle était notre ange, notre rayon de soleil, qu'on a vu grandir. Elle était surprenante à longueur de journée, la première phrase, qu'elle avait sue dire, après son premier mot « papa » était « j'ai faim ». » Rit-il en se replongeant dans ce souvenir. Ses yeux se remplirent d'eau à vue d'œil.
« Vous savez, apprendre que votre petite fille ne reviendra pas… C'est la pire des choses qui puisse nous arriver. Surtout quand on apprend que cela a été commis par un acte barbare. Si vous saviez à quel point cela peut être destructeur… Un acte aussi cruel, le fait que mon fils y était, impuissant… Aucun mot ne pourra jamais décrire la peine que je ressens, la tristesse, la souffrance et surtout cette haine qui me ronge chaque jour. Vous devez vivre avec ça, cette haine qui vous ronge. Ressentir de la haine envers une personne, je n'aurais jamais cru que cela m'arriverait. C'est un ressenti tellement monstrueux, mais tellement mérité… » Emit-il la voix dégoulinante de haine. Mes poings se serrèrent en repensant à… lui. « La pire des choses, c'est que rien ne ramènera ma petite fille. On peut mourir de souffrance, elle ne reviendra pas. Quel est le remède ? Aucun. Il n'y a aucun remède. Juste… laisser cette souffrance. Si vous saviez combien elle me manque, combien je rêve de la prendre dans mes bras… » Mes larmes coulaient abandonnement sur mes joues, quelques sanglots silencieux sortirent de ma poitrine. « J'aimerais tant me réveiller le matin et me dire que tout ceci n'est qu'un malheureux cauchemar. Que je ne suis pas ici, dans un cimetière, à côté de la tombe de Carlie. Si vous saviez combien je rêve de ça… Et pourtant, je suis là, dans un cimetière des plus sinistres, à ne pas contenir ma peine. » Souffla-t-il doucement. « Mon deuil sur ma petite fille ne pourra jamais être fait. Je ne pourrai jamais continuer à avancer sans elle. Jamais je ne pourrai l'oublier. C'est ma petite fille, ma petite Carlie, notre ange. Elle me manquera à jamais… » Sa voix se brisa, les larmes débordèrent de la limite autorisée et coulèrent sur ses joues. Mon cœur se compressa davantage à cette vue. Mon père, il était ma force d'être encore là…
Esmée s'approcha de lui, le mouchoir toujours à la main, elle avait ôté ses lunettes de soleil. Il la serra fortement contre lui, pleurant dans ses cheveux. Elle avait posé sa tête sur son torse, ses petits bras encerclaient son dos. J'avais tellement mal, de les voir comme ça. C'était une torture supplémentaire, un poignard de plus dans le cœur. Mon cœur qui saignait, en dégoulinait de haine. Elle s'écarta de son étreinte et se tourna vers nous. Son corps tremblait et était secoué de sanglot, elle se mouchait le nez, sans aucune honte. Des perles d'eau salée coulaient sans jamais y voir une fin. Elle avait attaché ses cheveux dans un chignon. Mon père alla derrière elle, encercla sa taille, l'approchant de lui. Le dos de ma mère, contre son torse. Il nicha sa tête sur son épaule et pleurait doucement. Ma mère posa une des ses mains, sur les mains de Carlisle.
Ma mère était toujours quelqu'un d'épanoui. Elle était pleine de joie de vivre, il suffisait de la regarder pour voir qu'elle était heureuse. Elle changeait nos humeurs en un rien de temps. Une maman poule, qui m'a choyée très longtemps. C'était surement lourd, mais tellement plaisant de voir, qu'une mère tient à vous à ce point. Elle est née avec une générosité grandiose. Dès qu'elle pouvait faire un geste qui pouvait aider une personne elle le faisait, sans aucune hésitation. C'était ma mère tout simplement. Quand elle avait appris le… décès de mon ange, elle avait carrément perdu la tête… Elle avait tellement pété les plombs qu'elle avait finie à l'hôpital, ils avaient même dû la mettre sous morphine. Elle était ingérable, à casser tout ce qui se trouvait sur son passage, à hurler, pleurer… Jamais ma mère n'avait été dans un tel état. Quand j'étais allé la voir dans sa chambre d'hôpital, quelques heures après, j'ai cru que j'allais mourir sur le champ. Ce n'était plus ma mère, non, je l'avais perdue à la seconde où la personne lui avait prononcée ces quelques mots. Son regard vide, inexistant, rempli de souffrance inouïe… Elle fixait la fenêtre, ne voulant pas regarder ailleurs, seul le paysage la calmait. Des larmes coulaient comme une fontaine, elle ne battait presque pas des cils, ses yeux pleuraient automatiquement. Chaque mouvement qu'elle faisait était calculé. Elle ne bougeait presque pas, passait son temps à regarder la fenêtre. La seule fois où elle m'avait regardé, elle m'avait murmurée un « Désolée » avant de retourner la tête vers sa fenêtre. Elle mangeait, parce qu'elle le devait. Elle ne voulait plus placer un mot, la parole lui manquait. Des fois, elle calculait même les battements de son cœur, croyant qu'il est sur le point de lâcher, tellement elle avait mal…
Esmée était morte, ma mère que j'aimais tant était enterrée très loin, dans son cœur. Seul un cadavre vivait.
« J-je… ne saurais quoi dire. » Balbutia-t-elle la voix tremblante. Ses yeux se fermèrent sans arrêt, laissant une avalanche d'eau salée, couler à chaque battement de cils. « Que dire ? C'est vrai quoi, que pourrais-je bien vous dire ? » Demanda-t-elle sarcastiquement. « Que je suis devenue égoïste ? Je vous répondrais oui. Une grand-mère qui pleure chaque jour pour sa petite fille ? Oui. Une mère qui ne sait plus comment agir pour son fils ? Oui. Une femme complètement perdue ? Malheureusement oui. Une épouse malheureuse ? Oui et non. Mais pourquoi ne vais-je pas voir de l'aide ? Tout simplement parce que je n'en ai que faire de dépenser de l'argent pour des arnaqueurs. » Avoua-t-elle les yeux tournés vers la tombe de Carlie. Elle lâcha un soupir profond et se moucha disgracieusement dans son mouchoir. « Ça ne changera rien, de parler à des gens. » Assura-t-elle doucement. « De toute façon, c'est l'arnaque du cœur. » Fit-elle en essuyant ses larmes. « Je le nommerai l'arnacoeur. Parce que j'ai mal au cœur, et que rien ne changera. » Admit-elle sans l'ombre d'un doute. Ses yeux s'ancrèrent dans les miens. Derrière cette souffrance qui se lisait à vue d'œil, une noirceur de fureur était cachée derrière cela. Elle était en colère, en colère contre la vie. Elle haïssait la vie d'avoir osé lui arracher l'une des plus belles choses. Elle se haïssait elle-même, d'être encore là avec une telle douleur qui l'oppresse chaque jour, au niveau de la poitrine. Ma mère me manquait. Mais ça, j'allais devoir m'y habituer.
« Carlie, tombe. Tombe, Carlie. Dans quel sens va ce mot ? J'essaie dans tous les sens, mais je le trouve mauvais, il ne rentre dans aucun terme. C'est un puzzle indéchiffrable, parce que pour moi, aucun sens ne va, c'est toujours aussi douloureux et malheureux. Je ne pense pas qu'un jour, il puisse rentrer dans mon vocabulaire. Peut-être que vous si, vous pourriez prononcer ces deux mots, sans aucun soucis. Pas moi. Jamais de la vie. » Fit-elle méticuleusement. « Vous, vous pourriez venir ici, à cette emplacement, déposer des fleurs régulièrement, sans aucun soucis. Juste avant de venir, vous direz à une personne : « Je vais déposer des fleurs sur la…tombe de Carlie ». Cette phrase, sortira si simplement de votre bouche, comme un souffle chaud. Moi je ne pourrai pas. Il me faudra des efforts monumentaux pour y aller. Je crois même que j'en serai incapable. C'est tellement dur et affreusement poignant… » Exposa-t-elle d'une petite voix, mais qui était ferme et remplie d'aplomb.
« Comment vous dire, un jour, qu'une personne que vous aimez, protégez et chérissez chaque jour, vous a quitté ? Comment réussir avec ça ? Comment avancer ? Donnez-moi votre solution miraculeuse, je la prends sans hésiter. » Barbota-t-elle en rangeant son mouchoir dans sa poche. Elle passa une main sur son visage, avant de la remettre sur celles de Carlisle, qui était toujours derrière elle et encerclait ma mère de ses bras. Il se pencha vers elle, sa bouche se mouvait contre l'oreille de celle-ci, il lui murmurait quelque chose. Elle hocha simplement la tête. Elle ne pleurait plus, du moins, pour l'instant. « Le pire dans tout ça, c'est de savoir que cet acte barbare à été commis par un être humain. Une personne qui a un cœur, qui a du sang qui coule dans ses veines, qui a une vie, une famille sûrement. Cet individu a fait cela de sang froid. Co-comment peut-on faire cela ? Ôter la vie à une petite enfant de six ans ! » S'exclama-t-elle, la colère lui montant progressivement. Ses joues devinrent rouge, sous la haine qui grandissait de seconde en seconde. « Six ans, bon Dieu ! » Clama-t-elle d'une voix forte, qui résonna dans le cimetière. Je baissai la tête et respirai fortement. Les souvenirs douloureux me firent violence dans mon cerveau.
« « Je t'aime… » Murmura-t-elle la voix remplie de sanglots. Une dernière larme coula le long de sa joue. Puis il appuya la détente… »
Mon cœur eut un raté, mes sanglots montèrent silencieusement ma tête entre mes mains. Ces dernières remontèrent, jusqu'à s'agripper à ma tignasse. Je secouai la tête pour m'enlever ces souvenirs de la tête, si violents et si poignardant… Mes yeux se fermèrent brusquement, ma bouche se déforma en une grimace. Mes doigts s'entrelaçaient avec la racine de mes cheveux. Cette scène repassait en boucle dans ma tête, m'oppressant un peu plus le cœur. Ma respiration était hachée. Un couinement rauque sortit de ma gorge. Elle monta et s'abaissa au rythme de ma respiration irrégulière. Les échos de la voix de ma mère reprirent, me faisant ouvrir brusquement les yeux, les larmes coulantes. Un orage éclata, mon cœur tambourina plus fort. Je levai les yeux larmoyants et impuissants vers ma mère.
« Je ne pense pas, qu'une personne puisse se relever d'une épreuve comme celle-ci. » Dit-elle en me regardant avec une tristesse sans faille. « Non, excusez moi, cela n'est pas une épreuve, on ne peut pas qualifier une telle perte d'épreuve. C'est immonde. C'est une vie à passer dans la douleur qui ronge chaque battement de votre cœur, qui vous rappelle que vous vivrez un enfer dur et ferme jusqu'à ce que celui-ci ne lâche… c'est tout. » Formula-t-elle brutalement voulant faire comprendre à ces gens, si stupides par moment, que cela n'est pas qu'une simple épreuve comme ils le croient.
Ils pensent me revoir dans les locaux de la photographie d'ici quelques semaines, croyant que j'aurais passé cette épreuve. Mais ils ont tort. Jamais je ne reviendrai. La forme m'a quittée, ainsi que l'envie. Je n'ai pas une épreuve à passer, mais toute une vie dans la souffrance.
« Pourquoi êtes-vous là ? » Questionna-t-elle sans vouloir de réponse. « Vous êtes là pour ne pas être là. » Continua-t-elle les sourcils froncés. « C'est vrai quoi, vous ne connaissez pas Carlie, la plupart d'entre vous. Et vous êtes là. Mais pourquoi ? » Demanda-t-elle. « Vous sentez-vous aussi mal, que nous pouvons l'être, de la… la… » Elle bégaya n'arriva certainement pas à sortir ce mot, qui avait tant de mal à sortir de ma propre gorge. « mort… » Elle avait craché ce mot, avec tant de souffrance, que c'en était effrayant. « de Carlie ? » souffla-t-elle. « Certains sont là, pour que nous puissions pleurer sur leur épaule, un mouchoir dans la main. Certains sont là, dans le but de pour montrer de la compassion. » Eluda-t-elle en balayant la foule du regard. « Alors pour ça, et pour tous ceux qui compatissent avec nous, » Continua-t-elle. « Merci. » Remercia-t-elle doucement d'une voix reconnaissante. « D'être là, pour Carlie, tout simplement… » Fit-elle les larmes aux yeux.
Elle tourna la tête vers mon père, il la regarda avant d'enlever ses bras de sa taille. Il lui prit la main, et entrelaça leurs doigts. Elle remit ses grosses lunettes noires. Ils partirent se mettre à côté de Garrett. Je me frottai les yeux avec ma main, m'enlevant toute trace d'eau salée de mes yeux, cette eau si salée qui me brûle les yeux comme la cidre. Une main se tendit devant moi, je levai les yeux vers Jasper. Il me souriait doucement, enfin ça ressemblait plutôt à une grimace. J'hochai la tête et mit ma main dans la sienne. Je me relevai du sol, qui était maintenant surement intime avec moi, puis levai les yeux vers le ciel, je devenais fou, c'est officiel. Mais qu'est-ce que ça importe ? Rien. Demain, dans deux jours, une semaine, le Monde, l'Univers. Ça n'apporte rien. Ça n'apportera certainement rien, à mon cœur. Un peu plus un peu moins…
« Ça va aller, mec. » Tranquillisa-t-il en pressant ma main, avant de la lâcher. Ma main retomba comme un morceau de viande, lourdement contre ma hanche.
« Si tu le dis. » Répondis-je lassé, en détournant le regard.
« Écoute... » Commença-t-il négligemment. « Je… je sais que… c'est pas facile. » Bégaya-t-il doucement, en se pinçant l'arrête du nez. « Mais… faut faire quelque chose dans la vie Edward, elle ne reviendra pas. Aujourd'hui, c'est son jour. » Clama-t-il légèrement énervé de mon comportement. Mon cœur eut un nouveau raté. Elle ne reviendra pas… « Fais un effort, comporte-toi, comme un père qui a perdu son enfant. Ne te mets pas à l'écart, reste avec ta famille. Ils sont venus pour toi. » Précisa-t-il en soufflant d'exaspération.
« Je n'ai pas demandé à ce qu'ils viennent, je te rappelle. » Répliquai-je irrité.
« Mince Edward, tu me fais chier, tu m'emmerdes sérieusement ! » S'exclama-t-il en levant les mains en l'air, d'un air désespéré. « Mais quel con… » Fit-il en réajustant sa cravate. « Maintenant tu arrêtes de me casser la banane et tu ramènes ton cul, devant. » Ordonna-t-il, agacé de mon comportement.
« J'ai rien à leur dire. » Répondis-je crispé avec aplomb. C'était vrai, qu'allais-je leur dire ? Ma souffrance ? Ma honte de ne pas avoir pu sauver ma vie ? Certainement pas.
« J'en ai rien à faire, ferme-là point barre. » Dit-il contrarié.
Il se mit sur le côté, leva son bras comme un portier. Je soupirai vaincu et avançai doucement, Jasper à mes côtés. On passait en plein milieu des personnes présentes. Personnes ne me parlait, ils m'adressaient juste un regard compatissant. Chaque pas que je faisais, me rapprochait de Carlie. Mes yeux s'embrumèrent brusquement. Mes membres tremblaient et mon cœur battait durement. Je me retournai vers Jasper, le regard suppliant.
« Jazz… » Commençai-je tremblant.
« Tu dois affronter cela. » Souffla-t-il compatissant. « Maintenant, avance on va pas loger ici dix mille ans, non plus. » S'exclama-t-il en secouant la tête. J'hochai simplement la tête et avançai plus près de mon bébé.
J'attrapai une rose blanche qui était dans un bout de fleur, juste à côté. Une épine se planta dans mon index, je gémis de douleur. Je regardai abandonnement le liquide chaud, perler le long de mon doigt, avant d'aller se logé dans ma paume de main. Les souvenirs m'assaillirent subitement. Mes yeux se plissèrent violemment, ma bouche se déforma en une grimace qui écartelait mes lèvres sèches. La rose tomba sur la tombe de Carlie au ralenti, dans un bruit très sourd. Mon front se plissa dans des rides. Je tournai ma main, paume de main face à terre. Le sang dégoulina sur une herbe verte, coula doucement le long de sa longueur, avant de fondre dans la terre. Je baissai légèrement la tête sur le côté. Mes iris fixèrent le contour doré de la tombe de ma fille. Un reflet, reflétait sur ce doré ciré. Mon reflet se reflétait. Très légèrement certes, mais tellement monstrueux pour moi. Je détournai bien vite le regard, passai ma main valide dans ma poche, pris un mouchoir qui trainait au fond de celle-ci et essuyai le sang avec ce mouchoir blanc, qui devint avec quelques tâches, rouge foncé. Un cri sourd m'explosa les tympans, mes mains allèrent promptement sur mes oreilles et appuyèrent dessus. Les souvenirs revenaient en force, avec plus d'armure. Mes yeux se fermaient violemment. Ma tête légèrement penchée vers le sol, je la secouai doucement, en même temps que la douleur me perçait un peu plus.
« « Je t'aime… » Murmura-t-elle la voix remplie de sanglots. Une dernière larme coula le long de sa joue. Puis il appuya la détente… »
Une larme coula, le long de ma joue. Je relevai la tête, laissai tomber mes bras le long de mon corps. Mon regard se posa sur la rose que j'avais laissée tomber sur son nom. Je la pris, délicatement dans mes doigts, prenant soin de ne pas me planter une épine. Je portai la fleur à mes narines et inspirai la merveilleuse odeur de la rose. C'était une des fleurs préférées de Carlie. Elle trouvait cette fleur très gracieuse, avec leurs pétales, doux et soyeux, doublés d'une merveilleuse odeur. J'ai toujours trouvé que Carlie ressemblait à cette rose. Elle était douce, magnifique, merveilleuse et soyeuse comme la rose. Je lâchai un profond soupir, les yeux larmoyants et inexistants, je déposai délicatement la rose blanche, sur… elle. Mon cœur cessa de battre pendant une seconde, une seule et unique seconde, où il crut devoir faire son deuil en déposant cette fleur. Mon deuil, ne se fera jamais. Elle sera toujours, là. Jusqu'à que je la rejoigne, naturellement ou prématurément. Peu importe, je serai avec elle et jamais je ne l'oublierai ni ferai mon deuil. Elle est partout avec moi, sa présence me suit partout, ses yeux cyans magnifiques me regardent toujours, son sourire jovial me sourit toujours, et ses « je t'aime » dis de sa petite voix et de son doux carillon d'enfant, je les entends partout, éveillé comme endormi. Elle est toujours là, surtout dans mon cœur qui continue de battre pour un seul et unique objectif : La vengeance, contre cet acte monstrueux et barbare. Je me vengerai, je la vengerai, contre ce monstre, ce bâtard. Par n'importe quel moyen, je le ferai. Mes mains se rempliront de sang, le sang de cette… erreur de la nature. Mes dents grincèrent en pensant à lui. Mes poings se resserrèrent violemment, mes ongles entrèrent en contact avec la chaire de mes paumes. Je jure devant tout ce qui m'est cher, que je lui arracherai ses entrailles. Je le torturerai comme il a osé torturer mon petit bébé. Il n'aura même pas le temps de dire Adieu à sa famille, si un monstre abject pouvait en avoir une. Qui pourrait aimer un être aussi… répugnant, sans cœur ? Il ne faut vraiment pas avoir de cœur pour tuer une petite fille de six ans, devant les yeux de son père. Ma fille. Moi. Mon sang bouillonnait dans mes veines, si bien que je crus qu'elles allaient exploser. Mon cœur meurtri, dégoulinait de venin, de haine, de rage. Ce venin me brûlait le cœur, tellement qu'il était explosif, dans chaque fibre de mon corps.
Une main se posa sur mon épaule, me fit une légère pression, digne d'une plume. Je ne pris même pas la peine de tourner la tête, mes muscles se décontractèrent, et il enleva sa main de mon épaule. Le bruit d'un léger plastique me vint aux oreilles, quelques secondes après le bras de Jasper se tendit vers mon ange et déposa délicatement une rose blanche, en murmurant une parole, tel un soufflet. Il mit ses mains devant lui, les entrelaça et souffla doucement. Ses rides du front se plissèrent, sa bouche se forma en une grimace. Il réfléchissait à quelque chose, mais quoi ? Je ne sais pas, peu importe, j'en ai foutrement rien à foutre. Je détournai les yeux, droit devant moi. Vers d'autres pierres tombales, enracinées sur ce sol maudit. Un vent glacial me fit légèrement basculer vers le côté et je perdis pied. Mes poils se hérissèrent. Je grognai contre le froid que je ressentais à l'extérieur de moi, comme à l'intérieur, contre mon cœur qui voulait me torturer de ne pas avoir su être un bon père, contre mon cerveau, incapable de réfléchir, sans que ce boum, ne me revienne en tête, contre mes yeux qui pleurent sans cesse, incapables de s'arrêter, sans même que je ne leur ordonne, contre mon sang, désormais froid, glacé, qui me donne la chair de poule de vivre. J'en avais marre. Pourquoi n'ais-je pas le droit de prévoir moi-même ma propre mort et aller la rejoindre ? Pourquoi pas maintenant ? Je pourrais, mais je trahirais Carlie au fond de moi. D'abord je dois ruiner en morceau ce monstre et après aller serrer mon bébé dans mes bras.
Des bruits d'herbe, de petits morceaux de branche d'arbre, tombés avec ce vent à terre, craquaient sous les pas de Jasper. Il se racla la gorge et observa la foule. Il ne savait certainement pas quoi dire, il n'était pas du genre à faire un discours, sauf pour bouffer son adversaire au tribunal. Grande gueule, emmerdeur, chieur, râleur de première, mais dans le fond il avait un cœur sensible.
« Je n'ai jamais eu de galanterie envers les femmes, jamais. À vrai dire, j'en avais toujours rien à foutre. Ça ne servait à rien pour moi. À quoi bon perdre mon temps à tenir une porte, tirer une chaise au restaurant ou encore tenir la main d'une femme par galanterie ? À quoi ça sert ? Perdre sa virilité pour moi. » Se justifia-t-il. J'étais toujours tourné vers Carlie, dos à lui, les yeux rivés sur le paysage et les sourcils froncés. « Carlie est venue au monde. Cette magnifique petite fille, dont je suis devenu l'oncle, le parrain de celle-ci. » Sa voix était légèrement rauque, dégoulinant de fierté et de douceur. « J'étais quelqu'un d'autre. Je la dorlotais comme jamais. Même qu'elle clamait haut et fort, qu'elle jour elle m'épouserait. Généralement les petites clament qu'elles épouseront leur père, mais là c'était moi. » Il eut un léger rire. Un mince sourire s'étira sur mes lèvres.
« J'étais galant avec elle, je lui tenais les portes quand on allait manger dans un Fast Food, je lui tirais la chaise ou le tabouret, la portais dans mes bras ou sur mon dos, quand elle le désirait, je lui achetais tout et n'importe quoi, chose que je n'aurais certainement pas fait, me ruiner pour acheter une bague ridicule à une femme… » Je sentis ses lèvres grimacer de là où j'étais positionné, un mini rire sortit de ma gorge, un rire mal travaillé. « Non, c'était juste impossible, j'aurais jamais fait ça. Je ne gagne pas mon fric pour dépenser dans un truc pareil. » S'exclama-t-il. Je me tournai vers lui, mon regard fixait son visage. « C'était une gamine exceptionnelle. Je passais des heures avec elle, parlais de tout et de rien. Elle avait l'incroyable capacité à vous comprendre, malgré son jeune âge. Elle voulait être plus tard danseuse professionnelle, chanteuse, actrice, mannequin, avocate, comme moi. Elle voulait être une héroïne, comme elle me considérait comme tel. J'étais un héro, d'envoyer des criminels en prison, de protéger les habitants. J'étais son héro. Tout comme son père. Elle voulait être photographe aussi, elle voulait être aussi connue et talentueuse que lui. Elle voulait faire des photos en or, elle trouvait que la photographie était magnifique, comme son papa. Elle tenait vraiment à ce qu'Edward lui-même, lui apprenne cela. Elle a eu son premier appareil photo pour enfant à son cinquième noël. C'était une vraie chipie, à toujours nous prendre en photo, quoi que nous fassions. C'était tellement adorable. »
Ses yeux brillaient de plus en plus, son nez était rouge avec le froid, on aurait dit qu'il avait pleuré des heures, alors qu'il n'avait pleuré qu'une seule et unique fois. « Vous allez me dire, c'est une petite fille, et non une femme, on ne peut comparer cela. Ben si. Carlie était une petite femme. Une femme qui aurait pu évoluer, avoir des amies au secondaire, au lycée, avoir son premier petit copain et encore plein de choses. C'était une petite femme magnifique, avec tellement de capacités et de talent. » Souffla-t-il doucement et tendrement. Une larme dégoulina au coin des yeux, il l'essuya de son pouce et souffla, son visage se raffermit aussitôt. « Mais on ne lui a pas laissé le temps d'être une grande femme. On lui a arraché la vie d'un acte des plus impitoyables. » Articula-t-il froidement et durement. Il serra ses poings, sa colère remontait à une vitesse démesurée, ce qui faisait même sécher ses larmes. « Je m'occuperai en personne de l'envoyer en prison, si on me donne cette chance. Je ne démordrai pas. Je tiens à être toujours à la hauteur de ma petite Carlie. Je veux rester son héro jusqu'à la tombe. Non, pour l'éternité. Je veux qu'elle se souvienne de moi, comme l'homme qu'elle a changée en gentleman galant et serviable et surtout comme son « n'héro », disait-elle. » Déclara-t-il avec aplomb. Il se tourna légèrement vers sa… tombe. « Elle me manque, ma Carlie me manque, sa joie de vivre me manque. Ses sourires, ses rires, ses petites mimiques, la voir jouer avec le chien, ses câlins… » Inhala-t-il en regardant les lettres gravées en or, sur la plaque noir collée sur sa…tombe.
« Me dire qu'elle n'est plus là est l'une des pires chose au monde. Elle a surement tout emporté avec elle. » Haleta-t-il en se frottant le visage. « Je t'aime ma petite. » Murmura-t-il vers Calie, il baissa la tête, une larme coula sur sa joue.
Je détournai les yeux vers le ciel, gris foncé, au risque de pleurer encore. Mes mains fourrageaient dans mes cheveux, avant de descendre pour frotter ma nuque, et de revenir dans mes poches. Les larmes me brulaient les yeux, j'avais été sincèrement touché par ce qu'il avait débité. Il n'était pas du genre à montrer ce qu'il ressentait, c'était même extrêmement rare. Il était son héro, elle l'adorait littéralement. C'était tonton Jasper par ci ou par là. C'était adorable à voir, quand il franchisait la porte et qu'elle lui sautait dessus. C'était Carlie, elle était incapable de ne pas aimer quelqu'un. Il se retourna vers moi, me lança un dernier regard à travers ses lunettes et traversa l'espace entre Carlie et les personnes qui étaient présentes. Il se fondit parmi la masse. J'observai ma mère pleurer dans les bras de mon père, il essayait avec tout son courage de se retenir de pleurer, il devait être fort, pour son couple, pour elle. Je me tournai complètement vers Carlie, complètement indifférent de savoir que je tournais irrespectueusement le dos à toutes ces personnes présentes. C'était peut-être impoli, mais je m'en fichais, peu importe. J'étais là pour ma petite fille et personne d'autre.
« Ma vie, si on peut la qualifier comme telle, n'est plus pareille sans toi. » Commençai-je le cœur lourd, tambourinant dans ma poitrine, voulant à tout prix, mettre terme à cette torture. « C'est dur, effrayant, vide. Oui, vide, comme je le suis. Je ne sens plus mon cœur battre. Je ne sens plus la moindre petite souffrance, physique ou mentale. Il n'y plus que la souffrance de ta perte. Et encore, ce mot n'est pas assez convenable. C'est tellement plus gros, plus fort, plus destructeur. Tellement plus meurtrier. » Soufflai-je en roulant des yeux, j'avais l'air pathétique, mais merde, je n'en avais rien à foutre, plus rien ne comptais désormais… Plus rien. « Je n'ai plus aucune notion du temps, le jour, la nuit, les heures, les minutes, les secondes, plus rien n'a d'importance à mes yeux. Pour moi tout s'évapore comme une pincée de poussière. Je n'ai même plus la force de résister à mes larmes, elles veulent pleurer, et elles le font, sans même me demander mon avis. Mon corps ne répond plus à mes actes. Mes membres son endormis. Ils reposent à tes cotés à jamais. » Fis-je en serrant mes mains ensembles. « Ma force est morte, depuis la seconde où je t'ai vue… partir. » Bégayai-je la gorge serrée. Ma respiration se fit plus forte et achée, elle me coupait littéralement les cordes vocales. « Crois-tu que tout cela aura une fin un jour ? Que toute cette souffrance cessera ? » Chuchotai-je en forçant sur ma voix enfouie dans le fond de ma gorge. Pour toute réponse, le vent devint plus brusque, emportant avec lui une avalanche de feuilles d'automne.
« Je suppose que non. » Marmonnai-je pour moi-même avec révulsion, en secouant légèrement la tête. « Te souviens-tu de ce que tu m'avais demandé à l'époque ? "Papa, quand une personne décède, elle va où ? Qu'y a-t-il après la mort ?" Je t'avais répondu, que je ne savais pas vraiment, mais que ça devait être quelque chose de très beau, d'illuminé par les Dieux et les anges. Et surtout, que tu avais le temps avant d'y aller, tout un siècle au moins, que j'irais avant toi et que toi, tu ne pourrais jamais t'en aller, car tu es bien trop précieuse sur cette Terre pour que Dieu te gaspille. Mais je me suis lourdement trompé, n'est-ce pas ? » Lamentai-je, les larmes coulant sur mes joues, comme sur une terre sèche. Ma vue était floue, mes yeux restèrent fixés et grand ouverts sur sa pierre tombale, avec sa photo. « Dis-moi Carlie, comment c'est alors ? C'est aussi beau qu'on le dit ? Le paradis l'est vraiment ? Comment ça fait d'être au ciel ? Es-tu bien là haut ? Me suis-je encore trompé ? Seule toi, peux me le dire mon bébé, tu sais. » Couinai-je d'une voix rauque et faible « J'ai l'air pitoyable hein ? Je fais pitié. Je crois même que c'est marqué sur mon front, que je fais partie de ces personnes qui ont une souffrance qui les tue un peu plus chaque jour. » Murmurai-je avec difficulté, les larmes s'emparant un petit peu plus de mon corps et m'empêchant de parler avec clarté. Je commençais à trembler.
« Sais-tu à quel point c'est dur la vie sans toi ? Je ne dors plus, cet acte qu'une personne à commis, de t'ôter la vie, me hante toutes les nuits. Le sommeil est devenu l'un de mes ennemis les plus redoutables, et bien dur à vaincre, d'autant plus que je n'ai plus la moindre force à ce jour. Les journées aussi, je ne fais rien, j'ai l'air d'une vraie loque, comme dit ton oncle Jasper. Je bois, jusqu'à être soûl et enfermé dans ma bulle de souffrance. Je bois pour oublier mon chagrin tellement affreux et destructeur, pour oublier à quel point ma vie craint, que de merveilleuse elle est passée à minable et sans plus aucun sens ni intérêt. Je bois à ma santé détruite. » Soufflai-je pitoyablement, je me frottai les mains sur le visage, pour m'enlever un peu d'eau salée, qui salissait mon visage et souillait mes pupilles. « En partant, tu as tout emporté avec toi, mon âme, mon cœur, la splendeur du monde … tout est avec toi, et il ne reste plus rien ici, qu'un trou béant dans ma poitrine et qu'un monde noir et obscur, qui m'est inconnu. Je me rends compte que, toute la beauté du monde résidait en réalité dans un seul de tes sourires. C'est toi qui enjolivais l'univers, toi et ta peau si douce, tes cheveux si longs et soyeux, tes yeux si profonds et pétillants, tes rires si enjoués et enfantins, ta joie de vivre et tes sourires si… magnifiques. Tu n'avais pas conscience de toute l'horreur que pouvait cacher ce monde, tu vivais dans ton monde d'enfant, de petite fille qui rêvent de princesses et de princes charmants. Et très franchement, j'aurais tant préféré que tu y restes, que tu ne mettes jamais les pieds ici, dans le monde des adultes et de la réalité dramatique et cruelle qu'est la vie. Si j'avais pu, j'aurais tout fait pour te laisser dans ton univers, si rose et avec des arcs-en-ciel à chaque coin de rue… J'aurais tout fait pour t'empêcher d'en sortir, car tu y étais tellement bien, tellement en sécurité… Mais comme tout le monde a pu voir, la vie ne m'a jamais laissé avoir, ni faire ce que je désirais. Sache que tu seras la seule personne au monde que je regretterai, et Dieu n'avait pas besoin de te faire… trépasser… »
Ma voix dérailla sur le dernier mot, je me sentais incapable de continuer, c'était trop dur, car c'était la fin. Après ça, je lui dirais à jamais Adieu et c'était la pire chose qui pouvait m'arriver. Mais je le devais, je me devais de continuer et de lui faire des Adieux dignes de ce nom, pour lui montrer tout ce qu'elle représentait, et le peu qu'il restait sans elle. Je pris une profonde inspiration pour ravaler mes larmes encore un instant, puis enchainai d'une voix légèrement plus forte et solennelle, afin de conclure.
« Sache que Dieu n'avait pas besoin de te faire mourir pour avoir un ange de plus avec lui, car tu en étais déjà un, tu étais même l'ange le plus merveilleux qui puisse exister, et tu le resteras toujours. » Achevai-je, mes yeux fixant l'horizon droit devant moi.
C'était fini. Je lui avais dit au revoir. Elle était désormais partie à jamais, et tout ce que je pouvais dire, c'était que jamais je ne m'étais senti aussi mal. Jamais je ne m'étais senti aussi vide, froid, inerte, tel un cadavre. Mais après tout c'était ce que j'étais, un cadavre. Mon état était irréparable. J'étais un condamné. Je sentis quelqu'un me taper l'épaule, ce qui me ramena à contre cœur au moment présent, ainsi qu'au monde qui m'entourait. Je me retournai alors et vis ma mère, me regardant avec une profonde dévotion et désolation.
«Le temps commence à se gâter. Il vaut mieux y aller. » Murmura-t-elle d'une voix larmoyante.
« Monsieur Cullen ? » Interrompit quelqu'un. Je tournai la tête vers lui qui me tendit sa main « Toutes mes plus profondes condoléances. » Dit-il avec affection. Je serrai sa main, plus par respect et politesse que par envie.
« Merci. » Répondis-je douloureusement en hochant la tête.
La personne que je ne connaissais visiblement pas se détourna et s'en alla, laissant place à une nouvelle personne qui répéta le même discours.
Ce fut le même scénario durant ce qui me semblait être une éternité. Les gens allaient et venaient vers moi, me tendant leur main en guise de compatissance et me présentaient leurs condoléances, avec un air profondément affecté. Mais que connaissaient-ils de la douleur ? Certains en rajoutaient, exprimaient leur peine, mais la connaissaient-ils au moins un peu pour vraiment être effondré de sa perte ? Je n'en pouvais plus de ce cinéma, de cette comédie sur jouée par toutes ces personnes. Je me contenais car c'était vraiment le dernier endroit et le dernier moment pour faire un esclandre, et je savais également qu'ils n'étaient pour rien dans cet évènement tragique, que je n'avais pas le droit de m'en prendre à des personnes innocentes qui ne faisaient qu'exprimer leur chagrin et leur soutien. Dans le fond je leur en étais reconnaissant. Mais malgré moi je les haïssais. Je les haïssais tous car même si là, ils étaient affectés et peinés par sa perte, ce soir ils dormiraient à points fermés, sur leurs deux oreilles, comme si de rien n'était. Et le lendemain, ils iraient au travail après avoir pris un petit déjeuner copieux, de bonne humeur, ayant oublié la tristesse de ce moment, ayant oublié ce auquel i ils avaient assisté aujourd'hui, ayant même oublié Carlie. Je les haïssais car eux ils continueraient de vivre alors que moi, je resterais à jamais là, à désespérer d'attendre que la mort vienne me chercher, sans plus rien n'attendre de la vie.
Le cimetière commençait petit à petit à se vider, tout le monde s'étant présenté devant moi avant de s'en aller. Jasper avait fini par partir, prétextant avoir un rendez-vous extrêmement important pour une affaire en cours le lendemain matin. J'aurais pu m'en offusquer, mais je savais que ça n'avait été qu'une excuse, car il ne supportait pas de rester une minute de plus ici, il ne voulait pas craquer devant moi. Jasper était trop fière, incapable de pleurer devant qui que ce soit. Alors j'acceptais qu'il s'en aille. Car même loin, je savais qu'il était avec moi. Mes parents étaient toujours là. Ma mère ne détournait pas son regard de la tombe, de son nom gravé… Mon père me fit une accolade, plutôt… froide. Je savais qu'il souffrait énormément, que cette froideur qu'il dégageait n'était pas due à sa personnalité, il n'était juste plus le même. Nous n'étions tous, plus les mêmes à présent. Il restait en retrait, ne disait rien. Mais il agonisait à l'intérieur, je pouvais le sentir rien qu'à ses battements de cœur. Il tapota l'épaule de ma mère qui se retourna vers moi, les yeux si sanglotant et vides, que j'en eus le cœur encore plus brisé qu'il ne l'était.
« J-je… je suis désolée. » Murmura-t-elle.
Sans un regard, elle se détourna d'un pas rapide, sans même venir m'enlacer, ni quoi que ce soit.
Dire que cette attitude ne m'a pas blessé serait mentir. Mais je ne pouvais pas lui en vouloir. C'était trop dur à supporter pour elle, trop douloureux, je pouvais la comprendre. Mon père me lança un regard désolé, plein d'affection et d'inquiétude, ce par lequel je répondis d'un hochement de tête.
Il s'en alla lui aussi, rejoignant sa femme qui marchait au pas de course, comme pour souhaiter quitter cet endroit au plus vite. À ce moment là je compris que plus jamais je ne reverrai mes véritables parents.
Je refusai de partir.
La pluie commençait à tomber, les gouttes d'eau me tombaient dessus, mouillant mes cheveux, mon visage, mes vêtements noirs… Je pouvais être trempé, mais je n'en avais cure. Je voulais rester ici, dans ce cimetière, à ses cotés, là où elle reposait. Je voulais être avec elle. En paix.
Voir son nom écrit dans cette pierre tombale, me fit prendre pleinement conscience de la réalité désastreuse que j'avais sous les yeux. Elle n'était plus. Elle reposait désormais sous mes pieds… sous mes pieds… Mon regard baissa vers mes chaussures trempées et je réalisai l'étendue que tout cela signifiait. Ce fut à ce moment là que je lâchai prise. Ma respiration se coupa, je me mis à suffoquer soudainement, étouffant dans ce monde où j'avais perdu mon oxygène. Mes muscles m'abandonnèrent, mes os s'engourdirent, et mes sanglots finirent par éclater. Je tombai à genoux devant sa tombe, pris dans un tourbillon de pleurs incessants. Mes mains tremblaient, de part et d'autre de mon visage, je fus secoué de spasmes douloureux à l'intérieur de mon être, me faisant hoqueter à travers mes sanglots déchirants.
J'entendis à peine l'orage gronder et se faire entendre dans le ciel. Un rire cynique me prit l'espace de quelques secondes, en me disant que même le temps avait changé depuis qu'elle était partie, comme si elle avait emporté le soleil avec elle pour nous laisser la pluie, les nuages et les éclairs. C'était la façon dont moi je le percevais, puisqu'elle avait toujours été mon rayon de soleil. Ma vie sans elle n'était plus qu'une succession de pluie orageuse, sombre, néfaste, cruelle…
Le temps passait à une allure folle, si bien que le ciel était devenu carrément noir, ce qui me permettait de bien discerner les tonnerres qui marquaient le ciel, ainsi que les éclairs qui apparaissaient. Je savais qu'il allait falloir que je parte, je ne pouvais pas rester indéfiniment ici, dans cet endroit respirant l'odeur de la mort à plein nez, assis devant… elle. Il y avait tellement de choses que j'aurais aimé lui dire, avant qu'elle ne me quitte aussi subitement. J'aurais tant aimé lui demander pardon. Pardon de ne pas avoir été à la hauteur, de ne pas avoir été le père qu'elle méritait. Pardonne-moi Carlie… ces mots étaient enfouis dans ma gorge, refusant de sortir ma voix ne m'avait abandonnée et avait disparu, ne restait plus que mes pensées, ma conscience et mon esprit. Je me sentais minable et pitoyable. J'étais le pire père dont un enfant puisse rêver. Je ne la méritais pas, je n'avais pas mérité ma chance inestimable, de l'avoir eue à mes côtés et l'avoir vue grandir durant ces six merveilleuses années. Aujourd'hui Dieu me punissait pour mon insuffisance, mon inaptitude, mon impuissance, mon manque de compétence… ma médiocrité. Aujourd'hui je payais le prix fort, car tout se paye un jour.
Je relevai alors la tête vers sa tombe, prenant soudainement conscience de la véracité de mes propos. Tout le monde paye les conséquences de ses actes un jour. Je compris alors ce qu'il me restait à faire. Si moi aussi je devais payer, alors je ne serai pas le seul. Quelqu'un devait également subir les conséquences de ses actions, et j'allais m'assurer personnellement que cela soit fait. Si je devais souffrir, hors de question que je sois le seul, lui aussi devait souffrir, comprendre ce qu'il avait fait, prendre connaissance de la famille qu'il avait détruite, des cœurs qu'il avait brisés, de la monstruosité dont il avait fait preuve.
Je pris une profonde inspiration, déterminé et mu d'une haine inavouable, tellement elle était effroyable. Je regardai sa tombe encore une fois, les yeux humides derrière mes Ray Ban désormais imbibées d'eau, notamment à cause de la pluie battante, et de mes larmes constantes et ininterrompues. Je décidai d'adresser la parole une dernière fois à cette personne qui a tant compté pour moi, cette petite fille de six ans qui représentait mon univers. D'une voix basse et chevrotante, je parlai.
« Le temps passe, je m'écroule. Je prépare chaque jour un peu plus ma valise pour venir. Fais-moi un peu de place là où tu es, j'arrive mon cœur. » Haletai-je d'une voix torturée et impatiente. Mon cœur effectua un raté, avant de reprendre un rythme normal, puis de se mettre à battre à une allure rapide, folle, comme s'il désirait me tuer pour mettre fin à ses souffrances, me tuer pour ce que je lui faisais subir. « Avant tout, je vais devoir tremper mes mains dans du sang sali, pour toi. Pour moi. Je vais me souiller les mains pour cet enfoiré, je vais me les souiller, jusqu'à son dernier souffle. Je te le promets mon ange. » Glissai-je d'une voix dure et glaciale, les yeux désormais emprunts à de la rancœur, de l'animosité, de l'aversion… de l'hostilité pure et simple. « Surtout attends-moi. » Tremblai-je de plus en plus, la voix dénuée de toute trace de quelconque sentiment, autre que la répugnance et l'exécration. Mes cordes vocales souffraient à vif, j'avais tellement sangloté bruyamment, que cela m'avait arraché la voix.
Dans un dernier souffle, je prononçai, à la fois plus déterminé et anéanti que jamais, les mots les plus significatifs à mon sens, avant que ma voix ne se mette à se briser.
« Je t'aime »
Mes yeux se mirent à me piquer, à la remémoration de ce jour qui a marqué la fin de mon monde, qui a représenté sa… mort. Ce mot m'écorchait toujours la bouche et j'avais toujours autant de mal à le penser. Au fond de moi, je savais que je n'arriverais jamais réellement à accepter ce fait qui jette une douleur irréparable au niveau de mon cœur mort. Jamais je n'arriverais à me l'avouer, à prononcer cette vérité correctement, sans en éprouver la moindre répugnance. Mais pourtant, quoi que je puisse dire, faire ou penser, les faits étaient là, et la douleur était là pour me rappeler, que tout ceci n'était pas le fruit de mon imagination la plus noire. Que toute cette souffrance était bien présente, et que Carlie serait désormais à tout jamais absente…
Cette pensée me rappela pourquoi j'étais ici, pourquoi je luttais encore à me lever le matin, et pourquoi j'étais déterminé. Non, je n'avais plus rien à perdre. Oui, j'étais décidé. Rien ne pourrait m'empêcher d'accomplir la seule chose qui me faisait encore tenir, peu importe à quel point cela pouvait paraitre cruel, horrible et épouvantable. Isabella Swan allait mourir, je la tuerai sous ses yeux, sans me soucier une seule seconde de ses yeux suppliants, m'implorant de l'épargner. Puis je le tuerai ensuite, le rouant de coups de poignards en plein cœur, par milliers, pour qu'il sache la douleur que le mien éprouvait au quotidien. Pris de cette motivation et volonté vengeresse, je me composai un masque impassible et déterminé, avant de me détourner pour m'en aller d'ici, quand soudain quelque chose me percuta de plein fouet…
Pov Bella
oO "She will be loved" Oo – Maroon 5
Parfois, je me demande vraiment pourquoi je m'entête à vouloir courir le matin, en sachant ma poisse légendaire ainsi que ma maladresse maladive. J'étais née, dotée d'un problème de coordination à marcher correctement sur n'importe quelle surface. Et cette mauvaise coordination s'aggravait davantage lorsque je me mettais à courir… Mais butée comme j'étais, je tenais quand même à courir tous les matins, sous le soleil étouffant de Phoenix. Voilà pourquoi je me retrouvais actuellement par terre sur les fesses, après avoir percuté quelqu'un en voulant rentrer chez moi. Je me frottai les yeux, tentant de retrouver mes esprits, avant de les rouvrir et de voir des étoiles ainsi que plusieurs points blancs. Je clignai des paupières, avant d'apercevoir une main tendue devant moi, comme pour me proposer de l'aide. Je relevai la tête pour voir à qui appartenait cette main charitable, puis clignai une nouvelle fois des yeux, aveuglée.
Ce n'était pas le soleil qui m'aveuglait, mais plutôt le visage de l'homme en face de moi, qui me regardait avec un air inquiet. Le choc avait dû être vraiment puissant et je devais forcément être atteinte, car aucune personne au monde ne pouvait avoir une beauté capable d'éclipser le soleil. Cet homme était encore plus beau que tous ces acteurs de cinéma que les adolescentes idolâtrent et ont en posters dans leur chambre. Les cheveux châtains et complètement désordonnés, dont le soleil faisait apparaitre des reflets roux, le visage bien taillé à la perfection, le nez aquilin et droit, sa bouche bien dessinée… tout était synonyme de perfection. Je devais rêver, c'était évident. Il était juste… bien trop beau pour être vrai. Il devait forcément être l'objet du fruit de mes fantasmes les plus délirants.
« Vous allez bien ? »
Sa voix me fit sursauter. J'avais dû m'être arrêtée de vivre et respirer pendant plusieurs secondes, trop éblouie. Sa voix était encore plus envoutante que son visage lui-même. Il fallait que je me réveille, à tous les coups j'avais plongé dans un coma profond en tombant. Peut être qu'on m'avait transporté à l'hôpital et que la chute avait été tellement effroyable qu'on m'avait droguée avec de la morphine pour que je ne ressente pas la douleur. Peut être qu'on m'avait amputée la jambe et que c'est pour ça qu'on m'avait donnée de la morphine… Si ça se trouve je suis devenue unijambiste, condamnée à passer ma vie dans un fauteuil roulant…
« Mademoiselle ? »
À nouveau cette voix hypnotique, ce ténor à la fois doux et rauque. Peut être que finalement, je ne rêvais pas, mais que j'étais simplement en train de divaguer et de penser n'importe quoi. Dans ce cas ça voudrait dire que je ne suis pas à l'hôpital, qu'on ne m'a pas mise sous morphine, et que j'ai encore mes deux jambes… mais surtout, que cet adonis devant moi n'était pas fictif, mais bien réel. Dans ce cas là il fallait que je me ressaisisse et rapidement, si je ne voulais pas qu'il me prenne pour une folle, si ce n'était pas déjà le cas. J'essayai de réfléchir correctement, tandis qu'il avait toujours sa main tendue vers moi. Je me fustigeai mentalement, me rendant compte qu'il m'avait adressée la parole et que je m'étais seulement contentée de le dévisager honteusement, avec une tête, probablement hagarde. La vérité est que j'étais incapable de réagir, de prononcer le moindre mot, ou d'esquisser le moindre geste pour me relever, tellement j'étais hypnotisée par une telle merveille devant moi. J'ignorais qui il était, ni d'où il venait, je présumais qu'il était la personne que j'avais heurté par mégarde, et qu'il était assez gentil pour vouloir m'aider et s'inquiéter de mon état. Mais peu m'importait qui il pouvait être ou ne pas être, je compris à cet instant que la seule chose que j'avais à faire désormais, était de ne jamais le laisser partir.
J'avais l'impression que le temps s'était arrêté durant ma contemplation, tant j'avais été happée par son éclat et sa splendeur, qu'il s'était écoulé des heures, alors qu'en réalité tout cela n'avait duré que l'espace de quelques secondes. Je devais me reprendre, si je ne voulais pas qu'il se pose de questions quant à mon inactivité et mon manque de réponse. D'autant plus qu'il m'avait posée une question et que je n'avais toujours pas dit un mot. Et puis il avait toujours sa main tendue devant moi qui attendait que je l'attrape pour m'aider à me relever. J'étais incapable de détourner mon regard de son merveilleux visage alors sans cesser de le regarder, j'entrepris d'attraper sa main avec hésitation. Je sentis plusieurs picotements me parcourir et m'électrifiant la peau au contact de sa main sur la mienne, de ses doigts entrelacés aux miens, ce qui procura une multitude de frissons à l'intérieur de mon corps, tandis qu'il me tirait pour me relever et me remettre sur mes pieds. Une fois debout, je pus le voir de plus prêt, et ce qui me frappa, fût ses yeux magnifiques yeux. Si je l'avais trouvé parfait tout à l'heure, ses yeux le rendaient plus sublime encore. D'un vert sombre, étincelant et obscurcissant tout le reste autour de moi. J'étais sûre que même le plus ravissant des émeraudes, ne soutenait pas la comparaison devant une telle richesse au fond de ses pupilles. Ses yeux étaient incroyables, ils reflétaient un tas d'émotions toutes plus contradictoires les unes que les autres, nous laissant ainsi saisi par son regard transperçant, incapable de détourner la tête et de regarder ailleurs que dans le fond de son regard.
Je remarquai que derrière toute cette magnificence, demeurait tout de même une émotion dans ses iris que je ne compris pas. Une émotion qu'apparemment, il essayait de masquer et dissimuler, mais qui rendait son regard beaucoup plus sombre malgré tout. Sombre comme la couleur d'un corbeau, qui lui-même est la représentation même d'un mauvais présage. Je n'arrivais pas à déterminer de quoi pouvait provenir cette ombre impénétrable dans ses yeux, ni pourquoi il tentait de la combattre. Était-ce parce qu'à l'intérieur, son âme était remplie de noirceur ? Il ne me donnait pas l'impression d'être une personne obscure et noire. Cela dit je ne le connaissais pas du tout en même temps. Il avait aussi des cernes violettes sous les yeux, comme ces vampires qu'on voit à la télévision. Soit il avait l'habitude de paraitre fatigué, soit il l'était réellement. Peut-être était-il sujet à des insomnies…
Je vis un sourire s'esquisser sur ses lèvres, tandis que je n'avais toujours pas dit un mot. Ce simple sourire servit à accélérer les battements de mon cœur à une vitesse étonnante. Je me sentis soudainement mal à l'aise, sans trop savoir pourquoi. Je me demandais pourquoi il souriait. Sans doute parce qu'il avait remarqué la façon dont je le dévisageais avec un air benêt sur le visage et que ça l'amusait. Je devais vraiment être ridicule, à le mater comme ça, si honteusement, la bouche presque entrouverte. C'était la première fois que ça m'arrivait, je n'avais pas l'habitude d'avoir un… coup de foudre visuel. Oui je crois qu'on pouvait appeler ça comme ça, à en juger par mon incapacité à réagir et à faire autre chose, que l'admirer ouvertement. Il fallait vraiment que j'intervienne, que je sauve le peu de dignité qu'il me restait et que je dise quelque chose. Je lui avais tout de même foncé dedans par erreur. Et il m'avait aidée à me relever, le minimum était de m'excuser et le remercier.
Je pris une profonde inspiration et secouai la tête pour tenter de reprendre mes esprits afin de formuler une phrase cohérente… Ou un mot, dans ce cas de figure.
« M-merci. » Baragouinai-je, d'une voix hésitante. « Je… je suis vraiment désolée, je courais sans trop regarder et je vous ai rentré dedans… » M'excusai-je sans toutefois, oser le regarder dans les yeux.
« Y a pas de quoi. » Répondit-il en élargissant son sourire, provoquant un rougissement au niveau de mes joues. « Je ne pense pas que ce soit moi qui ai eu le plus mal. » Fit-il amusé.
Je me mordis violemment la lèvre, embarrassée par le fait qu'il me parlait et que moi, comme une autruche, je n'avais d'yeux que pour son sourire qui m'ôtait toute pensée cohérente de la tête. Heureusement qu'il ne pouvait pas lire dans mes pensées, il me prendrait pour une folle décamperait sans aucun doute. Il devait déjà me prendre pour une folle. Mes émotions me trahissaient sur mon visage. Mon frère ne cessait de me répéter qu'on pouvait lire en moi comme un livre ouvert, ce qui m'avait valu un bon nombre de railleries moqueuses de sa part. J'aurais pu m'en offusquer si je ne le connaissais pas assez bien pour savoir qu'il plaisantait, juste pour voir mes réactions, sans penser un traitre mot de ce qu'il disait. Il était bien trop altruiste, bienveillant et généreux pour avoir la moindre pensée méchante.
« Vous êtes sûre que vous allez bien ? » S'enquit-il soudainement, me ramenant au moment présent. « Vous n'avez pas l'air dans votre assiette. » Souligna-t-il.
Il avait vraiment l'air inquiet, ce qui m'étonna. Soit, j'étais tombée et mes réactions étaient un peu… étranges. Mais qu'on s'inquiète pour si peu, c'est tout de même bizarre. Peut être était-ce une manière pour lui de me demander d'arrêter de le fixer bêtement et de paraitre normale.
« Je… ça va, j'ai l'habitude de ce genre de chutes de toute façon. » Marmonnai-je pour moi-même. Il eut un sourire amusé au coin des lèvres, me faisant perdre pied. Sa main me lâcha, provoquant un étrange vide à l'intérieur de moi, un froid dont je n'avais pas l'habitude.
« Vous ne voulez pas que je vous emmène voir un médecin ? » Proposa-t-il gentiment d'une voix de velours qui me rendait fébrile. « On ne sait jamais, vous vous êtes peut être cassée quelque chose. »
Je fronçai les sourcils. Je ne comprenais pas pourquoi il prenait cet air si inquiet alors qu'il ne s'agissait que d'une simple chute sur les fesses. Ou alors il essayait simplement d'engager la conversation… non, fallait pas rêver. Même dans mes délires les plus fous, un homme comme lui ne pouvait avoir envie de parler à une fille aussi… moi. Aussi peu exceptionnelle, sans atout particulier, si ce n'est celui de ressembler à tout le monde et de me fondre dans la masse. Cela dit, s'il était enclin à me parler, il fallait que j'en profite, car ce ne serait pas demain la veille que j'aurais l'occasion de recroiser la route d'un homme aussi resplendissant qui fait que mon cœur batte la chamade et qui m'enivre d'un seul regard.
« J-je vous assure, je vais très bien… et puis j'ai la sainte horreur des médecins alors je ne préfère pas. » Bafouillai-je maladroitement. Il me regarda avec curiosité.
« Pourquoi n'aimez-vous pas les médecins ? » Demanda-t-il avec une pointe d'amusement. Je baissai les yeux vers mes pieds.
« Ben ils me font peur avec leurs aiguilles et tout… » Dis-je en réprimant un frisson de dégout en y repensant. « Et puis la plupart du temps, ils font des blagues vaseuses qui ne font rire personne. Et la façon qu'ils ont de sourire. Je trouve ça effrayant. »
Je m'arrêtai de parler en réalisant que je disais vraiment, mais vraiment n'importe quoi et remontai la tête pour croiser son regard mystérieux, ce qui m'alarma.
« Rassurez-moi vous n'êtes pas médecin au moins ? » Paniquai-je soudainement, craignant de l'avoir vexé. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire en coin, absolument divin.
« Non pas du tout. » S'empressa-t-il de dire, tandis que je soupirais de soulagement. « En revanche mon père l'est. » Apprit-il. Mon visage se décomposa et je blêmis soudainement, ce qui le fit émettre un léger rictus au coin des lèvres. « Mais il n'est pas là pour entendre ça donc il n'y a pas d'inquiétude à avoir. » Rassura-t-il.
« Il est médecin ici ? Peut être que je le connais. » M'informai-je curieuse. Un éclair de dégout et de douleur passa sur son visage, mais s'envola si rapidement que je crus avoir rêvé.
« Non il travaille à Boston. À vrai dire avec un ami on vient d'arriver en ville et on ne connait personne ici. » Apprit-il. J'hochai la tête, intriguée, avant de me souvenir de quelque chose.
« Je vois et euh… qu'est-ce que vous faisiez autour de ma maison ? » Demandai-je d'une voix timide.
J'ignorais pourquoi, mais il m'intimidait, comme jamais personne ne m'intimidait. Je vis son corps se tendre, ce que je ne compris pas. Puis comme si de rien n'était, il haussa les épaules d'une façon désinvolte.
« J'explorais les horizons. » Répondit-il énigmatique.
Je ne pouvais m'empêcher d'être curieuse, ce qui ne me ressemblait pas du tout. En général je me faisais discrète et je ne posais aucune question personnelle. Mais là, c'était tout le contraire. Ce n'était même pas de la curiosité, mais carrément de l'indiscrétion.
« D'ailleurs vous avez une très jolie maison. » Complimenta-t-il, me faisant rougir sans raison.
« Euh… merci. Mais elle est à mes parents, je n'habite plus ici mais avec mon frère dans le centre ville. »
Son regard changea, s'assombrissant à vue d'œil, si bien que je crus avoir dit quelque chose qu'il ne fallait pas. Je ne comprenais pas d'où provenait une telle hostilité dans ses yeux, obscurcissant ce vert que je trouvais si magnifique. Consciente d'être probablement la source de ce changement d'humeur, malgré que je ne sache pas pourquoi, je tentai la première chose qui me venait à l'esprit pour tenter de me rattraper.
« Euh, je m'appelle Bella. » Débitai-je soudainement, me mordant la joue intérieure et me fustigeant mentalement, pour paraitre aussi idiote.
Je le vis cligner des yeux soudainement, comme s'il avait été déconnecté de la réalité et secouer la tête faiblement. Ses yeux étaient redevenus normaux, le vert éclatant de ses pupilles était revenu et les traits froncés de son visage avaient disparu.
« Bella ? » Répéta-t-il, presque… étonné.
Pourquoi avait-il cet air étonné si c'était la première fois qu'il entendait mon prénom ? Il n'avait peut être pas l'habitude de l'entendre, après tout je lui avais donné un surnom…
« Enfin mon vrai prénom c'est Isabella. » Clarifiai-je incertaine. « Mais comme j'ai toujours préféré qu'on m'appelle comme ça… » Je laissai ma phrase en suspend, en voyant son sourire se former au coin de ses lèvres, et qui déclencha une succession de battements frénétiques dans mon thorax.
« Enchanté Bella. Je m'appelle Edward. » Répondit-il en tendant sa main, toujours avec ce sourire en coin qui me subjuguait totalement.
Dans un geste automate, sans le quitter du regard, je tendis ma main et serrai la sienne, tentant par tous les moyens d'ignorer ce courant électrique qui provoquait des spasmes brulants à l'intérieur de mon corps. Le temps semblait s'être arrêté autour de moi. J'ignore si ça lui faisait la même chose à lui aussi, mais moi j'avais l'impression d'être transportée, comme si le reste n'avait pas d'importance. J'étais surement folle. Je venais à peine de faire sa connaissance et voilà que j'extrapolais. Je n'étais pas une fille qui extrapolait d'habitude, mais là… c'était inconsciemment.
« Alors, qu'est-ce qui vous amène à Phoenix ? » M'enquis-je, tandis qu'il récupérait sa main. Sans trop comprendre pourquoi, je sentis comme une brise de vent fouetter la peau de ma main au moment où elle se retrouva seule, comme si elle avait soudainement froid sans son contact.
« Le soleil je dirais. On avait envie de changer d'air. » Sourit-il.
« Pourtant le nord-est des États-Unis, c'est bien aussi non ? Non pas que j'y sois déjà allée, en fait je n'ai jamais quitté l'Arizona. » Dis-je avant de me rendre compte que je parlais… inutilement. Bizarre, je ne parle jamais de moi d'habitude. La chute a vraiment dû me faire beaucoup d'effet pour que je me comporte aussi… étrangement. Ou alors c'est le soleil qui tape fort et qui m'a surchauffée la tête, ce qui fait que mon cerveau est complètement détraqué.
« Vous voulez dire que vous avez toujours vécu ici ? » S'étonna-t-il. « Vous devez drôlement adorer cet endroit. » Devina-t-il avec un semblant de curiosité.
« J'aime le soleil. » Souris-je. « Et la chaleur. » Rajoutai-je. « J'aime le soleil et la chaleur. » Répétai-je avant de me mordre la lèvre une nouvelle fois, dans l'unique but de me faire taire pour éviter de me ridiculiser encore plus que je ne le faisais déjà.
« Je crois que j'ai compris. » Rit-il légèrement.
Il eut un sourire amusé au coin de la bouche, qui m'éblouit totalement. Soit il s'amusait de me voir aussi ridicule, soit il… non c'était impossible que je puisse l'intéresser. Il était juste, parfait. Aucun défaut, ou du moins physiquement parlant, pas que je sache. Même sa voix était parfaite, belle, veloutée, séduisante, lui allant comme un gant. Il pouvait surement avoir n'importe quelle femme comme il veut, alors je ne vois pas pourquoi une fille comme moi, aussi ordinaire, pouvait l'intéresser. D'autant plus que je ne devais pas lui avoir donné une bonne impression de moi, avec mon attitude depuis tout à l'heure. Il devait sans doute me parler pour s'assurer que je n'avais rien de cassé et que j'allais bien. Oui à tous les coups, c'était ça. Je pris la décision de lui épargner une minute de plus en ma compagnie. Il avait probablement mieux à faire. J'inspirai avant de parler.
« Bon euh… et bien je vais y aller, je vous souhaite une bonne journée et… bonne chance à vous. » Murmurai-je difficilement avant de me détourner vers la maison de mes parents.
« Attendez ! »
Je sentis une pression sur mon bras qui me fit me retourner, et je me retrouvai face à lui, à une distance… plutôt proche. Trop proche. Je fus huppée par son regard intense, tellement que j'en perdis mes mots. Et ma voix par la même occasion. J'entrouvris la bouche, ayant soudainement besoin d'air. Ses yeux verts saisissants ne me lâchaient pas, ils me scrutaient même de manière insistante, qui m'envouta totalement.
« Dites-moi Bella, est-ce que vous accepteriez de prendre un café avec moi ? » Demanda-t-il dans un soufflet. Il avait parlé avec une voix tellement appuyée et sérieuse, que j'avais l'impression que c'était une question de vie ou de mort pour lui que j'accepte. Ce devait être moi qui délirais. Il ne pouvait pas autant tenir à un rendez-vous avec moi… pas après mon comportement imbécile et sot.
« Euh je… vous voulez vraiment un rendez-vous avec moi ? » Balbutiai-je décontenancée.
« Oh je comprendrais que vous refusiez. » Fit-il avec une voix apparemment… déçue. « Après tout on ne se connait pas et… »
« Non ! » M'empressai-je de lui couper la parole, sans réfléchir. « Je veux dire, ce serait avec plaisir que… je prendrais… un café… avec vous. » Bredouillai-je, éblouie par son regard pénétrant et son sourire qui s'élargissait au fil des secondes.
Je vis une sorte de soulagement dans ses yeux, ce qui me donna de l'espoir qu'il pouvait vraiment avoir envie de me revoir.
« Parfait. » Murmura-t-il, plus pour lui-même j'avais l'impression. « J'ai repéré un Starbuck dans le centre ville, rejoignez-moi là bas, demain à deux heures. » Planifia-t-il.
J'étais tellement subjuguée par le timbre de sa voix et capturée par l'intensité et l'amplitude de son regard, que j'en oubliai de lui répondre. J'oubliai même ce qu'il venait de me dire. Il avait l'air de se rendre compte de mon état second, vu qu'il se recula pour me permettre de réfléchir correctement. Il avait remarqué l'effet qu'il produisait sur moi, c'était évident. Cela dit il ne devait pas avoir l'habitude qu'une femme lui résiste donc il devait susciter ce genre de réactions au quotidien. Je secouai la tête et tentai de reprendre contenance et également le contrôle de mon cerveau.
« Je… d-d'accord. » Bégayai-je piteusement.
J'étais vraiment pitoyable. Même le mot pitoyable était trop faible pour me caractériser à l'heure qu'il était. Je me demandais sérieusement comment il faisait pour ne pas détaler en courant, le plus loin possible de moi. Mais pourtant il était là, devant moi, avec un sourire au coin des lèvres qui me faisait chavirer. Il se rapprocha de moi à nouveau, me faisant perdre pied.
« J'ai vraiment hâte d'y être. » Murmura-t-il, à quelques centimètres seulement de mon visage, si bien que mon cœur effectua plusieurs ratés, et que j'arrêtai de respirer.
« M-moi au-aussi. » Bafouillai-je, à court de souffle. Son sourire s'élargit devant ma réaction et il s'écarta subitement, me laissant pantoise.
« Au revoir Bella. » Salua-t-il en s'éloignant.
Je le regardai s'en aller, incapable de réagir, ni de dire quoi que ce soit. Il s'en allait, tel un mirage. Durant plusieurs minutes, je restai immobile, sans bouger, me demandant si j'avais rêvé cette rencontre, l'existence de cet homme surgi de nulle part. Mais une chose était sûre, c'est que peu importe qu'il soit un mirage ou non, j'en étais irrévocablement sous le charme.
Pov Edward
Je soupirai dans ma voiture, tandis que je rentrais chez moi. Ou plutôt chez Jasper, étant donné que c'était lui qui avait tout trouvé. J'avais une folle et irrépressible envie de tout casser, là, maintenant. Jouer la comédie devant cette pauvre gamine avait été la chose la plus difficile qui m'ait été donnée de faire, ces six derniers mois. Devoir sourire, faire semblant d'être intéressé par ses phrases sans importance, ou sa petite vie minable… Je reconnaissais être méchant dans mes paroles, elle ne m'avait rien fait pour mériter un tel jugement, elle était même gentille. Mais je n'y pouvais rien, j'avais perdu tout intérêt que je pouvais porter aux gens qui m'entouraient, ainsi qu'à leur vie. Plus rien ne m'intéressait, pour moi tout le monde est insignifiant. Et pas seulement les gens, le monde aussi. Le paysage, le temps, les nouvelles du journal télé… Il n'y vraiment plus rien qui suscite mon intérêt. Mon âme s'est à jamais éteinte, je ne vois pas qui pourrait la rallumer.
Le plus dur avait été de rire. J'ignore comment elle n'a pas pu se rendre compte d'à quel point cela m'avait demandé un effort surhumain. Je n'avais pas ri depuis des mois, et là il avait fallu que je me force, seulement pour qu'elle n'y voie que du feu. J'avais vraiment eu l'impression de mourir un peu plus chaque seconde, en lui adressant la parole comme si de rien n'était, en me comportant comme un type normal et heureux. Si à l'extérieur je me montrais souriant, aimable et véritablement intéressé par elle, intérieurement je hurlais. Chaque minute passée à lui parler normalement et à lui faire la cour avait été d'une torture éprouvante. J'agonisais de façon effroyable. J'ignorais si j'allais pouvoir tenir, si j'allais pouvoir endurer plus longtemps de côtoyer cette fille insignifiante. Ça n'avait rien de personnel, ce n'était pas de sa faute si elle me dégoutait, j'étais comme ça, point barre. L'univers tout entier me dégoutait. Pour moi à présent, vivre était un supplice et mourir était un cadeau que Dieu nous offrait. Mais bien sûr, cette absolution, je n'y avais malheureusement pas droit. J'étais condamné à souffrir éternellement, jusqu'à ce que médicalement parlant mon cœur cesse réellement de battre. Si seulement je pouvais avoir un accident, ou me faire écraser par un chauffard… De toute façon j'avais prévu d'abréger ma vie moi-même, une fois que j'aurais accompli ce que je devais faire. Je mourrai, ça c'est certain, mais pas tout seul. Deux personnes devaient mourir avec moi, et je veillais bien à ce que ce soit le cas. Si tout se déroule comme prévu, d'ici peu Isabella Swan, ou Bella si elle préfère, ne sera plus de ce monde, à l'instar de son frère.
Rien que de penser à ce monstre… la nausée me prenait et mes mains se resserraient autour du volant. J'avais failli perdre le contrôle de moi-même, lorsqu'elle l'avait mentionné, mais lorsque j'avais vu l'éclat admiratif dans ses yeux, au moment même où elle l'avait évoqué, ça avait été insupportable. Ça m'avait donné envie de l'étrangler sur place, pour un affront pareil. Comment pouvait-on aimer un être aussi… inhumain ? Comment cette fille ne pouvait-elle pas se rendre compte de l'âme noire dont son « frère » était doté ? Elle était vraiment aveugle, ou alors c'était lui qui jouait son rôle de grand frère modèle à merveille. Elle avait l'air de tenir à lui, et ça me rendait malade. La preuve, elle vivait même avec lui, d'après ce que j'avais compris. Je n'arrivais pas à comprendre… était-il aussi bon acteur pour jouer deux rôles différents à la perfection ? Oh et puis, c'était juste une pourriture sans cœur, des types comme lui n'étaient pas capable d'aimer, donc mentir à sa famille ne doit pas lui poser trop de problèmes de conscience. Je savais que j'allais devoir contrôler un peu plus mes réactions à l'avenir, d'autant plus qu'elle serait surement amenée à parler de lui plusieurs fois devant moi. Et si je ne voulais pas attiser de soupçon, je me devais de ne rien laisser filtrer. Mais c'était dur… et encore elle n'avait même pas encore vraiment parlé de lui, ni dit quoi que ce soit à son sujet. Alors qu'est-ce que ce serait lorsqu'elle se mettrait à vraiment le détailler ? Je commençais à douter que ce plan soit une bonne idée finalement. Peut être n'étais-je pas assez préparé, ni capable de supporter tout ça et d'aller jusqu'au bout ?
Non, je devais le faire. Pour elle, pour Carlie. Elle était ma seule motivation. Bientôt je la retrouverai…
Je me garai en bas de l'immeuble, et sortis de ma voiture avec rapidité, avec une folle envie que le temps accélère, tellement je n'en pouvais plus de prétendre. Car c'était ce qu'était devenue ma vie à présent. Une succession de mensonges à autrui, de prétentions d'une vie qui est erronée et qui n'existe désormais plus. Je prétendais vivre, rien d'autre. Je prétendais m'intéresser à cette pauvre fille qui était mal tombée. Je prétendais avoir trouvé la solution à toute cette merde, que je me sentirai soulagé une fois qu'il aura payé, et que je me serais vengé. Mais là encore une fois, je prétendais. Je savais très bien que je ne me sentirai pas mieux après ça, que tout cela ne servait à rien du tout, que rien n'irait, rien ne se réparerait… cette vengeance ne me fera pas me sentir mieux, au contraire elle ne me fera me sentir que plus mal encore. Mal car le vide que son absence cause dans mon cœur n'en sera que plus douloureux, mal car malgré tous les efforts que je peux déployer, rien ne pourra jamais la faire revenir. Je faisais ça pour que son crime ne soit pas impuni, mais qu'il soit puni ou non ne change strictement rien, puisqu'il demeure toujours un crime effroyable. La vengeance ne la fera pas revivre, et ne me fera pas me sentir mieux ni me soulagera.
Et malgré tout ça, toute cette rationalité, cette conclusion que tout ce que j'étais en train de faire ne servait véritablement à rien, je continuais, en sachant que tout cela allait encore une fois me déchirer le cœur, car j'allais devoir me plonger à nouveau dans ce moment si funeste et abominable de ma piètre vie. Ce moment où tout était parti en fumé, où mon ombre m'avait remplacée pour vivre à ma place. Je continuais, car dans le fond ça me plaisait de souffrir, j'avais l'impression que je le méritais. Sado moi ? Sans aucun doute. Mais j'avais déjà connu la pire des douleurs, la pire des souffrances, la pire torture et agonie qui soit, alors je ne vois franchement pas ce qui peut me détruire maintenant, étant donné que je l'étais déjà. Je voulais m'enfoncer dans la douleur un peu plus, alors je continuais. Je continuais à prétendre…
J'ouvris la porte de l'appartement qui n'était pas fermée à clé, et me dirigeai vers le salon. Jasper était adossé sur le plan de travail de la cuisine ouverte, et me regardait avec inquiétude et impatience.
« Tu rentres tôt. » Constata-t-il. J'haussai les épaules pour simple réponse.
« J'allais pas passer mon temps avec elle non plus, une minute c'est déjà suffisant. » Répondis-je amèrement, en ôtant ma veste en cuir et la balançant sur le canapé.
« Eh ! » S'exclama-t-il d'une voix aigue. « Merde, j'ai dis quoi ? C'est pas une porcherie ici. Y a un porte-manteau pour les vestes, imbécile ! » Fit-il en montrant d'un vague signe de la main, l'objet désigné. Je lui lançai un regard noir.
« Tu m'emmerdes, Jasper. » Fis-je irrité. Il roula des yeux, avant de relever son regard vers moi.
« Comment c'était ? » Demanda-t-il curieux. J'arquai un sourcil, en réponse. Il était sérieux ?
« T'es sérieux ? » L'interrogeai-je contrarié.
« Ben ouais. » Répondit-il en haussant les épaules, comme si on parlait de la pluie et du beau temps. J'avais qu'une envie, c'était oublier ça et surtout qu'il arrête de me parler de cette gamine. Un soupir traversa mes lèvres.
« Chiant. » Répliquai-je agacé. Il fronça les sourcils.
« Chiant ? » Répéta-t-il avec un sourire amusé sur les lèvres.
« C'était chiant, lassant, inintéressant, emmerdant à dormir debout ! Ça te va ? » Crachai-je révolté.
« Ben dis donc, pour quelqu'un qui va être le petit ami de celle-ci, t'as l'air vachement ravi mon pote. Tu rayonnes de joie. » Commenta Jasper sarcastiquement. Un grognement sortit de ma poitrine, en même temps que son ventre grogna.
« Ah, ça c'est l'heure de commander de la bouffe ! » S'exclama-t-il. « Tu veux quoi ? Chinois ? Japonais ? Pizza ? Mc Do ? » Questionna-t-il en regardant les numéros. «Ouais, t'as raison, va pour une pizza. » Conclut-il en prenant le téléphone avant de composer le numéro. Mes yeux s'étaient légèrement écarquillés, ma bouche s'était entrouverte. Je n'avais pas pété un seul mot pour mon avis niveau bouffe et… putain, c'était bien Jasper ça.
« Allo ?... » Il sourit comme un mongol au téléphone, la nourriture c'était sacré pour lui. « Deux pizzas… trois fromages bien sur ! » S'exclama-t-il comme si c'était évident. « QUOI ? » Cria-t-il dans le combiné, il perdit bien vite son sourire et commença à taper du pied. « Non, absolument pas ! Je ne souhaite pas en avoir ! » Contredit-il. « Je ne veux pas de vos putains d'oignons… mais j'en ai rien à foutre que ce soit une des spécialités de chez vous ! » S'écria-t-il en se passant la main libre sur son visage. « Je jure, que si je trouve un seul et unique petit oignon sur ma magnifique pizza adorée, je vous massacre à coups de marteau. Suis-je clair ? » Menaça-t-il irrité. Un petit rire traversa mes lèvres, c'était tout à fait le style de Jasper… lui et ses oignons… Toujours le même refrain quand on commande de pizza. Une fois il avait tellement menacé une personne pour des oignons, que la personne avait portée plainte. Quand celui-ci a appris qu'il s'agissait du grand avocat Jasper Withlock, il avait vite retiré sa plainte. C'était con pour Jasper, il trouvait que c'était les meilleures pizzas qu'il avait goutées, mise à part leurs stupides oignons. « Ouais, c'est ça. J'espère bien pour vous, sinon je vous colle un procès au cul. Et dépêchez-vous ! » Ordonna-t-il en raccrochant au nez de la personne. Il se pinça l'arrête du nez et releva la tête vers moi, exaspéré.
« Mais quel bande de couillons ! Ils ont un pois chiche à la place du cerveau ou quoi ? Non mais j'te jure ! En plus, ils sont sourds ! » S'écria-t-il la voix partant dans les aigues. Il leva les mains en l'air d'un air blasé. Jasper dans toute sa splendeur. Je roulai des yeux et partis me chercher une bière dans le frigo.
« Bon, revenons à la petite. » Fit-il en posant le téléphone à côté de lui. Je serrai fortement la canette de bière que j'avais entre dans ma main.
« Ce n'est qu'une gamine, laisse tomber. » Marmonnai-je crispé.
« Accouche, je n'ai pas toute ma vie. » Plastronna-t-il de plus en plus titillé de mon silence.
« Elle est inintéressante, une pauvre fille même pas capable de tenir sur ses deux pieds correctement. Elle est incapable de dire un mot sans bégayer ou s'emmêler les pinceaux. C'est le genre de gamines filles à papa, choyée et dorlotée comme jamais, elle doit vraiment connaître que dalle de la vie, à part les amis et la famille. Oh et elle a aussi une peur bleue des médecins. En gros, une idiote. » Lâchai-je acide. Mes muscles se contractèrent en repensant à tout à l'heure. « Elle n'y a vu que du feu. » Rajoutai-je d'un ton las, exaspéré de voir des filles qui tombent dans le panneau dès un premier faux sourire de ma part. La bouche de Jasper s'ouvrit toute seule, ses yeux s'étaient écarquillés. Ses traits de visage étaient déformés par la stupéfaction. Je fronçai les sourcils, mais n'y fis pas plus attention que ça, puis ma canette de bière à mes lèvres avant de boire une gorgée.
« Ce n'est qu'une enfant, Edward. » Souffla Jasper en secouant la tête.
« Je sais. » Répliquai-je les sourcils toujours froncés.
« Elle n'a rien fait. » Continua-t-il contrarié.
« Je sais. » Rétorquai-je glacial. « Mais elle non plus, n'avait rien fait. » Continuai-je durement.
« Tu ne peux pas faire ça. » Lâcha-t-il avec aplomb.
« Je vais me gêner, tiens. » Ripostai-je avec un léger rire sarcastique.
« Edward… » Soupira-t-il en se pinçant l'arête du nez. « Putain, mais quel crétin ! » Injuria-t-il dans un souffle. Je levai les yeux au ciel et bus quelques gorgées de ma bière. J'avais l'habitude de ses insultes, ça ne me faisait plus rien.
« Écoute-moi sérieusement. Cette gamine, elle n'a rien demandé. Elle ne doit même pas savoir ce que cet enfoiré a fait. C'est une petite naïve et toi… tu veux la tuer pour te venger, alors qu'elle, à l'heure qu'il est, elle doit rayonner de joie qu'une personne comme toi s'intéresse à elle. C'est juste cruel, bon Dieu ! Lui faire de faux espoir pour quoi ? La tuer dans d'atroces souffrances. Elle qui aura eu confiance en toi, elle qui se sera accrochée à toi. » Énonça-t-il en me regardant droit dans les yeux.
« Franchement… » Commençai-je irrité et agacé de sa réaction. « J'en ai absolument rien à cirer. Quand je la tuerai devant lui, je la regarderai droit dans les yeux une dernière fois, pour qu'elle puisse enfin remarquer ma douleur. Juste un dernier et unique regard pour lui faire comprendre que la vie ne tient qu'à un fil, qu'elle nous réserve des surprises très surprenantes. Elle sanglotera sa maman une dernière fois. Elle détestera tellement son frère à ce moment là, elle le haïra, surtout quand je pointerai mon revolver sur sa tempe. Elle le haïra tellement que son cœur dégoulinera de haine et de rage. Elle me suppliera une dernière de lui laisser la vie sauve, et je lui répondrais que cela ne fait pas partie du contrat. Et puis j'appuierai sur la détente sans aucun remord, en même temps que les cris suppliants de ce fils de pute. » Débitai-je ma voix dégoulinante de venin. « Et cette fois, je ne lui laisserai même pas le temps de me supplier de le tuer. Je le ferai, avec toute ma haine. En le torturant de mille et une façons. Je lui arracherai les entrailles de mes propres mains, pour qu'il comprenne ce que la douleur fait. Je le torturerai jusqu'à son dernier souffle. Je ne le tuerai pas, non ça lui abrégerai ses souffrances et ça, c'est hors de question. Je le massacrerai de mes mains, à la santé de Carlie et de la mienne. » Prolongeai-je ardemment et violemment. Ma voix était glacée et assez enrouée.
« Je… je comprend Edward. » Bégaya-t-il, comme décontenancé de mes paroles.
« Tu ne comprends pas ! » Contrai-je durement.
« Bien sur que si ! » S'écria-t-il en passant ses mains nerveusement dans ses cheveux. « Sauf que tuer quelqu'un n'arrangera rien ! » Cria-t-il brusquement.
« Je sais. » Avouai-je contre mon gré.
« Pourquoi le fais-tu alors ? »
« Pour alléger la haine que mon cœur ressent. Je sais, que cela ne me rendra pas ma fille, je le sais. Je ne suis pas un idiot aveugle. » Soufflai-je rudement. « Mais je le ferai, pour lui rendre la pareille. » Persistai-je indigné, avec tout le mépris dont j'étais capable.
« Mais c'est cruel ! » Tenta-t-il désespéré.
« Je sais. » Confirmai-je. « Comme c'était cruel de le faire à Carlie. »
« À lui ! Mais pas à elle ! » S'emporta-t-il affligé.
« Je te rappelle quand même que c'est toi qui m'a proposé cela. » M'emportai-je à mon tour. « Alors assume ! » Hurlai-je en colère, en posant brusquement ma canette de bière sur le comptoir.
« J'ai eu tort ! » Hurla-t-il à son tour. « Tu n'aurais jamais dû m'écouter, cela était une erreur. » Continua-t-il dans un souffle. « Venge-toi sur lui, c'est tout. » Essaya-t-il le regard suppliant.
« Je ne vois pas, ce que ça peut te faire. » Fis-je remarqué avidement.
« Avoir mon meilleur ami, devenir un meurtrier, c'est pas vraiment ce que je souhaite » Déclara-t-il avec aplomb. Sa voix résonnait dans toute la pièce, je restai sans réaction, face à se qu'il venait de débiter. « Mais c'est du délire ma parole ! » Brailla-t-il en s'écartant du comptoir, avant de partir s'enfermer dans sa chambre, prenant soin de claquer la porte.
Je lâchai un profond soupir. Je me tournai vers le plan de travail et m'accoudai à celui-ci, observant ma bière qui n'attendait que d'être bue. J'étais désolé de voir que Jasper croyait ça. Mes dents grincèrent, en même temps que mes muscles se contractèrent. Je n'étais pas un meurtrier, non, juste un père armé d'une haine irrépressible et d'une envie irrésistible de vengeance envers ce monstre. Envers celui qui se croyait être celui qui détient droit d'enlever des vies dès qu'il le désire. J'allais faire pareil, en le bousillant de mille et une façons. Mes mains dégoulineront de son sang, le sang s'échappera entre mes doigts, comme de l'eau. Sa vie filtrera exactement de la même façon. J'en ai fait le serment sur la tombe de Carlie, et je respecterai ce serment jusqu'à mon dernier battement de cœur, médicalement parlant.
Une porte claqua brusquement, me faisant sursauter et sortir de mes songes. Je tournai la tête vers Jasper, qui apparemment s'était calmé, d'après le mince rictus qui était affiché sur ses lèvres. Je soufflai, pris ma bière et avançai vers le salon, puis récupérai mon paquet de clope dans ma veste. Je déposai ma canette sur la table base et pris ma veste dans les mains, afin de chercher dans toute les poches. Mes doigts touchèrent un bout de carton, je m'emparai de mon précieux paquet de cigarettes entre mes doigts, récupérant au passage ma canette.
« Edward… » Fit Jasper. Je relevai la tête vers lui et apportai la bière à mes lèvres. « Je t'ai trouvé un job, vu que tu as toujours pas bougé ta graisse, en tant que bibliothécaire à la bibliothèque municipal de Phoenix. » M'apprit-il avec un sourire.
Je manquai de m'étouffer avec le liquide gazeux et recrachai le tout par terre en toussant comme un demeuré. Mon paquet de clope, m'avait glissé des mains en même temps qu'il m'avait dit cela.
« Putain Edward ! Mon sol ! C'est qui, qui va devoir nettoyer tout ça, hein ? ! » M'engueula-t-il. J'ignorai complètement ce qu'il venait de dire et essayai de trouver une respiration convenable.
« Pardon ? » M'étranglai-je en toussotant légèrement.
« Tu m'as très bien compris. » Gloussa-t-il. « Mais putain, mon sol ! Regarde ce que tu as fait ! Merde, y a pas marqué Conchita sur mon front ! » Siffla-t-il mécontent, en montrant son front du doigt. « De l'eau gazeuse en plus ! Bordel, ça abime le sol, ça ! Mon pauvre sol. Regarde ce que tu lui fais subir. Même pas soixante-douze heures que nous sommes là que tu le tortures déjà en le prenant pour une porcherie ! Sérieusement, tu n'aimerais pas que je crache sur toi, alors fais-en de même pour lui ! » Pleura-t-il pour son sol.
« Boucle là un peu ! » Intervins-je. « Tu m'as trouvé un job, sans mon accord ? » M'écriai-je atterré
« Ben ouais, qu'est-ce que tu croyais, que j'allais te dorloter et t'entretenir ? Rêve mon pote, y a pas marqué, 'nounou plus Conchita' ! » Dit-il d'une voix décontracté, son regard toujours rivé sur son sol, il lâcha un soupir blasé, avant de lever la tête pour me fixer. J'avais la bouche légèrement entrouverte.
« Bibliothécaire ? T'as pas trouvé mieux, qu'un travail aussi ridicule ? » Ripostai-je irrité.
« Bah quoi ? » Demanda-t-il innocemment. « Tu aimes les livres, alors voilà. » Rajouta-t-il en haussant les épaules.
« T'es vraiment con toi ! » L'insultai-je crispé, en me pinçant l'arrête du nez.
« La ferme et remercie-moi plutôt ! » Roula-t-il des yeux d'exaspération.
« Même pas dans tes rêves les plus fous. » Répondis-je en secouant la tête.
Il eut un petit rire, son regard s'abaissa sur le liquide gazeux qui glissait entre les parois du sol, il ouvrit la bouche, s'apprêtant surement à piquer une nouvelle crise, mais la sonnette de la porte retentit soudainement, coupant court à la conversation.
« Ce doit être le livreur de pizzas. » Déclara Jasper. « J'espère qu'il a pas oublié de m'enlever les oignons sinon je le dégomme avec un marteau. » Prévint-il en grinçant des dents. Je le regardai amusé.
« T'as pas de marteau. » Lui fis-je remarquer. Il leva les yeux au ciel en se dirigeant vers la porte.
« Peu importe, j'ai pas intérêt à voir un seul oignon sur ma pizza, si tu veux pas que je fasse un massacre. » Dit-il avant d'ouvrir la porte.
Il y eut un léger silence.
« Qu'est-ce que… »
La voix étonnée de Jasper m'alarma. J'entendis un boucan, comme si quelqu'un entrait dans l'appartement de force, puis un cri de la part de mon meilleur ami.
« Edward Cullen, où il est ? » Demanda une voix dure.
J'entendis quelques couinements de la part de Jasper et je compris qu'il devait avoir été immobilisé. Aussitôt je me dirigeai vers l'un des tiroirs de la cuisine où j'avais rangé mon revolver chargé. Je le sortis avec précipitation et me collai au mur le plus proche, le flingue en main, tandis que plusieurs sons étouffés me parvenaient, provenant sans doute de Jasper.
« Cullen ! » Entendis-je. « J'ai ton copain en otage, montre-toi tout de suite ! »
La voix était de plus en plus proche, mon cœur émettait des pulsions en accéléré. Je pouvais même le sentir tambouriner dans ma poitrine, avec une force insoutenable. Je longeais le mur de la cuisine, lentement, appréhendant ce qui allait suivre. J'espérais de tout cœur que Jasper n'avait rien, qu'on ne lui avait fait aucun mal.
« Je te préviens. » Annonça cette même voix. « Tu as cinq secondes pour sortir de ta cachette, ou je descend le blondinet. » Menaça-t-il.
« Le blondinet il t'emmerde ! » Entendis-je la voix étouffée de Jasper cingler.
« La ferme toi ! » Tonna l'inconnu.
J'entendis un coup partir, puis un gémissement de la part de Jasper, ce qui me décida à me montrer, craignant qu'il lui arrive quelque chose. Je sortis de la cuisine en trombe, pointant mon arme devant moi avec zèle, avant de me figer face à ce que j'avais sous les yeux. Devant moi se trouvait un homme plutôt grand, les cheveux blonds, attachés en une queue de cheval, retenant prisonnier Jasper, un bras sous son menton, l'étranglant presque, l'autre main lui collant un pistolet sur la trempe. Mon sang bouillonna dans mes veines, mon cœur rata un battement, tandis que je voyais le visage crispé et apeuré de Jasper, ainsi que les yeux noirs et fiers de cet intrus. Lorsqu'il me vit, un sourire sadique étira ses lèvres, et le pistolet collé sur la tempe de Jasper changea de cible, pour finir par se pointer droit devant moi, tandis que mon propre revolver visait sa tête de salopard.
« Relâche-le. » Ordonnai-je à l'inconnu.
« Alors Cullen ? Comme ça on a décidé ne pas être sage ? » Fit-il d'une voix grave et… horriblement vicieuse. Je compris tout de suite d'où il sortait.
« C'est lui qui t'a envoyé, c'est ça ? » Devinai-je, tandis que Jasper me faisait les gros yeux. Il ne devait sans doute pas apprécier que j'entame une discussion dans un moment pareil, le connaissant…
« Disons qu'il a moyennement apprécié lorsque je lui ai raconté que je t'avais vu faire la causette à sa petite sœur, devant sa propre maison. » Répondit-il avec venin.
« Je croyais qu'elle appartenais à ses parents, cette maison ? » Provoquai-je, tandis que sa poigne se raffermissait sur le pistolet.
« T'aurais jamais dû tenter de le retrouver, et encore moins de débarquer ici. Mais qu'est-ce que tu croyais ? Qu'après avoir gentiment tué ta gosse il allait te laisser vivre tranquillement, sans te faire surveiller ? » Lâcha-t-il avec acerbité.
Mon sang se glaça d'effroi en entendant la façon dédaigneuse dont il l'avait mentionnée. Mes poings se resserrèrent, si bien que j'avais peur que mon arme ne tombe en miettes à trop la serrer. Mes poils se hérissèrent sur mes avants bras, et je me retins de ne pas me jeter sur lui pour le démembrer et lui arracher les entrailles.
« La ferme ! » Hurlai-je. « Reparle d'elle encore une seule fois et je t'explose la tête. » Menaçai-je entre mes dents. Cela l'amusa puisqu'il se mit à rire soudainement.
« Désolé mais je ne reçois aucun ordre venant de toi, tu n'es pas mon patron, en revanche… »
« Pouah l'haleine ! » Interrompit Jasper. « Faut vous laver les dents un peu ! » Beugla-t-il, me faisant écarquiller les yeux, tandis que l'autre était petit à petit en train de perdre le contrôle de lui-même, sa respiration devenant plus forte et plus rapide.
« T'as vraiment envie de mourir ma parole. » Dit-il en raffermissant sa prise autour de son cour, si bien que j'entendis mon ami suffoquer.
« Jasper mets la en veilleuse. » Le priai-je, les yeux suppliants. Je savais qu'il adorait faire des scandales et détestait avoir à se rabaisser et exécuter les ordres de quelqu'un, mais là il en allait de sa vie, et provoquer son ravisseur en critiquant son odeur buccale n'était pas forcément une très bonne idée.
« C'est pas toi qui est obligé de supporter son haleine pourrie. » Marmonna-t-il, peinant à respirer. « Elle est à deux centimètres de moi je te signale. » Souffla-t-il.
« Je connais autre chose qui se trouve à deux centimètres de ta face de trou du cul. » Vociféra l'autre blond en agitant son flingue légèrement, le pointant près de sa joue. Jasper frissonna, sans aucun doute de peur, tandis que je me contenais, souhaitant à tout prix le préserver.
« Pour ton information. » Continua Jasper dans sa lancée. « Tu apprendras que t'es chez moi ici et que je t'ai même pas autorisé à entrer. »
« Jasper ! » M'écriai-je affolé. « Bon sang tais-toi ! »
« Écoute ton copain, je pense pas que t'aies envie de te faire descendre maintenant. » Souligna-t-il, contenant apparemment sa rage envers lui. J'avais toujours mon arme pointée sur lui, prêt à lui faire sauter la cervelle à la moindre occasion où je sentirais que mon ami est en danger de mort. Même si techniquement, il l'était déjà…
« Je manque d'air. » Suffoqua ce dernier. « Tu veux pas me laisser respirer un peu ? » L'autre se mit à rire à nouveau.
« Oh tu manques d'air ? » Il le serra encore plus, si bien que je pus entendre Jasper gémir et cesser de respirer, tandis que je clignais des yeux, ayant du mal à regarder le spectacle. « Et maintenant t'en dis quoi ? » S'enquit-il avec un sourire sadique. Jasper avait du mal à garder les yeux ouverts, ses traits de visages s'étaient froncés, montrant la douleur qu'on lui infligeait.
« J'en dis que t'aurais jamais dû me traiter de trou du cul, parce que je vais te faire mordre la poussière espèce de sale connard de puant de merde. » Jura-t-il d'une voix faible, alors que je fermai les yeux et soupirai, et que le ravisseur explosait.
« Cette fois c'en est trop ! » Hurla-t-il. « Je vais t'apprendre à te la fermer. »
Il le jeta par terre et pointa son arme, droit sur lui qui gisait à quatre patte sur le sol, alors que je vis rouge et n'attendis pas pour lui sauter dessus, le faisant tirer au plafond, en nous entrainant tous les deux au sol. J'entendais à peine Jasper tousser pour reprendre sa respiration, trop occupé à tenter de maitriser cet enfoiré. Force m'était d'admettre qu'il était plutôt robuste et que je peinais à prendre le dessus. Il forçait son pistolet près de mon visage, le mien ayant valsé quelque part durant notre chute. J'essayais en vain de lui arracher le pistolet des mains, lorsque j'entendis la voix de Jasper s'élever.
« Mon plafond ! Putain Edward y a une fissure dans le mur avec vos conneries ! »
« Merde Jasper aide-moi ! » Gémis-je en sentant le revolver se pointer petit à petit sur moi.
Je le sentis prendre le dessus progressivement, ce qui me fit redoubler d'effort pour le contrer. Dans un espoir que je croyais perdu, je réussis par chance à m'emparer de sa tête et de la cogner contre le parterre, le déconcentrant. Il faillit perdre connaissance et dans la précipitation, son arme lui échappa des mains et valdingua à quelques mètres de nous. Nous tournâmes tout deux la tête vers l'objet au même moment, avant qu'il ne se précipite dessus en rampant. Je le tirai par les pieds avant qu'il ne parvienne à l'atteindre et il se retourna alors subitement, puis m'administra une droite sur la mâchoire, me faisant retomber en gémissant de douleur.
Je n'attendis pas pour reprendre mes esprits, conscient qu'il se relevait pour courir chercher l'arme. Je me relevai d'un bond et courus vers lui, le poussant de dos contre le mur le plus proche, qu'il se prit en pleine face. Aussitôt je lui tirai le bras pour le retourner et le cognai au visage, le dardant de coups successifs et plus fort à chaque fois. Je remarquais qu'il réprimait ses gémissements et serrait les dents. Apparemment il ne tenait pas à montrer ses faiblesses et lorsqu'il souffrait. Sans m'en rendre compte, je me déchainai sur lui, lui infligeant tout mon énervement contenu, ma haine contenue, ma colère contenue, ma peine contenue… Je libérais tout, pensant me soulager de cette manière. Mais ce n'était pas suffisant, ça ne me soulageais pas autant que je ne l'espérais, au contraire ça ne faisait que m'affaiblir. Je finis par cesser et pris un élan pour lui administrer le coup de grâce. Malheureusement il fut plus rapide et me saisit le poing avant que celui-ci ne s'abatte sauvagement sur son visage déjà plein de sang. Il commença à me tordre le bras et je ne pus réfréner ma douleur et mes gémissements. Sans que je ne le voie venir, je me retrouvai propulsé contre un meuble, avant de retomber par terre. J'entendis un objet tomber au sol, et un bruit de fracas se fit entendre.
« Mon vase ! » Hurla la voix de Jasper. « Espèce de salaud ! » Insulta-t-il tandis que mes yeux se fermaient et que je partais petit à petit dans l'inconscience.
J'aurais aimé m'évanouir complètement, en sachant que je ne me serai jamais réveillé car on m'aurait tué avant. Mais malheureusement pour moi la douleur était trop forte pour que je puisse sombrer dans un coma profond et pour l'ignorer. Si bien que je clignais des yeux, tentant vainement d'accommoder ma vue qui était complètement floue et brouillée. Je distinguais à peine la silhouette de Jasper qui avait sauté sur l'assassin et le bombardait de coup de poings au sol. J'entendais à peine ses jurons, je ne sentais même pas l'air flotter dans la pièce.
« Tu vas payer salopard ! »
Cette voix me parvint de façon lointaine, si bien que j'eus du mal à reconnaitre celle de Jasper.
« Ce vase me venait tout droit de Tokyo, il m'a couté la peau des fesses ! »
J'entendis vaguement quelques gémissements et je percevais la tête de l'inconnu, qui était désormais dans un état second et inconscient.
« Non mais regarde-moi ça ! » Criait Jasper. « Et en plus tu te permets de saigner sur ma moquette ? » Sa voix partait dans les aigus. « Mais t'es qu'un sale enfoiré ma parole ! Qui c'est qui va nettoyer derrière toi à ton avis ? Connard ! » Il lui asséna une droite exemplaire, comme pour illustrer sa colère.
Lorsque ma vision s'améliora et que je parvins à récupérer mes moyens, je repérais mon arme près de moi, et je vis cela comme une aubaine. Je tentai de m'en emparer, mais mes membres engourdis ne m'écoutaient plus, mon corps refusait de m'obéir. J'ignore avec quelle force, je réussis à avancer mon bras tremblant vers le pistolet qui n'attendait que ça. Mes doigts tapotèrent dessus, tremblotants et incapables de s'en emparer. Je finis par attraper le manche, non sans mal. Je tentai vainement de brandir le bras vers les deux qui se battaient, et c'est chancelant que l'arme se pointa vers la tête du gars que je visais dans mon état semi-conscient. Je clignais plusieurs fois des paupières, tandis que Jasper était toujours occupé à le marteler de coups et à jurer. Je me redressai légèrement, sans toutefois bien y parvenir, puis en tentant de retrouver une respiration convenable, j'appuyai sur la détente et tirai.
Je ne vis pas la balle partir mais j'entendis le coup de la détonation, ainsi que le cri affolé de Jasper qui avait sursauté et s'était subitement éloigné de la victime. Je jetai un coup d'œil vers le type en question, et en voyant un trou entre ses deux yeux, ainsi que du sang dégouliner de son front, un léger sourire soulagé étira mes lèvres. On l'avait échappé belle.
Ma tête se tourna avec difficulté vers Jasper qui était assis sur les fesses, éloigné du mort un maximum et sondait l'appartement du regard avec une mine horrifiée. Puis son regard dériva une nouvelle fois vers le cadavre, avant que ses yeux ne se retroussent et s'écarquillèrent d'incrédulité.
« Mais c'est quoi ce bordel ? ! »
Correction de Popolove.
J'espère qu'il vous a plut.
N'hésitez pas à laissez une review, cela fait toujours plaisir.
ROBisous.
A bientôt pour un prochain chapitre.
Aimablement Lou' ^_^
