Merci pour vos petites reviews =)

Bonne lectuuuuure !


SABLE D'ISHBAL

- YALAN -


Depuis la dernière rencontre avec le Président Mustang, des semaines avaient passé, ponctuées par les migrations d'Ishbals à travers le pays. Après des années à vivre dans des ghettos, la nouvelle selon laquelle leur pays renaîtrait de ses cendres avait fait grand bruit : enfin, le retour d'une vie paisible, loin de la mendicité à laquelle les actes d'Amestris les avaient contraints ! Beaucoup d'entre eux portaient encore les séquelles du génocide d'Ishbal et appréhendaient la rencontre avec des membres de l'armée du pays, tandis que certains se montraient plus optimistes, redoutant au pire une simple cohabitation . Chacun se préparait au voyage, plus au moins long selon la distance entre le Sud-Est et les bidonvilles devenus leurs foyers, rassemblant leurs peu d'effets et leur famille afin de rentrer « chez eux ».

Il avait été décidé qu'Ibrahim guiderait les exilés Ishbals du Nord et Noam ceux de l'Ouest, étant donné le long chemin à parcourir, un guide connaissant les routes les plus secrètes du pays leur serait utile ; malgré l'arrêt officiel de la ségrégation à l'égard du peuple Ishbal, certains détracteurs persistaient, donnant parfois lieu à de véritables émeutes, même au sein de l'armée. Ainsi, plusieurs officiers , dont le Commandant Miles de Briggs, avaient été attaqués plus ou moins gravement alors que d'autres personnes avaient manqué d'y rester, agressés par des conservatistes désirant garder leur « propriété ».

Ce mouvement, jusque là minoritaire, avait repris du poil de la bête depuis l'officialisation de la mise en place d'un nouvel État Ishbal ; il était principalement composés d'anciens vétérans du génocide et de personnes ayant été victimes des attentats commis par les Ishbals dans les provinces soutenant l'action militaire. Leurs revendications étaient simples : s'opposer à l'idée d'établissement de cet Etat et garder les Ishbals en marge de la société. Les principaux contestataires étaient des supporters de l'action de Solf, « le tueur d'Ishbals » le plus efficace jamais connu. Cependant, face à l'action du gouvernement, peu de véritables coups d'éclat s'étaient produits.

Pendant ce temps, Dalil et Scar se chargeaient d'établir les priorités de rénovation et reconstruction pour le pays à venir, et celles-ci étaient plus que nombreuses : il y avait les maisons, les lieux de cultes, les commerces et les écoles à reconstruire ; l'agriculture et l'élevage à remettre en place, ce qui entraînait le retour d'une bonne irrigation pour les champs et les personnes. Les deux hommes, encore peu entourés, étaient déjà sur place dans le désert d'Ishbal, pour une inspection d'une partie des ruines du génocide. Leur groupe d'une dizaine de personnes explorait les tréfonds de ce qui avait été leur Terre Sacrée, à présent terre de désolation. La chaleur et les souvenirs malsains de l'endroit rendaient l'ambiance étouffante et les membres de l'expédition silencieux. Les deux leaders de celle-ci marquaient à l'encre les endroits à détruire et ceux à rénover, peu nombreux, tout en observant de temps à autre les traces d'une vie dans ces vestiges d'Ishbal : les colonnes d'un temple, des lambeaux de tissus, des morceaux de meubles ... Tout respirait la désolation. Au bout d'un peu plus de deux heures, l'expédition prit fin, toujours dans un silence pesant.

De retour au campement, l'habitat de fortune d'une majorité des Ishbals déjà présents, le repas du midi était déjà prêt. La cinquantaine d'Ishbals présents discutaient des rénovations et de leur vie qui recommencerait, une fois les travaux finis : ces bavardages pleins d'espoir déridèrent quelque peu les membres de l'excursion du matin, qui prirent alors part aux discussions. Tous, sauf deux, assis à l'écart du groupe : Scar et Dalil étaient assis devant leur pitance, le tout dans le plus grand mutisme que le plus jeune décida à briser d'un soudain :

« Mon Père, n'aviez-vous pas dit qu'il ne fallait pas 'pardonner' à Amestris, mais 'endurer' ? Comme vous l'aviez dit, ce sont deux choses bien différentes, et leur brutalité à notre égard est impardonnable !»

Dalil sembla alors réfléchir un court instant avant de soutenir le regard et son élève et lui répondre :

- C'est juste, ce sont bien mes dires . Ce que je voulais signifier, c'est que notre génération, celle qui a subi le génocide, doit encore endurer les douloureux événements qui se sont déroulés ici même : les souvenirs de ce que nous y avons subi seront à jamais dans notre mémoire et même notre chair. Voir son pays, ses amis et sa famille dévastée par une violence aveugle et inouïe comme celle dont a fait preuve l'armée d'Amestris à notre encontre est effectivement impardonnable. Cependant, de cette reconstruction et cette réunification des survivants de notre peuple s'ensuivront des descendants, des évolutions qui nous permettront d'aller vers un avenir plus pacifique : nous leur raconterons l'horreur de ce génocide, mais nous leur présenterons également les bienfaits de la décision de reconstruire notre pays ainsi que ceux de la coopération entre les habitants d'Amestris et les Ishbals. Ce seront eux qui pourront pardonner, au fil du temps... La plaie du génocide cicatrisera, mais sera toujours présente en surface pour rappeler ce qui s'est fait ici ...

- ... Nous ne pourrons donc jamais assister à ce futur presque utopique que vous me décrivez ? Nous serons sûrement entre les mains d'Ishbala d'ici là ...»

A ces mots mélancoliques, Dalil rit, sous les yeux perplexes de son interlocuteur : s'en rendant alors compte, il ajouta :

- Moi, sans aucun doute ! Je suis déjà bien âgé mais j'ai la chance d'au moins assister aux débuts de cette coopération ! Pour toi, ce sera sans doute différent, tu es encore jeune ! Sans compter que tu survécu à tant d'épreuves difficiles que je suis certain que tu continueras de vivre encore bien longtemps et même d'être trois fois grand-père !

- Moi, j'ai survécu ... Mais je suis sans famille à présent , je n'ai plus mon frère ... répondit l'Ishbal à la cicatrice , regardant au loin .

- C'est à toi de décider qui tu acceptes près de toi : la famille n'est pas seulement celle du sang, mais aussi celle des liens que nous tissons avec les autres, qui deviendront nos amis, nos proches. Tu as bien grandi depuis cette triste guerre : tu n'es plus le dernier d'une famille, mais celui qui devra construire sa famille de ses propres main . Tu es à présent un adulte et je ne me fais pas de souci pour ton avenir. »

Sur ces mots, Dalil salua son élève et repartit avec ses autres apprentis qu'il n'avait pas vu depuis plusieurs années. Ils avaient continué à se battre chacun de leur côté, pour garder leur famille et le foyer qu'ils avaient alors construit, loin de leur foyer originel.

De son côté, Scar contempla l'horizon , le visage dans sa paume et le regard au loin, perdu dans mille pensées qui le taraudaient.


Au cœur d'Amestris, dans la ville de Central City, un téléphone sonne. C'est celui d'un bureau bien rangé du QG militaire de la région, vide de toute présence et silencieux, créant un contraste à l'effervescence se déroulant dans les couloirs : secrétaires, soldats, messagers, tous se pressent et se dispersent dans mille coins du bâtiment. Au bout de la sixième sonnerie, une jeune femme décroche : après avoir échangé quelques mots avec l'interlocuteur, elle repose l'appareil sur son combiné et retourne se mêler à la foule. Au fil de ses déambulations, elle pénètre dans la cantine du QG de Central avant de s'asseoir face à une autre personne, plongée dans la lecture d'un dossier, une tasse de café noir à la main. Après avoir pris elle aussi une boisson chaude, elle prévient :

- « Mustang a laissé un message.

- Hmmm ?

- Il voulait te rappeler que ton départ pour Ishbal est pour cette semaine, et qu'il espère bien que tes effectifs soient déjà constitués. Il veut que tu le rappelles cet après-midi afin qu'il prévienne rapidement les Ishbals déjà là-bas de votre arrivée, et que vos nouveaux uniformes soient préparés.

- Parce que nous aurons de nouvelles tenues ? Pourquoi donc ?

- Je te rappelle qu'Ishbal se situe en plein désert et que les tissus se doivent donc d'être légers pour éviter de trop transpirer, et cette couleur change bien du bleu-burocrate de Central : cette explication te satisfait ?

- Tout à fait, assura son interlocuteurice , avant de prendre une gorgée de café.

- Ça ne va pas être facile , ce changement de climat ... Passer du doux printemps de Central, ville aux jolies rues bien pavées à l'aride atmosphère du désert du Sud-Est ... Surtout pour des jeunes filles fragiles comme nous, n'est-ce pas, chère Commandant Kimblee ? »

A l'évocation de son nom , la personne désignée leva la tête de sa tasse, un petit sourire au coin de lèvres, regardant son amie bien en face .

- « Effectivement, ce sera toute une épreuve. Un membre de la famille Kimblee qui aide les Ishbals, c'est du jamais vu.

- Ce sera la blague de notre régiment, je le sens ! sourit son amie.

- Avant d'imaginer quoique ce soit à propos de ce qui va arriver là-bas, j'espère déjà que les Ishbals ne me mettront pas en pièces à cause de mon patronyme...

- Et ton physique, tu es le portait craché de ton -

- Je sais. Je vais rappeler Mustang. »

Avec un rictus de colère, le Commandant quitta à grand pas la tasse, sa queue de cheval d'un noir de jais se balançant dans son dos .


Coin - qui sert à rien - de l'auteur :

Le second personnage principal arrive donc ... Suspense !

Musique : " Yalan" de MaNga .