Bonjour tout le monde!
On se retrouve aujourd'hui pour le chapitre 2 de Success, et sachez que j'avais très hâte de vous le poster (mon horloge biologique m'a d'ailleurs fait me lever à 9 heures, comme quoi...)
Ce chapitre est assez long (le plus long de la fic pour l'instant), et après avoir retravaillé mon plan, il est possible que l'on aille jusqu'à 7. Je vous redis ça quand j'en saurai plus.
Avant de vous laisser lire, je voulais vous remercier très chaleureusement pour vos retours sur le chapitre 1! Ils m'ont fait vraiment plaisir, je ne m'attendais pas à en avoir autant déjà, puis ils ont été si positifs que ça me booste encore plus pour écrire. Cette fic est vraiment importante pour moi, c'est la première fois que je m'éclate autant sur un texte, j'ai l'impression que mon imagination est intarissable. Vive BNHA!
Sinon, en réponse aux reviews du chapitre précédent:
Comcompopotete: Merci beaucoup! Et oui, Katsuki a quelques soucis je te l'accorde, mais ouiiii KIRISHIMA LOVES HIM!
Yure: C'est vrai que j'aime bien écrire des OS, mais ici le développement de l'histoire sera assez long, il vaut mieux plusieurs chapitres :) Merci beaucoup en tous cas et je suis contente d'avoir gagné une lectrice!
Enfin voilà, je vais vous laisser là dessus et on se retrouve en bas. Bonne lecture!
Chapitre 2 - Parkway
Le réveil fut difficile. Katsuki avait mal dormi, allant se coucher avec des morceaux de verre sous la peau et la gorge brûlante, le goût du sang accroché à sa langue. Il avait beaucoup tourné dans la nuit, se réveillant, ses yeux le faisant souffrir comme s'ils étaient trop enfoncés dans son crâne. Il s'était levé vers cinq heures pour retourner vomir, et avait réussit à se rendormir jusqu'à ce que la lumière matinale ne vienne envahir la chambre.
Il se redressa, appuyant son dos contre son coussin, passant une main sur son visage pour en chasser les dernières bribes de sommeil. Il observa les alentours. La lumière du jour qui filtrait à travers les rideaux, la porte entrouverte, le lit vide, les draps tâchés de rouge par endroit. Il souleva sa main blessée, observant la peau boursouflée et rougeâtre, déformée par les éclats qui s'étaient glissés sous sa chair. Il soupira. Il sortit d'entre les draps, mais au moment où il se leva, il fut prit d'un soudain et violent mal de tête. Une algie aiguë qui lui donna l'impression de recevoir des coups de burin depuis l'intérieur. La douleur fut si forte qu'il fut obligé de se rasseoir, se massant les tempes le temps qu'elle s'estompe.
Quelques secondes plus tard, le battement qui résonnait dans son crâne se fit plus supportable. Il se leva et enfila un de ses jeans qui traînait sur un fauteuil au coin de la chambre, sortant de la pièce pour se rendre dans la cuisine. Eijiro était attablé au bar, une tasse remplie d'un liquide fumant en face de lui et un journal entre les mains. Il leva les yeux en l'entendant arriver, le gratifiant d'un sourire comme à chaque fois. À chaque putain de fois. Ce matin-là, il n'avait même pas la force de lui rendre. Il passa derrière lui pour se rendre de l'autre côté du plan de travail, attrapant une tasse et la mettant sous la cafetière qu'il alluma, s'appuyant d'une main contre le rebord pour ne pas perdre l'équilibre. Il sentait déjà la nausée revenir.
« T'as bien dormi ? »
Eijiro avait plié son journal, le posant en face de lui à côté de sa tasse. Katsuki pivota de quelques centimètres pour l'avoir en visu.
« Non, j'ai été malade.
-À cause de l'alcool ?
-J'crois, ouais. »
Les dernières gouttes tombèrent et la machine ronronna, chauffant dans le vide. Le blond l'éteint et prit sa tasse, se postant devant la baie vitrée avant de la porter à ses lèvres. Le goût fort du café lui remit un peu les idées en place. Il observait l'extérieur, essayant de ne penser à rien. Dehors, la lumière claire et basse de l'hiver éclairait les immeubles, projetant leurs ombres rasantes loin sur le bitume. Le givre qui s'était déposé dans la nuit faisait briller le toit des voitures et les poteaux des lampadaires lorsque les rayons du soleil glissaient jusqu'à eux. Il parcouru les buildings du regard avant de se retourner vers son compagnon.
« Tu vas à l'agence aujourd'hui ?
-Oui, j'ai une interview à quatorze heures. Après je rentre.
-Ok. »
Il prit une deuxième gorgée lorsque son téléphone portable qui était resté dans la chambre se mit à sonner. Il posa rapidement la tasse sur le bar pour aller le chercher, fouillant entre les draps pour le retrouver, entendant la sonnerie cristalline qu'il n'arrivait pas à localiser.
« Bordel, où est ce putain de… Ah, allô ? Quoi? Où ça ? Ok… Ok, ouais, j'arrive. »
Il raccrocha et fit disparaître le téléphone au fond de la poche de son jean. Il ouvrit le placard, attrapant le haut de sa tenue de héros. Il resterait en jean pour aujourd'hui et ça irait très bien. Il fut dans l'entrée en deux enjambées, enfilant ses bottes et sa veste dans la foulée, prenant les clés de sa Ferrari posées dans le vide-poche. Il se pencha en arrière, parlant fort pour qu'Eijiro l'entende :
« On m'appelle sur une mission. J'y vais, à ce soir. »
Son compagnon n'eut pas le temps de lui répondre que le claquement de la porte résonna dans l'appartement. Il soupira, avisant la tasse à moitié remplie de Katsuki abandonnée sur le bar.
« À ce soir… »
§§§
Il était neuf heures quand Eijiro arriva à l'agence RR, dont le logo rouge trônait fièrement au sommet de l'immeuble, garant sa Bentley sur le parking. La portière claqua, les phares clignotant quand il la verrouilla. Il entra dans le bâtiment, saluant la secrétaire et les autres employés au passage. Étant dans le top cinq du classement des héros, son business était ce qu'on pouvait qualifier de florissant. La secrétaire, son agenda en main, le suivit alors qu'il se rendait dans son bureau.
« Fatgum vous a appelé, il vous a laissé un message. N'oubliez pas que vous avez un déjeuner prévu avec le président d'Advert Corp pour le contrat de publicité à midi et demie au Barcadia.
-Quoi ? C'est aujourd'hui ? Eijiro soupira en s'asseyant sur sa chaise, allumant son ordinateur au passage.
-Vous voulez que j'annule ?
-Non, non, on a déjà déplacé deux fois… Ensuite ?
-La journaliste de NHK viendra à quatorze heures, pour l'interview.
-D'accord, merci. »
La jeune femme quitta le bureau, Kirishima ôtant sa veste pour la poser sur dossier de sa chaise. Il se saisit du combiné posé près de lui pour écouter le message laissé par Fatgum. Lorsqu'il entendit la voix de son ami grésiller sur le répondeur, un sourire s'afficha sur ses lèvres. Ils travaillaient fréquemment ensemble depuis le stage qu'il avait fait chez lui au lycée et leur relation professionnelle était également devenue amicale. Il devrait l'inviter à dîner, un de ces jours. Le message écouté, il raccrocha et se rencogna dans sa chaise, desserrant sa cravate qui le gênait un peu. Il portait des costards depuis hier et il devait avouer qu'il n'y était pas trop habitué; il préférait de loin sa tenue de héros, beaucoup plus confortable et surtout bien plus classe.
L'ordinateur mettant du temps à s'allumer, il fit pivoter sa chaise en cuir en direction de la fenêtre de son bureau. Il observa les immeubles, le ciel clair matinal et le soleil qui commençait lentement à monter, rasant toujours l'horizon. Le visage de Katsuki apparut devant ses yeux et il déglutit à cette simple pensée. Il était inquiet pour lui. Ces derniers temps, enfin, cela durait depuis un moment déjà, il devenait de plus en plus renfermé, et sa consommation excessive d'alcool lui déplaisait. Il avait essayé de lui en parler à de nombreuses reprises mais ça finissait toujours en de violentes engueulades. Peu importe, il continuerait jusqu'à ce qu'il parvienne à lui faire entendre raison, même si pour ça il devait supporter les cris et les insultes de son compagnon.
La notification de nouveaux mails retentit dans son dos et le sortit immédiatement de ses pensées. Il se retourna pour se pencher sur l'écran de l'ordinateur, se saisissant de la souris. Cent trente deux mails non lus… La matinée allait être longue.
§§§
Le déjeuner avec le président d'Advert Corp se termina juste avant quatorze heures. Heureusement pour Eijiro, le restaurant n'était pas situé loin de son agence, tous deux en plein Tokyo. Il arriva juste à temps, jetant un coup d'œil à sa montre en passant les grandes portes de verres de RR. La journaliste de la NHK était déjà là, elle l'attendait, les deux mains posées sur son dossier, juste à côté du bureau de la secrétaire. Il vint à sa rencontre, lui serrant la main :
« Bonjour, je suis désolé, vous ne m'attendez pas depuis trop longtemps j'espère ?
-Ne vous en faites pas, je viens d'arriver, répondit-elle un sourire intimidé aux lèvres.
-Bien. Allons dans mon bureau, suivez-moi. »
Ils s'y installèrent, lui sur son fauteuil en cuir et elle assise juste en face. Elle posa sur la table son micro, sortant de ses dossiers les questions qu'elle avait préparé à l'avance.
« Nous pouvons commencer ? Questionna-t-elle.
-C'est quand vous voulez. »
Elle rassembla ses notes et alluma le microphone.
« Bien. Miraya Takeuchi pour NHK, Red Riot, bonjour.
-Bonjour.
-Avant toute chose, merci à vous d'avoir accepté notre interview. Nous savons que vous avez beaucoup de travail et nous vous en sommes très reconnaissants.
-Tout le plaisir est pour moi.
-Nous allons commencer avec l'évènement d'hier. Le classement annuel des héros du Japon se déroulait au Ritz-Carlton, vous étiez présent. Pouvez-vous nous donner vos impressions de la soirée ?
-Comme chaque année, c'était un évènement particulièrement impressionnant, même pour moi.
-Cette année, vous êtes le cinquième du classement. Quel sentiment cela vous donne-t-il d'être dans le top cinq ?
-Honnêtement, je ne m'y attendais pas. Je pensais même régresser d'une place mais apparemment, j'ai sous-estimé ma popularité.
-Et c'est peut-être ce qui fait votre charme. Parlons de votre agence à présent si vous le voulez bien. Elle est très populaire ces derniers temps, comment l'expliquez-vous ?
-Mes coéquipiers sont très efficaces, ils font vraiment du bon travail et mettent du cœur à l'ouvrage. Sans eux, je ne serais jamais allé si loin. C'est eux qu'ils faut féliciter avant tout.
-Beaucoup d'entre nous se demandent pourquoi vous n'avez pas choisi de faire équipe avec Ground Zero, bien que vous ayez officialisé votre relation publiquement l'année dernière.
-Nos façons de travailler sont très différentes, et elles ne seraient sûrement pas compatibles. Nous ne ferions pas un aussi bon travail si nous coopérions ensemble.
-Bien évidemment. Pour en revenir à votre compagnon, de nombreuses rumeurs circulent sur lui en ce moment, êtes vous au courant ?
-Je ne prête pas attention aux rumeurs.
-Et quelle est son impression quand à sa place au classement ?
-Écoutez, je ne préfère pas répondre à ce genre de questions.
-Bien sûr, veuillez m'excuser. Intéressons-nous à votre dernière mission… »
Les doigts d'Eijiro se crispèrent sur les accotoirs en cuir de son fauteuil. L'impression de Katsuki quand au fait qu'il soit numéro deux… Il déglutit. Jamais Bakugo n'avait dit de façon explicite ce qu'il ressentait vraiment par rapport au fait de ne pas être le numéro un. Seulement, lui qui partageait sa vie le voyait se détruire un peu plus chaque jour, justement à cause de ça. Il le voyait boire de plus en plus, il le voyait enchaîner les cigarettes, il voyait les cernes se dessiner sous ses yeux et il voyait son regard se ternir un peu plus chaque jour à tel point qu'il n'était même plus sûr de recroiser les prunelles rouges telles qu'il les avait connues il y a dix ans de ça. Katsuki avait perdu sa détermination et ça le rongeait littéralement. Ça le rongerait toujours, jusqu'à ne plus laisser qu'une carcasse vide.
La voix de la journaliste se perdait au loin, devenant indistincte, s'éloignant à mesure qu'il s'enfonçait dans ses pensées. Il releva les yeux lorsqu'elle l'appela par son nom.
« Je suis désolé, mais je pense qu'on devrait s'en tenir à ça pour aujourd'hui. J'appelle ma secrétaire, elle va vous raccompagner. »
§§§
La Bentley se gara dans le parking de l'immeuble de cinquante étages, son moteur grondant devenant soudainement silencieux. Eijiro appela l'ascenseur, puis passa sa main libre dans sa chevelure rouge. Il tenait sa veste de l'autre, ce costard l'entravait trop dans ses mouvements, il n'en pouvait plus. Il fut dans l'appartement quelques minutes plus tard, retirant sa cravate et posant sa veste sur le dossier du canapé avant de se rendre à la salle de bain, mais il s'arrêta net lorsque ses yeux se posèrent sur le miroir brisé.
« Qu'est ce que ?… »
Il était parti trop vite ce matin et n'y avait pas fait attention. Comment avait-il pu rater un truc pareil ? Il s'avanca pour examiner les dégâts de plus près. En s'approchant, il vit du sang séché sur certains éclats de verre. Il comprit immédiatement.
« Katsuki… »
Son front se plissa. Pourquoi ? Il détourna le regard, son reflet brisé le perturbant étrangement. Il avait sûrement fait ça hier soir lorsqu'ils étaient rentrés de la soirée du classement des héros. Il se rendit dans la chambre à la recherche d'autres traces, et aperçu directement les tâches sombres sur les draps, dénotant cruellement avec les tons clairs de la pièce.
L'étonnement fut vite remplacé par la colère. Seulement, elle n'était pas dirigée contre le blond, mais bien sur lui-même. Merde, son compagnon était littéralement en train de s'autodétruire sous ses yeux et il ne faisait rien ! Il était supposé être celui qui le tirait vers le haut au lieu de le laisser s'enfoncer. Il se laissa tomber sur le lit, s'asseyant lourdement entre les draps, se prenant le visage dans les mains. Il devait faire quelque chose pour lui, maintenant. Katsuki était bien trop fier pour réclamer de l'aide de son propre chef, c'était à lui de faire le premier pas avant qu'il ne soit trop tard.
§§§
La Ferrari 348 filait à toute allure, sa carrosserie rouge étincelant sous les rayons du soleil. La voiture était flambant neuve, et son moteur rugissait lorsqu'il atteignait sans difficulté les cent cinquante kilomètres heure. S'il avait pu, Katsuki serait volontiers monté bien plus haut mais ce n'est pas parce qu'il était un héros qu'il était exempt de respecter les limitations de vitesse, à son plus grand regret.
La mission sur laquelle on l'avait appelé aujourd'hui n'avait pas été facile, mais elle avait au moins eu le mérite de lui permettre de se défouler et de rejeter toute sa frustration dans les coups qu'il avait distribué et les explosions qui avaient retenti ce matin-là. Le mal être qui le bouffait depuis hier avait totalement disparu, laissant place à une sérénité de courte durée. Il se sentait vide, mais dans le bon sens du terme. Toute sa colère s'était envolée, il s'était défoulé de tout son soûl et se sentait bien plus léger qu'au réveil. L'infirmière qui travaillait à son agence s'était occupée de sa main, elle était comme neuve, et la nausée l'avait quitté elle aussi. Le vent qui glissait sur son visage, s'engouffrant par les vitres grandes ouvertes de sa voiture lui donnait une sensation de liberté qu'il aurait voulu ne jamais cesser de connaître.
Eijiro était assis sur le canapé lorsqu'il poussa la porte de l'appartement. Il avait une cigarette entre les lèvres, lui qui ne fumait que très rarement. Seulement lorsque ses nerfs menaçaient de lâcher ou qu'il se sentait stressé.
Katsuki passa par le salon pour se rendre dans la cuisine, se penchant pour attraper la bouteille de scotch dans le bar. Dès qu'il la posa sur la plaque de verre noire, le fond de la bouteille tintant bruyamment, la voix d'Eijiro s'éleva dans la pièce.
« Katsuki. »
Le blond se retourna, les sourcils froncés. La voix de son compagnon était rarement aussi froide.
« Quoi ? Il avisa la cigarette entre ses doigts, tu fumes ? »
Il s'était entièrement tourné vers lui, s'appuyant contre le bar, les bras croisés. Eijiro tira une dernière latte avant d'écraser le mégot au fond du cendrier.
« Il faut qu'on ait une discussion, toi et moi. »
Katsuki haussa les sourcils. Il soupira bruyamment, et se redressa pour aller se chercher un verre.
« Me soûles pas, j'me suis bien défoulé aujourd'hui et je me sent de bonne humeur là. J'ai pas envie de 'discuter'.
-Je te demandes pas ton avis. J'ai vu le miroir de la salle de bain et les draps tâchés de sang quand je suis rentré tout à l'heure. Qu'est ce qui s'est passé ? »
Bakugo posa violemment le verre sur le plan de travail, se retournant vers son compagnon, sa voix grondant au fond de sa gorge :
« Je t'ai dit de pas me casser les couilles, Eijiro. C'est quoi, un interrogatoire ? Fous moi la paix. »
Ses mots claquaient comme un fouet. Le silence retombait, seul le bruit du liquide qui s'écoulait dans le verre comblait le vide. Mais il en fallait plus à Kirishima, ils n'en étaient pas à leur première dispute. Il faisait ça pour l'aider. Il devait l'aider. Il s'avança derrière lui, posant une main sur son épaule.
« Écoute…
-Arrête, le coupa Bakugo en dégageant sa main d'un mouvement brusque. Laisse-moi tranquille. Je sais ce que tu vas me dire et j'ai aucune envie de l'entendre.
-Alors tu sais ce qui ne va pas, hein ? Pourquoi tu continues à t'enfoncer comme ç…
-La ferme ! Hurla Katsuki, la ferme… Pourquoi tu t'obstines ? Tu cherches quoi, là ? Tu veux me faire péter un câble, c'est ça ? »
Le verre était de nouveau posé sur le bar, quelques gouttes de son liquide ambré renversé à côté. Il s'approchait d'Eijiro, la mâchoire serrée et ses prunelles carmines le fixant d'un regard meurtrier.
« Ne me regarde pas comme ça. Je veux t'aider, c'est tout.
-Mais tu crois que j'ai besoin de toi ? Tu crois que j'ai besoin de qui que ce soit ?
-Oui, Katsuki. »
Eijiro le fixait lui aussi, son regard accroché au sien, les traits fermés. Son éternel sourire avait disparu, laissant place à une surface lisse et froide, imperméable aux cris et aux insultes du blond. Ce dernier serrait d'ailleurs les poings, bouillant intérieurement. Qu'est ce qu'il lui voulait, putain ? Il cherchait forcément à le rendre furieux. Et c'était réussi. Il avait juste envie de lui coller son poing dans la figure pour qu'il lui foute la paix. Il avait juste besoin qu'on le laisse tranquille, merde ! C'était trop demander ?
« Sérieusement, Ei… Il se passa une main tremblante sur le visage, signe qu'il avait du mal à se contenir. Kirishima la remarqua immédiatement et posa la sienne sur son bras.
-Katsuki…
-Dégage ! Me touche pas, putain ! »
Il le repoussa violemment, lui faisant faire un pas en arrière. Eijiro déglutit. Il fixait toujours Katsuki mais son calme commençait lui aussi à être mis à rude épreuve.
« Je comprends pas. Tu me laissais t'aider avant, pourquoi tu me rejettes comme ça alors que je te veux seulement du bien ?
-Je vais très bien. »
Il se retourna pour se saisir du verre qu'il engloutit d'une traite, grimaçant lorsque la dernière gorgée lui brûla la langue. S'en fut trop pour Kirishima qui le saisit par les épaules pour le plaquer contre la colonne accolée au bar.
« Bordel Katsuki, tu te fous de moi ? Je te promet que je vais t'en coller une si tu continues tes conneries !… »
Ses mains tremblaient, il était à bout de souffle comme s'il venait de se battre. Ses prunelles rouges fichées dans celles d'en face vacillaient elles aussi. Katsuki eut un rire.
« Ben vas-y, Eijiro. Qu'est ce que t'attends ?
-Ne joue pas à ça avec moi. Laisse-moi t'aider. S'il te plaît. »
Ça y est, sa détermination commençait à faillir. Merde. Il devait se reprendre. Pourtant, il ne reconnaissait pas le jeune homme plaqué contre le mur en face de lui. Son regard froid, presque méprisant, sa mâchoire contractée qui trahissait sa nervosité, ses poings serrées à tel point que ses jointures devenaient blanches.
« Tu bois trop Katsuki, tu vas devenir alcoolique si tu continues comme ça. Tu es un héros, tu… »
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que le poing de Katsuki s'était écrasé contre sa joue, ses phalanges craquant contre les os de sa mâchoire. Il ne l'avait pas vu venir, il n'avait pas eu le temps d'activer son alter pour s'en protéger. Projeté plusieurs pas en arrière, la tête basse, il passa une main sur son visage, y étalant le sang qui s'échappait de son nez. Katsuki revint se mettre en face de lui, l'attrapant fermement par le col pour rapprocher son visage à seulement quelques centimètres du sien. Sa voix était menaçante, grondant au fond de sa gorge, les crocs dehors comme un chien prêt à mordre.
« Tu la fermes. Tu la fermes, Eijiro, putain ! »
La main cramponnée à sa chemise tremblait encore plus. Ses prunelles oscillaient, la rage qui grondait en lui commençait dangereusement à remonter à la surface, comme le magma bouillant d'un volcan prêt à entrer en éruption. Il le repoussa furieusement en arrière, le dos du rouge cognant violemment contre le mur. Le temps qu'il relève la tête, la porte de l'appartement se refermait, claquant si fort qu'elle fit trembler les étagères fixées aux murs.
Eijiro se retrouva seul dans la pièce, l'acidité des paroles de son compagnon résonnant encore en lui, le troublant comme des ondes sur la surface de l'eau dans laquelle on aurait jeté une pierre. Sa joue enflée le lançait et sa chemise était tachée de gouttes sombres, le sang qui s'écoulait de son nez coulait jusque sur son menton, passant sur ses lèvres, lui laissant sur la langue un relent métallique qui se mêlait au goût salé des larmes.
§§§
Driiiing. Driiiing. Driiiing. Driiiing.
La sonnerie entêtante du téléphone brisa le silence qui régnait dans la pièce, plongée dans la pénombre, seulement éclairée par les faibles lumières de la ville qui se faufilaient à travers les stores de la baie vitrée du salon.
Eijiro se leva mollement du canapé dans lequel il était assis depuis presque une heure maintenant. La dispute qu'il avait eue avec Katsuki aujourd'hui avait été une des plus violentes. Non pas dans les mots, parfois le blond en venait carrément à l'insulter, mais il ne l'avait jamais frappé. Ce geste avait profondément troublé Kirishima qui se sentait à la fois furieux et très accablé. Il en était persuadé, son compagnon devait vraiment être en grande détresse pour en arriver là… Mais il avait le sentiment d'être face à un mur. Il ne savait pas comment s'y prendre et l'idée de se retrouver en face de lui sans savoir comment agir l'angoissait.
Peut-être que c'était lui qui l'appelait ? Peut-être qu'il voulait discuter ou même s'excuser ? Ses tripes se tordaient à cette simple pensée. Eijiro saisit son portable sur la table en verre et le porta immédiatement à son oreille.
« Allô ? »
Le son de sa voix eut du mal à sortir de sa gorge et sa bouche était sèche.
« Allô, Red ? C'est Sledge Hammer, il faut que tu te ramènes tout de suite, on est à Hosu, il y a un attentat ! »
Son cœur rata un battement. D'abord, car la voix masculine à l'autre bout du fil n'était pas celle de Katsuki mais celle d'un de ses coéquipiers, et ensuite car l'annonce lui fit l'effet d'une douche froide, son instinct de héros reprenant immédiatement le dessus.
« Quoi ?! Qu'est ce qu'il s'est passé ?
-J'ai pas le temps de t'expliquer ! Les vilains ont foutu le bordel ici, ils sont tellement nombreux qu'on a pas pu les compter… Aaaah ! »
Le bruit sourd d'une puissante détonation résonna en fond, faisant grésiller l'appareil qu'Eijiro éloigna de son oreille en grimaçant.
« On doit rameuter tous les héros disponibles là, ça urge, reprit la voix de Sledge, t'as des nouvelles de Ground Zero ? On arrive pas à le joindre. »
Une nouvelle fois, son cœur se resserra dans sa poitrine. Il détestait cette foutue sensation.
« Je sais pas où il est. J'arrive. »
§§§
Dans un des nombreux bars de la capitale, Katsuki était seul, accoudé à une table, le visage terne et les yeux cernés. Devant lui, les verres vides s'accumulaient, celui qu'il tenait entre ses doigts se vidant à toute vitesse avant d'être rempli de nouveau par la bouteille qu'il tenait près de lui.
Son regard se perdait dans le vide, sa tête tombait, il était épuisé, il ne pensait à rien. Ou plutôt, il ne pouvait pas visualiser autre chose que la scène qui se rejouait en boucle dans sa tête. Il se revoyait en train de frapper Eijiro au visage, il revoyait son regard froid et le sang qui coulait sur ses lèvres. Ça ne lui faisait plus aucun effet, il se sentait complètement détaché et en venait même à se demander si c'était vraiment arrivé.
Il finit son verre d'une traite avant de se reverser une quantité généreuse de vodka qu'il ingurgita presque immédiatement avant de le remplir à nouveau. Ses mains tremblaient, il en foutait à côté. Il serra le verre entre ses doigts et posa les yeux sur ses phalanges rougies qui lui prouvaient que le coup qu'il avait donné tout à l'heure était bien réel.
Dans la poche de sa veste, il sentait son téléphone vibrer depuis une bonne vingtaine de minutes quasiment sans interruption. Il l'ignorait royalement, il n'avait aucune putain d'envie de parler à qui que ce soit, là, tout de suite. Il voulait juste qu'on lui foute la paix, qu'on l'oublie, que le monde entier fasse comme s'il n'avait jamais existé juste le temps de quelques heures. Ou d'une nuit. De toute façon, c'était sûrement Eijiro qui devait s'inquiéter ou qui devait avoir un sacré savon à lui passer pour insister comme ça. En deux gorgées, le verre fut de nouveau vidé, les effets de l'alcool qui se diffusaient dans son sang commençant à lui faire perdre toute connexion avec la réalité.
Katsuki quitta le bar aux alentours d'une heure du matin. Il s'était fait jeter dehors après avoir agressé le barman qui refusait de lui vendre une bouteille de plus. Après l'avoir copieusement insulté, il était passé à travers la porte, manquant de se rétamer sur le bitume, se retenant piteusement contre le mur d'en face. Il ne voyait plus très bien, le sol tournait, et il avait du mal à marcher droit. Il avait la sensation que son corps était en coton, aussi, se traîner jusqu'à sa voiture garée quelques mètres plus loin lui sembla être un véritable calvaire. Il se laissa lourdement tomber contre la carrosserie, fouillant maladroitement dans ses poches à la recherche de ses clés. Il en sortit son téléphone, son écran d'accueil chargé de notifications. Il plissa les yeux pour essayer de déchiffrer quelque chose mais abandonna rapidement lorsque ses doigts entrèrent en contact avec son trousseau. Il peina à ouvrir sa portière et s'assit lourdement sur le siège conducteur, s'y reprenant à plusieurs reprises avant d'arriver à mettre la clé sur le contact.
La voiture démarra, pilant avant de repartir à toute allure, grillant un feu rouge au coin de la rue, se récoltant des coups de klaxon acharnés au passage. Heureusement que leur appartement n'était pas loin.
Il y arriva une quinzaine de minutes plus tard, la voiture miraculeusement intacte malgré le fait que Katsuki ait manqué de rentrer dans chaque véhicule qu'il avait bien pu croiser. Il arriva tant bien que mal jusqu'à la porte de l'appartement, ayant tout autant de mal à y faire entrer les clés et à refermer derrière lui. Eijiro devait sûrement être là à se morfondre en train de l'attendre, le pauvre.
Katsuki ne pensait même plus à ce qu'il avait fait. Du moins, il était persuadé que ce n'était pas grand-chose et qu'une petite partie de jambes en l'air aurait vite fait de lui faire oublier tout ça. Ça marchait toujours, de toute façon.
« Eijiro !… Ei, t'es où… »
Il manqua de se prendre le mur, se retenant au dernier moment, déboulant dans le salon. Il tâtonna à la recherche de l'interrupteur et trouva la pièce vide.
« Hé ! Eijiro ! T'es où ? C'est… C'est moi, j'suis rentré… Allez viens, fais pas la gueule… »
Mais ses appels restèrent sans réponse. Il jeta un rapide coup d'œil à la cuisine et dans la salle de bain, hélant son compagnon, et finit par aller se vautrer dans leur lit, marmonnant alors qu'il commençait déjà à s'endormir :
« 'S'pèce d'abruti… »
§§§
Les pneus neufs de la Bentley crissèrent lorsqu'elle pila net, presque projetée en avant. Le ciel était rouge ce soir, un immense incendie le teintait de la couleur du sang, recouvrant la ville d'un épais brouillard. On entendait résonner les sirènes des camions de pompier et des forces de l'ordre, des détonations retentissant presque toutes les dix secondes. Mêlé au vacarme, des cris, des pleurs, des coups de feu. Eijiro se précipita sur les lieux, retrouvant ses coéquipiers en pleine bataille. Il avait enfilé sa tenue de héros en quatrième vitesse et avait sauté dans sa voiture dès qu'il avait reçu l'appel de Sledge Hammer, se rendant sur les lieux de l'attentat aussi vite qu'il avait pu. Lorsqu'il fut en face de l'immeuble, en proie aux flammes, il ne put s'empêcher de faire un pas en arrière par pur réflexe de survie. Le sol était poisseux, recouvert d'une monstrueuse flaque de sang dans laquelle il venait de marcher. Quelques mètres plus loin seulement, des corps sans vie étaient étendus par terre, en partie carbonisés. L'odeur de la chair brûlée qui flottait dans l'air état insupportable, elle lui donnait envie de vomir. Une nouvelle explosion lui fit lever les yeux au ciel : les derniers étages de l'immeuble venaient d'être réduits en poussière, les débris tombant en pluie, s'écrasant sur le sol à seulement quelques pas d'eux.
Eijiro déglutit. Au creux de sa cage thoracique, il sentit se créer une tension qu'il connaissait bien et qu'il avait toujours eu du mal à maîtriser, qu'il haïssait plus que tout car elle lui rappelait sa faiblesse. Il serra les poings, les flammes dansantes se reflétaient dans ses prunelles rouges. Ce soir, il la sentait régner, la mort était partout autour de lui et elle pouvait frapper à tout moment.
Il allait devoir se battre, pas seulement pour la vie des civils, mais aussi pour la sienne.
Deux petites précisions:
1) Président d'Advert Corp : contrat entre les publicitaires et les héros comme on en entend parfois parler dans le manga
2) Sledge Hammer : héro à l'alter de force brute, coéquipier travaillant avec Eijiro dans son agence
Sinon, je vous voulais vous parler d'un autre truc: je sais pas si vous étiez au courant mais cette semaine le site a été hacké ou piraté je sais pas trop, et un virus se propage lorsqu'on visite un profil infecté. Apparemment le staff a pris les choses en main et j'ai entendu dire que le problème était réglé, mais je vous conseille de rester quand même prudents. Venir sur le site pour lire est sans danger mais faites attention aux profils que vous visitez si vous êtes connectés. Voilà voilà...
Sinon, comme d'habitude, j'ai hâte d'avoir vos retours sur ce chapitre! :)
Bon week-end les amis! On se retrouve le 10 novembre pour le chapitre 3, "Vengeance". Quel titre accrocheur, n'est-ce-pas?
