Leçon 2: Faire les bons choix

-Potter?, m'appela une voix grave, qui, je n'en doutais pas, pouvait facilement devenir ironique.

Je levai la tête. Devant moi se tenait un homme grand, avec un charme indéniable et de type hispanique, les cheveux noirs, les yeux d'une couleur si foncé qu'on ne distinguait pas l'iris de la pupille et la peau étonnamment claire. Voilà qui était Philips. Il était vêtu simplement d'un jean et d'une chemise (et encore on voyait facilement qu'il s'y sentait mal à l'aise et l'avait mise pour faire bonne mesure).

-Allons-y., continua t-il, sans prendre garde à mon mutisme.

Je le suivis, à moitié parce qu'il me l'avait ordonné et à moitié pour quitter cet endroit. Nous quittâmes le Ministère et fîmes quelques pas dans la rue, dans le plus profond silence. Mon esprit était complètement déconnecté. Je me repassais en boucle les quelques minutes qui venaient de se passer sans pouvoir penser à autre chose.

-Remets-toi, Potter! C'est sûr, c'est moche, mais ça aurait pu être pire!

Nous sortions de la ruelle où se tenait le Ministère et il me lança un bref coup d'œil visiblement amusé, tandis que je m'arrêtai et croisai son regard déstabilisant pour la première fois.

-En tous cas, si tu l'as remarqué seulement maintenant, ça en dit long sur ton sens de l'observation.

Je ne répondis rien. Pour tout dire, je crois que j'étais au bord de la crise de nerfs et de larmes. Il dut le sentir, car il s'approcha et devint sérieux.

-Ne t'en fais pas, ça m'étonnerait que quelqu'un d'autre le sache.

Je réussis à sortir deux mots cohérents.

-Mais vous?

Il eut un sourire narcissique que, par la suite, je verrai très souvent.

-Moi, je suis plus intelligent.

Je réussis encore à balbutier.

-Mes frères, mon oncle?

Cela me paraissait incroyable qu'aucuns d'eux n'ait remarqué quoi que ce soit, malgré que mes frères le côtoient tous les jours depuis trois-quatre ans et plus longtemps encore pour Ron. Philips avait déjà recommencé à marcher. Il fit demi-tour et me parla d'un ton impatient.

-Potter, en général, les gens ne voient que ce qu'ils veulent voir. Est-ce qu'on va être obligé d'en parler toute la journée?

C'était bien la première fois qu'on me disait que mon père n'était pas un sujet de conversation intéressant. Je secouai la tête.

-Parfait. Alors, concentre-toi.

Il s'arrêta brusquement et je faillis le cogner.

-Oh, et laisse tomber le vouvoiement.

La journée passa rapidement et à sept heures, j'étais rentrée. J'avais craint chaque minute ce moment. Qu'allais-je dire à ma mère? Je plaquai un sourire factice sur mes lèvres et répondis aux questions qu'on me posa par onomatopée. Mon père n'était pas encore là, et je me rendis compte d'une chose: je détestais mon père de tromper ma mère, mais je lui en voulais à elle aussi de ne pas avoir senti l'odeur de l'autre sur lui. Comment pouvait-on être aussi aveugle? Je me résolus au silence, non pour l'aider, mais pour conserver ce semblant de famille, puisqu'ils paraissaient heureux. J'eu l'impression d'être une étrangère parmi eux. Je convainquis ma mère que je n'avais pas faim et, montant dans ma chambre, m'allongeai sur le lit. La tête me tourna. Je fermai les yeux et m'assoupis.

Je m'éveillai en entendant gratter à ma porte et autorisai la personne à entrer, encore à moitié endormie. C'était mon père. Je ne l'avais pas vu depuis le matin et je me crispai en froissant le drap entre mes mains. Tout en lui m'exaspérait, mais rien autant que son air honteux du chien qui vient de pisser à l'intérieur. Je le coupai, avant qu'il ait l'occasion de prononcer une syllabe.

-Je ne dirais rien.

Il baissa la tête, sans doute de soulagement et murmura:

-Merci... Mais je voudrais t'expliquer...

-Je ne veux pas de tes explications et je me moque éperdument de ta bonne conscience, alors va t-en.

-S'il te plaît, Lily.

L'entendre prononcer mon nom me plongea dans une rage folle.

-Dégage!, criais-je, sans pouvoir m'en empêcher.

Il lança un bref coup d'œil vers l'entrée de ma chambre et hésita. Je m'efforçai de me calmer et mordis l'intérieur de ma joue jusqu'au sang. Il fit volte-face et s'en alla. Et au moment où il ferma la porte, je sus que je n'avais plus de père.

Je ne dormis pas cette nuit-là. Après la visite de Harry, j'avais tenté en vain de reprendre mon souffle et de m'apaiser. Lorsque j'avais réalisé que je n'y parviendrais pas et que pourtant, je devrais continuer à le côtoyer tous les jours, je compris que je ne pourrai pas y arriver. La conclusion me vint d'elle-même: il me faudrait démissionner, et surtout, donner une raison valable à cet abandon. Mais que faire, après? Qu'y avait-il? Qu'y avait-il, après Harry Potter?

Le lendemain, je prétendis être trop en retard pour déjeuner et partis pour le Ministère. Je ne pouvais tout simplement pas partager un repas avec eux. Mon père, ma mère, mes frères, ils me paraissaient tous trop traîtres, trop lâches.

Philips me trouva à mon bureau, moins bouleversée que la veille, mais plus fatiguée et bien plus affamée. Il me colla un gobelet de mauvais café dans la main et m'entraîna à sa suite.

A neuf heures, je m'écroulai sur mon lit et m'endormais comme une masse. En pleine nuit, comme une voleuse, je trouvai le chemin de la cuisine à tâtons, sortis du pain et du beurre de cacahuètes du placard et me fis des tartines. Je n'avais pas démissionné. Ce n'était pas que je n'avais pas eu le courage, c'est que je n'avais pas eu le temps. Philips m'avait fait bosser toute la journée avec à peine quelques minutes à midi pour manger et je n'avais pas pu. J'avais réalisé que, même si j'avais fait ce métier parce que c'était celui de mon père, j'avais eu de la chance, parce que c'était vraiment ce que je voulais faire. Comme quoi, la vie est bonne fille, parfois.