Des pleurs se firent entendre dans la chambre à côté. Cette chambre où elle avait dû s'acharner comme une folle afin que Lilou puisse y dormir. Parce que son enfoiré de mari ne voulait pas être réveillé en pleine nuit par les pleurs de la petite.
Isabella se leva en sursaut, et courut presque jusqu'à la chambre de sa fille. Elle entra dans la chambre, et découvrit le nourrisson en larmes. Elle traversa la pièce à pas feutrés, une boule dans la gorge, et prit son bébé dans ses bras.
Elle détestait voir sa fille pleurer. Même si cette enfant n'avait pas été prévue, Isabella l'avait vue comme une bénédiction. Elle pensait qu'elle se sentirait moins seule en s'occupant d'un bébé, et avait prit la nouvelle avec beaucoup de bonheur.
Ce n'avait évidemment pas été le cas de son abruti de mari. Non, Jacob était bien trop ivre chaque soir pour voir à quel point sa petite fille était merveilleuse. A la plus grande surprise de la jeune femme, sa fille était son portrait craché, n'ayant aucun trait de Jacob.
Mentalement, elle avait jubilé de savoir que sa fille ne serait pas comme son père. Car même si ils étaient encore mariés et qu'Isabella se pliait aux moindres désirs de son mari, elle n'en était pas moins écoeurée.
Elle était faible et elle le savait. Elle s'était avoué son dégoût pour lui le jour où elle lui avait apprit qu'elle était enceinte. Le jeune homme lui avait ordonné d'avorter, ce qu'elle n'aurait pas fait pour tout l'or du monde.
Il avait été furieux ce soir là, la battant avec plus de force que jamais. Parce que oui, pour Jacob Black, sa femme n'était qu'une boniche qui devait s'occuper de toutes les tâches et elle devait le respecter.
Elle devait également le servir, parce qu'après tout, après une journée épuisante, un homme avait bien le droit de baiser sa femme. Sa fille, il ne s'en préoccupait pas. Si Isabella avait décidé de le garder, et bien elle se démerderait toute seule.
Après tout, c'était lui qui faisait tout le sale boulot, lui qui se cassait le cul tous les jours pour qu'Isabella, sa femme, puisse avoir une vie de rêve. Elle avait voulu ce chiard, et bien elle s'en occuperait seule.
Voilà en quoi consistait la réflexion d'un avocat aussi haut placé que Jacob. Et voilà pourquoi le nom de la petite n'était autre que Swan, ce qui arrangeait fortement les deux parents. Isabella regarda sa fille, admirative.
Elle n'arrivait jamais à défaire son regard de son bébé, car il était pour elle la huitième merveille du monde. Lorsqu'elle se sentait seule, laide, et abandonnée comme aujourd'hui, elle allait voir son enfant, et toute pensée malsaine s'envolait.
Jacob battait souvent sa femme. Parfois c'était parce que le repas était trop froid. D'autres fois encore parce qu'elle se refusait à lui. Ou encore parce qu'elle n'était pas assez mal habillé.
Cet homme était d'une jalousie maladive, si bien qu'il interdisait à sa femme toute fréquentation, même avec sa famille. Elle devait porter des vêtements amples, qui cachaient bien ses formes, pour éviter qu'on la regarde.
Elle n'avait pas le droit d'avoir un téléphone portable, puisqu'elle n'avait le droit d'être et de ne parler qu'avec lui. Et pire que tout cela réuni, elle devait chaque jour supporter ses crises sans dire le moindre mot, sous peine d'être battue.
Elle savait que c'était la seule façon d'éviter les coups, mais parfois, c'était plus fort qu'elle, il fallait qu'elle balance ses quatre vérités à ce sale connard qui avait ruiné sa vie et qui la séquestrait.
Heureusement pour elle, la seule libération qu'elle avait était la faculté. Même si elle savait qu'elle était surveillée de très près, au moins, elle savait que là-bas, elle ne courait aucun risque, et cela l'apaisait énormément.
Elle aspirait à ces moments de plénitude où elle n'avait pas à se soucier de quoi faire ou dire pour éviter de brusquer son mari. Elle pouvait traîner où bon lui semblait dans les jardins bordant la fac, et être en paix quelques heures.
Elle entendit la porte d'en bas claquer violemment et elle ne put réprimer un sursaut, ce qui fit pleurer sa fille. Elle commença à paniquer, sachant pertinemment qu'il ne valait mieux pas mettre en colère Jacob plus qu'il ne semblait l'être.
"Isabella !" hurla le mari de la concernée.
Elle reposa le nourisson dans son berceau, priant pour qu'il se calme, et tenta de garder son sang froid. Elle tremblait malgré elle, sachant que vu l'heure qu'il était, il allait la tuer pour ne pas avoir préparé le dîner.
Elle ne pouvait décemment pas lui dire qu'elle avait passé la journée à pleurer sa vie perdue à cause de lui, elle savait qu'il était capable des pires choses. Elle était allée plusieurs fois à la faculté couverte de bleus.
Mais Jacob avait tout de même prit soin de la frapper à des endroits invisibles aux yeux des autres, si bien que personne ne pouvait voir à quel point il était violent avec elle. Et il savait qu'il lui faisait bien trop peur pour qu'elle aille ouvrir sa gueule.
Il l'avait éduquée pour ça. Rassemblant son courage à deux mains, la jeune femme descendit lentement les escaliers, la peur au ventre. Elle commença à apercevoir son mari, et sa peur s'amplifia.
Il était dans une colère noire. Et ce qui était sûr, c'était qu'il n'allait certainement pas la rater.
