Cette chanson appartient à Jean-Jacques Goldman

Tu regardes ton frère qui dort déjà. Tu observes l'extérieur, la nuit calme.

Les lueurs immobiles d'un jour qui s'achève

Tu entends Den qui aboie encore. Comme chaque nuit, chaque nuit que tu passes seul, éveillé.

La plainte douloureuse d'un chien qui aboie

Dans la campagne, les nuits sont silencieuses. N'importe qui s'en réjouirait, mais pas toi. Ça décuple ta solitude.

Le silence inquiétant qui précède les rêves

Oui, tu es seul. Les autres sont loin, très loin, dans un monde auquel tu n'as pas accès, le monde des rêves. Tu es seul avec ta conscience, comme toujours.

Quand le monde disparut l'on est face à soi

Tu te prends ta tête dans tes mains. Tu ne peux que la deviner froide, car ton toucher se limite à une sensation de métal. Une sensation... Qu'est-ce que tu ne donnerais pas pour en avoir de nouveau.

Les frissons où l'amour et l'automne s'emmêlent

Tu supplies tous ceux ayant un corps, un vrai, d'en profiter, car ils ne savent pas ce que c'est d'être comme une armure. Mais ça, tu le fais chaque nuit.

Le noir où s'engloutissent notre foi, nos lois

Tu es une coquille vide, tu n'as pas l'impression d'être humain. Chaque nuit, c'est ça. Tu réalises ton incapacité à ressentir la chaleur ou le froid, la douleur ou la fatigue, les caresses, les odeurs, les goûts, toutes ces sensations qui définissent un humain. Alors, qu'es-tu ? Comme chaque nuit, aucune réponse ne te vient à l'esprit. Et c'est tant mieux, car tu as peur de réaliser le peu d'humanité qui subsiste en toi.

Cette inquiétude sourde qui coule en nos veines

Tu veux qu'un jour, tu te poses cette question et que tu sois capable de répondre "je suis un humain". Pour l'instant c'est faux. Tu ne ressens même pas la sensation qu'on a quand on est aimé. Qui voudrait d'une armure creuse ? Tu ne peux même pas embrasser. Quand tu sers quelqu'un dans tes bras, tu as toujours peur que l'on te dise "attends, tes bras sont froids". Pour l'instant personne n'a commis cette imprudence et tant mieux, sinon tu serais brisé et à tes yeux tu ne serais plus du tout humain.

Qui nous saisit même après les plus grandes joies

À tes yeux... Douloureusement tu te rappelles : tu n'as pas d'yeux. Juste deux trous blancs en guise d'yeux. Comme chaque fois, tu réalises une chose : tu n'as plus de corps humain. Que te reste t il ? Une âme et un esprit. Et tu risques de les perdre... C'est le prix de ton amour pour ta mère. Ta mère... Tu n'en as plus. Elle t'a laissé ce corps creux. Non, ce n'est pas le moment de penser à elle...

Ces visages oubliés qui reviennent à la charge

Tu pleurerais volontiers mais tu ne peux pas. Pourtant cela enlèverait une partie non négligeable de ta peine, ta douleur contenue le jour, dévorante la nuit. Tu ne peux même pas espérer le réconfort d'une mère qui te prendrait dans ses bras.

Ces étreintes qu'en rêve on peut vivre cent fois

Tu es seul. Seul face à tes pensées. Et tu n'as même pas le droit d'essayer de les vaincre car tu sais qu'elles ne font que t'exposer la vérité. La Vérité... Comme chaque nuit, tu maudis ça. Lui, ce type. Tu finis par te maudire toi-même. Tu es tellement, terriblement désespéré. Et personne ne peut te venir en aide, même pas ton frère. Car personne ne peut imaginer ce que ça fait. Personne. Seul toi... Au final tu te dis que tu l'as sans doute mérité. Tu te recroquevilles et gémis.

Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines

Tu es conscient de ta faiblesse, de ta solitude dans cet affront. Bien sûr, ton frère te dis de ne pas te battre seul, qu'il sera toujours avec toi, mais il dort la nuit, lui. Il ressent la chaleur, lui. Il ressent goût et odeur, lui. Il peut serrer dans ses bras ou embrasser, lui. Pas toi. Mais c'est une évidence et t'en rappeler te brise le cœur. Le cœur... Quel cœur ? Tu n'as pas de cœur.

Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard.

Tu es si misérable selon toi. Tu n'as pas dit à ta mère que tu l'aimais alors que tu sentais qu'elle allait mourir. Et pourtant...

Ces paroles enfermées que l'on n'a pas su dire

Et pourtant... Edward non plus ne lui a pas dit. Vous pensiez qu'elle survivrait. Ce jour où le médecin est sorti, il vous a fixés. Elle était condamnée mais il ne pouvait dire ça à de jeunes enfants. Il a essayé de vous faire deviner mais vous n'aviez pas compris. Vous avez été attentionnés avec votre mère mais vous aviez cru qu'elle survivrait.

Ces regards insistants que l'on n'a pas compris

Tu sais ce qu'il va se passer. Comme chaque nuit, ton frère va se réveiller, il va poser sa main sur ton bras, te demanderas si ça va, pour ne pas l'inquiéter tu répondras que oui, et il va froncer les sourcils et te demander si tu en es sûr, tu lui diras que tu aimerais pouvoir le rassurer d'un sourire mais que comme tu ne peux pas, tu lui demandes juste de te croire, il va hocher pensivement la tête et tu diras "je t'assure Ed retourne dormir, ce n'est rien".

Ces appels évidents ces lueurs tardives

Ensuite il va accepter, retourner se coucher et se rendormir. Et tu vas murmurer que du moins, ce n'est rien qu'il puisse gérer mais il ne t'entendra pas et ce sera tant mieux car la dernière chose que tu voudrais serait qu'il se rende compte de tes tourments.

Ces morsures au regret qui se livrent à la nuit

Tu sais qu'il n'avait pas le choix, qu'il ne voulait pas te perdre aussi, et que il avait été forcé de te mettre dans cette armure vide. Il culpabiliserait si il comprenait à quel point tu souffres et tu ne veux pas de ça, c'est ton frère et il t'a sauvé la vie. Mais tu penses qu'au fond, égoïstement tu aurais préféré la mort. Tu es piégé. Tu l'es depuis longtemps. Seul, face à la nuit, face à la Vérité.

Ces solitudes dignes au milieu des silences

Tu repenses à tout ce que tu ne peux pas faire, à ta vie d'adolescent normal chamboulée. Tu t'allonges. Qu'est-ce que tu aimerais pouvoir dormir.

Ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées

Revoir ta mère en rêve, ou lire le soir avec Ed jusqu'à très tard, cachés de peur que Mamie vous trouve. Rien que pour ça, tu aimerais juste redevenir humain. Tu es soudain pris d'un immense chagrin en repensant à votre tentative de résurrection. Juste pour revoir son sourire. Vous avez été trop cupides mais tu en es conscient.

Ces ambitions passées mais auxquelles on repense

Tu soupires. S'abandonner au passé, c'est tout ce que tu sais faire.

Comme un vieux coffre plein de vieux jouets cassés

Tu ne sais pas voir tous tes alliés. Tu es à peine reconnaissant envers ton frère. Du moins est-ce ton impression.

Ces liens que l'on sécrète et qui joignent les êtres

Vous avez d'autres problèmes importants, ce n'est pas le moment de faire des caprices. Un jour tu récolteras peut-être le fruit de ton attente, tu seras plus heureux que jamais.

Ces désirs évadés qui nous feront aimer

Peut-être. Tu doutes. Comment vivras-tu si tu es contraint de rester dans ce corps ? De nouveau, tu sombres dans les ombres, dans ce gouffre de questions sans réponses qui deviennent souffrances.

Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines

Tu n'en peux plus de rester seul, de veiller tard non pas avec Ed et Winry au chaud, mais seul dans un froid que tu ne peux plus ressentir.

Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard

Tu voudrais tellement pouvoir t'évader loin de cette Nuit, de tes pensées, loin de toi-même.

Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines

Tu voudrais tellement être humain, juste humain...

Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard.