Bien le bonjour !
Pour l'instant j'ai conscience de m'attarder plus sur le passé des personnages que sur le jeu en lui-même, j'espère corriger cette foutue obsession un jour... (désolée jeunes gens). ça viendra!
Klaine's love: Hélas... ce sont les jeux! Je me suis aussi plutôt attachée à ce duo atypique. J'aime énormément Mike Chang, d'ailleurs il va à peu-près avec tout le monde (j'insiste). Quant à Brittany, c'est en effet très triste et moi même j'ai de la peine à l'écrire, mais elle a toujours une chance d'être la gagnante... qui sait? En tout cas, merci ! ;)
Bref. Toujours en vous souhaitant une bonne lecture!
« Lequel as-tu repéré ?
-Celui-là.
Du doigt, il pointa un garçon grand et élancé, qui s'entraînait sur le mur d'escalade. Santana le suivit des yeux, notant une rapidité démente et une aisance incroyable. Quelques semaines auparavant, elle aurait remarqué son corps bien dessiné, ses cheveux noirs et épais, ses yeux foncés et concentrés. Ces quelques semaines lui semblaient une vie entière. Après tout, elle serait sûrement morte, dans un laps de temps identique.
-Quel est son point faible ? Reprit-elle.
Puck ne répondit pas, interdit.
Elle s'assit près de lui, sur les bancs qui bordaient le hall.
-Sa copine, la blonde, continua-t-il, est excellente à l'arc. Mais on ne la voit presque jamais ici. Il faudra que tu te renseignes.
Santana plissa les yeux, parcourant la salle du regard avant d'identifier la blonde.
Il avait un air grave et entendu qui n'avait jamais été le sien auparavant.
Noah Puckerman, c'est ce nom qui avait été utilisé lors de l'appel. Santana se souvint avoir grogné de rage. Non pas parce qu'il avait été désigné, plutôt parce que cette garce avait le droit de l'appeler Noah tandis qu'elle, après des années d'une étroite amitié, se faisait rabrouer si elle utilisait un pseudonyme autre que Puck. Il s'était avancé sur la scène en bois, dignement. Il avait fait face à l'assemblée, regardé chacun de ses camarades dans les yeux, y avait trouvé un mélange de bonheur et de compassion qu'il avait aussitôt détesté.
Santana évitait de penser au moment où elle allait porter une arme sur lui.
Depuis quelques jours, elle l'observait, tentant de se convaincre que ce corps n'était qu'un assemblage idiot de muscles et d'os. Mentalement, elle visualisait l'instant où elle devrait fondre sur lui, apposer sa lame sur sa veine jugulaire saillante, ce creux qui, bien avant tout cela, s'était avéré parfait pour accueillir le haut de son crâne.
Une myriade d'idiots qu'elle se serait fait un plaisir de découper et il avait fallu que cela tombe sur Puck.
Puck, le garçon de la maison d'à côté. Quand elle allait à l'école, les premières années, Santana ne comprenait pas pourquoi le petit Noah Puckerman avait le droit de rester chez lui, ou de passer ses journées dans la forêt. Elle pensait alors qu'il s'agissait d'une injustice criante et totalement injustifiée. Souvent, le voyant flâner devant son taudis alors que sa mère la pressait pour qu'elle n'arrive pas en retard, elle assassinait cette dernière de questions, n'obtenant que des réponses idiotes, jamais les mêmes. Tantôt il souffrait d'une grave maladie, tantôt il était dangereux pour les autres élèves, tantôt tais-toi sanie-ta et marche plus vite.
Elle était, une fois, allé le demander personnellement à son voisin la raison de son oisiveté. Lequel avait eu un petit rire étouffé, qui avait aussitôt fasciné Santana. Ils avaient six ans alors, et lui avait l'air d'avoir connu du monde quelque chose que l'on s'affairait à lui cacher, à elle. Elle en avait été agacée mais Puck l'avait piquée d'une curiosité, curiosité qu'à ce jour, elle n'avait pas encore assouvie envers son camarade.
Santana prit l'habitude de le rejoindre, le samedi et le dimanche, lorsque l'école lui laissait un répit. Il lui avait appris à chasser, à rabattre la bête au centre de la vallée avant de lui porter le coup final, celui qu'il fallait asséner sans croiser le regard de l'animal. Il lui donnait à chaque prise un morceau de la proie qu'elle revendait sur le marché.
A dix ans, des dizaine de gosses épatés par la beauté et l'assurance de Santana, s'étaient gracieusement proposé pour le titre de Valentin. Santana, qui à l'époque vouait un culte puéril à Puck, s'était offusquée que ce dernier ne se batte pas avec les autres pour le devenir. Elle refusa de lui adresser la parole pendant près de deux semaines. Ce fut leur première dispute.
A treize ans, alors qu'ils se reposaient après une prise, allongés côte à côte sur la terre sèche de la forêt, elle s'occupait à l'observer, le duvet naissant au-dessus de sa lèvre supérieure, les égratignures que lui avait laissé la forêt, l'hématome qui couvrait sa joue droite, dont elle ne pouvait déterminer l'origine. Elle s'était dressée sur un coude, s'était légèrement penchée sur lui. Ses paupières étaient closes et elle se demandait ce qu'il voyait lorsqu'il fermait les yeux. A son âge, sûrement ce noir constellé d'étoiles colorées, mais sa grand-mère lui avait raconté que la vie collait des images dans le revers des paupières, des images qui ne disparaissaient jamais, et même s'il était évident que Puckerman avait moins vécu que l'abuela, il paraissait tout aussi abimé. Elle avait lentement posé ses lèvres sur les siennes, ressenti la contraction soudaine de l'intégralité des muscles de Puck, avant que son visage ne se détende.
Santana avait aimé son visage, son odeur de terre et les larmes séchés qui avaient tracées un sillon indélébile sur ses joues.
L'école et la nonchalance que Santana opposait à ses parents ne tardèrent pas à la ficher parmi ses enfants problématiques. Dès qu'elle comprit le système, elle s'appliqua à se rebeller contre. Elle était répugnée par la manière prédestinée dont on traitait le monde dans lequel elle avait eu le mauvais goût de naître. Elle sécha les cours, commença à fumer, à voler. Elle faisait la honte de sa famille, laquelle commençait peu à peu à la laisser de côté, lassée de ce qui s'avérait être un peu plus qu'une crise d'adolescence.
Son voisin, lui, travaillait chaque jour un peu plus pour nourrir sa mère. Son père était parti sans d'autres traces que celles qu'il avait laissées sur son visage, dont la couleur allait bien finir par se faner un jour.
Elle avait seize ans, pas beaucoup d'amis, elle avait perdu Puckerman quelque part dans la confusion dans laquelle son adolescence la plongeait. Elle avait embrassé quelques garçons, couché avec d'autres. Aucun baiser, aucune caresse n'égala ce qu'elle avait ressenti quand ses lèvres s'étaient écrasées sur celles de Puckerman, cet après-midi, dans le bois, des années plus tôt. Mais, bien évidemment, elle l'avait oublié.
Lui chassait et travaillait toute la journée, l'enchaînement tragique que les choses avaient prises ne lui avait pas donné assez de temps pour réfléchir à ce qu'il pensait de la société et de ce fait il vivait machinalement, s'occupant du seul réflexe que sa condition lui laissait : la survie. Santana n'avait pas eu le temps de lui manquer, ni elle ni l'insouciance qu'il avait perdue avec.
Le jour de la moisson, il l'avait vue traverser le seuil de sa porte. Il avait alors ressenti ce vide dans sa poitrine, un pincement à la limite de la douleur, mais il n'avait pas su l'identifier exactement. Alors il l'avait ignoré, comme il le faisait avec chaque sensations un tant soit peu humaine, celles qui ralentissaient considérablement le rythme de sa labeur quotidienne.
Quel était la probabilité qu'ils soient enrôlés tous les deux dans ce jeu ridicule ?
Il essayait de la calculer sans lâcher des yeux les candidats qui s'agitaient dans le hall. Il avait repéré le tribu du District 12, ainsi qu'une blonde du District 2, laquelle était d'une rapidité impressionnante sur le mur d'escalade.
Santana était partie. Elle avait empoigné l'épée. Elle la maniait habilement, tranchant l'air avec une précision stupéfiante. Ses mouvements étaient si finement exécutés qu'ils ressemblaient presque plus à une œuvre d'art qu'à une manœuvre barbare et assassine. Quelques jours plus tôt, la jeune fille n'avait sans doute jamais tenue une telle arme entre ses mains. La peur remplace le talent et l'expérience, parfois.
« Mike ? Qu'est-ce qui ne va pas ?
Mike eut un petit rire, ce qui lui attira un regard foudroyant de la part de Burt. Simplement, la question qu'il venait de poser lui avait paru bien trop énorme, cette fois-ci. Une centaine de réponses venaient de se formuler dans son esprit, mais il les garda pour lui.
Des millions de choses auraient pu le désespérer à ce moment précis-ç'aurait alors été le rôle de Burt de lui rappeler la mécanique des évènements, la mécaniques des corps, celle d'une victoire rapide et envisageable. Mais Mike se contenta de se relever, de remercier son coach avant de reprendre le poignard auprès de lui et de l'enfoncer dans la poitrine de cette cible idiote.
Burt lui accorda une tape d'encouragement sur l'épaule avant de se retirer.
Mike savait que Burt faisait son possible et qu'il croyait en lui. Lui-même était convaincu de ses capacités. Il pouvait gagner ce truc. Si Brittany s'était obstinée à être une candidate résolue, passant ses journées à s'entraîner, le regardant avec un mépris assassin, il aurait sans doutes pu l'éliminer comme il aurait résolu une opération compliquée, en mathématiques. Avec efficacité, concentration, en se détournant de la pénibilité de son travail pour n'en voir que le résultat, un bon métier, une belle maison, une bonne vie.
Mais il avait fallu que la blonde s'abandonne à ce point à lui… Il n'était pas vraiment habitué à cela. Ils n'avaient pas beaucoup parlé depuis qu'elle lui avait demandé de la tuer. Elle ne s'était pas rendue aux derniers repas. Burt et Mike dînaient faces à faces, le coach expliquant quelques tactiques à son élève, un accablement certain affiché sur le visage.
Ils avaient échangés les banalités habituelles. Il était passée la voir, le matin, avant de partir au hall d'entrainement. Elle était dans son lit, portait un tee-shirt bleu trop petit pour elle et semblait fiévreuse. Il avait espéré de toutes ses forces qu'elle se décide, prenne une arme et ne concoure à ses côtés. Mais elle était restée là, l'œil perdu dans un néant où elle seule devait discerner des images, et il l'avait regardé dans le fond des yeux, fiché son visage dans un coin de sa tête.
A présent il essayait de restituer à la cible son aspect poupon. Ses joues roses, ses lèvres pleines, son regard délavé qui avait dû être d'un bleu vif, du temps où elle ne pouvait pas donner une date et une circonstance précise à son trépas.
Une fois que Brittany, à force de concentration, s'était matérialisée en face de lui, à la place de la cible, il portait sa lame à cet endroit où elle avait posé sa main. Là. Sous le sein gauche. Ses doigts y étaient restés suffisamment longtemps pour sentir les battements de son cœur. Il en avait retenu le rythme binaire, apaisant.
« Oh, l'asiat'.
Il se retourna. La fille qui lui faisait face était du District 11, maniait avec virtuosité l'épée, son point faible était l'endurance. Elle devait en savoir au moins autant sur lui.
-Oui ?
-Où est Barbie ?
Pourquoi est-ce que ça t'intéresse ?
Il ne répondit pas, effrayé de commettre une gaffe.
-Pourquoi elle n'est jamais présente ? Elle a peur de se casser un ongle ?
Il préféra garder le silence. Il était d'ailleurs agacé que cette fille vienne le déranger. A présent, il connaissait le timbre de sa voix, la manière énervante dont elle s'exprimait. Encore un critère d'appartenance à la race humaine, encore quelque chose dont il devrait faire abstraction quand il la tuerait.
-Réponds.
Elle avait haussé le ton. Elle lui faisait penser à l'un de ces jeunes qui séchaient les cours pour fumer des conneries derrière les églises. C'est ainsi qu'ils lui apparaissaient.
-Je n'en sais rien, lâcha Mike.
Elle avait planté son épée dans la cible qui avait cessé d'être Brittany depuis un dixième de seconde. La manière dont Mike évitait son regard l'agaçait au plus haut point. Il semblait bien trop sûr de lui… Pas de la même façon qu'elle l'était. Rien à voir avec toute sorte de prétention ou d'honneur, pas du tout. Plutôt cet air désintéressé de celui qui sait avec certitude où frapper pour faire mal.
Et Santana détestait ça.
-Mike Chang, du District 12. La prochaine fois que je t'adresserai la parole, ce sera pour te demander te faire ta prière, à Jésus, Allah, ou… Quelle pseudo-divinité païenne vous vénérez, là d'où tu viens ?
Il ne trouva pas utile de répondre.
-Tu es bien muet. La blonde m'en dira plus sur ce qui semble être votre... stratégie. J'ai des moyens de pression, lâcha-t-elle en passant la lame de son poignard sur le dos de sa main.
-Ne la touche pas.
Il avait dit ceci sans colère, sans haine. Il n'élevait jamais la voix. Pourquoi, alors, semblait-il si menaçant?
-Elle sera la première que je tuerai, Chang. Tu ferai mieux de la surveiller."
Elle congratula sa tirade d'un rire léger avant de tourner les talons et de retourner grimper sur le mur d'escalade.
