Graham a esquissé un petit sourire gêné et a refusé mon offre pourtant généreuse.
-You don't mind if I...
Il a fait 'non' de la tête-comme si j'allais me priver de ma pizza si il avait dit le contraire. J'ai dévoré ma première bouchée, quoiqu'en faisant attention à ne pas m'en mettre partout, ce qui était plutôt dans mes habitudes. Ma propre malédiction : manger comme un cochon. Même quand j'essaie de toute mon attention de faire gaffe, je finis toujours soit par renverser une fourchettée, soit par me tâcher (et pas de la petite tâche qui part à l'eau et au savon, non non, celle qui demande un envoi en bac de détachage toute la nuit), soit par faire tomber un ustensile. Et depuis que je suis en convalescence, c'est souvent les trois à la fois. Donc, face à notre invité, j'essayais de ne pas me ridiculiser.
Lana discutait toujours à voix basse dans le couloir. C'était peut être un voisin, peut-être même Anthony et Stéphane, le couple qui m'avait pratiquement sauvé la vie, et avec qui nos liens s'étaient particulièrement resserés. Ils étaient venus trois fois à l'hôpital, et avaient grandement aidé ma mémoire à se restructurer. Je ne m'en faisais pas plus que ça, et surtout, je comprenais qu'elle ne les fassent pas entrer. Pour un peu qu'ils regardent la série eux aussi-et elle faisait cinq bon millions le samedi soir sur la 6, donc les chances étaient quand même conséquentes-et nous transformions une situation compliquée en bordel inextricable.
-Can I ask you a question ?
Il avait visiblement hésité un moment avant d'oser parler, comme si Lana ou moi allions lui taper dessus si il l'ouvrait. Bon. Le mec revient des morts et se retrouve paumé dans un pays étranger chez de parfaits inconnus...Je pouvais comprendre la difficulté de la situation. J'ai hoché la tête la bouche pleine, démonstration pleine et indéniable de mon éducation hors paire.
-Sure, ask away.
-What happened to you ?
Oh. Je pensais qu'il allait tenter de disserter sur la situation et son incongruité, mais je ne m'attendais pas à ça. J'ai reposé ma part de pizza dans la boîte, et je me suis essuyée la bouche.
-Oh, this...
Nous avons échangé un sourire, le sien, cette fois, plein d'empathie. Pas de pitié. Je l'avais vue, la pitié, et ce n'en était pas.
-Well...Let's just say that I have had an encounter with a very, very unpleasant man.
-Domestic abuse ?
J'ai tiqué. Curieuse demande. Et je doutais que les disputes conjuguales à Storybrooke du temps de son mandat de Sheriff soient régulières. J'ai ri doucement.
-No. There's a possible serial killer on the run, someone who...
Merde, comment est-ce qu'on disait ce mot, déjà ? J'étais trop fatiguée pour tenir la conversation bilingue sans problèmes.
-Someone who attacked people for a while, and eventually killed three of them. They sort of suspect a serial killer.
Il a eu une expression de choc très nette, la bouche entrouverte.
-I'm sorry.
-That's not your fault, obviously. I was walking home, and there he was. He chased me up to the entrance of this building...Had my neighbours not came back home early that day, I'd be dead.
J'essayais de sourire, histoire de jouer celle qui gère la situation, qui n'est pas traumatisée, qui ne fait pas des cauchemars la nuit, mais il semblait avoir percé mon secret à jour, et avait penché sa tête de côté dans une expression de sympathie franchement rassurante.
-I almost litteraly broke all of my left side's bones, but it's healing pretty well.
-I'm really, truly sorry. If I can do anything to help...
Yeah, find him and shoot the bastard down. J'ai gardé ma pensée vengeresse pour moi, et j'ai juste souri, chassant les larmes qui me montaient aux yeux.
-I'm fine. It's fine. I'm okay.
Qui est-ce que j'étais en train de chercher à convaincre, hmm ? Lui ou...Moi ?
Lana est revenue dans le salon, la mine gênée, et m'a fait signe de la suivre dans la cuisine, ce que j'ai fait avec mes béquilles, cette fois.
-C'est l'inspecteur Valade.
-Oh.
J'ai préféré me laisser tomber sur une chaise, parce que je savais, à sa mine défaite, que ce qui allait suivre n'allait pas forcément me plaire.
-Pitié, ne me dis pas qu'il a attaqué quelqu'un d'autre...
-Non. Non, non, non...
Lana était désolée de m'avoir fait peur, et elle essayait de me rassurer.
-Non, pas du tout. Au contraire.
Et là, mon coeur a sauté un battement ou deux avant de repartir. Elle s'est agenouillée à ma hauteur, et a posé ses mains à plat sur mes genoux, histoire de s'assurer que je comprenne bien ce qu'elle avait à dire, et surtout, que je l'écoute.
-Ils pensent l'avoir arrêté, et ils ont besoin de toi pour l'identifier.
Un flot de larmes a coulé sur mes joues à cette annonce. Des larmes de tous les goûts, et de toutes les couleurs. Depuis l'autre bout de l'appartement, Graham nous a demandé si tout allait bien, et Lana a répondu rapidement, elle-même au bord des larmes. Elle m'a fait un grand sourire rassurant, maternel. Difficile de croire à cet instant précis que j'étais la plus vieille. Jack s'est précipité vers moi, sentant que je n'étais pas au mieux, et a sauté sur mes genoux, poussant Lana, qui ne lui en a pas tenu rigueur.
-Ils veulent que tu viennes maintenant pour qu'il soit déféré au parquet dans la nuit.
Je voulais lui planter un million d'arguments pour ne pas le faire. Je ne me souvenais pas de lui. Je ne voulais pas revoir son ombre. J'étais terrifiée. Mais je savais que la seule chance que j'avais de retrouver une vie normale tenait à ça. Cela ne servait à rien de lutter, je savais que de mon témoignage pouvait dépendre un retour à la sécurité général. Je devais le faire, et ce que ça me coûtait n'était qu'un dommage collatéral.
Je voulais que Lana vienne, mais laisser Graham-le-revenant seul pendant une ou deux heures me semblait à la fois complètement idiot et parfaitement injuste. De toute évidence, il était complètement secoué, ne comprenait rien de plus que sa suspicion de malédiction, et ce serait inhumain de le laisser mariner. Je lui ai rapidement expliqué ce que j'allais faire, et Lana m'a accompagnée jusqu'à la voiture de l'inspecteur, qui lui a confirmé qu'une fois ma tâche effectuée, il me ramenerait personnellement et m'escorterait jusqu'à la porte. C'est ce qui m'a fait comprendre que leur suspect était peut être loin d'être coupable, puisque même lui pensait que le quartier ne serait pas en sécurité même après l'identification. Le trajet jusqu'au poste, je l'ai fait avec la sensation que chaque fois que j'avalais ma salive, une brique ou deux tombaient dans le fond de mon estomac. J'ai envoyé un SMS simple à Lana, tout de même, lui demandant de ne pas être trop dure avec notre invité. Peine perdue. Je savais qu'il allait passer un quart d'heure polaire...J'avais bien vu comme elle lui avait parlé plus tôt.
Dans le noir, on voyait très nettement l'enseigne lumineuse bleue, blanche et rouge du poste, qui servait presque de seule lumière sur le parking. L'inspecteur Valade, un grand type, vieux beau, au visage étrangement chaleureux et à la moustache poivre et sel, m'a aidée à monter les trois marches du perron du poste de police. Il m'a escortée jusqu'à son bureau, où il m'a servi un café très sucré et m'a expliqué ce que je devais faire.
-Vous serez dérrière une vitre sans tain, donc, ils ne peuvent pas vous voir.
-Ils ? Au pluriel ?
-Procédure standard de reconnaissance.
-Comme dans les films américains, hmm ?
Il a souri.
-Exactement, très Usual Suspects.
J'ai souri à mon tour.
-Sauf qu'ils étaient tous coupables.
Il m'a pointée du doigt, complice.
-Vous connaissez vos classiques.
-Et j'espère qu'on va réussir à mettre la main sur Kaizer Söze.
J'ai souri à nouveau, plongée dans mon café-honnêtement, appeler ce jus "café" me semblait être une insulte proférée à l'encontre de tous les vrais cafés. Jus de chaussette correspondait plus à la description. Jus de chaussette corsé, même. Si j'avais été moins intimidée et effrayée, j'aurais presque pu lui demander si son breuvage faisait tomber les dents. J'ai gardé ma réplique pour moi.
-Est-ce que je peux passer un coup de fil avant de commencer ?
Il a tiré une cigarette de son paquet rouge, et a ouvert la fenêtre de son bureau avant de l'allumer et m'a désigné le couloir.
-Pas de problèmes.
Je suis sortie dans le grand couloir qui longeait les bureaux et au fond, les cellules de dégrisement et de garde à vue. J'ai sorti mon téléphone de ma poche et ai trouvé une posture qui me permettait de conserver mon équilibre, d'éviter que mes béquilles ne tombent, et de tenir mon téléphone de ma main gauche, si douloureuse fut-elle. Fort heureusement, Lana était mon contact le plus récent, et je n'avais pas à faire de longues manipulations pour la joindre.
Une sonnerie.
Pourvu qu'elle ne l'ai pas perturbé plus que ce qu'il était en arrivant.
Deux sonneries.
Si ça se trouve, elle l'a tué.
Trois sonneries.
Oui, c'est sûr, elle l'a tué et est en train de faire disparaître le corps, à la Breaking Bad.
Quatre sonneries.
Pauvre Graham. Sa deuxième vie aura été courte.
Cinq sonn...
-Oui, alors ?
Avantage notable de Lana : elle va droit au but.
-Je ne sais pas, je n'ai pas encore commencé. Comment ça se passe de ton côté ?
-Tu as appelé pour être certaine que je ne l'avais pas tué, hein ?
J'ai esquissé un rire, plus propulsé par le stress que par la comédie, pour être parfaitement honnête.
-Il va bien, ne t'inquiète pas. Il a du mal à se souvenir de tout, et ne sait pas ce qui se passe, mais il va bien.
Au loin, deux policiers tenaient un type, menotté, tête baissée, et, visiblement, allaient le mettre en cellule de dégrisement pour un moment. Il se laissait traîner sans vraiment faire de résistance. Je me suis plaquée contre le mur, et un des deux policiers m'a fait un signe de remerciement en passant.
-Erin ?
-Oui, pardon. Je vais y aller, je voulais juste savoir si ça allait.
-Ca va. Je vais essayer d'éclaircir le mystère encore un peu en t'attendant. Ca va aller ?
-Oui, ne t'inquiètes pas, ça va. A tout à l'heure.
-Bon courage.
En raccrochant et en récupérant mes béquilles, je croisais accidentellement le regard du type qui venait d'être arrêté.
-Oh putain de bordel de merde c'est une blague...
J'ai traversé le couloir dans sa longueur à toute vitesse-autant que mes béquilles pouvaient me le permettre-, demandant au policier qui m'avait fait le signe si je pouvais jeter un oeil sur leur nouvelle recrue.
-Vous le connaissez, ma p'tite dame ? Arrêté pour ivresse sur la voie publique. L'est pas français, enfin, il cause pas notre langue.
Je n'ai pas pu m'empêcher de murmure un "dites-moi que je rêve" en me penchant vers les paroies en vitre de plexiglass de la minuscule cellule.
Assis sur un banc recouvert d'une couverture en laine grise ourdée de bouloches, la tête entre les mains, se tenait le plus dépité de tous les princes charmants. Le policier à côté de moi a posé sa main sur mon épaule.
-Ca va aller ? Vous voulez un verre d'eau ?
J'ai accepté le verre d'eau, et pendant son absence, j'ai tapé sur la vitre épaisse avec mon idex. Il a levé les yeux vers moi, et j'ai eu un instant de pur choc lorsque nos regards se sont croisés.
-David ?
De se voir appelé par son prénom a semblé lui donner un semblant de vigueur, et il s'est levé pour aller s'approcher de moi.
-How do you know my name ?
-Loooooooong story.
-Can you get me out of here ?
Perdait pas le nord, Charmant.
-I don't know. I suppose so, if you prove to them you're not drunk.
-Drunk ?!
L'idée même lui semblait complètement folle.
-Well, yeah, they told me you were hanging outside completely pissed.
Je voyais qu'il paniquait légèrement.
-That's not true, I...Listen, I don't know how I ended up in the streets, but I was not drunk, I swear.
L'inspecteur Valade m'a appelée, alors que l'autre policier revenait avec son verre d'eau.
-Listen, I'm gonna try to get you out, but you're going to need to cooperate with anything I'd...Oh, merci.
Le policier ma donné le verre, et a appelé Valade en lui disant que j'étais là.
-Alors, vous avez pu parler avec notre ivrogne ?
J'ai hoché la tête, le nez dans mon verre d'eau.
-Oui, et je pense que si vous lui faîtes faire un test d'alcoolémie, il sera négatif.
Le policier a pouffé, comme si l'éventualité d'avoir arrêté un innocent lui semblait impossible à croire.
-On va le faire, mais je suis moins optimiste que vous. Il était tellement déchaîné qu'on n'a même pas pu le faire souffler dans le ballon.
-Vous n'avez pas de traducteur ? Il n'a peut être pas compris.
-Un vendredi soir ? Autant demander à la Lune de chanter la marseillaise !
-Je vais lui expliquer, alors.
Nouvel opinement du chef et du képi qui allait avec.
-Ah ben vous m'retirez une belle épine d'la patte.
Je me suis retournée vers David, qui avait suivi notre conversation sans en comprendre une virgule.
-Okay, listen, you're going to need to pass their alcool test. You just need to blow in a little device, and they'll know you are not drunk. Then they'll let you leave, and I'll bring you home with me. I take it you have no idea what happened to you, and you don't know why or where you are ?
Il a été confus une seconde, avant de hocher la tête.
-You're not the first Storybrooke person I meet today.
Une lumière est passée dans ses yeux, avant que je ne secoue la tête négativement.
-And before you ask, no, I haven't seen either Snow, your kids, or your grandson.
-Who, then ?
-Er...
Your dead sheriff, no biggie.
-You'll see. I'll be right back, okay ?
Il m'a dévisagée, ne sachant pas si il pouvait ou non me faire confiance.
-Please, David, trust me.
Il a juste fait 'oui' de la tête, avant que Valade ne me prenne par le bras affronter mon pire cauchemar.
Le bon côté des choses, c'était que de tomber sur un deuxième personnage de Storybrooke dans la même heure m'avait grandement fait oublier ce que j'avais, maintenant, à faire. Mais face à la vitre, même sans tain, je ne parvenais pas a contrôler un tremblement dans ma main valide. L'inspecteur a tiré une chaise, et m'a donné un moment avant de faire rentrer ses "suspects". Et puis il leur a fait signe. Cinq résidus des enquêtes rock and roll de la police.
J'ai regardé le premier, rassurée. Un gros type costaud avec un tatouage apparent sur la nuque, et une mine patibulaire, mais pas un tueur. Le second était un petit mec aux origines asiatiques qui ressemblait plus a un geek qu'à un tueur. Le troisième...
Le troisième m'a glacé le sang. J'ai mis ma main devant ma bouche, et j'ai détourné mon regard un instant. Lui. Lui, il correspondait exactement au peu de souvenirs que j'avais de mon agresseur.
-Le trois, inspecteur. Je ne pourrais pas vous le confirmer à cent pour cent, mais...
Gut feeling.
-Vous avez regardé toute la rangée ?
J'ai secoué négativement la tête, avec une soudaine envie de vomir tellement j'avais peur. L'inspecteur s'est approché et, d'une voix douce, m'a demandé de regarder la ligne en entier. Procédure, ou quelque chose comme ça...
Alors j'ai regardé. J'ai regardé le sol, et compté les paires de jambes, puis j'ai levé les yeux sur le quatrième seulement. Un chauve à lunettes avec une tête à être prof de maths en collège. Quand au cinquième, que je je regardais de bas en haut, j'allais commenter son allure quasi-gothique avant que je ne m'arrête sur son visage et son...Absence...De main gauche...
-You have to be fucking kidding me.
L'expression anglaise était sortie bien malgré moi, et a fait dire a l'inspecteur un "hu ?" tout en relevant sa moustache sous une grimace.
-Rien, rien...Enfin...Le cinquième, vous l'avez trouvé où ?
Il a haussé les épaules.
-Ivresse sur la voie publique, il n'était pas très loin de l'autre type qu'on a arrêté en ville.
J'ai, par reflexe pur, posé ma tête contre la vitre, histoire de reprendre mes esprits.
-Je ne pense pas qu'il soit ivre...
L'inspecteur a rigolé.
-Ah, si, si, il avait un gramme seize, et une flasque de rhum sur lui !
-Le con.
-Vous le connaissez ? Et vous savez pourquoi est-ce qu'il est déguisé en pirate la veille d'Halloween ? C'est tôt pour commencer à faire la fête, et quelque chose me dit qu'il ne chercher pas a récupérer des bonbons...
Là, je ne pouvais pas exactement le contredire. Sortir David de garde à vue serait simple, il respirait l'innocence et l'équilibre. Sortir Hook, par contre...
-Il s'appelle Killian. Et il est...
Vite, vite, vite, une justification autre qu'une fête d'Halloween commencée trop tôt. Un truc, quelque chose...Une idée de génie.
-Dans mon club de jeux de rôles !
L'inspecteur a croisé ses bras et lissé sa moustache de deux doigts, visiblement pas complètement convaincu par la teneur de mes mensonges. Je me suis retournée vers lui, principalement pour ne plus avoir le tueur présumé dans mon champ de vision.
-Votre club de jeux de...Rôles ?
-Oui, oui oui, on...Aime...Faire des week ends dans la forêt, en costume, avec les copains, et, erm...Deux fois par an on organise un week end spécial avec les joueurs étrangers avec lesquels on joue sur internet. David en fait partie, aussi, c'est pour cela que je les connais...
-La flasque de rhum, elle fait partie du costume ?
Woa, le mensonge prenait. Pitié de mon interlocuteur, une fois encore, j'en étais sûre, mais je m'en fichais. Pourvu que je les sorte de là tous les deux.
-Killian aime rentrer dans le personnage.
-Et la main ? Enfin, le crochet qu'on lui a retiré...
Merde, Hook, tu m'emmerdes avec tes foutues specificités.
-Il l'a perdue dans un accident. Il est bûcheron, et...
Bûcheron. Bûcheron. Il avait tout sauf la carrure du mec à chemise de flanelle qui abat le bois par tonne. Bûcheron !
-Et il s'est pris la main dans une scie à bois, et normalement, il a une prothèse, mais quand il joue son rôle, il a un crochet. C'est même pour cela qu'il a commencé les jeux de rôles, pour pouvoir jouer avec son nouveau handicap, et ça l'a aidé à passer un cap.
Plus gros le mensonge, plus il a de chances de fonctionner, hein ?
L'inspecteur a hoché la tête, la main toujours sur sa moustache, dans une expression interdite. Puis il a eu un air satisfait. Ca avait marché. Hook bûcheron, ça avait marché. Il s'est rassombri.
-Revenons-en à votre agresseur...Numéro trois, vous êtes sûre ?
-Inspecteur, je ne peux pas être sûre, mais je peux vous garantir que de le regarder à l'instant a suffit à me faire descendre un frisson le long du dos. Je pense que c'est lui. J'espère de tout coeur que c'est lui.
Il a fait signe a un autre policier qui a fait signe a un troisième, et les cinq types, Hook compris, sont sortis de la salle.
-Et maintenant ?
-Comparution immédiate. Il dort en prison à partir de ce soir.
J'ai lâché un long soupir. Peut être que ce soir, j'allais réussir à dormir. Enfin. Bon. Bon. Il fallait que je me concentre pour régler l'autre problème. Hook et Charmant arrêtés pour ivresse sur la voie publique.
J'avais un avantage net. L'inspecteur Valade était, après Lana, la première personne que j'avais vu après l'attaque, et il avait été plus que rassurant, il avait être presque...Paternel. Je savais qu'il avait deux filles de mon age, et qu'il s'était mis dans la position où ses enfants avaient étés attaqués, et il avait été fantastique. Je savais que je pouvais jouer sur cette carte confiance pour tenter de les sortir de là.
-Inspecteur...Si je me porte garant pour Killian et David, est-ce que vous pourriez...Les relâcher ?
Ouh là. D'habitude, je n'avais pas tant de courage, ni de culot. Mais la situation me donnait des ailes. Il m'a regardée, sans rien dire, un instant.
-Disons que ça se pourrait...Vendredi soir est plutôt animé, et mes cellules de garde à vue sont précieuses. Vous me certifiez que vous les connaissez ?
Oui, enfin non. Au travers de ma télé, ça comptait ?
-Oui. Les jeux de rôles.
-Aha. Les jeux de rôles.
Il a soupiré et à fait signe au policier d'aller chercher Hook et Charmant.
-Vous les gardez sous la main dans les 24 prochaines heures, si jamais on a du nouveau. Et c'est à vous que je confie le crochet et la flasque. D'accord ?
Merde, jamais j'aurai cru que c'était possible. Ni si facile. Mais je n'étais pas forcément persuadée que d'avoir Graham, Hook et Charmant à la maison ne revenait pas à plonger tête la première dans une montagne d'emmerdes grosse comme le mont Fuji. D'autant que si ces trois-là étaient dans mon entourage proche, cela voulait dire que tous les autres avaient sûrement subi le même sort. Que ma ville regorgeait donc de nains, de princesses, de reines maléfiques et de magiciens. Et il fallait que ça tombe sur nous...Forcément.
Le policier est revenu, alors que David et Hook se toisaient en chiens de faïence, et que je réalisais le miracle que c'était qu'ils ne se soient pas entretués encore. Hook m'a regardée avec son air enjôleur, et avant même qu'il ne dise un mot-qui serait forcément obscène déguisé en compliment-je l'ai coupé.
-Okay, guys. Here's the thing. No one knows why you are here, as far as I can tell, but since there's already someone from Storybrooke at home, I guess that reuniting you is kinda...the plan now. I've convinced them to release you, if I can vouch for your activities in the next 24 hours, and for a much longer time than this, I'm afraid. Anyway. You're all out, we're going home, and Killian, you are not anywhere about to see the color of your flask ever again.
-But I'm...
-Shut. Up. And let's get out of here. Oh, and if anyone asks why you are dressed like that, you're role playing.
L'inspecteur les a interrogés un moment à part, avec mon aide pour la traduction, et ils ont plus ou moins confirmé tous les deux mes dires. Enfin, la traduction a confirmé mes dires. Il les a fait signer deux dépositions, a rendu le crochet et la flasque que j'ai mis dans mon sac sous le regard agacé de leur propriétaire, et comme promis, il nous a raccompagnés. Personne ne disait rien dans la voiture, et les deux passagers sur la banquette arrière regardaient chacuns de leurs côtés par la fenêtre. Heureusement que le trajet était court, parce que je craignais à tout instant que l'un n'attaque l'autre-que Hook n'attaque David, naturellement.
L'inspecteur nous a raccompagnés jusqu'à l'ascenseur, et, tous les trois tassés dans moins de deux mètres carrés, la situation devenait carrément hallucinante. Hook m'a souri-de son sourire canaille.
-Can I have my...
David et moi avons interrompu sa question du même "no". David l'a regardé avec un air de triomphe.
-So if you won't have your hook, I guess I should now call you Hookless...Mate.
Killian l'a toisé alors que nous passions le troisième étage-bordel, encore six-et a esquissé un rictus moqueur.
-Girls, calm down.
L'histoire n'expliquait pas pourquoi je parvenais à les mâter, tous les deux. Trois ans de cours de facultés avec des étudiants plus souvent sauvages qu'autre chose, peut être. Le fait est que j'avais récupéré un semblant de silence, et qu'ils se toisaient tous les deux sans rien dire. J'avais hâte d'arriver, partiellement parce que j'avais terriblement mal au dos et à la jambe, mais aussi pour trouver un minimum de sens à toute cette situation.
Sixième étage. Septième étage. Huitième étage. Maison !
J'ai invité les deux repris de justesse à sortir, et je les ai suivis, puis j'ai ouvert la porte, et les ai invités à rentrer. J'aurais pu prévenir David qu'il allait tomber sur un revenant, mais je m'en fichais un peu. Puisqu'on n'en était plus à un choc près, pas de raisons qu'ils ne partagent pas l'état d'esprit.
Lana a allumé la lumière de l'entrée et a ouvert la porte du salon, a ouvert une bouche ronde comme un O, puis elle a éclaté de rire. Probablement nerveux.
-Oui, hein ? Je les ai trouvés en garde à vue.
Ca n'a fait que renforcer ses rires.
-Qu'est-ce qu'ils avaient fait ?
-Ivresse sur la voie publique.
Je suis entrée dans le salon, où notre invité mystère m'a fait un sourire rassurant, puis je me suis assise, laissant Lana se débrouiller avec les deux autres.
-We're going to clarify your mystery...
Il m'a regardée, un peu perdu.
-How so ?
Et puis il a vu David et Hook.
Hook n'a rien dit et s'est assis sur un fauteuil sans même y avoir été invité. Et puis, pas en gentleman, non non, affalé, les pieds par dessus bord, comme sur son bateau. David, quand à lui, semblait visiblement très heureux de voir Graham, et échangeait bien trop vite avec lui pour que je ne parvienne à comprendre la totalité de leur conversation.
J'avais lâché mon sac trop près de Hook, et en un clin d'oeil, il avait récupéré sa flasque et remettait son crochet, qu'il leva dans ma direction.
-Thanks, love. So, is anyone going to tell me what the hell is going on, and why are we talking with corpses ?
Graham et Hook se sont regardés avec...Animosité, pour peu dire. David s'est retourné vers Hook, sans trop comprendre comment est-ce qu'il pouvait savoir.
-I know a lot more about y'all than you think I do, mate.
Et une nouvelle rasade de rhum.
Lana a haussé le ton.
-Everybody, sit down. NOW !
Hook a fait un genre de révérence pour montrer a Lana qu'il était déjà assis, et elle lui a arraché sa flasque, sous ses protestations muettes.
David s'est assis à côté de Graham, face à Hook, et Lana est restée debout.
-Now we need to know what happened to you all. What do you remember ?
David m'a regardée, puis a regardé Lana.
-I don't know. We were having a normal day, we were waiting for Emma and Henry to go have dinner at Granny's, and...Next thing I know, I'm in this gloomy pub surrounded with people I don't know, and who does not speak my language.
Lana lui a fait bonjour de la main.
-France, hello. Sorry for the rude welcome.
-France ? What...Why ?
-As if we knew more than you do. An hour ago, someone rang at the door, and we found the dead sheriff on our doormat, super-alive for someone who has been dead for so long. That's all that we know.
David semblait plongé dans ses pensées, et puis il s'est rendu compte que ses mains étaient tâchées, et Lana lui a montré où était la salle de bain.
-C'est un truc de dingue...
-A qui le dis-tu. David était en garde à vue, et Hook faisait carrément partie des "suspects"...
-Woa. Et vous avez mis la main sur...
Je lui ai souri.
-A priori, oui. Ca y ressemblait. Beaucoup. Il reste en prison à partir de maintenant, jusqu'à son procès, j'imagine.
-C'est génial !
-Oui, mais je n'ai pas eu le temps d'y penser avec ces deux là...
-Tu crois qu'ils sont tous ici ?
J'ai haussé les épaules.
-Possible.
Depuis la salle de bain, on entendait le bruit de l'eau qui coulait, puis le robinet s'est arrêté.
-Erm...Why is there a giant poster of myself on your bathroom wall ?
(to be continued)
