Bonsoir! La fiction étant déjà terminée, je ne vois pas l'intérêt de vous faire attendre... Voici donc la deuxième partie, en espérant qu'elle vous plaira!

N'hésitez pas à me donner vos avis, je tiens vraiment à m'améliorer!

Sur ce, bonne lecture!

Les deux hommes s'assirent à nouveau au bar et John commanda deux bières. Il se délecta de l'expression de son voisin lorsque le serveur déposa les chopes devant eux. Ils discutèrent pendant une heure puis des négociations avec la Chine rappelèrent le politicien au travail. Ils se quittèrent donc précipitamment et partirent chacun de leur côté, réfléchissant.

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Toujours sur son fauteuil, Mycroft réfléchissait. La première fois, il avait pu se rattraper avec un mail. À cette époque, son plan avait été très simple, la jouer cash pour découvrir une faille chez John et s'y infiltrer. La faille, c'était la partie enfantine, les chances pour que l'argument Sherlock fonctionne étaient au beau fixe. Par contre, malgré son expérience, il n'était pas certain de parvenir à manipuler John. Finalement, il avait réussi à chambouler le médecin plus que ce qu'il ne l'aurait imaginé. En revanche, il ne parvenait toujours pas à comprendre pourquoi il avait voulu réconforter le blond. Il avait un peu paniqué en se rendant compte que le contact ne lui serait pas insupportable, juste désagréable. Il avait peur pour sa veste… Il n'avait finalement plus eu tant que ça envie de rentrer discuter avec les Chinois. Arrivant à la fin de son troisième verre de whisky, Mycroft décida de jouer quitte ou double. Il prit son portable et envoya un message à John.

Je ne comprends pas ce qu'il se passe, s'il te plaît, explique-moi. Est-ce qu'on pourrait se revoir ? S'il te plaît !

Je t'aime, si tu savais… MH

C'était niais, il se tuerait si quelqu'un d'autre que son John lisait ce message, mais c'était sincère et il espérait que la faculté du médecin à sentir ce genre de choses jouerait en sa faveur. Comment en étaient-ils arrivés là ? Parce qu'au moment de leur première sortie, Mycroft était toujours dans le calcul. Quand avait-il finit par s'impliquer ?

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Dans sa berline noire, le politicien repensait aux dernières heures. Il avait pris John dans ses bras. Certes. C'était uniquement pour son enquête, pour vérifier à quel point il pouvait avoir de l'influence sur le médecin. Ce qui le préoccupait, en revanche, c'était pourquoi il avait eu cette idée d'une part et surtout pourquoi cet instant était loin de son top dix des choses les plus désagréables qu'il ait eu à faire… Embrasser sa tante Karen lors des fêtes de famille arrivait en première position. Il se força à mettre tout le dossier John Watson entre parenthèse dans sa tête et à se concentrer sur les accords commerciaux qu'il devait négocier. Les Chinois étaient coriaces mais pas autant que lui.

Le lendemain, il appela Anthéa à l'interphone.

« Vous seriez adorable de renforcer la surveillance de John Watson pour le prochain mois. Et si vous pouviez faire quelque chose pour obtenir ses entretiens chez sa psychologue, ce serait parfait… Puis-je avoir un thé ? »

Il ne savait pas trop pourquoi il jugeait nécessaire de renforcer la surveillance, de toute façon, il allait devoir prendre le problème personnellement. Le médecin devrait normalement bientôt reprendre contact. Il avait intentionnellement oublié son parapluie au Cheval sans tête et Mycroft comptait sur John pour l'avoir emporté. C'est alors qu'il entendit la sonnerie de son téléphone. Bingo ! Il était plus rapide que ce qu'il avait imaginé.

Les Chinois devaient vraiment vous préoccuper pour que vous oubliiez votre parapluie. Passez à Baker street à l'occasion. Vous pourrez voir de vos propres yeux que je ne suis pas suicidaire.

John Watson

Bien, c'était déjà une étape de réglée. Il l'avait même invité à Baker street, ce qui n'était sûr qu'à 54%, au vu de leur dernière rencontre. Il décida de se rendre le soir même au 221B mais se connecta quelques minutes aux caméras du quartier, pour être certain que tout allait bien.

Le soir venu, Mycroft était parfaitement détendu. Il n'avait pas commis la même erreur que la dernière fois et son discours était parfaitement prêt dans sa tête. Il frappa à la porte et attendit que le médecin lui ouvre. Il l'accueillit avec un visage neutre et ne l'invita pas à entrer. Il se contenta de lui tendre son parapluie. Un ange passa. Le politicien s'était attendu à un sourire, au moins. Il ne savait pas trop quoi faire. John n'avait pas l'air d'aller mieux mais n'étais visiblement pas d'humeur à le recevoir… Pourquoi l'avait-il alors invité ? Il aurait pu lui demander d'envoyer un de ses employés. Il décida de briser le silence, et par la même occasion, de trouver très rapidement un plan B.

« Merci pour mon parapluie, John. Et vous, ça va ?

- Je n'ai pas besoin d'une babysitter, allez-vous en maintenant, répondit John, sèchement.

- Vous pensez que je n'ai rien d'autre à faire que de jouer les babysitteurs ? Je suis ici de mon plein gré et si je ne voulais pas honoré les dernières volontés de Sherlock moi-même, cela ferait longtemps que j'aurais utilisé une autre solution. »

En réalité, il était au pied du mur, mais un peu de bluff pourrait peut-être faire avancer la situation. Il devait faire en sorte de rendre John à Sherlock en bon état, et il y était déterminé. Déjà pour respecter sa promesse en vers son petit frère mais en plus pour pouvoir lui demander quelque chose en échange. Il avait vraiment besoin que le médecin entre dans son jeu, et le plus tôt serait le mieux.

« Je pensais que tous les Holmes savaient mentir et j'avais tort. Si votre seul but est d'être certain que je ne me foute pas en l'air, ne vous inquiétez pas, je ne suis pas assez stupide pour cela. Et ensuite, je doute que vous croyiez aux morts qui nous voient de là-haut, donc Sherlock ne saura jamais que vous ne vous occupez pas de moi. Si vous voulez que nous discutions autour d'une bière de temps en temps pour vous donner bonne conscience, soit. Mais arrêtez de vous prendre pour mon meilleur ami, on sait vous et moi que je suis plus ennuyeux que la pluie à vos yeux. Rien ne vous oblige à vous inquiéter pour moi. »

John avait balancé son discours d'une voix froide et monotone. Il salua Mycroft avant de refermer la porte au nez du politicien. Ce dernier, parapluie en main, était sonné. Il comprenait peu à peu pourquoi le blond passionnait tant Sherlock. Il avait une forme d'intelligence intéressante à étudier et un cran admirable. Bien sûr, même s'il disait que le courage était un joli mot pour stupidité, cet aplomb l'impressionnait. Cette visite n'avait dans tous les cas pas été inutile. Il avait récupérer son parapluie préféré et savait exactement comment il allait procéder dans l'affaire John Watson. L'ancien militaire avait un genre de sixième sens. Il arrivait à savoir lorsqu'il était sincère. Il allait s'en servir. Mais il faudrait beaucoup d'auto-persuasion pour avoir envie d'aller boire une bière avec lui. Il allait tenter le mensonge par omission dans un premier temps. Un vieil instinct s'était réveillé en lui, celui de la chasse. Faire stopper la douleur chez John Watson s'était transformé en un jeu qu'il voulait plus que tout gagner. Un objectif ambitieux qu'il tenait à atteindre.

Depuis ce soir-là, Mycroft avait un nouveau plan. Il était bien plus méthodique qu'avant, conscient que la minutie serait la clef. La première étape consistait en la récupération d'informations. Les habitudes du médecin, ses goûts… Il devait trouver comment l'atteindre autrement que par Sherlock qui était un sujet trop sensible pour l'heure. Et même s'il ne ferait aucune gaffe, puisque qu'il faisait partie des Holmes, mieux valait ne pas prendre de risque. Il commença par prendre lui-même la surveillance en main. Les dossiers bleu marine devinrent soudain bien plus épais. D'abord juste une corvée quotidienne, la tâche devint de plus en plus instinctive. Il connaissait par cœur tous ses horaires, à quelle heure il devait être plus attentif pour obtenir ce qu'il voulait. Ce qui n'était qu'une demande farfelue de son frère parmi d'autres trouva bientôt la place de rituel dans la journée de Mycroft. Il était conscient, quelque part, que les trois-quarts des informations collectées lui seraient hautement inutiles mais il continuait ses investigations. Il avait plusieurs fois voulu mettre la suite de son plan à exécution mais avait renoncé. Il ne savait pas trop pourquoi d'ailleurs. Un jour, quand il eut terminé de lire le rapport sur le rendez-vous de John, qui se rendait toujours chez sa psychologue, il se décida à agir. Il avait l'air de s'être encore plus refermé sur lui-même et le politicien n'aimait pas ça. Il ne pouvait pas se permettre de laisser la situation s'envenimer.

Que diriez-vous d'une pinte au Cheval sans tête ? Ce soir dix-huit heures serait parfait. MH

Il n'attendit pas la réponse et se mit en route. Il y serait en avance mais qu'importe. À dix-huit heures précises, John passa le pas de la porte. Il avait toujours l'air aussi sombre. Ils commandèrent et la discussion se déroula tout aussi naturellement que la dernière fois. Si Mycroft n'avait pas écouté son esprit cartésien en toutes circonstances, il aurait pu dire que ce lieu possédait une sorte d'aura. Mais cette idée était vraiment stupide alors il l'écarta rapidement. La soirée passa très vite et les deux hommes se quittèrent en prenant rendez-vous pour la semaine suivante. Dans sa berline, Mycroft fut frappé par un détail : ça n'avait pas été une corvée de discuter avec John Watson durant des heures. Il ne s'était pas ennuyé, pas une seconde. Son estomac fit de drôles de loopings. Comment était-ce possible ? Vraiment, il devait forcément trouver ce jeu amusant pour en être arrivé à un tel point.

De son côté, John lui aussi réfléchissait. Il n'avait pas hésité longtemps avant de se rendre au Cheval sans tête. Maudite curiosité ! Il n'y était allé que pour essayer de comprendre pourquoi le politicien s'intéressait soudain à lui mais n'avait pas obtenu de réponse puisqu'il n'y avait pas réfléchi. Il était trop absorbé par leur conversation pour cela. Pourtant, il détestait Mycroft et sa manie de tout contrôler, tout manipuler. Il en avait déjà horreur avec Sherlock mais le trait était atténué chez son colocataire. Ex-colocataire. Tient, il n'y avait pas pensé durant toute la soirée, étrange, effrayant, agréable, tout à la fois ? Et pourquoi avait-il accepté qu'ils se revoient ? On ne prenait pas rendez-vous avec une personne qu'on détestait, c'était stupide ! Et d'ailleurs, en dépit des arguments de Mycroft, il ne comprenait toujours pas pourquoi il tenait à passer du temps avec lui. C'était vraiment trop étrange ! Enfin, il voyait sa psy le lendemain, peut-être qu'elle l'aiderait à y voir plus clair…

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Mardi 15 février, John Watson

Docteur Sullivan : Bonjour John, comment allez-vous ?

John Watson : Les psy ont beaucoup d'humour… Vous pensez vraiment que je claquerais la moitié de ma rente ici si j'allais bien ?

DS : Je reformule, comment allez-vous depuis la dernière fois ?

JW : Hum… Je suis sorti, comme vous me l'aviez conseillé et… Enfin voilà.

DS : Mauvaise expérience ?

JW : Oh non ! C'était très sympa, c'est justement ça le problème, je suis sensé haïr cette personne et donc ne pas aimer passer une soirée avec elle… C'est étrange. Il n'y a que lorsqu'on se voit dans cet endroit que je la supporte. Sinon je ne peux pas la voir. Vous voyez, c'est le genre hypocrite et antipathique…

DS : Vous savez, le regard que l'on porte sur les gens change parfois, vous devriez en profiter.

JW : En profiter pourquoi ?

DS : Vous savez très bien pourquoi… Arrêter de vivre en ermite. Ou même recommencez à vivre, tout simplement.

[…]

Mardi 22 février, John Watson

[…]

DS : Parlez-moi de votre rendez-vous.

JW : Encore une fois, j'ai apprécié. Je ne comprends pas ce qu'il se passe. En même temps, il est très doué pour la manipulation alors je ne me fais pas d'idées mais tout de même. J'aime bien quand on refait le monde. L'autre jour, j'ai vu des enfants jouer et j'ai souri, ça ne m'étais plus arrivé depuis… Depuis… enfin, vous savez. Mais j'ai toujours du mal à le voir ailleurs que dans ce bar. C'est vraiment bizarre…

[…]

Mardi 29 février, John Watson

DS : John, vous me semblez plus en forme, quelque chose de neuf ?

JW : Non, mais ma nouvelle routine me convient bien. Et il a été sincère avec moi plus d'une fois hier. Vraiment, c'est impressionnant comme les gens peuvent gagner à être connus ! Vous savez, d'habitude il a une sorte de carapace indestructible et hier, il m'a laissé apercevoir sa véritable personnalité. Je me demande jusqu'où tout cela va aller… On ne se voit plus qu'au bar, comme s'il savait que c'était la condition pour que j'apprécie nos rencontres. Venant de lui ça ne devrait même pas m'étonner…

DS : Avez- vous des sentiments pour cette personne ?

JW : Je ne sais pas ce qu'on vous apprend en fac de psychologie mais ce n'est pas parce qu'on apprécie quelqu'un qu'on veut le prendre à même le tapis !

[…]

À la lecture de la dernière phrase, Mycroft avait rougit. Il était très loin d'être une vierge effarouchée mais l'idée que lui et John… Enfin… Sur le tapis… C'était incroyablement indécent ! Mais pourquoi pas ? Quoi?! Comment ça pourquoi pas? Il essaya en vain de remonter le temps pour ne pas penser la dernière phrase mais même le gouvernement britannique ne pouvait rien contre le temps. Et John l'appréciait. Prends garde Mycroft, ce n'est pas un avantage ! Il fallait qu'il surveille un peu ses pensées. Un peu beaucoup. Bon, visiblement, John commençait à baisser sa garde, donc l'honnêteté semblait être ce qui fonctionnait le mieux. Théoriquement, il aurait pu prendre ses distances, il n'était plus au fond du trou mais il n'avait aucune garantie qu'il ne replongerait pas. Il se décida à l'inviter au restaurent, pour changer un peu. Cadre inédit, ça promettait d'être intéressant. Il prit son téléphone et tapa un message à la va-vite pour l'inviter à dîner le soir même. La réponse ne se fit pas attendre.

Et je porte quoi ? Je voudrais pas vous faire honte dans un endroit pareil… JW

Curieux, pourquoi le médecin pensait-il qu'il pourrait l'embarrasser ? Si ça avait été le cas, il ne l'aurait pas invité, il n'était pas masochiste… Enfin, John attendait probablement une réponse et ce soir le politicien avait envie de jouer un peu depuis qu'il avait lu les conversations de John. S'il voulait penser tranquillement, il allait devoir trouver une pièce sans tapis… Il trouvait sa réponse à la psychologue beaucoup trop agressive et voulait dissiper l'affreux doute qui l'envahissait. Serait-il possible que John soit attiré par lui ? Non. Définitivement non. Mais ça n'empêchait pas qu'il pouvait un peu s'amuser.

Et bien… Je pense que la chemise blanche cintrée que tu as mise il y a deux semaines serait parfaite avec un jean droit. Celui que tu mets pour les rencards… MH

De l'autre côté de Londres, John recracha son thé et dû plusieurs fois relire le message qu'il venait de recevoir. Il s'attendait à une réponse froide et tranchée mais le politicien n'avait pas l'air d'être ennuyé par sa question. Et il le tutoyait. Lui, l'Homme de glace, l'avait tutoyé. Et les papillons qui dansaient dans son ventre lui faisaient peur. Mettant tant bien que mal ses pensées entre parenthèses, il partit se préparer. Enfermé dans la salle de bain, il s'attaqua au plus urgent, sa barbe de plusieurs jours qui lui donnait un air vraiment négligé. Il suivit ensuite sa routine, en y mettant bien plus de soin que nécessaire. Il se rappelait Harry quand ils étaient ado et qu'elle sortait avec son coup-de-cœur du moment. Bon Dieu ! Mais ça n'était pas pour Mycroft, n'est-ce pas ? C'était juste parce qu'ils se rendaient dans un endroit affreusement chic. Enfin, s'il arrêtait de se voiler la face quelques secondes, il devrait s'avouer qu'il se réjouissait à chaque fois de passer une soirée avec Mycroft. Leurs conversations étaient intéressantes, et la douleur le quittait le plus souvent pour quelques heures. Il avait recommencé à sourire et reprenait pied peu à peu. Il recommençait à travailler la semaine prochaine, c'était un progrès énorme ! Et il devait bien avouer qu'il devait tout cela à une seule personne. Mais la reconnaissance ne justifiait pas le fait qu'il sorte sa meilleure chemise et qu'il lui faille quarante minutes pour se préparer… Quarante minutes ? Il était en retard, bien jouer Watson !

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John était en retard. Il n'était jamais en retard. Il avait eu une demi-heure pour se préparer, c'était largement suffisant ! Il avait réservé une table une peu à l'écart, au fond de la salle. Une bouteille de champagne hors-de-prix attendait déjà dans le seau à glace à sa gauche. Soudain, il l'aperçut. Il n'avait jamais vu ça. Il ne s'était jamais rendu compte à quel point le médecin était sexy. Sexy ? Depuis quand utilisait-il ce genre de vocabulaire ? C'était ridicule, on aurait dit une adolescente ! John continuait à avancer, et il était sexy donc. Non, il lui fallait un autre terme. Scandaleusement magnifique ? Peut-être hyperbolique. Très, très agréable à regarder ferait l'affaire pour le moment. Il lui faisant un grand sourire. Lorsqu'il ne fut plus qu'à quelques centimètres, il lui fit purement et simplement la bise. Mycroft dû faire un effort surhumain pour rester impassible. La dernière fois qu'ils avaient été si familiers, c'était lorsqu'il avait réconforté le médecin. Puis il repensa à son message. C'est vrai qu'il l'avait cherché, en le tutoyant.

« Donc, si j'ai bien compris, on se dit tu maintenant ? Sauf si c'était une faute de frappe… entama John.

- Pourquoi pas, après tout ça fait longtemps que nous… euh passons du temps ensemble ! »

Mycroft avait hésité à utiliser le mot fréquenter. Ce qui impliquait tellement de choses qu'il en eut le vertige. Fréquenter ? Pourquoi voulait-il fréquenter John Watson ? C'était inouï ! Il réussit à se persuader que le vocabulaire importait peu et qu'il commençait à trop se prendre au jeu. Ils passèrent à nouveau une soirée agréable et le politicien ne voulait pas rentrer chez lui, pas tout de suite. Depuis qu'il avait pris sa mission personnellement, il avait de plus en plus de mal à rentrer chez lui le soir. Son appartement comportait deus étages immenses et une vue imprenable sur Londres qu'il ne partageait avec personne. Il avait toujours cru qu'il préférait la solitude ou plutôt s'en était persuadé mais sa vison des choses changeait. Il proposa donc à John d'aller se balader un peu. Ils marchaient depuis un quart d'heure, au hasard des rues, sans échanger un mot. C'était un silence confortable qu'aucun ne voulait briser. Leurs épaules se frôlaient parfois, tout comme leurs mains. Une fois, une seule, Mycroft prolongea le contact, mine de rien. C'était une expérience. Il voulait faire un état des lieux. Il n'aurait aucun mal à décrypter John et il pourrait ainsi adapter son plan. Le médecin ne devait pas avoir de sentiments pour lui, pour son propre bien. Mycroft ne pourrait jamais répondre à ses attentes. Il cessa de réfléchir et se lança. Les résultats furent plus que surprenants. Les étincelles s'étaient transformées en feu. Une chaleur agréable remontait de ses doigts, longeait son bras et terminait sa course dans son cœur. La panique était proche, menaçante. C'était un Holmes, il ne devait rien ressentir ! Il ne pouvait rien ressentir ! Mais pourtant, il aurait aimé que John le retienne. Depuis tout à l'heure, il avait l'air complétement perdu dans ses pensées. Est-ce qu'il réfléchissait à la même chose que lui ? Possible, mais est-ce que ce serait un bon signe ? Ce dernier brisa le silence au moment où le politicien allait parler.

« Je dois y aller, on s'appelle. »

Juste une phrase, sèche, lancée sans même le regarder. La chaleur disparut un millième de seconde plus tard, remplacée par un froid mordant. Son cœur se serra. Une minute, pourquoi son cœur faisait-il ça ? La dernière fois c'était quand il avait quitté la maison et que sa relation avec Sherlock avait irrémédiablement changé. Depuis il avait fait tout son possible pour ne rien ressentir et un ancien médecin militaire se permettait de mettre tous ses efforts par la fenêtre ? Mais bon Dieu ! Était-ce possible ?

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C'est à ce moment précis, lorsqu'il aperçut la silhouette du médecin tourner au coin de la rue, que son monde avait commencé à se transformer. Il ne l'avait pas réalisé immédiatement, il n'avait pas assez de recul mais maintenant il s'en rendait tout à fait compte. Son univers aseptisé avait disparu avec la silhouette de John. C'est pour ça qu'il avait besoin de lui. Il avait construit des murs entre lui et les autres pour tromper la solitude, paradoxal mais ça fonctionnait. Mais il n'y arriverait plus. Si John partait, il ne pourrait plus jamais revenir en arrière. Cette soirée au restaurant avait tout chamboulé. Sur le moment il n'avait pas bien réalisé mais maintenant, il visualisait très bien le gouffre où il s'était jeté. Cela faisait déjà deux heures qu'il avait envoyé son message à John mais il n'avait reçu aucune réponse. Il se décida à le relancer

Je sais que tu ne veux plus me voir, mais s'il te plaît, réponds-moi ! Retrouve-moi au bar, quand tu seras prêt. J'emménagerai là-bas s'il le faut, mais viens. Je t'aime, j'ai besoin de toi, je t'aime, Mycroft.

Il ne prit même pas la peine d'enfiler un gilet ou de réajuster sa cravate. Il pensa tout juste à prendre sa veste à cause du froid. Il héla un taxi, hors de question que l'un de ses employés ne le voit ainsi. Il regardait sans-cesse autour de lui, cherchant John dans les rues de la capitale. Il avait cet espoir de le voir, et de tout arranger. Mais c'était impossible, dans une aussi grande ville, quelles étaient les chances de croiser son médecin ? Il fit le calcul dans sa tête, en estimant dix pour cent d'erreurs. Les chances étaient pour ainsi dire, inexistantes.