Merci à toutes pour vos reviews très encourageantes !


2.

Les pas de l'incertitude.

Je m'installais au fond de la classe, et laissais courir un rideau de cheveux sur mon visage. Peut-être que si j'étais assez silencieuse, pendant deux mois, il ne me verrait pas ? Jess me fit les gros yeux depuis les premières tables, et c'était rare de la voir s'asseoir devant... Je l'ignorais et restais dans mon coin à me demander s'il ne fallait pas mieux partir pendant qu'il en était encore temps, changer de nom, et m'installer dans le Maine...

-Bonjour à tous ! S'écria Edward pour rétablir l'ordre et le silence dans la salle, et quand tout le monde fut attentif, il poursuivit. Je m'appelle Mr Cullen et je serai votre professeur de musique pendant les deux prochains mois !

Son sourire était éblouissant, au point que même du fond de la casse je pouvais entendre les cœurs de Jessica Stanley et de toutes les autres filles, s'éteindre puis redémarrer. Le mien était resté au point mort, du type, un battement par minute...

-Je vais commencer par faire l'appel, si vous le voulez bien, reprit-il en se saisissant de la liste de nos noms, et l'idée d'être un parfait ninja pendant deux mois devint encore moins plausible j'allais être démasquée, et absolument rien ne pourrait l'empêcher.

Il s'adossa contre son bureau, croisa les jambes, et de sa voix séduisante se mit à appeler les différents camarades de ma classe. C'était pire que le décompte avant l'explosion d'une bombe. Je partageais la peine de tout les démineurs du monde et éprouvais soudainement beaucoup de respect pour cette profession. C'était bientôt mon tour. Jessica Stanley me précédait, et quand elle eut soufflé un « présente » à peine audible, la fatalité frappa à ma porte.

-Isabella Swan ?

Je me résignais, et levais ma main à hauteur de tête avec une lenteur ridicule.

-Présente, dis-je d'une voix absolument impassible.

Edward leva ses yeux vers les miens, puis il se figea. Aucune phrase, ni aucune expression faciale n'étaient de circonstance, aussi je décidais de ne absolument rien dire, et rien faire. Il continuait de me fixer, et c'était difficile de jauger de son air, surpris, déconcerté, effaré ? Une chose était néanmoins sûre, la totalité de la classe s'était aperçue du malaise, et quand la moitié de celle-ci observait leur nouveau professeur en étant de choc, l'autre moitié me dévisageait moi, entrain de vivre une simulation de mort cérébrale. Je découvrais la définition la plus complète du mot « embarra ».

Edward revint soudainement à la vie, et poursuivit l'appel sans se soucier de l'incident, sans me lancer le moindre regard, et en vérité, je m'en rendais bien compte, en s'appliquant avec soin à ne pas le faire. Pour ma part je passais le reste du cours aussi inerte qu'un rocher à observer les filles de ma classe se dandiner pour dissimuler leur sur-production de cyprine. Je ne pouvais pas leur en vouloir après tout, j'avais fondu de la même manière, et mon cerveau également, à notre première rencontre. Mais le spectacle d'une douzaine d'ados en chaleur était véritablement un supplice. C'était néanmoins toujours mieux que de penser à la confrontation inévitable avec mon nouveau professeur. Confrontation qui devint beaucoup plus concrète lorsque Edward traversa les allées pour distribuer des polycopiés. Il s'arrêta à mon niveau, déposa la feuille sur mon bureau, et j'entendais la phrase avant même qu'il ne l'ai prononcée;

-Isabella, vous viendrez me voir à la fin du cours s'il vous plaît...

Je me contentais de hocher la tête sans croiser son regard. Il regagna sa place sur l'estrade, reprit le fil de son cours, et je continuais de ne rien faire. Comme à chaque fois qu'il se passait quelque chose de gênant dans ma vie, je me transformais en espèce de robot avec la capacité émotionnelle d'un dé à coudre...

L'heure touchait bientôt à sa fin, et quand la sonnerie retentit, j'observais la quasi-totalité de mes camarades me toiser avec sévérité. Ils étaient curieux, ça pouvait se comprendre. Bientôt il n'y avait plus qu'Edward et moi dans la pièce. Il se leva de sa chaise, referma la porte, et s'avança vers moi. Je n'avais pas bougé de ma table.

-Bonjour Bella, dit-il avec une voix pleine de réprimande.

C'eut l'effet d'une défibrillation et mon cerveau se remit en route.

-Bonjour Edward, répondis-je en souriant timidement.

je me sentais particulièrement honteuse.

-J'ai eu toute l'heure pour décider si j'étais en colère ou non, et je ne sais toujours pas ! Soupira-t-il en passant une main dans ses cheveux.

-Pour ma défense... Regarde-toi ! Fulminais-je en le désignant de ma main.

C'est vrai quoi !Son corps était un excuse à tous les mensonges du monde ! Ce genre de physique devrait être interdit par l'église catholique. Il se mit à rire et je me détendais un peu.

-Donc tu as... 17 ans ? Calcula-t-il en fixant le plafond.

-18 dans deux mois... rectifiais-je, comme si ce détail allait changer la donne !

-Oui, oui, signe du taureau, je me souviens bien, souffla-t-il en marchant.

-Et toi tu as...

Je le laissais terminer ma phrase en plissant le nez, comme si je m'apprêtais à recevoir un coup.

-23 ans.

Il avait l'air contrarié de nouveau, et le peu de calme que j'avais difficilement retrouvé s'envola avec sa bonne humeur.

-Je suis désolée...

Et je l'étais vraiment, surtout pour moi, car je passais pour la pire des idiotes.

Il faisait les cent pas, et ça devenait plutôt agaçant. Mais je n'étais pas en position de râler à propos de quoi que ce soit, alors je me contentais d'attendre patiemment que monsieur ait terminé sa danse de la colère.

-Bella, dit-il enfin, surtout j'aimerais que tu n'en parles à personne. Si la direction du lycée venait à avoir échos de cette histoire, elle pourrait s'imaginer des choses, les relations professeur/élève ne sont pas tolérées ici, et je tiens à garder ce poste.

-Ça va sans dire Edward, je n'avais pas l'intention de le crier sur tous les toits.

-Mr Cullen, corrigea-t-il. Hors de question que tu m'appelles Edward pendant les cours.

-Oui, évidemment, soufflais-je.

Je sentais la fin de la conversation arriver de façon imminente, alors j'attrapais mon sac et le glissais sur mon épaule gauche. Edward retourna s'asseoir à son bureau, et je me dirigeais vers la porte. Je sentais soudain un élan d'honnêteté arriver à grande vitesse, et j'avais beau tenter de le refréner, c'était déjà trop tard.

-Tu sais, une part de moi est tout de même contente de te revoir...

Mon système cardiaque avait rejoint les bancs de la CGT aussi sec !

Edward soupira bruyamment avant de répondre

-Moi aussi Bella... Maintenant fil, tu vas être en retard à ton prochain cours.

Je lui lançais un dernier regard et m'engouffrais dans les couloirs vides, à la recherche d'un mur sur lequel appuyer ma tête jusqu'à ce que la mort vienne me chercher...

Je passais le reste de ma matinée à me maudire, et à crouler sous une avalanche de questions.

-Qu'est ce qu'il voulait ? Tu le connais ? Il t'as dit quoi ?

Jessica Stanley venait d'atteindre un nouveau grade dans le domaine de l'agacement, et j'avais très envie de lui ouvrir la trachée pour en sortir des trucs visqueux.

-Il voulait simplement faire le point sur mes notes, mentis-je.

Elle me zieutait avec scepticisme, mais je n'avais rien de mieux en magasin, alors elle allait devoir s'en contenter. L'histoire fut bientôt le tour du lycée, aussi rapidement qu'une épidémie de peste noire, et je n'étais qu'à peine surprise quand Jacob aborda le sujet au réfectoire.

-Il paraît que tu as tapé dans l'œil du nouveau prof de musique ? Demanda-t-il avec un regard mesquin.

Il savait.

-Tu l'as vu ? N'est ce pas ?

-C'était mon premier cours de la journée.

-Quelle poisse !

Il se mit à rire et je l'accompagnais. Il était le seul à pouvoir relativiser les choses à ce point, et j'en avais vraiment besoin. C'était tout de même curieux qu'il puisse apaiser une situation pareille, et dans le même temps, broyer du noir à chaque fois qu'il se passait quelque chose d'un peu désagréable dans sa vie...

-Une chance sur mille !

-Moins que ça ! Raillais-je, et je me souvenais soudainement de comment toute cette histoire avait commencé Au fait, je crois que tu as une tâche à accomplir, Jacob !

Il baissa le regard vers son assiette et je savais qu'il avait compris.

-Bella... Murmura-t-il mais je ne voulais rien entendre.

-Non, pas de Bella ! Je me suis mise dans la pire des situations à cause de ton pari stupide, alors la moindre des choses, c'est que tu respectes ton engagement, et que tu ailles parler à la fille qui te plaît. Elle est dans le réfectoire ?

-Oui...

-Merveilleux !

-Je n'y arriverai pas Bella ! Protesta-t-il.

-Je ne veux rien savoir.

Je cherchais son regard, et souriais pour l'encourager. Il finit par me rendre mon sourire, et se leva d'un pas tremblant. Une part de moi était terrifiée à l'idée que ça tourne mal, mais il n'y avait aucune raison. Jacob était un garçon super, si je pouvais m'en apercevoir, n'importe qui le pouvait !

Il se dirigea lentement vers la table de Rosalie Hale, et j'attendais qu'il la contourne, ce qu'il ne fit pas, et là, je me mis véritablement à paniquer. Rosalie Hale était la fille la plus populaire du lycée, la capitaine des pom pom girls, la reine du bal, et accessoirement, la pimbêche officielle de Forks. Mon souffle se déroba, et je priais tous les saints pour que Jacob n'ait pas jeté son dévolu sur elle, mais sur l'une de ses copines. Ce serait tout aussi mauvais cela dit... Jamais je n'aurai pu imaginer que Jacob trouverait l'une de ses pestes à son goût, ça n'avait aucun sens ! Je n'entendais pas ce qui se disait la-bas, mais j'avais un bon visuel sur la scène. Je vis Rosalie Hale partir d'un rire tonitruant, et ses copines également. Puis je vis Jacob changer de couleur pour un rouge plus écrevisse, me jeter un regard affolé, et partir en courant à l'extérieur du self. Quelle merde ! Je me levais aussi sec pour le rattraper mais il avait une longueur d'avance, et le lycée était immense. Toutefois ce n'était pas grave, car je savais très exactement où j'allais retrouver Jacob. Je me dirigeais alors vers la bibliothèque, et au dernier étage, au rayon poésie, je le découvrais assis par terre en position fœtus.

-Jacob... murmurais-je en m'installant à côté de lui. Je suis terriblement désolée, si tu savais... Si j'avais su...

-Ce n'est pas de ta faute, dit-il, tu voulais simplement m'aider. J'aurai du te dire qu'il s'agissait de Rosalie...

Je m'éclaircissais la gorge, comme si ça pouvait rendre ce que j'avais à dire plus facile à prononcer.

-Comment se fait il qu'un garçon aussi chouette que toi puisse en pincer pour une morue comme elle !?

-Je savais que tu la jugerais !

-Évidemment Jacob ! Qu'est ce que je pourrais bien faire d'autre!? Il n'y a rien à aimer chez cette fille, elle est fade, superficielle et sans intérêt ! Tu vaux mille fois mieux !

-Elle est belle, et sûre d'elle, chuchota-t-il en fixant le sol de ses yeux vides d'expression. Elle n'hésite jamais, si elle veut quelque chose, elle l'obtient. Elle n'a peur de rien. Elle est tout ce que je ne suis pas, en fait...

Son explication fit redescendre ma colère, et je passais un bras autour de ses épaules musclées. C'était assez ironique de voir un garçon de son gabarit dans cette position de faiblesse. Il était blessé, et c'était en parti ma faute. Je me sentais affreusement coupable, et dans le même temps, j'étais furieuse contre Rosalie Hale et les filles de son espèce, pour rembarrer de la sorte celui qui était sans doute le plus gentil de tout les lycéens de ce bled. Oui il était timide et à la limite de la dépression, mais il était aussi intelligent, généreux, affectueux, à l'écoute, et n'importe quelle fille serait chanceuse de l'avoir dans sa vie ! Quelle époque grotesque ! Pourquoi est ce si ringard d'aimer le garçon sympa, et si à la mode de craquer pour le coureur de jupons ? Qu'est ce qui se passe dans la tête des filles pour ne pas voir la différence ?

-Rosalie ne sait pas ce qu'elle rate...

-Moi je sais ce que je rate, grommela-t-il et je resserrais mon étreinte.

Nous passâmes le reste de l'heure blottit l'un contre l'autre, à pester contre les femmes, les hommes, l'amour, la crise économique, et l'univers tout entier.

-Comment s'est passé ta journée ? Me demanda Charlie en mettant le couvert.

S'il savait...

-Bien, et la tienne ?

-Pas trop mal !

Charlie était le shérif de Forks, et si j'avais passé les premières années qui suivirent sa promotion à craindre pour sa sécurité, j'avais vite compris que ce qu'il pouvait se passer de pire ici c'était que la neige bloque la circulation...

-Pas d'alerte à la bombe ? Plaisantais-je.

-Non, mais madame Delfino à perdu son chat. Encore une fois. C'est presque pareil non ?

Je riais de bon cœur et m'attelais à la préparation du dîné. Depuis le départ de Renée, j'avais hérité du lot des tâches quotidiennes, et en particulier celle du repas, car l'intoxication alimentaire n'était jamais bien loin quand mon père cuisinait. Ça ne me dérangeait pas, bien au contraire, j'avais la sensation d'être utile à Charlie, et c'était agréable.

-Qu'est ce que tu nous prépares ?

-Un gratin, répondis-je en sortant les pommes de terre du placard.

-Je vais les éplucher, dit il, en me prenant le sachet des mains.

Il s'installa devant le plan de travail, et commença sa besogne. Je le regardais du coin de l'oeil et ne pouvais m'empêcher de sourire. Parfois, c'est comme si rien n'avait changé, comme si Renée était toujours là, derrière moi, à m'apprendre comment allumer le four. Mais elle était partie, et pour de bon. Et je n'avais plus personne à qui raconter mes chagrins affectifs. J'aurai voulu tout lui expliquer, ma rencontre avec Edward, son apparition à mon cours de musique, et les milles et unes questions que l'adolescente que j'étais se posait à son sujet. Et je ne pouvais décemment pas m'adresser à mon père, il possédait une arme, j'étais son unique fille de 17 ans, et Edward en avait 23. Ce n'était pas franchement une combinaison gagnante. J'avais Jacob, certes, mais Jacob, malgré tous ses états d'âmes, restait un garçon, jusqu'à preuve du contraire... Et je crois que c'est un genre de truc universel, mais les filles ne peuvent parler de trucs de filles qu'avec d'autres filles. Prends ça, Pythagore ! Cela étant dit, c'est complètement stupide. Et j'avais beau rire de ce genre de manies purement féminines, je me rendais compte que j'en étais victime moi aussi...

Le reste de la soirée se passa sur cette même note d'amertume, j'étais bien incapable de me sortir Edward de la tête, et il fallut une centaine des pages d'Emily Brontë pour que je parvienne à trouver le sommeil. Ce fut une nuit agitée, troublée par quelques rêves introspectifs infernaux, que je passais à me tourner encore et encore, jusqu'à ce que les premiers rayons du jour viennent m'extirper de mon angoisse.

...

Devant le miroir des toilettes du 2ème étage, j'analysais les deux gigantesques ombres violacées qui s'entendaient sous mes yeux. Mes nuits étaient désastreuses, et je n'arrivais toujours pas à identifier le problème. J'aurais fait un carton à Halloween, dans la catégorie zombie. Mais nous étions en mars, et je ressemblais plus à une junkie après son quinzième shoot d'héroïne dans une station service du New Jersey... Le pire dans tout ça, c'est que j'allais affronter le cours de musique, d'ici approximativement 5 minutes. C'était parfaitement injuste. Le cours de musique était, avec le cours d'art plastique, les deux seuls heures de détente où le travail ne ressemblait pas à celui d'un bagne. Maintenant le cours de musique était devenu un moment de tension et d'angoisse perpétuel. une semaine s'était écoulée depuis l'arrivée d'Edward entant que professeur, cinq cours donc, pendant lesquels il ne m'avait pas jeté un regard, et pas posé une question. Je veux dire, nonobstant notre petite histoire, ça faisait vraiment de lui un mauvais prof non ? Mais ce n'était naturellement pas ce détail qui m'offusquait... Une part de moi avait espéré que la fille qui lui avait tapé dans l'œil dans ce bar à Port Angeles, continuerait de lui faire un effet, même moindre. Il fallait croire que l'adolescente en converse avait eu raison de l'étudiante de lettres modernes, et j'étais devenu à ses yeux un genre d'entité asexuée, comme une cousine, ou une lampe. Et je m'étais presque résignée. Mais alors, pourquoi est ce que je continuais d'y penser, jusqu'à troubler mon sommeil de la sorte ? Ce n'était pas la seule raison, j'en étais consciente. En vérité, je n'avais pas passé une nuit correcte depuis le départ de Renée, et les gens s'étaient fait à ma mine de déterrée. Mais mes insomnies avaient pris un nouveau tournant depuis que le lycée n'était plus simplement une routine amère et sans intérêt. Non, il y avait Edward maintenant, et le lycée était devenu... différent. Et si je donnais tous les signes de l'abandon, ça ne m'empêcha pas de sortir mon anti-cernes de ma trousse à maquillage. Invention révolutionnaire, il faut le reconnaître.

La sonnerie n'avait pas encore retentit, que la salle de cours était déjà à moitié pleine. Mais pas un garçon à l'horizon, vous pensez bien ! Et c'était vraiment le monde à l'envers, car toutes les tables du fond étaient aussi vides que la tête de Jessica, qui bavait presque sur son cahier, en dévorant des yeux Edward. J'hésitais à lui faire un signe de tête, à lui dire bonjour, à danser la macarena, mais n'en fit rien. Étonnement, ce fut lui, qui m'adressa un mot.

-Bonjour Isabella !

Je me retournais, surprise, et bégayais un pauvre bonjour. J'étais mauvaise quand il s'agissait de réagir vite et bien. Il me décrocha un sourire militant pour toutes les marques de dentifrices du monde, et je me laissais tomber mollement sur ma chaise, en me demandant quelle mouche l'avait piqué. Pas un mot en une semaine, et un beau matin, le sourire max-white ? Peut-être que je me posais trop de questions. C'était bien mon genre.

Mike Newton fit le premier mâle à pénétrer au cœur de cette houle d'œstrogène, et vint s'asseoir à côté de moi. Mes yeux se plissèrent en un mouvement spontané et naturel, qui signifiait à la fois, « merde » et « vas t'en ». Mike Newton avait toujours eu un genre de béguin pour moi, même si je n'avais jamais vraiment compris pourquoi. En première année, je l'avais rembarré avec tellement de mépris et de dédain, que ça aurait fait fuir n'importe qui. Et depuis que Jessica Stanley avait jeté son dévolu sur lui, il semblait s'être plus ou moins mis en retrait. C'était donc étrange de le voir s'installer ici.

-Salut Bella !

-Bonjour Mike...

Comment une voix si peu enjouée pouvait-elle encourager quiconque à instaurer un dialogue ? Franchement ?

-Je me demandais... Est ce que tu as déjà un cavalier pour le bal du printemps ?

-Le quoi ?

-Le bal... Du printemps... Tu sais, en mai...

Fichus bal, était ce vraiment nécessaire d'en faire autant ? Un seul ne suffisait pas ?

-Non, et en vérité je ne suis pas certaine d'y aller, en fait, je suis même quasiment sûre de ne pas y aller.

Moi ? Danser ? J'avais plus de chance de croiser Mick Jagger dans ma salle de bain que de parvenir à danser sans me ridiculiser à vie.

-Oh...

Il avait l'air déçu et en détournant mon regard pour ne pas contempler ce spectacle, je m'apercevais qu'Edward n'était pas très loin de nous, distribuant le premier polycopié du cours, et je jurerais qu'il était entrain d'écouter notre conversation.

-Si jamais tu changes d'avis... tu sais où me trouver, reprit Mike avec un air tellement dépité que mon humanité refit surface de sous les décombres.

-Je ne suis pas là ce week-end là Mike, sinon j'aurai beaucoup aimé m'y rendre avec toi.

Je savais que ce geste de bonté aurait des conséquences, et je le regrettais déjà. Mike retrouva sa bonne humeur, en revanche, Edward sembla perdre la sienne, et son air était passé de neutre à clairement mécontent. J'osais espérer que ma soudaine politesse envers Mike Newton y était pour quelque chose, mais c'était absurde. Il ne pouvait pas être jaloux. Il fallait que je me rentre dans la tête qu'Edward était un adulte, et que depuis qu'il m'avait découvert sous le jour d'une lycéenne, il n'avait probablement plus le moindre intérêt pour moi. Du moins, pas le genre d'intérêt auquel j'aspirais...

-Est ce que... tu fais quelque chose après les cours ?

Voilà. Il s'était écoulé très exactement 20 secondes depuis ma tentative d'être sympa avec Mike, et il me le faisait déjà payer. Mais je ne pouvais m'en prendre qu'à moi ! Après tout, c'était aussi évident que la bouche refaite de Lindsay Lohan.

-Écoute Mike... Jessica est mon amie, et le code universel de l'amitié m'interdit de te fréquenter de cette façon.

-Quelle plaie ! On est pas mariés à ce que je sache !

Tact, finesse, subtilité... Je me demandais comment même Jess avait pu craquer pour un crétin pareil. Physiquement parlant, il n'était pas trop mal, surtout depuis qu'il avait pris un peu de muscle. Mike était le stéréotype du sportif raté, en perpétuel transit entre un échec amoureux et une salle sport. Mais au fond, il était comme une coquille vide, et aussi futé qu'une huître des îles Galapagos.

Edward réclama l'attention de tout le monde, et j'étais bien contente de voir mon voisin de table se taire définitivement. Ça m'apprendra à être gentille !

-Je ne sais pas si vous en avez entendu parler, mais un groupe de musique un peu spécial se produit dans une salle privée de Port Angeles la semaine prochaine. Ils reprennent des morceaux classiques du type Schubert, Bach, ou Stravinski, sur des tons modernes, rock et jazzy, et j'ai lu de très bonnes critiques sur internet. Je me suis dis aussi que ce serait une sortie éducative plutôt intéressante. Je vous distribuerai les autorisations de sortie à la fin du cours, à faire signer par vos parents avant lundi, évidemment.

La plupart des élèves paraissaient enthousiasmés, mais comme à mon habitude, je n'avais pas plus de réaction qu'une coupe de fruit. Néanmoins je n'allais pas rester tranquille très longtemps...

-Ah, reprit-il, j'aurai aussi besoin d'un ou d'une volontaire pour venir avec moi m'aider à faire les réservations.

Une vague de mains manucurées se levèrent, cherchant désespérément à toucher le plafond, et je ne pouvais m'empêcher de lâcher un rire stupéfait. Ce type avait vraiment un effet maléfique sur les adolescentes...

-Isabella Swan ?

Je levais mes yeux vers lui, et sentis une douzaine de regard haineux se poser sur moi. Il était sérieux ? Choisir la seule personne qui n'a pas lever sa main, c'est pas anti-pédagogique ça ? Une partie de moi crevait d'envie de répondre oui, vous vous en doutez bien... De toute manière je n'avais pas franchement le choix. Toutes les phrases venant d'un professeur, même celles formulées comme des questions, sont en vérité des affirmations. On ne répond pas « non merci » à « tu veux bien nous faire l'exercice ? » Ça ne fonctionne pas comme ça...

-Okay, dis-je en me tassant sur mon siège, car les filles me toisaient avec tellement de rage, que j'avais la sensation d'être le petit nouveau dans une prison sous haute surveillance.

Edward soutint mon regard avec une expression difficile à décrypter. Il avait l'air à la fois contrarié et satisfait... Pour ma part, je me sentais aussi perdue qu'une poule ayant trouvé un couteau.

-Très bien, reprenons le cours !

J'aurai voulu retourner à mes divagations et à mon stade physique d'objet inanimé, mais c'était trop tard pour ça. Mon cerveau venait d'entrer dans une transe, et je passais l'heure à me harceler de questions, comme si me les répéter encore et encore allait faire surgir une réponse de nul part. Pourquoi m'avait-il choisie ? Pourquoi m'avait-il ignorer pendant une semaine? Et blablabla. J'avais horreur d'être une fille à ce point là...

J'aurai aimé lui poser la question à la fin du cours, mais comme s'il avait deviné mes intentions, il n'attendit pas son reste pour quitter la salle. Il eut un bref regard en arrière qui m'indiqua que c'était une manœuvre délibérée, et je décidais que ça n'allait pas se passer comme ça. Je lui emboîtais le pas dans le couloir

-Est ce qu'on peut parler ?

J'avais l'air déterminée et sûre de moi, et c'était bien. Car c'était surtout faux. Edward zieuta autour de lui pour s'assurer de notre intimité avant de répondre.

-Je t'écoute.

-Je peux savoir ce qui te prend ?

Edward avait l'air surpris, et c'était bien normal. Avec lui, j'avais tendance à oublier qu'on ne parle pas comme ça à son professeur.

-Explique-toi.

-Tu ne m'adresses pas un regard pendant une semaine, et soudain je suis la volontaire idéale pour t'aider à organiser une sortie ?

Il fronça les sourcils, d'un air furieux, mais c'était difficile de dire s'il était furieux contre moi, ou contre lui-même.

-Tu n'es pas très active en classe, Bella, c'est ma façon de te faire participer, répondit-il.

-C'est la seule raison ?

Un léger sourire se dessina sur son visage parfaitement symétrique, et je ne pouvais m'empêcher de sourire à mon tour. C'était la pire des contagions. L'atmosphère s'alourdit aussitôt, et il planta ses yeux dans les miens avant de me répondre

-Non. Je souhaitais également m'offrir le plaisir de ta compagnie.

Je m'autorisais à me noyer dans son regard quelques instants. Il s'était rapproché de moi, tout doucement, et il était si près que je pouvais sentir son parfum en respirant. J'étais intoxiquée, et complètement vide de toute substance.

-Je t'attendrais demain sur le parking, à la sortie des cours, ajouta-t-il en reprenant sa marche.

Il m'avait choisie car il avait envie de me voir. Dans quel univers parallèle loin du nôtre cette réalité était-elle envisageable ? Je me sentais étrangement légère, et en même temps, mon corps était aussi lourd qu'un bloc de béton. J'aurai voulu répondre quoi que ce soit, ou même faire un simple signe de la tête, mais à la place je préférais rester bêtement immobile à le regarder partir. Edward Cullen était ma kryptonite.