Salut à tous,

On se retrouve aujourd'hui avec un autre texte du challenge d'Août.

Bonne lecture,

Yunoki & Baderoh


Le bonheur à portée de main – par Taï

La nuit venait d'étendre son manteau d'encre sur les vertes plaines anglaises des Cornouailles. Les animaux noctambules de la forêt s'éveillaient, émettant une cacophonie de bruits indistincts. Pas un souffle de vent n'agitait les quelques brins d'herbe sèche brûlée par les fortes chaleurs de ce mois de juillet. Semblant surgir de nulle part, deux silhouettes se découpèrent nettement dans la clarté lunaire. La plus petite prit la parole. Sa voix était ensorcelante, même si ses paroles étaient banales. « Et donc... Vous appelez ça transplaner ? C'est original comme moyen de locomotion. » Son interlocuteur la regarda longuement avant d'opiner du chef. Il fit quelques pas en lui enjoignant de le suivre avant de lui répondre. « Oui, c'est très pratique pour voyager. Beaucoup plus que la poudre de cheminette ou le Portoloin. Mais j'ai entendu dire que niveau vitesse, vous n'êtes pas les plus à plaindre ! « Cela doit en effet être ce que j'apprécie le plus dans le fait d'être vampire, répondit la jeune femme à la chevelure blonde en souriant. Le jeune homme fut pendant un court instant ébloui par le sourire parfait de celle qui l'accompagnait. Mais ma condition a plus d'inconvénients que d'avantages... » La nostalgie perçait dans sa voix. Cela pourrait-il être des regrets ou bien des remords ? Le sorcier n'aurait su le dire. Il avait de toute façon toujours été incapable de déceler avec clairvoyance les émotions des autres. De plus, l'immortelle n'avait révélé la cause de son mal-être qu'à une seule personne, son compagnon depuis soixante-trois ans maintenant Emmett. Le silence se prolongea, ni l'un ni l'autre n'osa le briser. Ils continuèrent de marcher tout droit, évitant branches basses et racines traîtres.

Enfin, ils arrivèrent à une chaumière incrustée de coquillages et blanchie à la chaux d'où émanait une douce lumière ainsi que de délicieuses senteurs de cuisine. Le jeune homme frappa un coup sec sur le battant de bois de la porte et s'engouffra dans l'habitation sans attendre aucune forme de réponse. La maîtresse de maison accueillit ses deux visiteurs avec un sourire éblouissant et des baisers sonores sur chaque joue, ses cheveux d'un blond argenté paraissant flotter derrière elle. « Bonsoir Arri. Je suis très contente de te voir. Que me vaut l'honneur de ta visite ? » Son accent français à couper au couteau écorcha l'oreille sensible de la jeune femme. Elle réprima à grand-peine une grimace dédaigneuse. « Bonsoir Fleur. Voici Rosalie Hale. Rosalie, je vous présente Fleur Delacour-Weasley.

– C'est un plaisir de vous rencontrer madame, dit poliment Rosalie.

– Plaisir partagé. Arri m'a parlé de vous et de votre famille. Je ne savais pas qu'il existait encore des vampires.

– Je puis vous assurer que nous sommes bel et bien réels, même si nous tenons à notre tranquillité et préférons donc passer inaperçus. » Elles se sourirent amicalement. Fleur avait le même don que l'immortelle pour charmer toutes les personnes qu'elle rencontrait. Cela était sûrement dû à ses origines vélanes. Harry s'éclaircit la gorge pour avoir leur attention. Elles se tournèrent d'un même mouvement vers lui. « Où est-il ? Est-ce qu'il va bien ?

– Il est à l'étage. Bill vient de monter pour le border. Le petit ange ne va pas tarder à s'endormir, je pense.

– Bien. Le voyage ne sera pas pénible dans ce cas. Je vais le chercher. Voulez-vous monter avec moi, Rosalie ?

– Évidemment, je viens. »

Rosalie suivit Harry dans les escaliers, se forçant à les gravir à une allure exagérément lente pour elle. Que les sorciers connaissent leur existence était un fait mais elle devait tout de même se comporter comme une humaine. Sur le palier, ils tombèrent sur Bill qui sortait discrètement de la chambre sur leur droite. Les présentations faites et le rouquin descendu rejoindre sa femme, Rosalie et Harry entrèrent l'un après l'autre dans la chambre d'enfant. La lueur argentée de la lune donnait l'impression que les ombres se mouvaient librement dans la pièce. « Hey buddy ! Il y a quelqu'un qui est venu spécialement d'Amérique pour te voir. » Le bébé, âgé de seulement deux mois, ouvrit grand les yeux. Rosalie aurait juré qu'il la fixait. Le jeune homme aux cheveux bruns ébouriffés se pencha au-dessus du berceau pour le porter avant de le tendre à la vampire. « Rosalie sera ta nouvelle maman, Teddy. Elle s'occupera bien de toi. » Elle le prit sans hésitation, ses bras s'adaptant naturellement au petit corps.

Le bébé tendit sa petite main pour toucher la joue de Rosalie. Elle lui sourit avec bienveillance et tendresse, sous le regard confiant d'Harry. Le jeune homme était convaincu de faire le bon choix. Il avait trouvé le nom des Cullen dans des notes de Dumbledore. Il avait l'air de les connaître et de leur faire confiance. Harry voulait que son filleul grandisse loin du monde des sorciers – qui lui avait pris ses parents – mais pas totalement isolé. Il l'avait précisé dans l'accord qui le liait désormais au clan Cullen. Il y aurait des visites régulières, un mélange d'enseignement moldu et magique dans la vie de l'orphelin. Même si s'en séparer lui coûtait beaucoup, il se faisait une raison. Teddy grandirait aux États-Unis et reviendrait au Royaume-Uni uniquement s'il le souhaitait.

Sortant une valise de cuir marron, Harry prépara sans hâte les affaires de Teddy. Il empila la couverture préférée du bébé, les vêtements offerts par sa grand-mère maternelle Andromeda et tout ce qui est nécessaire pour s'occuper correctement d'un nourrisson. Il la tendit à Rosalie qui s'en empara prestement. Ils descendirent dans le salon, la vampire avait toujours le bébé dans les bras. Il avait d'ailleurs fermé les yeux mais à sa respiration, elle savait qu'il ne dormait pas encore. Bill et Fleur les rejoignirent aussitôt.

« Arri, tu es certain que c'est la meilleure chose à faire ? Sa grand-mère pourrait s'en occuper…

– Ne t'en fais pas, Fleur. Harry sait ce qu'il fait !, intervint son mari en approuvant du chef.

– Je fais confiance au jugement de Dumbledore. Donc oui, je suis sûr de moi. Teddy sera heureux là-bas. Il ne grandira pas orphelin. Pas comme moi…

– J'ai quand même un mauvais pressentiment. Cela n'a rien de personnel, Rosalie, rassurez-vous.

– Je n'en doutais pas, madame. Soyez rassurée, ce petit ange est entre de bonnes mains avec moi et ma famille, affirma avec aplomb l'immortelle aux cheveux blonds.

– Bon, l'heure est venue d'y aller !, s'exclama tout à coup Harry en tapant dans ses mains, coupant court à la conversation.

– C'était un plaisir de vous rencontrer, monsieur et madame Weasley. J'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir.

– Je n'en doute pas. Sachez que votre famille et vous serez toujours les bienvenus ici, si jamais l'envie vous prenait de séjourner en Angleterre, proposa Fleur avec un sourire plein de grâce que lui rendit sa visiteuse. » Rosalie serra la main de Bill et de Fleur avant de se tourner vers Harry.

Le jeune homme l'accompagna jusqu'à l'extérieur. Ils firent quelques pas dans le sable qui entourait la maison. Une puissant bourrasque de vent ébouriffa leurs cheveux tandis qu'une odeur iodée leur parvenait, rappelant la présence de la mer toute proche. On pouvait entendre le constant flux et reflux de la Manche qui était très semblable à une respiration animale. La jeune femme ferma les yeux un instant. Elle avait toujours aimé les odeurs et les sons de la mer. Cela avait un effet apaisant sur elle. Puis, elle se tourna pour faire face au sorcier qui l'admirait en silence. « C'est ici que nos chemins se séparent. Nous nous reverrons très bientôt, je vous en fais la promesse. » Le brun acquiesça. « Je vous écrirai pour avoir des nouvelles de Teddy. Et bien sûr, nous viendrons vous voir là-bas.

– Alors au revoir Harry. Et merci pour tout… » Ils se serrèrent la main puis partirent chacun dans une direction Harry transplana pour rentrer chez lui à Godric's Hollow où il venait d'acquérir un bien avec Ginny pendant que Rosalie courait vers l'autre côté de l'Atlantique.

La traversée fut rapide et sans encombre. Une fois n'est pas coutume, le vaste océan était calme. Le petit Teddy s'était endormi, bercé par les foulées régulières de Rosalie. Ils arrivèrent à Rochester un peu avant l'aube. La villa était plongée dans le noir, il n'y avait aucun bruit. On aurait presque dit que personne ne vivait ici. Rosalie entra et fut aussitôt assaillie par une mélodie au piano, Ragtime de Stravinsky. C'était Edward qui lui souhaitait la bienvenue avec son morceau préféré. Elle sourit à cette délicate attention. Son « frère » était toujours très prévenant avec elle et cela la touchait, même si elle refusait de l'admettre devant lui. Ils avaient une relation de frère et sœur assez étrange d'ailleurs. Elle pouvait l'apprécier comme elle pouvait le détester, tant il était agaçant et railleur. Mais cela lui fit du bien de rentrer à la villa. Rosalie posa la valise qui lui avait été donnée par Harry sur le sol dans le salon. Elle était enfin chez elle.

Emmett l'enlaça par la taille tout en l'embrassant dans le cou. Si elle avait encore été humaine, elle aurait frissonné tant la sensation était agréable. Sa nature de vampire décuplait, voir centuplait sa perception des choses. Puis, aussi vite qu'il était venu, son compagnon s'éloigna de Rosalie. « Ainsi donc, voici le nouveau petit Cullen… Et c'est un garçon. Il pourra venir faire du sport avec moi. C'est bien. » Les lèvres du vampire brun s'étirèrent en un large sourire. De toute évidence, il était très fier d'avoir un fils adoptif avec qui il pourrait partager sa passion pour l'exercice physique. Rosalie sourit également, regardant tour à tour son mari et le nourrisson qui était désormais son fils avec une tendresse non dissimulée. Elle était heureuse comme jamais elle ne l'avait été auparavant. Plus encore qu'après sa rencontre avec Emmett, son âme sœur.

Le clan Cullen dans son intégralité vint se rassembler autour du couple. Esmé et Carlisle s'approchèrent à pas mesurés pour se pencher au-dessus du bébé endormi.

« Qu'il est mignon !, s'extasia Esmé. On dirait un petit ange… Comme je suis heureuse pour toi, Rose… Tu connais enfin le bonheur d'être mère !

– Oui, je me rends compte que j'ai beaucoup de chance. Et merci Esmé…

– Il a l'air en parfaite santé en plus. Quelle tragédie ce qui est arrivé à ses parents… »

Carlisle sourit tristement. Parler d'une guerre l'affectait toujours autant, malgré toutes celles qu'il avait vues et toutes les victimes qu'il avait soignées ou aidées pendant sa longue vie d'immortel. Il ne comprenait toujours pas pourquoi des humains s'entre-tuaient, juste par soif de pouvoir. Le « Lord Voldemort » dont son vieil ami Dumbledore lui avait parlé dans une lettre lui inspirait un profond dégoût.

Edward et Jasper s'approchèrent à leur tour, suivie par Alice de sa démarche dansante.

« Alooooooors qui avait raison encore une fois, Rose ?, persifla la brunette avec un sourire moqueur. Je te l'avais dit que tu serais maman ! Je l'avais vu.

– D'accord, j'admets que tu avais raison Alice. J'aurais dû te faire confiance. Depuis le temps que nous sommes sœurs, je devrais savoir que tes visions ne se trompent jamais. » L'intéressée éclata d'un rire fluet. « Quel âge a-t-il en fait ?, demanda soudainement Jasper, prenant Rosalie au dépourvu.

– Edward Remus Lupin, dit Teddy est né le 7 avril donc il a quatre mois maintenant, répondit la vampire. » Edward tiqua au prénom. Heureusement que le bébé avait déjà un surnom. « Il est si jeune…, murmura Jasper. Si jeune et pourtant, il a déjà perdu ses parents…

– Félicitations Rosalie !, intervint Edward pour changer de sujet. Essaie de ne pas être trop stricte ni trop exaspérante avec ce petit qui t'aura pour maman ! Le pauvre, je le plains ! » Il lui fit un sourire en coin, les yeux malicieux. Elle le fusilla du regard avant de le remercier d'une voix doucereuse. « Merci cher Edward. Mais personne ne peut être plus insupportable que toi. »

Après cette discussion, chacun alla vaquer à ses occupations respectives : Edward s'installa au piano à queue du salon, Esmé et Carlisle allèrent prendre un livre à lire, Alice retourna réviser pour le diplôme qu'elle était en train de passer – avec Jasper sur les talons. Emmett et Rosalie montèrent à l'étage pour coucher Teddy. La chambre était déjà prête Rosalie avait tenu à tout décorer elle-même, avec l'aide d'Alice évidemment. Les proportions de la pièce étaient harmonieuses, idéales pour une chambre d'enfant. Les couleurs claires et joyeuses des murs apportaient une touche de gaieté. Le soleil apparut à l'horizon, une lumière diffuse les éclaira subitement. Rosalie remarqua que les cheveux du bébé changeaient de couleurs ce détail l'amusa et elle se dit que Teddy devait rêver. Elle le berça et le coucha puis se blottit tout contre son mari. L'immortelle appuya sa tête sur son épaule et soupira d'aise. Rosalie touchait du doigt tout ce qu'elle avait toujours désiré. Et elle était déterminée à ne laisser personne lui retirer ce bonheur.

Fin.