Je vous livre à présent ce que mon esprit a imaginé suite à une remarque d'une addict.

Enjoy it !


Conversations privées !

Dans cette pièce, tout était fait pour vous apaiser. Les tons pastel. La lumière tamisée. La fresque murale représentant un champ de blé mûr sur un ciel d'été.

La fixant, il s'interrogeait encore sur le bien fondé de sa démarche.

Cette rencontre l'aiderait-elle à gérer la nouvelle donne ? Pourrait-il exercer de nouveau ses fonctions sans arrêt intempestif ? Il le fallait. Il était hors de question d'être remisé en l'état.

Un bruit sur sa droite le tira de ses pensées.

Une femme d'une quarantaine d'années, en tailleur jupe taupe, les cheveux auburn relevés en un chignon serré ouvrait la porte de son bureau et l'invitait à la suivre.

D'un geste de la main, elle le pria de s'asseoir sur une chaise garnie d'un épais coussin.

Contournant son bureau, elle prit place dans son fauteuil. Saisissant un bloc de notes vierge et un crayon en bois, elle leva son regard.

Posant ses yeux marrons cerclés de lunettes rondes en écaille sur lui, elle entra d'emblée dans le vif du sujet :

- Alors. Dites-moi. Quel est l'objet de votre visite ?

Seul le silence lui répondit.

Pouvait-il lui accorder sa confiance ? pensait-il. Si il avouait tout, l'enverrait-elle directement dans la fosse ?

Elle voyait bien la gêne de son interlocuteur. Habituée, elle l'encouragea d'un léger sourire :

- Vous savez. Tout ce que vous me direz restera entre nous. J'ai un devoir de confidentialité avec mes patients.

- Sérieusement ? Vous voulez vraiment entendre ma version des faits ?

- C'est pour cette raison que vous êtes ici, non ? Pour vous libérer de ce poids qui vous oppresse.

- Euh….En théorie oui.

- Je vous écoute.

- Je ne sais pas par quoi commencer.

- Bien. Alors nous procéderons ainsi. Laissez les mots venir à vous. Ne cherchez pas à les contenir surtout. Ne vous inquiétez pas si il n'y a pas d'ordre logique dans votre pensée. Votre esprit a besoin d'espace. Libérez-le. Prenez le temps qu'il vous faut. Respirez profondément et lancez-vous.

Pendant cinq minutes, seul le ronronnement de l'ordinateur dans un coin du bureau résonna dans la pièce.

Et soudain une petite voix s'éleva. Hésitante, elle se fit plus sûre au fil des mots.

- Je suis perdu. Comprenez-moi bien. Je suis conscient de ma condition. Je connais ma fonction première. D'accord. Mais là. Là. Non. Je ne peux tout simplement pas. Il m'est impossible de poursuivre avec eux. Rendez vous compte…. C'est tellement inimaginable ! J'ai… Je n'ai même pas les mots pour vous le dire. Je… Je…

- Calmez-vous ! Reprenez votre souffle. Inspirez et expirez profondément. Une. Deux. Voilà. Comme cela. Encore une fois.

Face à elle, elle observait son patient s'apaiser au rythme de ses respirations. Elle sentait le lourd fardeau que portait son curieux client.

Dans sa carrière, elle avait assisté à toutes sortes d'audiences, de visites. Mais aujourd'hui, elle avait atteint le summum de l'étrange.

Et pourtant elle était là prête à l'écouter.

Car c'était son rôle. Son métier. Et elle l'aimait. En dépit des horaires, des difficultés de ses missions, de la folie de ses patients.

Sans qu'elle s'en soit aperçue, plongée qu'elle était dans ses propres pensées, il avait repris son monologue.

- …. Et c'est là que j'ai réalisé que quelque chose avait changé. Habituellement, il se contente de cocher des cases, de noter des numéros de téléphone, d'entourer des dates en rouge, des faits marquants sur les pages "faits divers" des quotidiens, de mâchouiller le capuchon quand il est pensif. Et là on aurait dit que les Enfers étaient à ses trousses, qu'il devait impérativement noter tout ce qui lui trottait dans la tête. Il n'a jamais autant usé de papier de toute sa vie que ce soir-là. Noircissant des pages et des pages d'écriture. Commentant, effaçant, raturant, reprenant un terme, une tournure, une phrase. J'ai perdu le compte du nombre de brouillons jetés dans la poubelle ou au pied du bureau une fois que celle-ci eut débordée. Usant l'encre bleue jusqu'à ce qu'il ait enfin réussi à mettre les mots justes sur ses pensées. Ses sentiments. Et dans la foulée, j'ai tout subi de plein fouet. Aux premières loges. Si je puis dire.

XXX

Dean observait son chef d'œuvre. Une seule page. Noircie de mots. Une page sur laquelle il avait décrit ses excuses pour son comportement injustifié, son ressenti, ses émotions qui le prenaient à la gorge. Tous les non-dits qui empoisonnaient leur relation. Et Dieu sait qu'il y en avait.

Il reconnaissait aisément que l'écriture n'était pas son point fort. Aux grands et longs discours, il préférait l'action. C'était de notoriété.

Mais pour lui. Pour cet ange. Pour Castiel. Il avait pris sur lui. Il méritait qu'il fasse cet effort. Au nom de toutes les épreuves, de tous les tourments qu'ils avaient traversés. Il lui devait au moins une fois d'être honnête.

Quitte à le perdre.

Définitivement.

Cette missive, ce serait son coup de poker.

Quitte ou double.

Alors qu'il cachetait l'enveloppe et inscrivait son prénom, il entendit un léger bruissement d'ailes derrière lui. Il stoppa sur la lettre "t". Son stylo tremblait, signe de sa nervosité.

Il était là.

Enfin.

Un léger murmure de soulagement franchit la barrière de ses lèvres : "Cas…."

Fébrile, il n'osait pas se retourner vers lui. De peur de le décevoir encore et toujours. Surtout au vu des derniers évènements.

Ce baiser volé un soir de beuverie avait conduit l'ange à prendre la fuite plusieurs jours d'affilée. Sans donner le moindre signe de vie malgré ses innombrables appels. Juste l'impression fugace qu'il venait parfois la nuit pour s'assurer de son bien-être.

La lettre devrait attendre. Il était hors de question de la lui remettre en mains propres. Si il devait être rejeté, il ne supporterait pas de le vivre en direct.

Alors qu'il déposait la lettre par devers lui et tentait de la faire disparaître dans une des poches de son jean, l'ange s'aperçut de son manège.

Il le tourna vers lui et s'approcha suffisamment pour la lui prendre doucement des mains. Dean la lâcha aussitôt. Inutile de résister lorsque Castiel l'ange dardait son iris céruléen sur vous.

Tout en le fixant droit dans les yeux, sans décrocher un seul mot, il brûla l'intégralité de la missive entre ses doigts sous le regard abasourdi de Dean.

Toutes ses heures de travail réduites à néant en une micro seconde. Pour lui la réponse était claire. Simple. L'ange ne lui pardonnait pas son écart.

Il le quittait. L'abandonnait à son triste sort.

Refoulant les larmes qui montaient inexorablement, il ferma ses yeux émeraude et se détourna lentement.

Brisé dans ses espoirs. Qu'avait-il imaginé aussi ? Qu'une lettre d'excuse suffirait à effacer toutes ses erreurs, toutes ses ratures depuis 5 ans ?

Il ne s'était pas aperçu qu'il serrait le stylo à s'en blesser la main. Indifférent à tout. Sauf à sa douleur.

Son esprit tournait à cent à l'heure.

Fuir. Au plus vite.

Trouver un bar et boire. Boire jusqu'à l'ivresse. Se saoûler pour oublier son chagrin.

Oui. Il saurait faire une croix sur lui.

Avec du temps. Beaucoup de temps.

Trop affligé, il n'avait pas vu Castiel le retenir et se coller à lui. Sa main s'était posée en un geste sûr sur l'empreinte laissée aux Enfers. Malgré la protection du t-shirt, il diffusait au travers du lien sa chaleur angélique.

D'instinct, Dean se détendit incapable de résister au bien-être qui l'envahissait. Il la laissa se répandre dans toutes les fibres de son corps. Jusqu'à toucher son âme perdue. Son lui véritable.

Les yeux toujours clos, il sentit un pouce effacer délicatement les traces de son chagrin qui s'étaient déversées sur ses joues malgré tout et sa main s'égarer sur ses lèvres serrées.

Alors qu'il cherchait en vain un moyen de fuir le contact, la voix grave et rauque de l'ange s'éleva près de son oreille :

- Je serais toujours là, Dean. Je n'ai pas besoin de lire cette lettre. J'étais avec toi à chaque mot, à chaque rature, à chaque page déchirée, chiffonnée et jetée. Mais pour répondre aux interrogations qui semblent encombrer ton esprit : alors oui, je connais tout de toi. Depuis ce jour où je t'ai sauvé de la perdition. Oui, d'une certaine manière je lis dans ton âme. Car je t'ai porté en mon sein. Non je ne fuirai pas devant ce que nous avons déjà partagé et ce que nous partagerons encore. Guides-moi, apprends-moi. Je te suivrai toujours.

Surpris par le geste et les mots de Castiel, il ouvrit les yeux.

En l'espace de quelques minutes, il avait brisé leur accord tacite de respect de l'espace personnel. Alors qu'il aurait dû le rabrouer, il accentua davantage la pression. Ses mains s'égarèrent sur la taille de son vis-à-vis et l'encerclèrent. Enfin, il le tenait contre lui. Vraiment. Pas dans une rare et rapide accolade dont il avait le secret.

Il ne rêvait que de cet instant depuis qu'il avait accepté et reconnu que Castiel était davantage qu'un ami. Un possible amoureux. Un éventuel amant.

Lui, l'homme hétéro, si obsédé par le corps des femmes se perdait dans celui d'un ange incarné dans le corps d'un homme.

Et ce visage, ses yeux. Le bleu du ciel d'été. Le bleu de la mer déchaînée. Il tuerait pour que ces yeux ne détournent jamais leur regard du sien.

Et que dire de ces lèvres tentatrices, charnues à souhait que Castiel mordillait inconsciemment. Les toucher et les goûter encore l'obsédait. Littéralement.

Quant à son corps, il l'avait seulement imaginé au gré de leurs rencontres et de leurs périples. Car en toute franchise, le trench-coat et le costume de "saint comptable" comme il se plaisait à le nommer ne lui avaient jamais laissé d'idées précises sur sa forme, sa texture, sa douceur ou son odeur.

A ce jour, dans l'esprit de Dean, un seul mot résumait Castiel : tentation.

Et une tentation au même titre qu'un fantasme devait être assouvi. A croire que les mots de Castiel avaient été choisis délibérément.

Alors il céda. Au désir. Au plaisir.

Dean apposa ses lèvres sur celles de l'ange en un baiser fantôme, léger comme l'air. Baiser auquel Castiel répondit d'une manière plus vigoureuse et approfondie. Comme quoi sous ses airs innocents, l'ange cachait bien son jeu.

Tous deux sentaient le désir monter dans leurs corps respectifs. Leurs bas-ventres criaient au supplice. Leurs mains se nouaient et se dénouaient au fur et à mesure qu'elles exploraient le corps à leur portée. Assez vite, leurs vêtements les gênèrent dans leurs mouvements.

Alors ils se déshabillèrent. En un clin d'oeil.

Nus comme au premier jour, ils s'observèrent. Mutuellement. Leurs yeux ivres de fièvre et de désir.

Ils avaient tant à découvrir, à connaître, à goûter l'un de l'autre.

Mais ce soir Dean ne désirait qu'une seule chose.

Alors il prit l'initiative. Tout en l'embrassant dans le creux du cou, il dirigea Castiel vers le lit. Ce dernier s'y allongea sans opposer la moindre résistance trop heureux de se laisser guider dans les relations humaines par un être aussi expert que pouvait l'être Dean Winchester.

Au dessus du corps de l'ange, Dean s'enhardit à descendre sa main sur la virilité dressée de son futur amant et à la caresser. Doucement. Habilement. S'attardant sur les zones qu'il savait sensibles.

Sous lui, Castiel gémissait de plus en plus au contact de ses doigts qui lui faisaient voir monts et merveilles. Sentant le plaisir le saisir au fur et à mesure des caresses portées par son amant, son cri rauque mourut dans sa gorge lorsque l'orgasme vint. Les yeux mi-clos, le souffle court, il découvrait pour la première fois en tant qu'homme et ange le plaisir des sens. En son âme et conscience. Avec Dean, l'Elu de son cœur.

Se sentant observé, Castiel rouvrit difficilement les yeux, encore profondément plongé dans les délices post-orgasmiques.

Dean lui souriait franchement. Son âme s'illuminait de mille feux. Ses yeux révélaient la profondeur des sentiments qui les liaient.

- Alors Cas, as-tu aimé ta première fois ?

- Oui. Je me sens étrangement serein. Et vide. Aussi.

- C'est normal. Plus tu avanceras sur ce chemin, plus ton corps te surprendra.

- Mais Dean est-ce tout ce que vous, les humains, partagez lors de ces moments intimes ?

Dean émit un petit rire de gorge. Décidemment, il fallait croire que tous les anges avaient un vice caché. Pour l'archange Gabriel c'était le sucre. Pour Balthazar. Tiens c'était quoi lui ? Bref, passons.

- Non Cas. Il y a beaucoup de choses que j'ai envie de te montrer, de t'apprendre. Nous aurons bien d'autres occasions pour expérimenter. Mais j'ai un projet un peu particulier pour nous ce soir. Si tu es d'accord bien entendu.

- Je t'ai déjà répondu à ce sujet Dean.

- Oui mais je voulais m'en assurer.

- Je te suis. Fais-le.

Dean se redressa et s'appuya sur le bord du lit à la recherche de ce fichu crayon qu'il avait lâché lorsque Cas l'avait encerclé de son charme. L'avisant au pied du bureau, il s'en saisit et retira le capuchon. Se tournant vers lui, il lui indiqua d'un geste large :

- Où ?

- Là.

- T'es sérieux ?

- Oui.

- Ok.

Pendant quelques minutes, on entendit rien d'autre que le rire de Castiel et les grognements de Dean dans la chambre.

Vu de l'extérieur la scène était amusante. A genoux sur le corps de l'ange, Dean était penché sur le torse imberbe de Castiel et tentait tant bien que mal de poursuivre son travail d'orfèvre. Régulièrement secoué par les spasmes de son compagnon qui ne pouvait se retenir de bouger.

Il faut dire que la mine du crayon chatouillait, irritait et excitait autant l'ange que Dean.

Et ce que Dean avait voulu éviter toute la soirée finit par arriver. La fusion de leurs corps. L'un dans l'autre. Dans le respect. Dans l'amour qu'ils se portaient.

Au petit matin, Dean s'était assoupi épuisé contre son ange, un bras en travers de sa taille. Castiel, lui, ne dormait pas et regardait amoureusement les hiéroglyphes maladroits que Dean avait finalement inscrits sur sa peau diaphane.

Un cœur et les deux premières lettres de leurs prénoms enlacées.

XXX

Il se tut enfin. Vidé. Epuisé aussi bien physiquement que moralement. Et pourtant se livrer à une parfaite inconnue lui avait donné le courage nécessaire pour affronter le reste de sa courte vie.

A peine remis des émotions qui l'avaient traversé au cours de son récit, il se redressa et se dirigea vers la porte. L'ouvrant, il lui glissa un cynique :

- Vous me comprenez maintenant.

Pour la première fois en dix ans, elle se sentit rougir sous le sous-entendu. Elle acquiesça d'un discret signe de tête.

Aucun autre mot ne fut prononcé. C'était inutile. Il n'y avait rien de plus à dire.

Et il partit sans un regard en arrière. Vers cette vie qu'il abhorrait autant qu'il l'aimait.

Lorsqu'elle referma la porte de son bureau quelques instants plus tard, elle soupira. Pour une obscure raison, elle aurait bien aimé être à la place du stylo Bic.

FIN


Voilà !

Je crois que j'ai fait le tour de ce sujet à moins qu'une autre idée tordue ne m'assaille d'ici là

Merci d'avoir lue

A la prochaine

Biz

Marianclea