CHAPITRE DEUX
Un grand merci pour votre soutien, si ce premier chapitre vous à plu, j'espère que les autres en feront autant!
Enjoy it!
Sherlock.
Lorsque je pénétre dans l'appartement, je n'ai besoin que de quelques secondes pour faire le point sur la situation. John n'est visiblement pas bien, il a rangé toute la table basse, a même fait la poussière sur les étagères de la bibliothèque, ses cheveux ne sont pas coiffés, ce qui lui va autrement mieux, et il feint de lire une revue de sport, chose qu'il ne fait jamais.
« Je suis rentré. »
Annoncer cela le fait tressaillir. Je réalise qu'il n'a pas la moindre idée de comment se comporter avec moi, et qu'il en est de même pour ma personne. Je… Je n'avais pas prémédité mon geste. J'avais simplement fait la chose qui me semblait la plus naturelle sur le moment. Il avait été là, face à moi, si…Si désirable. Et puis, il n'avait pas dit non, après tout. Je pose mon long manteau sur une chaise, l'esprit bien plus occupé par mon dernier meurtre en cours.
De toute façon, il n'avait s'agit que d'un simple baiser. Rien d'important. Inutile de se focaliser dessus.
« On a une empoisonneuse sur les bras. Et ces imbéciles ont supprimé tous les indices en piétinant la scène de crime comme des ânes. »
Je soupire, me grattant l'arrière du crâne alors que j'appuie sur le bouton de la bouilloire. John s'agite dans son fauteuil. J'avais juste à attendre, bientôt il allait se lever, et…
« Sherlock, tu m'as embrassé, il y a deux jours. »
Nous y voilà. Il va encore crier. Je mentirai si je disais que je n'aimais pas ça. Je marmonne quelque chose d'instinct, regardant l'eau chauffer doucement dans le récipient. Il se lève, avance vers moi, il doit avoir les poings serrés et les sourcils froncés, comme d'habitude.
« Sherlock bon sang, pourquoi as-tu fais ça ?
-Tu n'as pas eu l'air de te plaindre, pourtant, si ? »
Mauvaise approche. Je me mords la langue, l'entends qui s'étrangle, balbutie. Je dois retenir ma répartie, encore un peu de temps, sinon il va prendre la mouche.
« Je… Ecoute, je ne sais pas tellement ce qui s'est passé… »
Mensonge.
« Mais je sais que ce n'est pas ce que tu crois. »
Re mensonge. Il ne sait pas ce que je crois.
« Bref, oublions ça. »
Je pourrais me retourner, passer ma main derrière son cou et l'embrasser, lui mordre les lèvres, le pousser contre le mur, masser son entrejambe jusqu'à ce qu'il sente son corps crier grâce, je pourrais lui voler sa chaleur, lui faire éprouver un désir nouveau, qui l'embraserait.
Mais je me contente de verser l'eau chaude dans ma tasse en haussant les épaules, loin de tout. Je sens qu'une certaine frustration me titille les nerfs, mais je n'ai pas l'habitude de supprimer ce genre de sensation.
« Il y a du nouveau au poste ? »
Il s'est approché de moi, l'air soucieux, encore secoué par ses pensées. J'aimerais lire en lui, tout, posséder ses réactions, cela serait terriblement intéressant de pouvoir contrecarrer ses réaction, jouer avec ses sens, détailler le moindre de ses rouages pour en tirer des conclusions.
« Sherlock ? »
Il pose sa main sur mon bras, presqu'inquiet. Sa chaleur me brûle, et, avec un instinct qui tient plus de l'animal que de l'humain, je m'écarte brutalement, incapable de soutenir ce contact plus de quelques secondes. John ouvre des yeux étonnés, et je lui siffle de ne pas me toucher, me retournant brutalement vers ma tasse de thé pour y faire tremper un sachet d'herbes rouges. Lui, sans doute blessé, se terre dans un silence que je ne veux lui ôter.
« Oui, il y a du nouveau, je t'ai dis, une empoisonneuse.
-Comment sais-tu que c'est une femme ?
-Le poison est l'arme des faibles. Des femmes, somme toute, c'est une douleur vicieuse, qui est discrète et laisse peu de trace. »
Je me brûle les lèvres sur ma tasse, la pose sur le plan de travail. Ses yeux clairs suivent mon mouvement, avec une certaine tristesse, je ne comprend pas son attitude, ne devrait-il pas être soulagé que le sujet tabou soit écarté ? Mon portable vibre et je m'en saisis rapidement avant de grimacer et de le ranger sans daigner répondre.
« Ton frère ? »
Il me connaît presque trop. J'hoche la tête pour lui signifier que cela n'est rien d'important, mais il croise les bras :
« Il t'en veux pour avoir annulé le réveillon en sa compagnie. A cause de toi, j'ai perdu ma copine.
-Tu regrettes ? »
Il rougit. Tant de mots peuvent en cacher d'autres, et il le sait aussi bien que moi. J'attend, redressant le menton, mes doigts saignant ma tasse pour leur offrir un semblant de chaleur. J'aime quand ses joues se creusent sous l'effet de l'embarras.
« Non, je ne regrette pas. »
Il quitte la pièce, annonçant qu'il veut sortir. C'est le début de sa fuite, je ne me fais aucune illusion, mais je ne suis pas assez apprivoisé pour lui courir après et lui demander de rester. Cette nuit, je la passerais probablement seul dans l'appartement, avec mon violon, et, si son absence se fait trop oppressante, il me suffira de l'oublier dans la fumée d'une herbe colorée.
Mycroft m'en veut, effectivement, il m'accuse d'avoir encore une fois gâché une occasion de ressembler à une famille normale. Mes lèvres se plissent amèrement. Qu'avons de normal, nous autres Holmes ? Rien. Un cœur imprenable, une logique implacable, et une sensibilité aussi froide que notre regard.
« John ?
-Hm ?
-Est-ce que je peux te considérer comme ma famille ?
-Je te trouve bien sentimental en ce moment, lâche t-il avec prudence de la salle de bain, quelque chose ne va pas ?
-Non, je me demandais juste, comme ça. C'est Mycroft qui…Rien.
-Qui quoi ? »
Intérêt soudain. A la moindre occasion John se change en psychologue de comptoir, ce qui m'amuse autant que m'énerve. Je n'ai besoin de la pitié de personne, et surtout pas de la sienne.
« Rien, j'ai dis. Je vais aller voir Lestrade, et l'harceler jusqu'à ce qu'il me donne le dossier complet sur cette affaire. Il me cache encore des choses, je le sens. »
Il revient dans mon champ de vision, nouant une cravate d'une main hésitante. Il est ridicule, habillé comme ça. John n'a pas de goût vestimentaire, je le sais depuis longtemps, mais ne sais que trop ce que signifie cet essai raté.
« Tu sors, ce soir ?
-Et bien, je…Oui. Juste un verre avec une amie.
-Depuis quand mets tu une cravate pour aller voir une amie ? Oh, non, tu t'es parfumé, as coiffé cette raie horriblement bien, et tu as mis du temps pour choisir cette chemise qui te rend un teint verdâtre. Tu veux coucher avec elle dès ce soir, apparemment.
-Sh…Sherlock ! Bon sang, arrête de dire des choses comme ça, tu…
-J'ai tord ? »
J'ai raison. Mais jamais je n'ai été aussi acide avec ses tenues que ce soir. Pourquoi ? J'ai provoqué cette situation, je l'ai embrassé, je l'ai mis au pied du mur, et j'ai accepté de le laisser filer sans combattre. Mon pouls pulse douloureusement à ma tempe, je ne comprend pas pourquoi cela me tient autant à cœur. J'ai envie de lui crier dessus sans raison. Pourquoi ?
« Tu es vraiment détestable. »
Il passe à côté de moi, me frôlant, les pommettes rouges de rage alors qu'il détache sa cravate à la va-vite, la jetant sur le canapé. Je frémis, repose ma tasse désormais froide, et ne peux que lui donner raison. Maintenant, je sais ou taper pour faire mal, et je ne m'en prive pas :
« En tout cas il ne t'aura pas fallu longtemps pour te retrouver quelqu'un. A croire que tu es en manque de sexe. »
Il me saisit brutalement par le col de ma chemise et me secoue comme un prunier. Destabilisé par ce geste, je ne m'y restreint pas, le laissant me hurler que je ne suis qu'un imbécile, un salaud, un être dépourvu de tout sentiment, je ne dis rien non plus quand il beugle que je ne le comprendrais jamais, que je ne suis qu'un sale égoîste et que je finirais seul, mais je l'arrête quand il indique que n'importe quelle fille vaut mieux que moi. Ca suffit. Je ne tolérais plus ce genre d'insulte.
« Alors va t-en, si je te suis si insupportable. Qu'est ce qui te retient ici ? »
Je franchis la limite. Je le sens. Je sens que mes paroles dépassent ma pensées, mais ma langue bouge toute seule. Je veux lui faire mal, le faire reculer, je veux encore une fois ressembler à un chat sauvage, hors de contrôle. Je veux encore croire qu'il n'a aucun pouvoir sur moi, m'aveugler quelques instants.
« Rien. Il n'y a plus rien. »
Il claque la porte. La cravate, abandonnée sur le divan, devrait rougir de honte, puisque je ne m'y résous pas. Mentalement épuisé par ce semblant de joute verbale, je m'effondre dans le fauteuil, faisant craquer mes articulations, et me surprend à rêvasser. Je me souviens d'un jour. Un jour ou John, la première fois que je le voyais éméché, m'avait donné un semblant d'attrait. Il m'avait dit… Et si ?
« Et si à notre rencontre, j'avais été… Coopératif ? »
"..."
John.
Je m'ennuie. Je me rends compte que je m'ennuie et ma gorge s'assèche à cette unique pensée. Habituellement, que je sois en n'importe quelle compagnie, je fais en sorte d'être aimable, sociable, d'alimenter la conversation, mais ce soir… Impossible de fixer ma concentration. La jeune femme qui me fait face est pourtant très jolie, peau blanche, cheveux châtains, et un rouge à lèvres carmin. Pourtant, rien à faire, je suis distant, je ne mange presque rien.
« John…Tu n'as pas bu une goûte de vin et tu sembles ailleurs. Il se passe quelque chose ? »
Je tente de sourire, mais reste conscient que la soirée est gâchée, je fais tourner le liquide rouge dans mon verre , en bois une gorgée pour au final le reposer, feignant de ne pas me sentir bien. Mentir ? En suis je donc arrivé si bas ? Et mentir pour quoi ? Pour aller ou ? Je ne le sais pas que trop bien, au fond.
« Je…Je vais y aller. Je te rappelle dans la semaine.
-J'attendrais donc cet appel…
-Excuse-moi, Irène… »
Je laisse derrière moi son parfum musqué et rate ainsi son sourire goguenard, teinté de mépris, et plus encore d'une cruauté certaine.
« … »
Quand je rentre, il ne me faut pas plus d'une seconde pour reconnaître l'odeur qui flotte dans la totalité de l'appartement, et froncer les arêtes du nez. De la drogue. De bonne qualité, et en quantité suffisante pour calmer n'importe quel camé. Evidemment, Sherlock n'est pas n'importe quel camé. Je le découvre allongé par terre, près de la table basse, sa chemise blanche ouverte sur son torse imberbe, les yeux clos. Le cône, dans sa main gauche, est presqu'entièrement consumé.
« Tu n'as pas honte de faire ça ? De te détruire comme ça ?
-Ce n'est qu'une aide comme une autre…Remercie le…
-Sherlock bon sang, donne moi ça, il faut que tu te reposes. »
Je lui chipe le joint sans qu'il rechigne, mais sursaute dès que mes doigts frôlent son bras.
« Ne me touche pas. » gronde t-il, découvrant les crocs. Je refuse pourtant de l'abandonner comme ça, au sol, dépendant quoi qu'il en dise de cette saloperie verte. Grognant dans ma barbe, je lui lance dessus un plaid et un oreiller, avant de le forcer à se redresser pour qu'il reprenne conscience. Ses yeux sont moins féroces, moins bleus. Des brumes y ont fait leur nid, pour quelques temps encore.
« Et si…
-hm ?
-Et si à notre première rencontre, tu avais été coopératif ? »
Une sueur froide me parcourt l'intégralité du dos. Je frissonne, lâche un rire aussi misérable que jaune, et le somme de se taire. Je n'étais plus moi même lorsque j'avais tenu ce discours, et le souvenir bien trop frais de notre baiser me brûlait les synapses. Sherlock joue encore avec moi, comme un chat avec un cadavre de souris avec une nonchalance presqu'étudiée.
Sherlock
Mes sens sont engourdit, mais mon esprit, trop lucide, se débat plus que de raison. Je le vois s'agenouiller près de moi, et quelques gouttes de sueur perlent sur son front. Quelque chose est étrange. Est-ce ma présence qui l'émeut ? J'en doute fortement. Je lève ma main droite, plus lourde qu'un roc, et essaie de toucher ses lèvres mais il m'esquive aisément.
« Arrête. J'ai mal à la tête.
-C'est ce que tu as dis à ton rancard pour la quitter ? »
Un poids s'écrase sur mes genoux.
« John ? »
Il tente de se redresser, s'étrangle, s'effondre de nouveau, et je sens ma respiration s'accélerer en voyant un fluide écarlate souiller ma cuisse. Il crache du sang. C'est mauvais signe, dans quelque culture que ce soit. J'ai des fourmis dans tout le corps et mes membres ne répondent plus tellement à mes appels. Ma voix est pâteuse. Mais quelque chose me pousse à lui pincer le cou :
« John lève toi. John ! »
Il se redresse effectivement, le temps de me présenter sa bouche luisante de sang, son visage blafard…Et ses yeux effarés qui ne tardent pas à rouler dans ses orbites alors qu'il s'écrase une fois de plus sur mes jambes.
« John… John répond moi. »
Pour la première fois de ma vie je regrette de m'être drogué, mais ne reste pas longtemps à me plaindre sur mon sort : il faut agir. Je ne connais pas l'origine du poison, ni son effet, ni le temps qui lui reste. Il ne me faut qu'une seconde pour me saisir de mon portable, taper le neuf, et attendre. La sonnerie crée un écho atroce dans ma boîte crânienne, et, alors qu'une voix familière répond, mon menton rejoint mon torse alors que tout mon corps plonge en avant.
C'était comme se fondre dans un rêve. Ou, dans cette situation précise, un vilain cauchemar.
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Un chapitre un tantinet plus long qui vous jette dans l'intrigue, avec des points de vue qui se succèdent ;) j'espère que cela vous plait!
