Y' a-t-il un âge pour goûter au bonheur ?

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Ses yeux s'ouvrent en grand, il vient de faire un cauchemar pour se réveiller de la sorte, aussi soudainement ! Une chaire de poule lui grimpe le long du corps, comme si des centaines de Détraqueurs essayaient de lui arracher le cœur. Enfin, pour ce qui lui en reste, de cœur ! L'homme se lève, soupirant de lassitude, il passe un peignoir d'un blanc immaculé en sortant de ses draps de soie blanche et verte. Sa chambre est royalement royale, un peu sombre depuis qu'il développe une hypersensibilité au soleil, mais il s'y sent en paix. Il dort seul, ici, cela fait longtemps que sa femme et lui ne partagent plus la même couche, que dis-je… la seule et unique fois qu'ils ont partagé leur couche, c'est lorsqu'ils ont mis en route le petit Drago. Il ne l'a jamais vraiment aimé. Il n'a jamais vraiment aimé personne, à part lui et peut-être un peu son fils. Enfin, juste un peu ! Dans sa famille, on ne pense qu'à une chose depuis des décennies : Voldemort, la magie noire, la renommée, Slytherin et une ligne noble, pure de tous Moldus. Une sacrée famille de bâtons dans le cul et de péteux. Mais il avait été éduqué comme ça… et finalement, avec les années, il était devenu comme eux : aussi froid et sinistre que la mort !
Sa main balaye sa longue chevelure dorée, avec laquelle il joue, humant son odeur fruitée. Le feu crépite dans sa cheminée, et son regard quelque peu inquiet sonde la maisonnée. Pas âme qui vive… Enfin, normal à cette heure ! Et encore heureux ! Il trouverait son fils encore debout, que seize ans ou pas, que vacances ou pas, il lui ficherait une raclée !
Mais… depuis quand jouait-il les insomniaques, lui, hein ? Il se laisse tomber sur son fauteuil en velours vert émeraude, serrant le pommeau argenté de sa canne et il observe le feu danser devant ses yeux. Danser pour lui, pour ses yeux gris-bleus qui le couvent d'admiration… Sa main pâle se pose sur l'accoudoir et de ses ongles diaphanes, il en tapote le bois précieux sur un tempo lent et monocorde. Lucius Malfoy n'a pas l'habitude de se réveiller brusquement ! C'est un fait, alors un autre fait doit couver quelque part. Il n'y a jamais de fumée sans feu. Son regard glisse sur le côté droit, puis à gauche, une odeur se répand autour de lui. Il le sait… il sait qu'il n'est plus seul dans sa demeure, ou pour être précis, il n'est plus le seul réveillé ; et la présence à ses côtés n'a rien à voir avec sa famille. Il ne connaît pas cette présence, ni ce parfum de femme. Mais il sait déjà que cette chose est là pour lui ! Il n'a pas encore décidé si il attaquerait le premier ou pas. Sa main libre se crispe sur sa canne et d'un puissant coup, il stoppe l'ombre évanescente qui s'est approchée. La canne passe au travers, son regard se fonce, alors que ses sourcils dorés prennent une inclinaison dangereuse. Il va pour parler, mais aucun son ne sort de sa bouche. Et c'est là qu'il comprend ! Le sort avait déjà été jeté avant qu'il ne s'éveille ! Son corps se tend, attisé par l'énervement, mais aussi par une courte angoisse. Ce n'est pas un sort très puissant, juste assez suffisant pour l'empêcher de jeter un sort de défense pendant quelques secondes. Il se lève et fait face à la chose, car un Malfoy ne baisse pas les bras, un Malfoy fait toujours face, quitte à en mourir ! C'est un trait familial dont son fils a oublié d'hériter. Humpf ! Mais pourquoi sa famille avait décidé de le marier à cette incapable ! Si Drago n'avait pas la carrure d'un Malfoy c'était à cause de cette femme ! Qu'es-ce qu'il pouvait la mépriser !
Ses sens s'aiguisent tandis qu'il ferme les yeux, se protégeant de ses bras, ressentant un souffle froid le pousser irrémédiablement vers sa cheminée. Ses yeux se rouvrent sous une odeur particulière… le parfum de la poudre de cheminette ? Il réussit enfin à remarquer son agresseur aux travers des vagues de vent. Ses prunelles distinguent le visage de Mac Gonagall qui lui fait un large sourire orné d'un clin d'œil. Foi de Slytherin, dès qu'il la retrouverait, il lui remettrait les idées en place ! Une bourrasque plus forte le propulse dans la cheminée… alors que son fils, attiré par le bruit, cri un « papa » tonitruant et inquiet. Ouch… satané femme !

Il descend les marches, le petit bonhomme n'a que cinq ans, ses parents lui ont demandé de descendre de sa chambre, et comme tout enfant bien élevé, de ses petites jambes encore peureuses, il descend le grand escalier de marbre recouvert d'un tapis rouge sang. Sa main a du mal à tenir la rampe, alors il s'accroche aux barreaux pour ne pas tomber. Une fois la dernière marche laissée derrière lui, l'enfant parcourt le hall et rejoint le grand salon où ses parents l'attendent. Derrière la porte, il discerne trois voix, les deux premières, il les reconnaît, ce sont les voix de son papa et de sa maman, la troisième semble venir d'un affreux cauchemar, et son cœur d'enfant se met à battre la chamade. L'enfant se met sur la pointe des pieds, pour ouvrir la porte et avance ensuite timidement vers ses parents, fixant avec horreur non retenue la chose près de la cheminée qui l'observe avec un sourire malsain. Alors, c'était lui Voldemort ? L'enfant sert sa peluche en forme de serpent et se cache derrière sa mère, intimidé par le faciès de la chose. Il fait tellement peur !
C'est le premier souvenir de Lucius Malfoy, et le dernier de son enfance. Car après cette rencontre, son enfance s'est arrêtée net, car le chemin de Slytherin et de la magie l'a propulsé dans un autre monde… Il ne regrette pas ce temps, car dans son esprit, cette image de lui, une peluche dans les bras n'est qu'une bêtise de petit garçon ! Sa jeunesse et son adolescence, il avait appris à les mépriser, à passer au-dessus. Maintenant sa vie était importante, enfin… c'est ce qu'on lui avait bien fait comprendre.
Le sorcier ouvre les yeux percevant une douleur royale à l'arrière de son crâne, Mac Gonagall n'y a pas été de main morte avec lui. Un « tss » rageur passe hors de ses lèvres fines, et l'homme aux longs cheveux dorés se lève, frottant son crâne à l'endroit même où il a percuté le sol avec vigueur. Une fois que la douleur s'engourdit, ses yeux scrutent l'espace autour de lui. Étrangement, cet endroit lui dit quelque chose, sans qu'il ne sache vraiment où il est. Après une minute d'observation menant à une conclusion simple et rapide : il n'y a personne ici ; Lucius Malfoy, aidé de sa fidèle canne sort de la pièce où il avait atterri, non lestement, mais abruptement, pour se retrouver dans un long couloir qui lui semble tout aussi familier que la pièce qu'il vient de quitter. Mais où peut-il bien être ? De la pierre, du marbre, des couloirs longs et fins qui laissent le vent fredonner de lointains échos. Cet endroit, il l'avait tout particulièrement affectionné, il y a longtemps, fort longtemps. Lorsque son regard se pose sur l'emblème de Slytherin, un flash lui revient en mémoire.

- Hey ! Malfoy ! Tu t'es cassé un ongle ? »
- Hahaha, en tout cas, son brushing est fichu. »
- Mais quel naze, ce type. En plus il se fait passer pour un sang pur, mais regardez-le, le grand Slytherin ! »
- Il a fait une belle chute, tu crois qu'il s'est fait mal ? »
- Juste à son ego ! »
- Hey, Malfoy, on ne peut pas être bon en tout, retourne à tes bookins, le sport c'est pas pour toi ! »
- Il est mignon, mais alors… avec un balai, il n'est pas doué. »
- On va l'appeler la Reine du Quidditch ! Hein, Malfoy ? Même Kyara, qui est à moitié moldus a marqué un point contre Slytherin. C'est une quiche ! »

Le jeune Malfoy avait baissé les yeux, il s'était couvert de ridicule. Le Quidditch, ce n'était pas sa tasse de thé, en une fraction de seconde, il avait perdu la balance de son balai et avait chuté comme un débutant. Un relent amer l'envahit en pensant à cette Moldus qui avait mieux fait que lui. Ses parents allaient lui mettre une correction ! Il allait faire pâle figure et partir sur la pointe des pieds quand son aîné de Slytherin s'approcha et de son balai tâta durement les têtes du groupe de Gryffindor.

- Cassez-vous… bande de petits joueurs, je vous ferais remarquer que Slytherin vous a infligé une sacrée défaite ! Lucius est nouveau ici, laissez-lui le temps de s'intégrer ! »

Le groupe de jacasseurs s'en alla rapidement, et le regard bleu de Lucius grimpa le long d'une cape noire faite de velours, puis le long d'une chevelure d'ébène qui ondulait autour du cou et du visage de son aîné.

- Je m'appelle Severus Snape, bienvenu… Malfoy… »

Le brun lui fit un rapide sourire et le bleu rencontra un immense puits de ténèbres où il se perdit, happé par des ombres et des mystères qui lui saisirent les tréfonds de l'âme. Il n'avait jamais recroisé ce regard après, de peur que le vide énigmatique qui avait pris possession des prunelles de Severus ne l'attrape et ne l'emmène dans un autre monde. Il le regarda partir. Un magnétisme étrange avait envoûté le bleu de ses yeux, cette chevelure qui ondoyait comme un nid de serpents, cette cape qui dansait derrière le corps du chef des Slytherin, et ce maintient. Il ne savait rien de Severus, mais il avait cet envoûtement de personne importante.

Le flash se dissipe presque aussitôt, alors, il est dans les couloirs de Poudlard. Mais pourquoi donc l'avoir envoyer là, hein ? M'enfin, pourquoi ne pas laisser ses jambes le conduire un peu au travers de son enfance ? Cela fait tellement longtemps qu'il n'a pas remis les pieds ici, pas même lors de la première rentrée de Drago ! Lucius hausse un sourcil en pénétrant la salle commune des Slytherin, il a l'impression étrange que la salle s'agrandit à vue d'œil. Son regard scrute les alentours alors que sa canne se pose drôlement sur le sol. Mais… Mais… Par Voldemort ! Que ? Lucius Malfoy lève les bras dont les mains sont cachées par sa chemise devenue trop ample. Ce n'est pas la pièce qui grandit, c'est lui… lui qui redevient un enfant ! Monsieur royale attitude se met à paniquer, car là, dans cette pièce vide, les yeux de Lucius viennent de se poser sur un miroir qui lui renvoie cette image de lui, qu'il a tant haï ! Ce jeune Lucius, parfait dans presque tout, mais là où il échoue, c'est de cuisants échecs qui l'attendent, le rire des Gryffindor en échos ! L'homme lâche sa canne, horripilé par cette image de lui et alors qu'un écho lointain sort du corridor sud, son corps se tend pour se voiler, de la possible intrusion.