!Âmes sensibles s'abstenir!


[I] Chapitre 2 : Tu es à moi (Katchan et Deku)


Deku était à moi désormais.

Non. Il a toujours été à moi, depuis la maternelle.

J'en ai fait ma victime depuis l'âge de quatre ans et j'adorais ça. Au début, c'était un jeu de gamin, les gamins sont parfois cruels entre eux. En grandissant, ça s'est transformé en autre chose.

En... Défi ?

Je voulais briser sa psyché, effacer son sourire franc qu'il affichait souvent et qui m'horripilait tellement...

Sans y parvenir. Je pensais ne jamais y arriver alors, je me suis dit :

Je veux qu'il n'appartienne qu'à moi.

C'était cruel, je le savais mais cette idée était loin de me déplaire. Je le voulais à moi, qu'il réponde présent à chacun de mes désirs, uniquement aux miens.

Quand je l'ai vu parler à la Minipouss, qui était bien trop proche de lui, et sourire à cette double-face, ça m'a énervé.

Jaloux ?

Je l'étais. J'avais fait des pieds et des mains pour être dans ce lycée, juste pour garder cette emprise que j'avais sur lui et depuis la rentrée, il m'échappait peu à peu.

Alors qu'il était à moi.

Rien qu'à moi.

- Hé, t'as déjà entendu parler de ce dispositif, SCM ? Me demanda Eijiro.

Je tournai la tête vers lui, la bouche pleine.

Eijiro était devenu très vite un ami cher, sitôt après notre rencontre, il y a un mois. Un des seul que j'estimais et écoutais dans cette classe de merde. Je l'aimais bien, même si je ne lui dirai probablement pas. Je m'étais forgé une réputation dans le bahut ; m'entendre dire ce genre de chose à quelqu'un était trop loin de l'image que je m'évertuai à renvoyer.

Nous déjeunions à la cantine, ce jour-là.

- Non, répondis-je, totalement indifférent. Qu'est-ce que c'est ?

Eijiro baissa la voix et me murmura à l'oreille :

- Il parait que ça se vend comme des petits pains sur internet. C'est un appareil permettant de prendre l'ascendant sur quelqu'un et d'en faire son esclave.

- Tu racontes des conneries, avoue...

Il s'éloigna légèrement, un peu vexé.

- C'est ce que j'ai lu sur un forum, en tout cas. Quelqu'un y racontait avoir réussi à prendre le contrôle sur une autre personne de cette façon...

Le soir même, j'avais été sur internet me renseigner :

[]

SCM : Slave Control Method.

Dispositif illégal permettant d'asservir une personne et d'en faire son esclave. Une fois l'appareil mis en place, lancer un jeu ou un pari. Quand l'un des deux a perdu, toute volonté sera annihilée. Le ou la perdante ne pourra ni se rebeller, ni résister à un ordre donné, assurant ainsi la prise de contrôle totale de la personne gagnante.

Il sera alors impossible pour la personne ayant perdu de retirer le SCM, créant d'emblée un état de manque. Les sujets ayant réussi à retirer ce dispositif ont subi des lésions irréversibles, pouvant entraîner un handicap moteur permanent ou dans d'autres cas, la folie.

Ce sera à la personne dominante de décider si oui ou non, elle libère la personne soumise.

[]

J'étais sceptique, en même temps curieux, j'en ai acheté un.

Cela m'a coûté toutes mes économies mais l'idée que Deku devienne mon esclave l'emportait sur tout le reste. Je salivais de plaisir à l'idée de tout ce que je pourrais lui faire sans qu'il oppose la moindre résistance.

Cet idiot ne s'est pas méfié une seule minute. Il a mis l'appareil et je lui ai proposé de faire des ricochets sachant d'avance que j'en sortirai gagnant.

Voir sa volonté se briser devant moi était magnifique, je ne pensais pas que ça marcherait aussi bien.

J'ai su en le regardant que lui aussi avait compris.

Qu'il m'appartenait entièrement, qu'il serait ma chose.

Je l'avais piégé mais je m'en fichais.

Je l'avais brisé mais je m'en fichais.

Désormais, j'en ferai ce que je voudrais.

Le lendemain de ma victoire, il ne ressemblait à rien au lycée. Il avait l'air malade, perdu. Tous ces idiots de copains s'inquiétaient pour lui.

Moi, j'étais heureux.

Dans l'après-midi, ce même jour, nous avions sport et comme très souvent, il était le dernier à être prêt.

J'avais attendu patiemment que tout le monde soit sorti pour entrer et le surprendre.

La serviette soigneusement enroulée autour de sa taille, il était encore ruisselant, l'eau coulant de sa chevelure noire, à son dos, son cou, son torse...

Il avait beaucoup changé, en prenant de l'âge. Son dos s'était élargi, il avait pris en muscle un peu partout mais le cachait soigneusement dans des vêtements amples pour que cela ne se remarque pas.

Grandir était assez drôle en soi. On peut voir la même chose tous les jours, y être habitué, comme un meuble disposé dans une maison et un beau jour, le regard change.

Il incarnait désormais un désir inassouvi, seul capable de me le faire ressentir. Plus les années passaient, plus c'était fort, incontrôlé, caché derrière ce souhait de le briser. C'était troublant mais cette envie de lui jusque là inconnue, lointaine, prenait tout son sens aujourd'hui, alors que mes yeux ne parvenaient plus à le lâcher.

Je lui trouvais quelque chose de magnétique, gardant toujours malgré tout cette innocence caractérisée. C'était précisément cette innocence qui me répugnait et séduisait à la fois.

Je le voulais pour moi, à moi.

Maintenant que c'était le cas, j'allais m'en donner à cœur joie.

Double-face lui plaisait, ça se sentait de loin. Mais c'est moi qui l'aurait avant, je le rendrais tellement accro à moi et à ce que je lui ferai qu'il osera même plus penser à lui.

- Deku.

Il sursauta au son de ma voix et resserra la serviette autour de lui par réflexe.

J'avais les bras et les jambes croisés, adossé contre un casier. Je le détaillai de haut en bas, sans une once de gêne. A quoi bon le cacher, maintenant ?

Je m'approchai tandis qu'il reculait, effrayé.

- Stop, ordonnais-je.

L'effet fut immédiat.

Je le saisi par les deux coudes et le poussai violemment contre un casier.

- Je sais ce que tu m'as fait, dit-il en tremblant malgré lui. C'est illégal.

Je souris, amusé.

- C'est toi qui a accepté le défi, rappelais-je à mi-voix.

- Tu m'as piégé ! Cria-t-il.

- Et ?

C'est trop tard maintenant, tu es mon esclave. Pensais-je en m'approchant de ses lèvres.

- Réponds-moi.

Nos lèvres se touchèrent. Il obéit et ouvrit doucement la bouche dans laquelle je mis une langue avide. Dès qu'elle eut touché la sienne, je le sentis se raidir mais il ne s'arrêta pas pour autant et commença timidement à aller au contact de la mienne. Puis, petit à petit, ce fut lui qui imposa le rythme, de plus en plus endiablé.

Il embrassait bien, trop bien, mon corps n'y était pas indifférent.

Consciemment ou non, de petits gémissements s'échappait de sa gorge, ce qui me fit sourire intérieurement.

Il y prenait plaisir, son corps toujours tendu.

Je finis par rompre le baiser. Il reprit son souffle en baissant la tête, les joues rouges de honte.

- Je te hais... murmura-t-il.

- Tu préférais embrasser Double-face, c'est ça ?

Il releva la tête, les joues toujours rouges.

- Tu es amoureux de lui ?

Il me répondit, les yeux dans les yeux :

- Il me plaît beaucoup.

Cela me mit aussitôt dans une rage folle.

Je ne voulais pas qu'il tombe amoureux de quelqu'un et surtout pas de la personne que je considérais comme un rival.

- Tu es mon esclave, fis-je remarquer les dents serrées. Vas-y, essaie de retirer le SCM, je te manquerai tout de suite.

- Mais tu t'es insinué dans mon cerveau, tu en as pris le contrôle... C'est de la triche. Je ne sais pas ce que tu espères mais je ne t'aimerais jamais.

J'éclatais de rire.

- Qui a parlé d'amour ? J'ai pas envie que tu m'aimes. Je ne t'aime pas non plus. Je veux seulement que tu m'appartiennes et ça...

Ma main droite descendit vers sa serviette, à laquelle il s'accrochait désespérément. Elle se faufila à l'intérieur et trouva son membre que j'empoignai fermement. Je m'approchai de son cou et murmurai, d'une voix sensuelle :

- C'est déjà fait...

Je lui léchai, tandis que ma main commençait à s'activer en bas.

- Arrê... Commença-t-il.

- Tais-toi. Ne bouge pas. Pas un mot.

Je repris sa bouche avec force. Cette fois, sans aucun ordre de ma part, il y répondit instantanément.

Tu joues les vierges effarouchées mais tu aimes ce que je te fais...

Cette pensée me ravit. Cela voulait dire que je devais continuer de jouer de cette façon pendant une semaine et je pourrais le libérer ensuite.

Il serait totalement accro à moi, après ça.

Il serait totalement à moi, sans SCM.

Ma main variait les vitesses, tantôt lente et douce, tantôt rapide et forte, tout ça dans un seul but : le rendre fou.

Il transpirait, son visage était brûlant, à haleter et gémir dans ma bouche.

Ses pupilles était complètement dilatés, ses yeux fixant un point vide au plafond. Il soufflait fort, les mains crispées.

- T'as envie que j'arrête ? Demandais-je, les yeux brillants, entre deux baisers brûlants.

- Ka...chan... laissa-t-il échapper, quand je le laissais reprendre son souffle.

Et il reprit ma bouche, de sa propre volonté.

J'aurai pu lui faire l'amour contre ce casier qu'il n'aurait pas objecté.

Parce qu'il m'appartenait déjà, depuis toujours.

Il allait jouir, je le sentais. Tout son corps était tendu et tremblant, attendant la délivrance...

Je m'arrêtai.

Je quittai sa bouche et le regardai, droit dans les yeux.

- Tu es libre.

Il comprit tout de suite et retira l'espèce de dentier.

Il essaya de me repousser mais, prévoyant, je saisis ses deux mains et les plaquai au-dessus de sa tête.

Le SCM tomba au sol.

- En fait, j'en ai pas besoin. Tu es à moi, même sans.

Je lui souris, satisfait.

- Tu ne parleras à personne de ce qui s'est passé ici. Tu aurais trop honte d'avouer que tu as pris ton pied, pas vrai ? Vas-y, Deku. Tu l'as enlevé mais je veux te l'entendre dire... Tu as pris ton pied, n'est-ce pas ?

Il regarda ses pieds, gêné.

- Oui... murmura-t-il d'une toute petite voix.

Je relâchai ses mains et m'éloignai de lui.

- Essaie de faire ça avec Double-face, tu n'y arriveras pas. Tu m'as toujours eu dans la peau.

Il ne disait rien, essayant probablement de mettre dans l'ordre dans ses idées.

Je savais néanmoins que j'avais raison. Il me désirait autant que moi je le désirais, je l'avais senti. Le SCM a juste permis que lui aussi s'en rende compte.

- Je n'avais pas l'intention d'aller plus loin, dis-je enfin. Mais maintenant tu le sais, que c'est moi que tu veux et pas l'autre.

Il eut un petit rire sarcastique.

- Faut toujours que tu fasses ça. Imposer, forcer. Dis-moi franchement, à quoi ce petit jeu aura servi au final ? Après les humiliations et les coups, t'en a pas déjà assez fait ?

Je haussai les épaules, détaché.

- Va-t'en. On va pas tarder à reprendre les cours, laisse-moi seul.

Je tournais les talons et sortit sans lui adresser un regard.

En me couchant ce soir-là, je rêvais de lui faire l'amour contre ce casier...


- IL A FAIT QUOI ?! Hurla Ochaco le lendemain quand je lui eut tout raconté.

Nous étions dans la cour, sur un banc après les cours de la journée.

L'esprit encore embrumé par ce qui c'était passé avec Katchan, j'avais désespérément besoin de conseil.

- Moins fort... L'intimais-je.

- Attends, attends... Tu te rends compte de qui on parle ? Bakugo ! Je croyais que vous vous détestiez !

- Ça me tue de l'admettre mais il avait raison, je le voulais moi aussi... j'avais certes perdu le contrôle, en même temps, j'étais tout à fait conscient de ce qui se passait. Quand nous avons commencé, ma tête ne disait pas non, loin de là. Aussi bizarre que ça semble l'être, j'avais envie de lui. Le dispositif a fait en sorte que je m'en rende compte. C'était comme si tout ce qu'il m'avait fait avant n'avait pas existé.

Elle haussa un sourcil, perplexe.

- Il n'aurait pas été plus loin que ça ! Il est insupportable de bien des façons mais de là à en profiter de la manière dont tu l'imagines... Ce n'est pas son style.

- Après tout ce que tu m'as raconté sur vous... Comment en être arrivé là ?

Je ne trouvais rien à répondre, encore choqué par mes propres réactions. J'avais beau ne plus posséder de libre-arbitre durant ce moment, les sensations qui en découlaient depuis étaient les miennes. Le SCM ne pouvait pas feindre ou contrôler à ce point, j'en étais persuadé. Et c'était lui, Bakugo Katsuki, unique responsable de ce trouble ; c'en était presque comique, compte tenu de notre passé commun.

- Mais... tu l'aimes ?

Sa question me surprit. Avant de l'entendre, elle ne m'avait même pas effleurée ; j'en savais rien du tout. J'avais aimé ce qui s'était passé mais il s'agissait de Katchan... Il m'avait tellement fait souffrir que je devrais me payer des séances chez un psychanalyste si je tombais amoureux de mon bourreau du jour au lendemain.

Pourtant, mon cœur avait été troublé comme jamais auparavant hier et l'était toujours à l'heure actuelle... J'avais répondu à ses baisers, à ses caresses et j'étais certain que ça aurait été aussi le cas sans ce dispositif.

Je secouai la tête.

- Je ne sais pas...

Aujourd'hui, nous nous étions à peine regardés, alors comment aborder un tel sujet, avec son caractère explosif ?

- Tu devrais aller lui parler, me conseilla-t-elle.

Prenant mon courage à deux mains, je me retrouvai à sonner devant chez lui en début de soirée. Ce fut lui qui m'ouvrit.

- Il faut qu'on parle, annonçais-je.

Il s'effaça pour me laisser entrer et je le suivis dans sa chambre.

- Alors, commença-t-il en s'asseyant sur son lit. De quoi tu voulais me parler ?

- De ce qui s'est passé hier.

Il poussa un soupir.

- C'est du passé, hier.

Mauvaise réponse, Katchan. Je te connais trop bien.

- Je voulais juste que ce soit clair entre nous. Parce que j'ai l'intention de tenter ma chance avec Shōto.

Il resta silencieux.

- Je vais tenter, poursuivis-je, visiblement détaché. Même si je n'aurais probablement aucune chance... Et s'il dit oui alors...

Il ne me laissa pas le temps de finir et se précipita pour m'embrasser. Un simple baiser, bien plus timide que ceux de la veille auquel je ne répondis pas, sans pour autant le repousser.

Idiot.

- Je t'interdis de faire ça. Dit-il quand il éloigna ses lèvres des miennes.

Je lui montrai ma tête du doigt.

- Plus de SCM, plus rien ne m'en empêche.

- C'est ce que tu crois.

Je le fixai, me demandant d'où lui venait ce ton si assuré.

Peut-être comprenait-il déjà à cet instant quelque chose qui moi, m'échappait encore...

Dans tous les cas, si j'avais su ce qui se passerait ensuite, jamais je n'aurai jouer contre lui, ce jour-là...