Je fais les cent pas dans mon appartement. Je bouillonne. Je ne pense qu'à . Je prends finalement mon courage à deux mains et je vais frapper à sa porte. Elle ouvre presque immédiatement malgré l'heure tardive, et mon regard glisse sur son corps. Elle ne porte qu'une nuisette bordeau. Mon sang ne fait qu'un tour. Je l'attrape et je l'embrasse. Je sens son petit corps menu se serrer contre le mien pendant que sa langue titille la mienne, et ça me rend dingue. Mes mains glissent sous le morceau de tissu pour rencontrer son corps. Je veux le connaître par cœur. Elle ne bronche pas. Elle se laisse faire. Elle est plus docile que je le pensais. Je sens ses ongles s'enfoncer dans mon épaule quand je la soulève. Ça me fini littéralement. Je m'apprête à me confondre en elle et...

« Putain de réveil ! Je m'exclame en tapant l'objet qui bipe sans relâche sur ma table de chevet. »

Je me retourne dans mon lit. Je ne suis pas seul, mais la fille endormie à côté de moi n'a rien de , et j'ai besoin d'une bonne douche froide. J'ai trouvé cette petite brune la veille aux Trois Balais. J'aimerais dire qu'elle est sympa et intéressante, ou intelligente, et qu'elle a plein d'autres qualités, mais en fait je n'en sais foutrement rien. Je n'ai pas écouté un seul mot de ce qu'elle m'a dit hier. Tout ce que j'ai vu, ce sont ses yeux verts. Je sors de la douche et je la vois se rhabiller. C'est mieux comme ça, quand je n'ai pas besoin de leur dire de se barrer et qu'elles comprennent toutes seules. Je lui ouvre la porte, et en même temps, celle de s'entrebâille. Un mec à moitié à poil en sort. Encore un nouveau, je constate. Je la distingue à peine derrière lui, jusqu'à ce qu'elle le pousse.

« Dépêche-toi, je bosse moi ! S'énerve-t-elle. »

Elle porte une chemise blanche sous sa veste de tailleur noire. D'un geste rapide, elle rentre sa chemise dans sa jupe, et j'ai envie de devenir sa main.

« A la prochaine James ! Me dit la brune en me faisant un signe de la main. »

Je ne réponds pas. vient juste de remarquer notre présence. Elle suit des yeux la brune jusqu'à ce qu'elle disparaisse de son champ de vision, puis elle reporte son attention sur sa chemise. Elle la boutonne un cran plus haut, et je grimace. Je me demande dans quoi elle travaille pour être aussi classe. Je la vois sortir une paire de lunettes de son sac rouge, et quand elle les met, c'est comme si elle m'achevait. Si j'avais des doutes, maintenant je n'en ai plus. Cette fille, c'est mon fantasme.

« Salut... James ! Lance-t-elle en prenant soin d'articuler chaque lettre de mon prénom. »

Merde. Cette voix. Mon prénom dans sa bouche. J'ai l'impression que je vais m'effondrer. Oh, tu es un homme ou quoi ? Reprends-toi mon vieux ! Me hurle ma petite voix intérieure. Je déglutis et quand elle pose ses yeux pétillants de malice et de satisfaction sur moi, je me sens rougir. Jamais de ma vie je n'ai ne serait-ce que rosi, et voilà que cette fille arrive et fout toute mon assurance en l'air. Elle le sait en plus, et elle s'en délecte.

« Salut... Lena ?
_ C'est encore pas pour aujoud'hui, répond-elle avant de dévaler les escaliers derrière son mec. »

J'ai envie de la suivre. Je voudrais voir ce qu'elle fait de ses journées, où elle travaille, avec qui, comment elle en est arrivée là, et pourquoi elle n'était pas avec nous à Poudlard. Je me retiens parce que je réalise que j'ai l'air d'un psychopathe, mais le mystère me tue. C'est horrible d'être laissé dans le noir, comme ça. C'est comme si elle m'aspirait petit à petit dans son gouffre. Enfin, de toute façon, là, elle me tient déjà. Ça m'embête de l'admettre mais c'est comme ça.

« Rémus, tu es bien attaché ? Demande Sirius. »

Il tire sur ses chaînes pour tester la résistance et acquiesce. C'est encore une longue nuit pour nous. Doucement je le regarde se transformer alors que la lune se remplit. Il n'arrive pas à se maîtriser, alors on l'aide. Je me transforme en cerf et me cache instinctivement sous une chaise. Sirius et moi, on passe la nuit à regarder Lunard se débattre, et ça nous attriste de le voir comme ça. On a rien fait pour ça, mais quand même. Jamais il n'a été question de le rejeter. S'il y a bien une qualité que je suis fier de posséder, c'est la loyauté. Je sursaute quand Rémus atteint finalement le paroxysme de sa transformation et qu'il brise la chaise sous laquelle je me cachais. Il me griffe au passage, et Sirius se rue sur lui sous sa forme de chien pour essayer de le contrôler. La bataille dure jusqu'au petit matin, jusqu'à ce que Rémus revienne enfin à nous. Ce n'est qu'à ce moment là que je peux rentrer, quand je suis sûr qu'il va bien.

J'arrive devant ma porte en cherchant frénétiquement mes clés. Elles tombent de ma poche, et je me retrouve nez à nez avec . J'ai le bras en sang et elle le remarque.

« La vache James ! »

Elle a l'air paniqué. C'est quand elle monte à toute allure les dernières marches de l'escalier que je me rends compte qu'il y a un nouveau mec derrière elle. Je crois halluciner. Elle est pire que moi, j'en viens presque à me poser des questions sur son métier. Elle ouvre sa porte, balance son sac dans l'entrée et court chercher quelque chose dans son appartement. Elle revient avec toute sa pharmacie et me fait signe de la suivre. Je ne me fais pas prier. Depuis le temps que j'ai envie d'en savoir plus à propos d'elle. Elle me fait signe de m'asseoir sur un canapé vert bouteille, et j'obéis. Pour une fois dans ma vie. Parce que je suis distrait par tout ce qu'il y a autour de moi. Une quantité incroyable de livres s'entassent dans une bibliothèque si grande que je me demande comment elle peut ne pas être découragée à l'idée de devoir en lire ne serait-ce qu'un seul. Les murs sont à peine visibles derrière, mais la pièce est tout à fait chaleureuse. Et cette odeur... Merlin... C'est indescriptible. C'est . Un parfum sucré, comme un bonbon.

« On se voit demain, ok ? Dit-elle au mec qui attend à la porte. »

Il hoche la tête et se barre, aussi docile qu'un petit chien. Elle les mène tous à la baguette, et je me surprends à avoir envie qu'elle me traite de la même façon, mais elle s'agenouille devant moi. Elle pose un sac avec une grosse croix rouge dessus à côté d'elle, et ses yeux rencontrent les miens. Mon rythme cardiaque s'accélère. Elle approche sa main de mon avant bras et éponge le sang qui n'arrête pas de couler. Je ne sens rien. J'ai l'habitude. J'ai perdu la sensibilité à ce niveau là à force de me faire griffer. Son autre main se pose complètement innocemment sur mon genou alors qu'elle se redresse pour mieux voir ma blessure. C'est impressionnant, mais ce n'est pas si grave. Toujours est-il que j'ai envie de remercier Rémus, maintenant. Elle se penche dans sa pharmacie et en ressort une fiole. A ce moment là, je ne peux m'empêcher de remarquer qu'elle a déboutonné sa chemise d'un cran entre ce matin et ce soir. Je détourne le regard. Je ne sais pas pourquoi je suis si gêné. Fut un temps je me serais jeté sur elle sans plus de cérémonie.

« C'était mon frère, le mec, tout à l'heure, m'explique t-elle.
_ Ah. Tu en as beaucoup, de frères, lui fais-je remarquer en me moquant gentiment. »

Elle s'interrompt et fronce les sourcils. Merde. Je crois que cette remarque était un peu trop déplacée. Elle verse le contenu de la fiole sur sa main, et je sens dans son regard que je vais regretter ce que je viens de dire.

« Probablement autant que tu as de sœurs, réplique-t-elle sur le même ton. »

Je ravale un rire lorsqu'elle pose presque brutalement sa main pleine de pommade sur mon bras tailladé. Elle est étonnée que je ne me mette pas à gémir de douleur, je crois. Elle en est presque contrariée.

« Comment tu t'appelles ?
_ Evans.
_ Evans ? C'est tout ? Juste Evans ?
_ C'est comme ça qu'on m'appelle là où je bosse.
_ Et tu bosses où ? Avec tes... Frères ? »

Elle s'arrête et me gifle. Violemment. Merde. Quel con. Pourquoi j'ai dit ça ? J'ai jamais été aussi con de ma vie. Ses yeux lancent des éclairs. Est-ce qu'elle va me faire voler comme le mec de l'autre fois ? Je serre ma baguette dans ma poche, elle le remarque et se détend.

« T'es vraiment un sacré con James Potter, tu le sais ça ?
_ On a bien dû me le dire une ou deux fois, je répond en haussant les épaules. »

Ça la fait rire. Ouf. Et quel rire, en plus ! Je peux mourir maintenant. J'ai entendu le son le plus mélodieux et le plus délicat qui existe sur terre.

« Je ne suis pas plus une pute que tu ne l'es, me dit-elle finalement en rebouchant la fiole de pommade.
_ Est-ce que j'ai dit que je n'en étais pas une ? »

Elle s'esclaffe brièvement. Je détourne le regard pour examiner à nouveau la pièce dans laquelle je suis, et je suis frappé par cette décoration impersonnelle. A part des livres, il n'y a rien. Pas de photo, pas de DVD, rien. Ah si. Je distingue finalement sur une étagère de la bibliothèque, un bon nombre de CD. Il n'y a rien de plus révélateur sur une personne que la musique qu'elle écoute, mais je suis trop loin pour lire le titre des albums.

« Toi, tu fais quoi comme job pour revenir dans cet état un soir sur deux ? M'interroge t-elle. »

Je ne sais pas si elle est réellement intéressée ou si elle cherche juste à combler un blanc qui n'était pourtant pas gênant.

« Je... Suis dans les affaires, dis-je finalement après avoir hésité.
_ Dans les affaires ? Elle répète, intriguée, tu vends de la drogue ou un truc comme ça ? »

Je comprends que je ne suis pas très convaincant. Je ne vais pas lui dire que je fais partie de l'Ordre, je ne la connais même pas. Et puis je ne lui ai pas totalement menti. Mon métier, c'est les affaires.

« Non. Ce sont mes loisirs qui me mettent dans cet état là, j'explique en souriant. »

Elle me regarde comme si j'étais fou, mais en même temps, je décèle une petite pointe d'admiration dans les deux émeraudes qui brillent devant moi, et je suis fier. J'ai envie de me pavaner, mais je me retiens.

« Tu ne m'as toujours pas dit où tu bosses, toi, lui fais-je remarquer.
_ La journée, je travaille dans une bibliothèque moldue pas très loin du Chemin de Traverse, et la nuit je suis serveuse à la Chope Sans Fond. »

Deux jobs ? Je suis impressionné. Quand est-ce qu'elle dort ? Je pose à nouveau les yeux sur elle alors qu'elle enroule méticuleusement un bandage autour de mon bras.

« On a pas tous la chance d'avoir été pourrit gâté par papa maman et d'être plein aux as, dit-elle en me toisant avec un petit sourire moqueur. »

Je suis vexé mais je ne montre rien. Elle ne me connaît pas, comment peut-elle dire un truc pareil ? J'ai sacrément envie de l'envoyer chier, mais j'ai aussi tellement envie de lui virer ses fringues que je n'arrive pas à me décider, et finalement je ne fais rien.

« Qu'est ce qui te fait dire ça ? Je lui demande. »

Elle coupe la bande avec ses dents immaculées et met le reste du rouleau dans sa pharmacie, puis elle quitte la pièce pour revenir quelques secondes plus tard. Elle m'attend à la porte, alors je la rejoins à contre cœur.

« Tu mets un T shirt à 300 balles pour aller pratiquer « ton loisir ». Peu importe ce dont il s'agit, tu sais que tu vas sûrement revenir à moitié déchiqueté. J'en déduis que soit tu t'en fous et tu ne fais pas attention à tes fringues, ce qui veut dire que tu as de quoi t'en payer assez pour ne pas avoir à t'en soucier, soit tu fais vraiment attention et tu t'es dit « ah oui, je vais prendre ce T Shirt là, il ne m'a couté que 300 balles, c'est deux zéros de moins que tous les autres qui sont dans ma garde robe. », ce qui revient encore à dire que tu es pété de tunes, m'explique-t-elle calmement.
_ Et ça te suffit à en déduire que j'ai été pourrit gâté ?
_ Ah non. Ça je le devine à ton petit air autosuffisant et à ta façon de traiter les filles. C'est le comportement de quelqu'un à qui on a jamais dit non. »

Là, j'ai réellement envie de lui faire bouffer ses cheveux roux. Sûrement parce que je sais qu'au fond elle a raison, mais aussi parce que personne ne m'a jamais parlé de cette façon.

« Et le fait que ma voisine fasse voler des mecs à travers notre cage d'escalier, on l'analyse ou pas ?
_ Tu peux toujours essayer, mais comme on t'a probablement toujours donné les réponses avant que tu ne poses les questions, tu risques de te heurter à un mur, répond-elle avec un petit sourire hautain. »

Merde, quelle insolence ! J'ai envie de lui clouer le bec. Elle ouvre la porte pour que je sorte. Je m'exécute mais je reste sur le seuil et je la regarde de haut en bas. Sa jupe est un peu de travers et sa chemise est froissée. Ses cheveux sont attachés contrairement à ce matin, typique de la fille qui vient de s'envoyer en l'air et qui n'a pas le temps de se recoiffer entre les coups. Ça m'embête, mais c'est la vérité. Je réfléchis. Elle travaille dans une bibliothèque, elle aime les livres. Elle doit travailler dans ce bar parce qu'elle s'ennuie. Ou alors elle cherche à s'enterrer sous toutes ces heures de boulot parce qu'elle méprise sa vie. Elle rencontre des mecs le soir, et elle les ramène chez elle quand elle finit de bosser pour s'ennuyer un peu moins, ou se sentir un peu moins seule. J'ai l'impression d'être face à un miroir. Maintenant, je comprends, mais je ne dis rien. Je n'ai pas envie de l'offusquer.

« Finalement, ça ne m'intéresse pas. Merci de m'avoir rafistolé, à la prochaine Evans. »

Elle a l'air déçu mais elle ne dit rien pour me retenir quand je rentre chez moi. Je me laisse tomber contre ma porte. Je ne me reconnais plus. Je me retiens de dire des choses blessantes pour ne pas heurter les sentiments d'une fille qui se fout totalement de ma gueule. C'est une grande première. Ça me fait du bien, et ça me fait peur à la fois. Enfin, toujours est-il que maintenant que j'en sais un peu plus sur elle, j'ai envie de creuser, et creuser encore, parce qu'il n'y a que des trésors à l'intérieur de cette fille, j'en suis persuadé. De l'or à l'état pur.