Segment mémoire 2 : L'amour Fugitif

Ferrare… Même dans mes bouquins d'histoire, j'en n'avais jamais entendu parler, de ce patelin là. Ah, l'Animus et ses voyages touristiques à moindre coût… Mais je n'avais pas le temps de m'y attarder, et qui plus est, l'Animus ne pouvait me montrer que ce qu'Ezio avait traversé. Et je doutais du fait qu'il ait pu prendre son temps pour faire du tourisme…

L'Animus me matérialisa directement à Ferrare, sans passer par la case voyage et sans toucher 20 000 florins. C'est donc ici que je retrouvai Ezio et cette chère Lucrezia… Mon ancêtre avait l'art de s'entourer, contrairement au sobre Altair (dont je regrettais néanmoins la compagnie, parfois.)

De Ferrare je ne vis donc que la somptueuse maison du mari de Lucrezia (Shaun m'avait fait un topo sur qui il était, d'où il venait son pedigree et tout le toutim, mais ce qui m'intéressait c'était plutôt sa femme, dans l'histoire). Un immense palais de trois étages aux facades blanches décorées dans le plus pur style de la Renaissance à grand renfort de fenêtres immenses et de colonnades somptueuses, avec un jardin magnifique entouré de hautes murailles ouvertes de quelques grilles en fer forgé, des statues, des vignes… Et une kyrielle de gardes armés comme des galères de guerre. Aurai-je senti comme une légère paranoïa chez la duchesse ?

Une fois synchronisé, je me mis en position pour l'infiltration. Ezio n'avait eu aucun mal à grimper sur les murs extérieurs de la muraille. En revanche, une fois à l'intérieur, ça devenait compliqué : la grande grille d'entrée vers les jardins était verrouillée et chaque personne qui voulait y entrer devait montrer patte blanche. Des gardes en interdisaient l'accès, et des patrouilles tournaient en rond entre les écuries sur la gauche et la grande grille. Ezio perdit le fil de ses pensées quand un cheval blanc arriva avec fracas dans la cour. Tout le monde s'arrêta séance tenante : la duchesse venait de faire son entrée… Et elle avait l'air remontée comme une pendule. Les gardes eux-mêmes semblaient vouloir se tenir à distance et le gradé qui s'approcha d'elle le fit avec une extrême douceur, comme il l'aurait fait avec un enfant apeuré.

« Vous avez fait bon voyage, signora ? demanda-t-il à tout hasard.

- Bon voyage ? Et comment aurai-je pu ? J'ai chevauché bride abattue par des chemins à peine praticables, le tout avec la peur de sentir une lame se planter dans mon dos !

Agressive, sifflante, Lucrezia semblait à bout de nerfs. Elle donnait l'impression de vouloir attaquer le garde pour qu'il sente sa panique, qu'il partage sa détresse. Mais elle était si démunie dans cette situation… Et le brave homme ne comprenait apparemment pas de quoi sa maîtresse avait tant peur.

- Je ne comprends pas, reprit-il toujours avec douceur. Qui veut vous tuer, Duchessa ?

- Mon père les tenait à distance ! répondit Lucrezia pour elle-même, le regard fou. Maintenant ils en ont après moi, ils veulent ma tête !

- Mais Signora

- J'étais censée être en sécurité à la campagne ! Mais la mort me poursuit ici aussi ! Doublez les patrouilles. Personne ne doit entrer ici en dehors de des gardes personnels de mon mari ! »

Sans plus d'explication, elle éperonna son cheval et passa au galop les grilles qui venaient de s'ouvrir pour elle. Avec cet air illuminé, on aurait dit un prédicateur fou. Si ses gardes n'étaient pas au fait de ses antécédents à Rome, elle devait passer pour une folle avec cette panique qui la faisait monter dans les ultrasons et ses propos dénués de sens.

Mais pour Ezio c'était limpide… Et pourtant il n'avait envoyé aucun Assassin à ses trousses. Il ne l'avait jamais vue comme une ennemie. Il savait que les femmes pouvaient être de redoutables adversaires, il en avait côtoyé quelques unes qu'il n'aurait pas voulu défier. Caterina Sforza, Paola, Theodora ou même sa petite sœur Claudia… Des femmes de caractère. Lucrezia était du nombre. Mais pour lui, la petite sœur de Cesare n'était qu'un pantin sous la coupe de son frère dont elle était éperdument amoureuse. Elle gobait ses mensonges et ses promesses pourvu qu'il l'aime toujours et la place au dessus de toutes les autres… Et la pauvre avait essuyé un cruel revers quand Cesare s'était montré sous son véritable jour en menaçant de la tuer pour récupérer le fragment d'Eden. La blessure qu'il lui avait infligé en l'étranglant n'était rien par rapport au trou béant qui avait du s'ouvrir dans son cœur quand elle avait vu ce visage tant aimé briller de haine et prêt aux pires bassesses pour le pouvoir. Il avait tué son propre père et l'aurait tué elle, alors qu'elle n'avait agi que par pur instinct pour protéger le vieillard… Et il avait suffit d'une phrase en apparence anodine, pour une famille saine, pour détruire Lucrezia Borgia.
« Cesare, je suis ta reine ! » avait-elle supplié d'une voix étouffée alors qu'il resserrait l'étreinte autour de son cou fragile. « Tu es ma SŒUR » avait répliqué ce dernier d'une voix mauvaise, balayant d'un revers de la main le jeu déviant auquel ils s'étaient pourtant adonné de nombreuses années. Et une fois l'information cruciale obtenue, il l'avait laissée derrière lui, anéantie, au point qu'elle en vienne à le trahir aussitôt en révélant à Ezio l'emplacement de la cachette de la pomme d'Eden, en maudissant celui qui était encore quelques heures auparavant l'amour de sa vie. Anéantie ou non, elle restait une Borgia, la trahison familiale était dans ses gènes…

Mais était-ce le vrai Cesare qui avait couru après le fragment d'Eden en anéantissant sa famille ou un simple pantin manipulé par son propre côté obscur qu'avait amplifié cette maudite pomme ? Cet artefact soulevait tellement de question sans en résoudre aucune, c'était aussi frustrant qu'usant. Mais pour le moment, mieux valait se concentrer sur sa mission en cours : récupérer les tableaux pour trouver l'endroit où était retenu Leonardo.

Une fois la duchesse passée, les gardes verrouillèrent à nouveau l'immense grille. Inutile de passer par ici, c'était inutile. Il aurait fallu assassiner tous les gardes, ce qui aurait demandé un temps et une énergie dont il ne disposait pas, et le duc et sa femme auraient tout le temps de se barricader. Ezio était venu seul, sans aucun membre de sa confrérie, et il était bien résolu à ne pas faire couler le sang inutilement. Tuer des gardes Borgia c'était libérer Rome. Tuer des gardes ici, c'était éliminer de pauvres bougres qui n'entendaient rien au conflit qui sévissait à Rome et se contentaient de protéger la demeure des intrus.

« Vous avez entendu la duchesse ? Doublez les patrouilles et sonnez l'alerte en cas d'intrusion ! cria le garde gradé à ses collègues. Pauvre Alfonso, sa femme est devenue folle. » conclut-il d'un ton réellement attristé.

Ezio s'avança sur le toit sur lequel il était juché et observa les alentours. Le palais était en bon état, mais on ne pouvait pas en dire autant des écuries. Fissures, interstices, briques qui ressortaient de ci de là, elles avaient été mal entretenues et c'était juste ce qu'il fallait à un Assassin expérimenté pour pouvoir s'infiltrer dans la propriété. Depuis le bord du toit il vit un tas de paille dans lequel il pouvait sauter : il attendit donc le passage de la patrouille qui tournait dans la grande cour entre les écuries et le portail. Une fois la patrouille à bonne distance du tas de foin il prit une grande inspiration recula de quelques pas et sauta comme il l'avait déjà fait tant de fois auparavant. Il prit appui sur le bord du toit et se laissa tomber à la verticale, tête la première, avant de rectifier sa position à l'approche du tas de foin pour y atterrir sur le dos, presque en douceur. Un saut de la foi parfait. Profitant de l'absence de gardes sur ce secteur, il grimpa aussitôt au mur avant de se hisser sur une poutre, puis une autre, et encore une autre, afin de rejoindre le grenier à foin des écuries. Une fois en haut, il épousseta la paille qui était restée collée à ses vêtements et jeta un rapide coup d'œil sur la charpente des lieux : il pouvait traverser tout le bâtiment sans mettre un pied à terre, ou presque. Le tout étant de ne pas se faire voir pendant le processus… Mais les gardes avaient fort à faire avec un groupe de civils qui semblait faire un blocus derrière l'entrée des écuries. Ezio tendit l'oreille en franchissant les obstacles aussi silencieusement que possible.

« Mais qu'est ce que vous faites ? criait l'un des types derrière la grille. Je dois cirer les chaussures de la Duchessa, laissez-moi entrer !

- Personne n'est autorisé à entrer au Palazzo.

- Alors quoi, elle va les cirer elle-même peut-être ? C'est une blague, laissez-moi donc entrer !

- Les ordres sont les ordres.

- Je me plaindrais au Duc !

- Faites donc, tant que vous êtes de ce côté de la grille, personne ne vous entendra. » railla le deuxième garde.

Le larbin ne lâchait pas prise, et Ezio ne pouvait rêver d'une meilleure diversion. Une poutre cassée le força à redescendre à terre. Il se cacha à nouveau dans le foin (louées soient les écuries et leur fourrage) avant de reprendre son ascension de l'autre côté de l'écurie une fois les gardes passés. Des étendards Borgia étaient placardés sur tous les murs à environ 2 mètres de distance les uns des autres. Lucrezia s'était-elle cru dans son ancien Palazzo de Rome, ou avait-elle placardé ces blasons comme des charmes magiques pour faire fuir les potentiels Assassins ? Par malchance, le seul Assassin infiltré était celui-là même qui ne craignait pas les Borgia et avait juré leur perte. Et d'ailleurs, Cesare déchu, Rodrigo mort et enterré, que pouvaient encore signifier ces blasons jaunes et rouge ? Qui pouvait être encore effrayé par le fantôme que représentait ce taureau rouge autrefois plein de vigueur, à présent mourant et traîné dans la boue ?

Pauvre Lucrezia. La femme forte et manipulatrice avait laissé place à une folle aux aguets, apeurée au moindre bruit.

Mais l'heure n'était pas à l'apitoiement. Lucrezia était une Borgia, et en plus elle détenait la clé de l'affaire Da Vinci qui le préoccupait. Ezio passa les barrages de garde sans la moindre difficulté. Il posa pied à terre derrière deux gardes en faction qui ne le remarquèrent même pas, trop occupés qu'ils étaient à commenter les nouvelles mesures imposées par la duchesse.

Une fois les écuries passées, Ezio se retrouva dans ce qui semblait être une remise à vin, et il sauta d'étagères en étagères dans l'indifférence générale. Les serviteurs au dehors grondaient toujours, et ceux qui avaient été autorisés à entrer dans le premier bâtiment s'affairaient bruyamment. Il se retrouva donc sans encombre à la grille principale qui fermait l'accès au jardin par les écuries. Il escalada le mur jusqu'au dôme qui s'arrondissait au dessus des gardes postés devant la grille, et il sauta d'un pan à l'autre pour se rattraper aux briques descellées. L'opération était hasardeuse : le ciment pouvait céder à tout moment et s'effriter sur les gardes ou faire tomber Ezio en plein sur la faction. Mais rien de tel ne se produisit et il put se retrouver du côté des jardins. Une fois hors de vue des gardes, il sauta à terre. Il reprit son souffle pendant quelques secondes et reprit son chemin comme si de rien n'était. Il sauta sur les tonnelles de bois où poussaient de jeunes pieds de vigne. Pas assez feuillus pour le dissimuler, mais assez jeunes pour ne pas avoir pourri la tonnelle : elle supportait son poids. Il avança avec précaution, esquiva les patrouilles en se cachant derrière une fontaine avant de sauter à nouveau sur une tonnelle pour éviter d'être vu par les gardes qui patrouillaient en dessous.

Restait l'allée de gravier blanc à traverser pour pouvoir atteindre la fenêtre laissée entrouverte par une Duchesse un peu trop sûre du professionnalisme de ses troupes… L'allée était gardée, l'un des gardes se reposait sur le rebord de la fontaine qui coupait l'allée en deux. Ce Duc avait un jardinier plutôt doué. Jouant le tout pour le tout, Ezio traversa en marchant d'un pas assuré l'allée, couvrant les quelques mètres qui le séparaient des cyprès qui pourraient le dissimuler au nez des gardes…

« Cet homme… Se pourrait-il… Messere, venez par ici, il faut que l'on vous parle ! »

Le garde venait de l'apostropher plutôt poliment, mais la patience des soldats était un concept dont les limites étaient vite atteinte. Il se hâta donc de disparaître derrière les cyprès. Une fois à l'abri des regards, il sprinta jusqu'à la fenêtre et s'y engouffra avant que le garde n'ait eu le temps de voir où il avait filé. Il referma la fenêtre sans un bruit et parcourut la pièce du regard. Une immense bibliothèque aux murs recouverts de livres sur deux étages. Et contre le mur de droite un pupitre en bois massif encadré de rideaux de velours rouge sur lequel reposait un livre ouvert que la duchesse parcourait des yeux. Toujours aussi belle, elle portait une robe d'amazone dont l'ourlet remontait sur le devant, laissant voir les bottes qu'elle avait enfilé pour monter à cheval. Elle avait relevé ses cheveux sur la nuque dans un filet noir, ne laissant tomber qu'une tresse qui caressait le creux de ses reins à chacun de ses mouvements. Et comme la grande dame de la Renaissance qu'elle était, elle avait la gorge nue, jusqu'aux épaules et offrait une vue saisissante sur un décolleté parfait. Elle n'avait pas eu un mouvement en sa direction, aussi Ezio supposa-t-il qu'elle ne l'avait pas vu entrer. Il s'approcha, aussi silencieux qu'un chat, mais il se figea en entendant la voix de Lucrezia dont le calme olympien tranchait violemment avec la crise de panique dont elle avait fait démonstration quelques minutes plus tôt.

« Te voilà enfin, Assassin. Tu es venu me tuer ? »

Il sourit. Il avait parfois vu ses victimes accepter leur sort, mais une Borgia ? C'était une première. Et ce alors même qu'il n'était pas venu pour elle.

- Buongiorno Lucrezia. Ou devrais-je dire Duchessa ?

- Je ne fais que porter le titre que me confère mon mariage. Je sais que je n'en ai pas vraiment l'étoffe.

- Je ne suis pas venu prendre ta vie. Plutôt… Quelques peintures qui m'ont été dérobées.

- Tu te lances dans la décoration, Assassino ? le railla-t-elle.

- Vous m'avez volé cinq tableaux de Leonardo Da Vinci, je veux les récupérer.

- Oh mais bien sûr, tu crois que c'est si facile ? J'ai du fuir ma ville natale, j'ai perdu ma famille ! Tu crois que Ferrare m'aime ? Je suis une exilée, une orpheline ! Je n'ai plus tes peintures ! cracha-t-elle d'une voix perçante.

- Je ne te crois pas.

- Effrayant, n'est-ce pas ? D'avoir tout perdu… (sa voix se fit cajoleuse, plus caressante) Peut-être pourrions-nous… Nous consoler mutuellement ? Tu sais ce que c'est, après tout…

- Peut-être, répondit Ezio en abaissant son capuchon pour découvrir son visage de Casanova.

Il s'avança vers elle lentement, un curieux sourire sur le visage. Elle ne fit pas mine de reculer, mais au contraire de s'offrir à lui sans la moindre résistance, tirant d'elle-même le lacet qui retenait son adorable décolleté… Voilà qui s'annonçait comme une entrevue des plus prometteuses. Arrivé à sa hauteur, Ezio l'enlaça et passa sa main libre sur les fioritures de son corset, caressant à travers le tissu qui les entravait les courbes généreuses de la fille, sœur et amante de ses plus mortels ennemis.

- Où sont les tableaux ? lui murmura-t-il à l'oreille avant de plonger ses lèvres dans son cou.

- Vendus à Francesco Colonna… Sauf un que j'ai donné à un homme qui m'était cher, Patrizio. Il passe son temps près du Vaticano. Je n'en ai gardé qu'un pour moi…

Le dernier mot n'était qu'un soupir. La duchesse s'abandonnait totalement dans les bras experts de l'Assassin dont les mains commençaient à s'abandonner un peu plus bas que les hanches.

- Donne-le-moi.

Un murmure, mais sur un ton sans réplique.

- Gardes ! appela la Duchesse d'une voix forte.

Aussitôt, les deux panneaux la porte de la bibliothèque s'entrouvrirent et trois hommes portant les armures des Borgia entrèrent, s'efforçant de ne pas trahir leur surprise en voyant leur maîtresse dans les bras d'un autre homme.

- Mettez « L'Annonciation » de Da Vinci dans un chariot. Laissez-le en dehors des murs des remparts.

Les gardes repartirent sans un mot, fermant la porte derrière eux.

- Molto bene, Duchessa, murmura Ezio avant de sceller les lèvres de Lucrezia d'un baiser. Maintenant, ferme les yeux. »

Elle s'exécuta immédiatement, le sourire aux lèvres. La réputation de coureur de jupons d'Ezio n'était plus à faire, et celle d'amant plus que respectable non plus. Ezio la poussa légèrement vers l'un des lourds rideaux de velours rouge qui encadraient le tableau au dessus du pupitre sans cesser de l'embrasser et de la caresser. La respiration de Lucrezia se fit plus saccadée lorsqu'Ezio l'enlaça plus amplement encore, et elle ne put réprimer un gémissement… de déception lorsqu'elle sentit qu'il la relâchait légèrement.

« Pardonne-moi, Duchesse.

- De quoi ? demanda-t-elle les yeux toujours clos, sentant toujours les lèvres de l'Assassin dans son cou.

- Aucun homme ne peut soulager ta peine, répondit Ezio d'un ton égal en la lâchant avant de reculer de quelques pas. Tu dois te débrouiller toute seule. Tu salueras le Duc de ma part. »

Lucrezia voulut s'avancer vers Ezio pour avoir des explications lorsqu'elle se rendit compte qu'elle ne pouvait plus bouger. En l'enlaçant plus fermement, l'Assassin l'avait tout simplement attaché par les mains avec le cordon accroché au mur qui retenait le rideau. Il s'éloigna sans un regard vers la porte qui donnait vers l'intérieur du château. Il ne put réprimer un sourire en l'entendant hurler à la garde, puis il se mit à courir. Au moment où il franchissait le seuil, il vit un groupe de gardes arriver vers lui. Il referma la lourde porte derrière lui et en bloqua les battants avec l'une des épées de décoration que le Duc avait accroché au mur. Il rabattit son capuchon et entreprit de chercher une sortie qui ne serait pas gardée.

Décidé à ne tuer personne, il courut à perdre haleine dans les couloirs du palazzo, bifurquant à chaque patrouille qu'il croisait. Le nombre de ses poursuivants augmentait à chaque virage, mais il tint bon : il tenait une meilleure forme que ses assaillants. Les blessures infligées lors de l'attaque de Monteriggioni n'étaient plus qu'un souvenir et une ou deux balafres de plus à ajouter à la longue liste de celles qui lui barraient le corps. Il traversa deux chambres richement décorées de peintures et de dorures, un petit salon où il crut voir un clavecin, sauta par une fenêtre pour rejoindre la cour où les espaliers où grimpait le lierre lui permirent d'échapper aux gardes pour rejoindre l'étage supérieur, il escalada ensuite la façade pour se retrouver au dernier étage où l'une des portes ouvertes donnait sur un immense balcon. En dessous se trouvait un tas de foin où paissaient les chevaux qui devaient tirer la carriole juste à côté d'eux… Carriole où se trouvait « l'Annonciation » de Leonardo. Sans un regard en arrière, il fit un saut de la foi pour atterrir dans le foin.

Prochain arrêt : le Vatican.

Mais avant, il fallait revenir à Rome pour donner le tableau à Salai et le charger d'enquêter dessus. Pas question de se tourner les pouces, cette fois, pour le petit monstre, il en allait de la vie de son maître. Et de sa bourse, si c'était tout ce qui comptait.