-Hermione !! Réveille-toi !! Il est midi !
-Oui, ça va maman je suis en vacances quand même…
-Cela ne veut pas dire que tu dois traîner toute la journée au lit !
Hermione préféra ne rien répondre. Sa mère pouvait être très ennuyante quand elle en avait envie. Elle sortit de sa chambre en faisant le plus de bruit possible pour avertir ses parents de son réveil et elle fila directement dans la salle de bain. Une fois lavée et habillée, elle retourna dans sa chambre. Elle ouvrit sa valise et en sortit une fiole contenant la potion qu'elle devait prendre une fois par jour pour soigner sa blessure à l'épaule. Elle observa le flacon quelques instants, perdues dans ses pensées.
Elle se souvenait très bien de cette soirée maudite où elle n'avait pas réussi à convaincre Harry de ne pas se rendre au Département des Mystères et de tomber dans le piège de Voldemort. Cette nuit-là, elle avait failli mourir. Le sort que lui avait lancé Dolohov était létal mais grâce au sort de mutisme dont il avait été frappé, il n'avait réussi qu'à blesser Hermione. Il lui arrivait encore de se réveiller au milieu de la nuit alors que sa blessure la faisait souffrir mais c'était de plus en plus rare et d'après Mme Pomfresh avec qui elle était en correspondance, les effets du sort seraient dissipés d'ici quelques jours au maximum.
Mais ce n'était pas cela qui inquiétait Hermione en ce moment. Elle déboucha sa fiole et avala le contenu en grimaçant. Elle n'était toujours pas habituée à son goût affreux.
Elle s'assit sur son lit et retomba dans ses pensées. Cette nuit-là, c'était Sirius qui était mort et Harry avait tout perdu en même temps que lui.
Sirius avait été un second père pour Harry depuis leur rencontre à la fin de leur troisième année. Hermione était catastrophée à l'idée des conséquences que sa mort pourraient avoir sur son ami.
Harry avait déjà tant souffert dans sa vie… Il avait perdu ses parents avant de les connaître et il était devenu célèbre pour cela. Hermione savait très bien que cela le faisait énormément culpabiliser d'être adulé pour quelque chose qui avait été rendu possible par le sacrifice de sa famille. Pendant les trois premières années de sa scolarité, Hermione avait regardé Harry se débarrasser de tous les obstacles jetés en travers de sa route.
Il avait dû repousser
les assauts de Voldemort, d'un basilic, il avait dû revivre la
mort de ses parents en présence des Détraqueurs et surtout, il
avait dû supporter la suspicion des autres lors de leur deuxième
année. Et pourtant, il n'avait jamais fléchi. Il était resté
fidèle à ses idées et ses amis. Il s'était montré plus
courageux que de nombreux adultes qu'elle connaissait. Pour tout
cela Hermione l'admirait.
Dès qu'elle l'avait reconnu dans
le Poudlard Express lors de leur première année, Hermione avait
reconnu dans les yeux de Harry du courage, de l'honnêteté, de la
gentillesse et de l'intelligence. Même si elle ne lui avouerait
pour rien au monde de peur de le mettre en colère, Harry avait été
son modèle et il le restait encore.
Elle s'était juré de
tout faire pour pouvoir l'aider dans son destin qu'elle avait
tout de suite deviné comme grandiose. Au début elle s'y était
très mal prise et cela la faisait encore sourire aujourd'hui. Elle
avait essayé de l'empêcher de ne pas respecter le règlement.
Maintenant qu'elle le connaissait, elle savait que c'était la
pire chose à faire pour devenir son amie.
Harry avait vécu dans la restriction et l'esclavage durant les dix années qui avaient précédé son entrée à Poudlard. Pour lui, le monde des sorcier était une délivrance, la promesse d'un monde de liberté, et quiconque se mettait entre lui et cette liberté n'était sûrement pas bien placé dans la liste pour devenir son ami…
Le Troll avait tout changé. C'était grâce à lui qu'elle avait pu montrer à Harry la première preuve de son amitié en les sauvant lui et Ron d'une retenue certaine. En même temps, c'était grâce au Troll qu'elle avait su qu'elle ne s'était pas trompée au sujet d'Harry. Quel élève de première année serait capable de braver sa peur et de sauter sur le dos d'un Troll adulte pour le distraire de sa cible ?
Oui Harry était
vraiment un garçon exceptionnel avant même de rencontrer Sirius.
La fin de la troisième année avait été, selon elle, un grand
tournant dans la vie de Harry. Et elle pensait que c'était un
tournant dans le bon sens.
Avant Sirius, Harry avait toujours eu dans son regard une expression de manque. Il ne connaissait rien de son passé et n'avait aucun lien avec ses parents. Chaque enfant a besoin de parents pour s'identifier à eux, pour se créer sa personnalité.
-Sauf Harry, pensa-t-elle.
Harry avait su grandir tout seul sans exemple. C'était d'après Hermione ce qui lui avait permis de devenir si pur. Il avait grandi avec les Dursley qui l'avaient maltraité pendant de longues années.
Le cœur d'Hermione se serra à cette pensée.
-Comment ont-ils pu ? Il est si gentil, si innocent…
Pendant toutes ces
années, tout ce qu'avait su Harry, c'est qu'il ne voulait pas
être comme eux. Il voulait faire le bien autour de lui et se battre
pour ceux qu'il aimait.
L'arrivée de Sirius avait persuadé
Harry de poursuivre sur cette voie si noble.
Hermione se rappelait encore de la phrase qui l'avait le plus marqué quand elle avait rencontré Sirius.
-« Tu es le digne fils de ton père, Harry. »
Elle se rappelait avoir
voulu sauter dans ses bras pour le remercier d'avoir dit cela.
Harry avait grandit seul, sans référence au passé, et après
avoir démontré sa noblesse en sauvant deux innocent en une nuit, il
avait reçu la consécration en entendant que ses parents auraient
été fiers de lui, que ses parents auraient aimé avoir un fils
comme lui.
Hermione était sûre que cette phrase était gravée dans la tête de Harry tout comme elle l'était dans la sienne.
Pendant les deux années suivantes, Sirius avait joué le même rôle pour Harry : celui de repère par rapport au passé. Quand Harry voyait que Sirius était fier de lui, il savait que ses parents l'auraient été aussi. C'était pour cela qu'il en était venu à le considérer si vite comme son deuxième père, celui de qui il cherchait toujours l'approbation.
Et Sirius avait parfaitement tenu son rôle. Il avait donné à Harry la force de remporter le tournoi des Trois Sorciers, de voir la renaissance de Voldemort, d'être victime des attaques mentales de ce dernier, et de subir la pression de toute la presse du monde sorcier qui le traitait de menteur et de fou.
Mais Sirius n'était
plus et Hermione n'osait pas imaginer les conséquences.
Sa
plus grande peur, même si elle se traitait mentalement d'égoïste
pour cela, était qu'Harry s'éloigne de ses amis et surtout
d'elle.
Elle savait qu'Harry était rongé par la culpabilité en ce moment. Elle espérait qu'il ne prendrait pas la décision de s'éloigner pour protéger ses amis. Elle ne pensait pas pouvoir survivre à ça.
Harry devait s'accuser de tout ce qui était arriver au Département des Mystères. Aussi, Hermione préfèrerait mourir plutôt que de lui avouer que sa blessure la réveillait la nuit.
Elle regrettait profondément de lui avoir reproché son besoin de voler au secours des autres. Au fond d'elle, elle pensait que c'était sa plus grande qualité. Elle s'en voulait d'avoir eu raison à propos du piège de Voldemort. Maintenant, à cause de cela, Harry devait être en train de se demander ce qui serait arrivé s'il l'avait écoutée. Elle ne voulait pas être la cause d'encore plus de tourments chez lui. Elle aurait largement préféré être la cause de la mort de Sirius pour qu'Harry puisse déverser sa colère sur elle pour se soulager.
Mais dans l'état des choses, Harry n'avait personne à blâmer à part lui-même et Hermione sentait les larmes lui monter aux yeux à cette pensée. Dumbledore avait bien essayé d'attirer la faute sur lui pour soulager Harry, mais Harry n'était pas bête et savait très bien que le directeur n'y était pas pour grand-chose. Non, Harry ne pouvait pas évacuer sa culpabilité sur quelqu'un d'autre, il faudrait qu'il apprenne à vivre avec, et c'était là qu'elle entrait en jeu.
Elle savait ce qui lui restait à faire et malgré elle cela la réjouissait.
La seule chose qui pourrait permettre à Harry de surmonter la mort de Sirius, c'était l'amour et l'amitié. Elle était certaine de cela. Seule la garantie d'être toujours épaulé et supporté pourrait lui permettre de continuer à vivre à peu près normalement.
Evidemment, Hermione voulait être celle qui jouerait ce rôle. Elle ne savait pas depuis combien de temps exactement la transition s'était effectuée entre l'admiration et l'amitié, et l'amour, mais elle le reconnaissait volontiers : elle était amoureuse de Harry Potter.
Elle voulait être celle qui partagerait ses peines et allègeraient ses peurs. Elle voulait être celle qui le conforterait après ses cauchemars.
Le rêve secret
d'Hermione était que Harry lui fasse assez confiance pour lui
dévoiler ses peurs les plus secrètes et qu'elle parvienne à les
supprimer pour lui, elle donnerait tout pour pouvoir remplacer Sirius
dans ce rôle de confidente.
Mais Hermione n'était pas guidée
par la jalousie et l'égoïsme quand elle souhaitait cela. Au
contraire, son seul but était de pouvoir aider ce garçon dont elle
était amoureuse et de pouvoir faire quelque chose de plus efficace
que de le regarder souffrir en espérant qu'il survivrait.
Et elle pensait être la mieux placée pour faire cela. Elle avait passer cinq années à ses côtés, cinq années à le soutenir quand tous les autres lui tournaient le dos. Elle savait qu'il lui faisait déjà confiance. Et elle était fière d'affirmer qu'elle le connaissait mieux que tout le monde, y compris Dumbledore.
Il fallait maintenant qu'elle arrive à le convaincre du fait qu'il méritait de vivre et qu'elle voulait l'aider dans ce but. Elle voulait lui prouver sa loyauté et amener un peu de joie dans sa vie si difficile.
Elle fut tirée de se pensées par sa mère qui entrait dans sa chambre pour voir si elle était prête pour venir manger.
-Ah enfin notre Belle au Bois Dormant s'est…
Sa mère s'interrompit dans sa phrase au moment où elle leva les yeux vers son visage.
-Hermione, qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle, le visage marqué par le soucis.
Ce fut alors qu'Hermione remarqua que des larmes coulaient librement le long de ses joues. Elle essaya de se sécher mais elle n'arrivait pas à arrêter de pleurer. Sa mère s'assit à côté d'elle sur le lit et la prit dans ses bras. Hermione se laissa bercer par la chaleur réconfortante de l'enveloppe maternelle, mais elle ne put s'empêcher de penser que Harry en avait sûrement plus besoin qu'elle, ce qui ne l'aida pas à arrêter de sangloter.
Au bout d'un moment, sa mère brisa le silence.
-C'est Harry, c'est çà ?
Elle savait tout ce que ressentait Hermione pour ce garçon. Hermione n'avait pas pu garder une chose si profonde pour elle seule et s'était tournée vers elle quelques années auparavant.
Sa mère avait su la réconforter du mieux qu'elle pouvait dans ses coups de blues, et elle était devenu sa confidente sur ce sujet.
-Oui, répondit Hermione. Je sais qu'il souffre et qu'il se sent coupable, seul au monde et je ne peux rien faire pour lui…
-Je suis sûre qu'en temps voulu, tu feras ce qu'il faudra Hermione.
-Mais c'est aujourd'hui que je devrais être là pour lui, maman. C'est son anniversaire… Et il est tout seul dans cette famille qui le hait tant…
Sa mère resserra son étreinte alors qu'Hermione était reprise de violents sanglots.
-Je l'aime tant et je ne peux rien faire pour l'aider, maman, continua-t-elle au bout de quelques minutes. Je me sens totalement inutile.
-Alors tu devrais lui avouer, ma chérie. Peut-être qu'il sera heureux d'apprendre qu'il est aimé.
-Non je ne peux pas rajouter un fardeau de plus sur ses épaules. Je dois attendre qu'il aille mieux avant de lui faire part de mes sentiments.
-L'amour n'est pas fardeau, Hermione. Et il me semble que c'est toi qui voulais le sortir de sa déprime par l'amour.
-Oui mais je dois y aller en douceur. Je dois d'abord le laisser s'ouvrir à moi. Le premier pas lui appartient. S'il le franchit alors je serais ravie de l'aider à surmonter sa peine, crois-moi.
-Je te crois ma chérie, mais je pense que tu devrais le rassurer. D'après ce que tu dis, après la mort de ce Sirius, il doit être perdu et sans repère. S'il trouve la stabilité dans ton amitié, je suis sûre qu'il viendra naturellement vers toi.
-Tu… tu crois ? demanda Hermione avec de l'espoir dans la voix.
-Oui, répondit sa mère en souriant. Et je pense que le cadeau que tu voulais lui offrir est le meilleur qui soit en ce moment pour lui.
Le visage d'Hermione s'illumina d'un grand sourire et elle sortit un collier de sous son T-shirt. A l'intérieur, il y avait une photo du trio prise l'année précédente. Hermione regarda Harry et son regard s'attendrit en s'embuant. Il y avait tant de tristesse dans ses yeux vert émeraude que son regard était difficilement soutenable, même en photo. Elle referma son pendentif en le serrant contre son cœur.
Sa mère avait raison. C'était le cadeau idéal. Harry aurait ainsi le souvenir de ses deux amis en permanence contre son cœur.
Deux amis… Dans toute cette histoire, elle avait oublié Ron. Ron ne comprenait rien à rien. C'en était affligeant. Elle savait qu'elle ne devrait pas penser cela de son ami, mais elle était furieuse contre lui. Cela faisait deux semaines qu'il essayait de la convaincre de le rejoindre à Grimauld Place alors qu'il savait pertinemment que Harry ne pouvait pas y aller.
Hermione avait refusé, bien sûr. Si Harry, étant bloqué chez son oncle et sa tante tout l'été alors que Ron et elle étaient ensembles à Grimauld Place, il serait furieux, et Hermione le comprendrait. Il était celui qui avait besoin de compagnie, pas Ron, ni elle.
Elle l'avait comprit au début de l'année précédente, lors de la plus grande fureur qu'ait connu Harry devant elle. Elle en avait été traumatisée. Mais elle avait appris de ses erreurs. Harry détestait rester dans le noir alors que les autres sont ensembles et utiles dans la lutte contre Voldemort. Elle savait cela parfaitement maintenant. Mais Ron l'ignorait encore et il essayait de la faire venir pour le reste de l'été.
Hermione avait refusé fermement sans donner la vraie raison de peur de blesser Ron. Mais elle n'abandonnerait plus jamais Harry à sa solitude, elle se l'était promis. Elle avait fini par lui dire que cette maison lui rappelait trop Sirius et qu'elle avait trop de peine pour y retourner. C'était en partie vrai car cette maison lui rappelait trop de souvenirs. Seulement c'étaient des souvenirs de Harry lors du Noël précédent alors qu'il riait avec Sirius sous le sapin…
-Tu devrais venir manger maintenant, dit sa mère en la ramenant sur terre.
-J'arrive.
Cependant, rien de ce que dirent son père et sa mère pendant le repas n'attira son attention. Elle essayait de trouver la meilleure façon de présenter les choses à Harry.
Quand elle remonta dans sa chambre, elle ne fut pas surprise de trouver Hedwige sur son lit en train de l'attendre. Hedwige avait pris l'habitude de se rendre chez elle chaque année pour l'anniversaire de Harry, comme pour être sûre qu'il aurait un cadeau de la part d'Hermione.
Hermione adorait cette chouette. Elle était la parfaite image de son maître : intelligente, courageuse, fidèle…boudeuse.
Hermione sourit et Hedwige vint se poser sur son épaule pour lui mordiller l'oreille.
-Salut, Hedwige ! Ca va ? lui demanda Hermione tout en la caressant.
Hedwige hulula de contentement en fermant les yeux paresseusement. Hermione descendit avec elle à la cuisine et se dirigea vers le frigo.
-Alors qu'est-ce que tu veux manger, ma belle ?
Hedwige poussa de petits cris excités en voyant du jambon. Hermione sourit et découpa une tranche en petits morceaux qu'elle donna à la chouette. Une fois le repas fini, Hermione remonta dans sa chambre et s'installa à son bureau pour écrire la lettre.
Au bout d'une heure, et de plusieurs mètres de parchemin froissé, Hermione fut enfin satisfaite et reposa sa plume avec un petit sourire au coin des lèvres.
-Hedwige ! J'ai fini, tu peux apporter son cadeau à Harry. Fait lui des bisous de ma part s'il te plaît…
Elle regarda la chouette effraie s'envoler et disparaître dans le lointain. Elle était plutôt contente d'elle-même. Elle était allée droit à l'essentiel et dit ce qu'elle avait sur le cœur. Elle n'avait pas été pressante car elle savait que Harry n'aimait pas qu'on lui force la main. Elle lui avait laissée le choix de répondre à sa lettre, même si elle espérait profondément revoir Hedwige le lendemain matin.
Elle avait fait part à
Harry de son vœu d'être à ses côtés dans les moments
difficiles, comme le lui avait conseillé sa mère. Elle avait même
sous-entendu qu'elle sacrifierait sa carrière pour l'aider, ce
qu'elle était tout à fait prête à faire.
Enfin, elle avait
proposé la possibilité de le sortir de son enfer pendant quelques
heures pour aller au Chemin de Traverse. Elle avait hésité pendant
un bon moment avant de rajouter le nom de Ron et Ginny, mais elle ne
voulait pas que cela paraisse comme un rendez-vous amoureux entre
elle et lui, du moins pas de sa propre initiative. Harry n'aurait
qu'à choisir avec qui il voudrait aller faire ses achats, et elle
savait au fond d'elle-même qu'elle ne plaindrait sûrement pas
s'ils n'étaient que tous les deux. Mais Hermione n'espérait
pas trop, elle ne voyait pas pourquoi Harry exclurait Ron de leur
sortie. Après tout, c'était son meilleur ami.
Elle espérait de tout cœur que sa lettre réussirait à convaincre Harry de ses sentiments, et lui remonteraient le moral le jour de son anniversaire.
Elle ignorait en allant se coucher qu'au réveil, le lendemain, la réalité dépasserait ses rêves les plus fous.
