Impuissance et désillusion
Partir. Partir et quitter Beauxbâtons, quitter mes amis, quitter la maison de mon enfance, quitter la France. Affreux. Mais bien qu'affreuse, cette idée aurait pu me paraitre supportable, si l'endroit où j'allais habiter avait pu être diffèrent. En Grande-Bretagne. Au Royaume-Unis. Impossible. Insurmontable. Je ne pouvais pas retourner là-bas. J'y était née, mes parents y était morts.
Enlevés, torturés, mutilés, exécutés. Décapités. Non identifiable post-mortem.
J'étais secoué par des sanglots.
On avait conseillé de me laisser dans l'ignorance. Pour sa sécurité.
Mais mon oncle lui avait montré la lettre, la lettre du Ministère.
C'est après leur mort que j'avais été placée chez mon oncle, et j'avais dû prendre son nom et abandonner le sien, celui de mes parents. La seule chose qu'il me restait de concret.
Je n'avais que six ans, Je m'appelais désormais Dasilva. Et le mensonge pris le dessus sur la part de vérité dont je me souvenait difficilement.
J'étais abattue, je savais que mon oncle n'avait pas d'autre choix. Ce n'était pas l'argent qui posait problème et qui l'obligeait à garder son métier -il n'en manquait pas-, s'il avait eu le choix il aurait préféré abandonner son travail, plutôt que d'imposer ça à sa fille et surtout à sa nièce. Je le savais, je le savais qu'il n'y avait aucun moyen de régler le problème, même si j'ignorais quelle était exactement la fonction de mon oncle. On devait partir.
Et peu importe ce que cela me couterait, j'irais avec lui. Je ne resterais pas seule. Ils étaient ma seule famille. Et je ne pouvais pas abandonner Romane, elle ne lui pardonnerait pas.
Mais cette peur qui me tenaillait le ventre depuis deux jours, finirait-elle par se calmer ?
Irrationnelle. Je ne risquais rien. Irrationnelle, et pourtant je n'arrivais plus à se sortir mes parents de la tête. J'avais pourtant réussis à vivre paisiblement durant onze ans, bien sûre il lui manquait, terriblement. Mais voilà longtemps que mon deuil était fait. Alors pourquoi maintenant ?
Je crois que je savais pourquoi, mais que refusait de me l'avouer.
Assassinés. Mes parents avait étés assassinés et jamais personne n'avait été inculpé.
Le meurtrier courait toujours. Le pire s'était d'ignorer pourquoi il lui avait pris ses parents.
Voilà ce qui me tourmentait, me rendait malade.
Je ne trouverais pas les réponses à ses questions. Pas maintenant. Pas encore.
Abandonnant ma torture mentale, je rejoingnit mon oncle, qui dans son bureau rangeait, triait, classait des papiers.
« Mon oncle, je sors retrouver des amis. Pour leur annoncer la… nouvelle »
J'avais le cœur aux bords des lèvres. Le matin même j'avais envoyé un hibou à mes amis pour leurs donner rendez-vous à l'un des café du quartier sorcier de Paris qu'on aimait fréquenter. Comment leurs dires, moi qui n'arrivais même pas à m'avouer l'horrible vérité.
« Ne rentre pas trop tard alors, ma chérie. »
J'acquiesça et partit vers la cheminée. Rapidement, la fumée verte estompa les larmes qui ruisselaient déjà sur mes joues.
oooooo
Panique. Je ne savais pas comment annoncer la mauvaise nouvelle.
Alors je fis comme dans toutes les situations difficiles que j'ai jamais connu. Je me cachais derrière un sourire.
Je saluai donc mes amis, enjouée, un peu trop. Certes je souriais, mais le cœur n'y était pas. Je me vit dans un miroir et me trouva fausse. Mes yeux étaient dénués de la moindre trace d'humour. Ils ne pétillaient pas comme à leur habitude. Ils étaient ternes. Ils mentaient. Je mentais.
« J'ai une nouvelle à vous annoncer ! Je n'aurais plus jamais à supporter les harpies ! »
Et vous non plus pensais-je, en retenant des larmes, tandis que le joyeux petit groupe tentaient de deviner comment elle avait fait. Sans trouver.
« Elles sont renvoyés ? » Tenta Fanny
« Elles ont raté une potion et ont disparus à tout jamais ? » Proposa Théo.
« Elles ont joué avec leurs baguettes et se sont auto-lancés un oubliette ? » Supposa Thibault.
« Je sais ! Elles ont finis par égarer leur dernier neurone, du coup elles sont internées à St Mangouste pour toujours ? » S'exclama Camille.
Tandis que mes amis débattaient sur l'hypothèse la plus probable en riant, Claire plus calme déclara simplement :
« Elles changent d'académie ? »
Je hoquetai, surprise. Puis murmura : « Non. Pas elles. Moi. »
« Pourquoi ? » Continua Claire.
« Mon oncle, son boulot. On déménage, dans moins d'un moi. En Angleterre… » Soufflais-je doucement, le souffle court.
« Olympe Dasilva, si c'est encore une de tes blagues, sache que celle-là est de très mauvais gout ! » S'exclama Camille, les larmes aux coins des yeux, espérant encore un miracle.
« C'est pas une blague Cam. C'est sérieux. Je pars. » Déclarais-je désespérée, toujours légèrement sous le choc.
La petite bande déchanta rapidement, et l'ambiance disparut. Désormais Camille sanglotait, et les autres n'était en meilleurs était, si je peux dire. Ils passèrent près d'une heure à chercher une solution pour que je reste avec eux. Camille proposa de m'héberger chez elle, Fanny cherchait un moyen de faire renvoyer mon oncle, mais sa tentative d'humour ne marcha pas. Thibault demanda si je les rejoignais toujours pour l'Espagne, je n'avais plus penser à ça. Et je ne pouvais plus, entre le déménagement et la préparation de la rentrée. Ils savaient qu'ils n'y pouvaient rien. Ils étaient totalement impuissants. Et la désillusion pris-le dessus.
Lorsque je dû dire au revoir au groupe, je fondis en larmes. Tour à tour ils me consolèrent et me rassurent, ou du moins tentèrent. Puis je leurs fis un dernier signe de la main avant d'entrée dans une cheminée.
« Je passerais vous voir… à chaque vacances, promis ! » Criais-je, alors que le tourbillon m'emportait déjà.
ooooo
Lorsque je revins, j'allai rapidement m'effondrer sur mon lit, en pleurs. Romane me rejoint, et se saisit de mes mains, je la fixai, et on resta la, face à face. À ce fixé. Sans parler, on partageait. Tout. Ensemble. Et ensemble on se promit de ne plus pleurer.
« Aimer les braves gens qui m'entourent, fuir les méchants, jouir du bien, supporter le mal, et me souvenir d'oublier, voilà mon optimisme. » Déclara ma cousine. Et je répétai après elle.
Je souriais d'un vrai sourire. Enfin, j'avais l'impression de respirer.
