Elle ne comprend pas, ne comprend plus. Comment en est-elle arrivée là ? Pourquoi ? Et surtout, qui est responsable ?
Son premier réflexe est de rejeter la faute sur ces bois, de blâmer ce lieu si étrange qu'il en est sourd à la vie du village, si sombre que le soleil ne s'aventure sous ses frondaisons. Une chose est certaine : cette maudite histoire ne lui serait jamais arrivée au village, ni même au château…
Un haut-le cœur la submerge. Sans doute tout cela se serait déroulé aussi au château… Après tout, n'habite-il pas là-bas ?
Ah, maudit soit-il ! Maudits soient ses mots de velours qui lui caressèrent l'esprit aussi audacieusement que ses mains le long de son corps. Maudit soit son regard saphir qui l'adouba comme un joyau inaltérable. Qu'ils soient maudits, lui et sa voix chaude qui envoûtèrent son âme ; lui et son étreinte qui lui prirent son corps ; lui et sa lame qui ensemencèrent cette honte au plus profond d'elle !
Naïve fût-elle de croire qu'elle n'en conserverait qu'un exaltant souvenir ! Elle s'est laissé emporter par ces bois, son cœur, son corps, ce Prince, mais elle s'est fourvoyée. La raison lui revient ; les remords aussi. C'est une litanie sans pitié, sans répit : coupable, responsable ! Coupable, porte le blâme ! Coupable, coupable, coupable !
Ses genoux cèdent sous ce poids, et elle s'effondre, terrassée par cette vérité. Elle est autant à incriminer que le Prince. Une part d'elle-même, aveuglée par des fables de grand-mère, a voulu croire aux rêves, en dépit de tout. Elle désirait ce que lui renvoyait le Prince, elle croyait à cette promesse d'évasion.
Un instant, elle a fui le joug du quotidien. Un instant, un infime instant de grâce, elle a vécu ce rêve d'insouciance.
Mais il ne faut pas croire aux rêves, surtout s'ils sont trop beaux. Ce sont vos pires cauchemars déguisés.
