CHAPITRE II
Lisa Cuddy était restée cloitrée dans son bureau toute l'après-midi. Elle était encore sous le choc. Abasourdie par ce que lui avait dit House. Son ex. Ceci ajouté au fait que tout l'hôpital, tout SON hôpital semblait être au courant de sa rupture...
Les ruptures. Les échecs sentimentaux, elle connaissait. Trop bien. Combien de fois avait-elle entendu un homme lui dire « C'est fini. » ? Combien de fois avait-elle prononcé ces mêmes mots ? Pourquoi alors n'était-ce pas comme les autres fois ? Pourquoi cette fois-ci, cette fois-ci en particulier, ça faisait si mal ?
D'habitude, bien sûr qu'elle était triste. Bien sûr qu'elle pleurait. Bien sûr qu'elle se disait qu'elle allait finir vieille et seule, mangée par une horde de chiens loups. Mais, au fond, toujours elle avait ressenti une sorte de soulagement. Elle s'en était accommodée. Et surtout, jamais cela n'avait interféré, altéré son travail.
Rien à voir avec cette après-midi là. Où elle n'avait cessé de pleurer, l'obligeant à reporter ses rendez-vous . Rien à voir avec cette après-midi là. Où le sentiment de vide, d'anéantissement avait remplacé le soulagement habituel. Était-ce parce qu'il s'agissait de son employé ? Qu'elle savait qu'elle allait continuer à le voir, à devoir travailler avec lui ? Ou, était-ce parce qu'elle était toujours amoureuse de lui et qu'elle ne pouvait envisager un avenir sans lui ? Parce qu'elle y avait cru, dur comme fer ? Parce qu'elle aurait aimé pouvoir continuer à y croire ? Parce que c'était House ? Ce connard qui avait volé son cœur vingt ans plus tôt. Et qu'elle aurait préféré que jamais il ne le lui rende...
À chaque interrogation, un sanglot. Les bras croisés sur son bureau, la tête enfouie dedans, elle pleurait. Au bureau, au boulot. Elle aurait aimé être forte. Pouvoir se retenir, se contenir. Au diable le docteur ! Foutaises que d'être directrice! Cette après-midi là, elle était Lisa Cuddy, tout simplement. Femme amoureuse et désespérée. À cette constatation, elle sanglota de plus belle.
Un bruit de gorge qui se racle. Elle leva la tête, essuyant à la va-vite ses joues humides. La secrétaire du conseil d'administration se tenait devant sa porte. Elle entra à pas feutrés dans son bureau, lui tendit une enveloppe et disparut tout aussi discrètement.
Elle inspecta le bout de papier, se disant que cela ne présageait rien de bon. Elle prit son courage à deux mains et se décida à ouvrir. Elle parcourut rapidement la missive puis porta ses mains à sa bouche dans un « Oh! » de stupeur. Les larmes recommencèrent à couler...
Le lendemain matin
La gorge nouée, les mains moites, le cœur battant, elle frappa à la porte de verre. Elle pouvait voir les membres du conseil d'administration déjà installés. Sa gorge se serra un peu plus alors que le plus âgé lui faisait signe d'entrer. Elle les salua et regagna la place laissée libre tout au bout de la table. Sa place habituelle, celle où elle présidait.
« Bien, puisque nous sommes tous réunis... Dr Cuddy, j'imagine que vous savez pourquoi vous êtes ici ? » Demanda son premier suppléant, le Dr Hocard.
« Pas vraiment, non. Si voulez bien m'éclairer sur ce sujet... » Répondit-elle d'un ton quelque peu méprisant. Bien sûr qu'elle avait une vague idée du pourquoi, mais elle ne voulait pas lui donner cette satisfaction. Pas à lui. Qui ne rêvait que d'une chose, prendre sa place.
« Dr Cuddy. » Reprit le Dr Pesquerre, la chef de service de la pédiatrie, et l'une de ses rares alliées. « Nous avons eu vent d'une dispute assez importante entre vous et le Dr House hier. Pouvez-vous nous en dire plus ? » Interrogea-t-elle d'une voix douce.
« En effet, le Dr House et moi-même avons eu un argument. Ceci s'est déroulé dans l'intimité de son bureau. Je ne vois pas... »
« Vous hurliez ! » S'emporta Hocard.
« Pouvons-nous savoir la cause de cette dispute ? » Demanda Manin, le plus âgé, orthopédiste.
« Non. » Répondit-elle en baissant les yeux.
« Dr Cuddy... » Prévint Hocard.
« Devons-nous en conclure qu'il s'agissait d'une dispute personnelle ? » S'enquit la femme médecin.
« Oui. » Avoua doucement sa consœur, yeux rivés sur ses mains.
« Vous sortez avec House ? » Explosa Hocard.
« Au passé. » Pour un cardiologue, il n'était vraiment pas très calme, s'il ne voulait pas finir comme ses patients... Sourit-elle intérieurement.
« Vous sortiez avec House ? » S'écrit-il de plus belle.
« Oui ! » S'emporta-t-elle à son tour. « Et je ne vois vraiment pas en quoi cela vous concerne. »
« Dr Cuddy. » Reprit la femme de sa voix fluette. « En tant que directrice de cet hôpital, vous êtes bien placée pour savoir que les relations entre collègues sont à bannir... »
« Vous sortiez avec ce malade ? » S'exclama-t-il de nouveau.
« Dr Hocard ! » Le fit-elle taire. Elle reporta son attention vers la doyenne. « Pensez-vous pouvoir continuer à travailler avec lui ? » Demanda-t-elle, concernée.
« Je... Je... Je ne sais pas. » Finit-elle par avouer.
« Voulez-vous le licencier ? » Se hasarda-t-elle.
« Non ! »
« Bien. » Le sénior prit de nouveau la parole. « Dr Cuddy, nous devons vous dire que votre attitude nous a profondément déçus. Et n'est certainement pas digne de la directrice que vous êtes. Vos problèmes de couple doivent rester au sein de votre couple et ne doivent en aucun cas être étalés devant tout l'hôpital. Pour cela, vous recevrez un blâme. Vous êtes également destituée de la gestion du personnel et des patients, jusqu'à nouvel ordre. Le Dr Hocard prendra cet aspect-là en charge. Vous vous consacrerez désormais uniquement sur la partie administrative et financière de votre travail. » L'informa-t-il d'une voix ferme.
Elle sentit les larmes lui monter aux yeux et ne réussit à les y garder. Elle venait de recevoir un blâme. D'être plus ou moins mise à pied. Elle. Après tout ce qu'elle avait fait pour obtenir ce poste. Après s'être autant battue. Elle ressentit un énorme sentiment d'injustice, mêlé à celui plus amer de l'échec. Mais elle savait qu'il était inutile de leur tenir tête. Elle ne voulait pas risquer pire. « Oui, monsieur. » Se contenta-t-elle de dire en reculant sa chaise pour se lever.
« Dr Cuddy, ce n'est pas tout. »
Elle se laissa choir sur son siège et regarda Arber, le chef de la comptabilité. Allait-il l'accuser de détournement de fonds ? Il ne manquait plus que cela...
« Dr Cuddy... » Reprit-il. « Nous entrons dans le dernier trimestre, comme vous le savez. Et nous devons vous dire que vos résultats pour les deux premiers sont très décevants. Les bénéfices ont chuté de plus de 40 % par rapport à l'an dernier. Les dons de plus de 80 %. Pouvez-vous nous expliquer cela ? » Demanda-t-il en la fixant intensément.
« Vous savez aussi bien que moi que nous connaissons une très forte récession. Vous ne pouvez m'en tenir responsable. » Déclara-t-elle.
« La récession ne fait pas tout. » Rétorqua-t-il. « Regardons les chiffres. » Dit-il en tendant un graphique à chacun des membres. « Mois de janvier : pas un seul don. Des dépenses inexpliquées pour les départements d'urgences et de diagnostic. »
« Je n'étais pas là. » Se défendit-elle.
« Vous étiez toujours directrice ? »
« Oui. »
« Le Dr Cameron était bien sous vos ordres ? »
« Oui. » Cette fois, elle baissa la tête, se sentant démunie. Elle savait où ils voulaient en venir.
« Bien, alors continuons. »
Elle sortit de là les yeux bouffis par les larmes. Et avec une grosse perte de confiance. En elle, en l'administration. Ils avaient raison, cependant. Ces derniers mois elle s'était beaucoup moins impliquée dans son travail. Et pourtant, elle n'avait jamais été aussi heureuse.
Elle soupira. Peut-être que la pression, le fait de savoir que son poste était menacé l'aiderait à se recentrer sur ses priorités. Elle passa une main lasse sur son visage, se demandant comment elle allait pouvoir redresser la barre en trois mois seulement.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Son cœur s'arrêta. Elle fit un pas en arrière pour le laisser passer et ne put que remarquer le regard interrogatif qu'il posait sur elle. Avait-il vu ses larmes ? Elle secoua la tête et entra dans l'élévateur. Tout cela n'avait plus d'importance. Il ne viendrait plus la réconforter...
Les portes se refermèrent. Elle entendit, au loin, la voix de Hocard : « Dr House, nous vous attendions... »
