Chapitre 2

Quelques années plus tard, Luke était devenu détective lui aussi. Flora l'avait d'ailleurs accompagnée sur plus d'une affaire, et l'avait vu évoluer. Il avait mouché plus d'un policier se moquant de son jeune âge. A respectivement quinze et dix-huit ans, les deux jeunes adolescents avaient déjà une réputation au sein de Scotland Yard, et étaient vu comme les dignes héritiers de Layton. En parallèles, Luke avait commencé des études d'archéologies, suivant les traces d'Hershel, reprenant ses travaux. Il avait progressé très rapidement, passant son temps à travailler quand il n'était pas sur la piste du meurtrier –il en avait même fait la une des journaux- arrivant à l'université alors qu'il n'avait que seize ans.

Aujourd'hui, atteignant tout juste sa majorité, l'apprenti n'avait rien oublié. Il attendait son moment, poursuivant ses recherches et ses études. Il paraissait être un parfait gentleman, quoi qu'un peu sec.

L'épée demeurait accrochée au dessus de son bureau, toujours propre et affutée, dans la maison qu'il avait hérité de son mentor. Flora vivait également avec lui, essayant de l'aider au maximum.

Mais le jeune Triton était devenu si fermé, si colérique, qu'il était difficile de vivre avec lui. Elle ne l'avait jamais vu rire. Il faut dire aussi qu'il ne vivait que dans la vengeance depuis la mort de Layton. Chaque instant, chaque journée était organisée dans l'optique de progresser le plus vite possible et atteindre son objectif final. Elle avait pourtant essayé de lui changer les idées, de lui dire de faire son deuil, de l'inciter à laisser les autorités s'occuper de rattraper Don Paolo, mais rien n'y avait fait. Chacune de ces discussions se terminait lorsque Luke lui hurlait qu'il ne la retenait pas, et qu'elle n'avait qu'à rentrer dans le village qui avait vu mourir le plus brillant des professeurs de Londres.

Alors elle se taisait, et rentrait en pleurs dans sa chambre. Elle ne voulait pas partir. Elle se sentait trop redevable, trop concernée. Flora sentait qu'elle devait au moins ça à l'élu désigné par son père.

Quand à elle, elle avait désormais vingt et un ans. Elle avait commencé des études de médecine il y a quelques années, et était en passe de commencer à travailler dans un hôpital. C'était sa manière de prendre son indépendance, et de se rassurer. Elle était bien capable d'aider d'autres personnes, de sauver d'autres vies. Luke était son plus grand échec, elle ne pouvait pas davantage l'aider. Mais elle savait que, quand elle rentrait, l'étudiant en bleu la saluait immédiatement, et se détendait un peu. Flora l'avait consolé plus d'une fois, et il avait besoin d'elle. De plus, avec leurs disciplines respectives, ils formaient un duo de détectives quasi-infaillible.

La jeune femme savait que leur relation d'interdépendance était un peu malsaine, qu'ils risquaient à tout moment de se précipiter ensemble dans le vide alors qu'elle pouvait encore s'enfuir et mener une vie heureuse. Luke aussi le savait, et c'était sans doute pour ça qu'il était soulagé chaque soir de la voir rentrer : elle revenait toujours à la maison, sans qu'aucun des deux ne sache vraiment pourquoi. Ils n'étaient pas vraiment amis, juste amants irréguliers, et ce n'était pas non plus une relation fraternelles. Ils s'accrochaient juste l'un à l'autre comme à une bouée de sauvetage percée.


Luke ferma la porte derrière lui en rentrant épuisé, la saluant d'un mouvement de tête et d'un marmonnement fatigué, ses traits se détendant comme d'habitude en la voyant toujours présente, alors qu'elle quittait les yeux du livre qu'elle ne lisait pas –trop perdue dans ses pensées- pour le lui rendre.

Il s'affala sur le fauteuil en face d'elle, soufflant longuement.

« Alors, cette affaire ? Lui demanda-t-elle en fermant l'ouvrage.

-Résolue, c'était la femme de ménage.

-Ha, j'avais vu juste alors.

-Ouaip. »

Elle le regarda avec un sourire triste alors que les yeux de Luke se fermaient déjà malgré lui, épuisé après deux nuits blanches consécutives dédiées à cette affaire. Il essayait d'en résoudre le plus possible, d'être le plus bruyant et brillant possible à chaque fois, espérant attirer le regard de Don Paolo à défaut de retrouver sa piste. Il avait d'ailleurs participé récemment à une interview où il envoyait clairement plusieurs piques au criminel, le traitant de lâche et arguant que ce « délinquant de bas-étage » ne saurait de toute façon pas rivaliser avec lui.

« Ça fait deux jours que ton interview est passé dans le journal, et on a pas eu de nouvelles. Tu pense qu'il a vu ton message ? » questionna-t-elle, suivant ses pensées.

Il ne prit pas la peine d'ouvrir les yeux pour lui répondre, terrassé par la fatigue.

« J'espère – marmonna-t-il alors qu'il glissait dans le sommeil – ça m'éviterait de le chercher davantage. »

Elle n'insista pas, se levant pour récupérer une couverture et l'étendre sur l'étudiant déjà endormi.

« Merci, Flo. Chuchota son cadet en se tournant un peu, s'enfonçant davantage dans les bras de Morphée.

-De rien, Luke. »

Elle sourit, écartant une des mèches sur son front. La jeune femme aimait le voir ainsi, paisible, calme. Il avait enfin l'air d'un enfant comme les autres. Elle se disait presque qu'elle en était amoureuse dans ces moments là, rêvant d'une vie paisible où ils pourraient vivre normalement ensemble, fonder une famille…

Flora n'eut pas le loisir de s'étendre sur ses pensées, une explosion soufflant soudainement les fenêtres du salon et la projetant à terre.