Le mystère des 33 motus

Allongée dans un transat au soleil, Chloé peaufinait son bronzage en vérifiant ses mails. Le premier était un message hilarant de Lois qui prenait des cours de cuisine. Ses derniers essais s'étant soldés par un demi-incendie, son assurance avait jugé bon de lui payer carrément des leçons. Deux autres mails venaient de Clark qui, lui, donnait la version officieuse des leçons de cuisine de Lois. Elle avait, en réalité, déjà changé trois fois de professeur. Le dernier mail venait de Perry et était expéditif. En effet, il lui ordonnait simplement de se connecter en vidéoconférence de toute urgence.

Une fois sa webcam mise en route, la jeune femme attendit un instant, révisa son histoire du King et lança la conférence.

- Dites-moi tout ! » Exigea immédiatement Perry.

- Salut Patron ! Comment allez-vous ?

- Sullivan…

- Elle est rousse. Je dirais… euh… un mètre 55. Age avancé mais pas trop. Et elle est allemande ! Oui, c'est bien ça, allemande. Elle aurait épousé le King avant Pricillia. Donc avant 1967.

- Elle a des preuves ?

- Elle élude le sujet. Elle préserve sa soi-disant vie privée.

- Je veux son nom. »Insista Perry.

- Chef, surtout restez calme, votre carotide me semble un peu trop gonflée. Rosalinda Kiening. Enfin, c'est ce qu'elle a donné à la réception de l'hôtel. J'ai dû un peu frauder alors ce n'est pas certain certain… Et j'ai fait des recherches ! Kiening est un dérivé d'un mot médiéval König qui signifie, je vous le donne en mille… Le roi ! Le King quoi !

- Coup foireux donc…

- Pas sûr, imaginez juste un instant qu'elle ait traduit le nom de son époux, enfin ex époux je suppose vu qu'il s'est marié après, mais donc, si elle a traduit le nom King enfin oui, dans ce cas là elle aurait dû prendre Presley mais le traduire me semble un peu plus difficile. Ca pourrait-être un hommage à son époux… ex époux. Vous me suivez ?

- Difficilement. Non ! Lois Lane ! Ne donnez pas de vos cookies à mes employés, ils vont être malades !

Chloé, habituée à des fins de conversation loufoques avec son boss, éteignit sa webcam et commença son article. Après deux semaines d'articles vantant la beauté du paysage et la précarité des minuscules villages, elle prit un plaisir sans nom à taper le nom de son nouvel article.


« Le mystère des 33 motus »

J'étais sur Funafuti depuis deux semaines lorsque je découvris que l'atoll possédait certains attraits dignes d'Agatha Christie. Comme je vous l'ai précédemment expliqué, je me trouve en ce moment sur le plus grand motu – un ilot de sable – que comporte l'atoll.

Ici, en plus des quelques 4492 habitants, dans le flot des nouveaux touristes arrivés par bateau ce matin, j'ai fait la connaissance d'une dame. Rien d'extraordinaire me direz-vous. Si seulement ! Au cours de la soirée de bienvenue, elle s'est soudain confiée à moi. Un sombre secret qu'elle gardait pour elle depuis tant d'années la détruisait de l'intérieur. Ne pouvant plus tenir un instant de plus, elle m'a avoué être la première femme du merveilleux et incroyable Elvis Presley alias le King !

Imaginez un instant, je suis ici à des miles de notre beau continent, Elvis a disparu depuis déjà 33 ans ! 33… Ce chiffre ne vous rappelle rien ? Si ! Bien sûr ! Les 33 motus de l'atoll de Funafuti ! Le King se serait-il réfugié loin du succès, de ses fans et de son épouse pour vivre une idylle dans l'état de Tuvalu avec sa première épouse dont personne n'avait entendu parler ?

Que vais-je découvrir ? Nul ne le sait mais vous, chers lecteurs, serez les premiers informés !

Par Chloé Sullivan, reporter de choc sur l'ile paradisiaque de Funafuti !


Elle avait volontairement omis de parler de Lex Luthor. Une part d'elle-même ne voulait pas se mettre un dangereux milliardaire sur le dos mais son instinct journalistique qui était sa part obscure lui soufflait de garder l'information pour un prochain article au cas où l'affaire Presley tomberait à l'eau.

De sa chambre, elle aperçut la femme qui accompagnait le jeune Luthor et décida d'aller lui parler. Ce qui était au départ un coup de tête se révéla bien vite une expérience étonnante. Bien qu'un peu méfiante au départ, elle fut bien vite séduite quand Chloé s'exclama « Mais tu es la dessinatrice de « Pilou le hibou ! », je suis archi fan ! ». Léa Démène était une jeune illustratrice qui avait inventé un petit hibou en quête de succès et d'amour. Chloé avait craqué dans une librairie avec Lois et depuis lors, elles s'envoyaient régulièrement des gags de Pilou qui illustraient leurs vies.

- Alors comme ça… Tu es journaliste ?

- Oui, mais pas à la poursuite de Luthor. Je suis navrée mais j'ai été envoyée ici pour raconter mes vacances de rêve. Et j'ai même une énigme à résoudre.

- Une énigme ? Tu es une détective privé à tes heures perdues ? » Demanda-t-elle malicieusement.

- Disons plutôt que lorsque tu passes ton temps seule, à croiser des couples partout et à ne voir que la précarité et des plages de sable blanc…

- La précarité ?

- Va visiter les villes. Le coté paradisiaque ne fait pas tout. » Elle remarqua que la jeune femme avait tiqué. Elle n'était pas au courant. Sortir avec un milliardaire semblait transformer certaines en cervelles vides. « Mais cessons de parler de moi, que fais-tu ici ? Tu cherches de l'inspiration pour Pilou ?

- Je… » Elle hésitait clairement et Chloé la comprenait un peu. Elle-même ne savait ce qu'elle ferait avec des informations de première main sur la nouvelle conquête du milliardaire. « Excuse-moi, je dois y aller.

Chloé l'observa un instant alors qu'elle ramassait sa serviette de plage et son sac. Elle n'était pas vraiment brune mais pas vraiment blonde non plus, un beau corps sans être vraiment mince… Elle était ce que l'on pouvait appeler une personne totalement normale. Elle était aux antipodes des maitresses de Luthor. Enfin, si on excluait cette tendance à ne pas poser de questions sur les lieux où ils allaient.

- Attend ! Léa !

- Chloé, écoute, je…

- Non ! Je t'arrête tout de suite. Je me fiche de ta relation mais pourrais-tu juste me faire un petit gag de Pilou pour ma cousine Lois ?

- D'accord. » Soupira-t-elle finalement après quelques secondes.

Il fallait qu'elle s'occupe de son mystère pour se changer les idées et surtout pour ne plus chercher des informations sur la future madame Luthor.

Après un pot de vin comportant dix dollars et ses tongs de manière à être inscrite, Chloé se rendit à pieds nus au cours de poterie. Elle trouva un siège derrière sa cible de manière à être plus discrète. Malheureusement, la première remarque du professeur fut de l'acclamer. Littéralement. Il obligea tous les autres participants à l'applaudir pour son professionnalisme.

- Pardon ?

- Vos pieds nus ! Comme ça vous pouvez mieux ressentir votre tour !

- Mon tour ? » Elle essayait de rester naturelle et distinguée mais elle se sentait extrêmement mal à l'aise ainsi dévisagée par tout le monde. « Mon tour ! Mais bien sur !

Alors que tout le monde commençait ses moulages, elle essaya de faire tourner son tour en posant ses pieds dessus. Après quelques instants, l'exercice devint tout naturel et elle fut, encore une fois, félicitée par le professeur.

- Remarquez comment elle fait corps avec son instrument ! Prenez de la terre ! Prenez !

Sans attendre, il prit une énorme motte de terre et la tapa sans ménagement sur le tour de Chloé. Des morceaux d'argiles atterrirent dans ses cheveux et elle su que ces quelques séances allaient être pénibles. Très pénibles. Rosalinda était totalement silencieuse et l'exubérance du professeur devait y être pour quelque chose.

Quand chacun fut concentré sur sa tache, elle tenta de capter la discussion de Rosalinda et de son voisin. Elle se pencha un peu et son bol géant qui était jusque là une véritable catastrophe se redressa miraculeusement.

- Un vase Ming !

Elle pesta en constatant que tout le monde s'extasiait devant son bol ! Ce n'était pas un vase ! C'était un bol pour boire son café ! Bon, il était très grand, voir même un peu imposant, mais c'était un bol, ça elle n'en démordrait pas !

- Laissez vos œuvres, je les ferai cuire une première fois et demain on appliquera de l'argile pour tenter les motifs en relief !

Couverte d'argile de la tête au pied, Chloé sortit du cours et au lieu de rejoindre les autres pour un goûter, elle se dirigea directement vers la plage. Quelques femmes Tuvaluans vinrent l'aider et ce qui était au départ un simple petit bain pour se débarrasser de la terre se transforma bien vite en un salon de massage en plein air. La plus jeune des Tuvaluans se révéla être la petite sœur de Nohoarii son marin préféré. Elle n'était là que depuis deux semaines et elle était déjà traitée telle une princesse.

Installée sur le ponton, elle se régalait d'un ananas qu'elle faillit avaler de travers lorsqu'un chauve vint s'asseoir en face d'elle. Après un soupir très bruyant, elle s'exclama :

- Allez agresser quelqu'un d'autre, je ne suis vraiment pas d'humeur à vous parler !

- Charmant. Je vous veux.

- Mon dieu, vous ne savez donc pas qu'il faut vous protéger la tête ? Votre absence de cheveux vous rend fragile au soleil. Allez donc soigner cette insolation !

- Sullivan.

- Luthor… Je ne plaisante pas.

- C'est ridicule. Et je vous veux comme guide touristique. Léa ne jure que par vos connaissances de Tuvalu.

- Moi ? Guide touristique ?

- Oui. Et je vous paierai.

Elle n'était pas vénale, loin de là, mais être payée et pouvoir investiguer pour un prochain article était grisant !

- On commence quand ?