2.
L'attente avait parue interminable, jusqu'à ce que Wakrist vienne se poser près du campement qu'Oshryn et Nymiel avaient établi sous le ventre de leur navette.
- Venez, ma compagne va pondre un nouvel œuf !
- Ce n'est pas bientôt fini avec tous ces œufs ? marmonna Oshryn. Nous en avons déjà un doré à bord ! Cinq Dragonnauds, ça ne vous suffit donc pas ? !
- Le nombre de nos petits ne vous regarde pas !
- Il a raison, intervint Nymiel. Mais excusez notre souci égoïste : Alérian.
- Montez sur mon dos !
Pas plus rassurés que cela, l'Humain et l'Ergul avaient obéi, ayant pour seul but le salut possible de leur ami.
- Un œuf donc… fit Oshryn, quasi dépité.
- Vous vous attendiez à quoi après l'annonce de Wakrist ?
- Un œuf différent peut-être…
- Mais c'est œuf est unique, rétorqua Zunia en se redressant légèrement, jusque-là ramassée sur elle-même telle une imposante masse de rochers de suie. Je ne savais même pas ce que je faisais, j'ai réagi à l'instinct, pour mon ami ! L'ultime fusion, je ne la croyais pas possible. J'espère y être arrivée ! Il le faut, pour nous tous ! Nous le saurons bientôt : il est sur le point d'éclore !
La coque se fendillant, l'œuf s'ouvrit lentement, et son embryon s'extrayant à moitié. Enfin, bien plus qu'un embryon, un être presqu'achevé dans sa conception, le liquide amniotique s'écoulant autour de lui, encore relié à un cordon ombilical noir.
- Alie… souffla Oshryn.
Car bien que recouvert dudit liquide amniotique, un peu informe, à peine vagissant, le jeune homme blond avait parfaitement reconnu son ami !
En un bel accord, le second du Firestarter et le capitaine de la Flamboyante se précipitèrent vers le « nouveau-né ».
- Alie…
Otant son ample cape, Nymiel en recouvrit le corps nu et frémissant, sans défense.
Oshryn hoqueta.
- Tu l'as recréé, Zunia ?
- Il a toujours fait partie de moi, en étant le seul être à proximité de mon œuf quand j'ai éclot ! Nous sommes liés, et ce prodige réalisé en ces quelques jours le prouve ! Ce n'était jamais arrivé en plusieurs millénaires ! J'ai recréé mon ami, en effet ! Il est vivant, viable ?
- Nous allons nous en assurer à nos bords, firent OsHryn et Nymiel. Nous pouvons l'emmener ?
- Je vous en supplie, fit la Grande Dragonne Noire. A présent c'est de vos soins dont il a besoin !
- Merci, Zunia, s'inclina Nymiel.
Plus qu'inquiets, Oshryn et Nymiel avaient attendus les premières constatations du Doc du Firestarter.
- Alérian ! ?
- Il a été nettoyé, désinfecté aussi par précautions, un peu rhabillé. Mais il n'a pas encore repris connaissances. En fait, il semble avoir à ce stade aussi peu de réaction qu'un amide… Cet Alérian est une coquille vide. Il va devoir se souvenir de tout, très vite
- Nous serons là pour ça, assura Oshryn. La seule chose qui importe : c'est notre Alérian, et il est vivant ?
- Oui, approuva le Doc Mécanoïde, il est juste revenu à l'existence, je ne me prononcerai sur rien d'autre !
- Je comprends, marmonna Nymiel.
Bien que des jours se soient écoulés, Warius ne décollait toujours pas !
- Mais Alie est toujours inconscient, comment savoir s'il va émerger en possession de ses moyens ou s'il sera réinitialisé, tout comme son corps ? Et je ne peux attendre.
- Alie ne se réveille pas. Zunia n'a rien dit à ce sujet !
- Et moi, en amiral, je ne suis pas soumis aux élucubrations d'une Dragonne ! siffla Warius. Tenez-moi au courant, lieutenant Ludjinchraft ! Comment réagit Nymiel ?
- Il se cloître sur sa Flamboyante. Même si ce propos peut être aberrant : il a peur ! Il attend la suite des événements. Mais je pense que nous pouvons compter sur lui, son Drakkar et la toute petite flotte qu'il dirige !
- Je ne doute pas de Nymiel. Mais il me faut vraiment des infos rassurantes au sujet d'Alérian !
Oshryn se racla la gorge.
- Vous serez le premier averti, amiral !
Mais la communication terminée, le jeune homme blond ne put que soupirer d'impuissance.
« Réveille-toi, Alie ».
Ses paupières s'ouvrant, Alérian les posa sur Machinar.
- Ne m'approche pas, boîte de conserve !
- Mais…
- Qui es-tu, métaloïde, et où je suis ? glapit Alérian, affolé, perdu.
