Hey ! Merci pour les deux commentaires (réponse à Tif en fin de chapitre ) J'espère que la suite vous plaira !
La silhouette du médecin disparut dans l'allée, Théo n'attendit pas une seconde de plus pour essayer de se détacher. Il s'acharna sur la sangle qui le retenait. Le lit tremblait sous lui, les pieds en métal grinçaient contre le carrelage. Mais peu importe la force de son mouvement, il ne parvenait pas à atteindre son second bras. Dr. Geyer lui avait offert assez de mou pour apporter sa fourchette à sa bouche, mais pas assez pour libérer son autre main.
Son plateau intouché l'appelait. Le priant d'arrêter de s'enfuir et de reprendre son ancienne vie. Au moins, avant, il était bien nourri et il avait un toit au-dessus de sa tête. Il allait même en cours, avait des amis. De loin, il ressemblait à un jeune Alpha comme les autres.
Ses doigts se rapprochèrent dangereusement du plat disposé devant lui. Peut-être assistait-il à son dernier repas ? Alors pourquoi le gâcher ? Il attrapa la petite fourchette en plastique, mais tout ce qu'il voyait était la sangle qui lui entourait le poignet. Le sourire satisfait de Melissa apparut devant ses yeux, si fière d'elle d'avoir arrêté Théo. Elle l'affichait sûrement encore en ce moment-même, certaine que Théo quitterait le comté pour toujours.
Ses lèvres se recourbèrent. Abandonner la Californie et retourner en Virginie, aucune chance qu'il ne laisse une chose pareille arriver. Tant qu'il respirait, il n'avait pas épuisé toutes ses ressources. Ses yeux se posèrent sur les différents objets de la pièce. Il ne disposait à sa portée que d'un couteau en plastique. C'était déjà trop fragile pour couper de la viande non-recomposée, alors il ne lui servirait à rien contre les brides qui le retenaient.
Par contre, s'il disposait d'assez de mou pour manger, il pouvait essayer de l'arracher avec ses dents. Geyer ne connaissait peut-être pas si bien le matériel médical que ça finalement. Il n'hésita pas une seconde à mordre dans le tissu.
Théo grimaça, il sentait les grains de poussière craquer sous sa langue. Il se retint de cracher. Préférant tirer de toutes ses forces sur la sangle. Elle fut rapidement couverte de marques de morsure et de bave. Dans un coin de son esprit, il se demandait combien de personne avait entrepris de se détacher de la même manière que lui. Combien de personne avait posé leur bouche dessus avant lui ?
« Je te dérange pas ? »
Son corps se raidit. Et il releva lentement la tête. Liam Dunbar le fixait, l'épaule appuyée contre l'encadrement de la porte. Il expulsa la menotte en tissu de sa bouche. Liam arqua un sourcil et Théo tenta un demi-sourire.
« Tu pourrais peut-être m'aider avec ça ? proposa Théo en secouant sa seule main valide.
-J'ai pas envie de t'aider, lui répondit-il en grimaçant. »
Ses bras se croisèrent, mais ses yeux restèrent poser sur lui. Il examinait ses moindres faits et gestes, une grimace plaquée sur le visage. Il comprit tout de suite que Liam n'avait pas choisi d'être ici. Pas plus que lui. C'était sans doute un ordre de l'Alpha préféré de la ville. Et le parfait Bêta n'oserait jamais contredire l'Alpha qu'était Scott MacCall.
« Aller Liam, toi non plus t'as pas envie d'être ici. »
Liam le quitta des yeux quelques secondes. Il fuyait son regard.
« Détache-moi, et vous me reverrez plus. Je reviendrai plus à Beacon Hills. Tout ce que t'as à faire, c'est me détacher, insista Théo en secouant sa main menottée.
-Pourquoi je devrais te croire ? »
Son corps délaissa l'encadrement de la porte. Il vit tous les traits de son visage se tendre, alors qu'il le dévisageait. Théo comprit qu'il en faudrait plus pour convaincre le Bêta.
« Scott et Stiles sont partis, lui répondit Théo. J'ai aucune raison de rester ici.
-Tu pourrais les suivre. Ce serait pas la première fois, dit en ne le quittant pas des yeux. »
Théo esquissa un sourire. Il se souvenait de ce sentiment de pouvoir qui l'avait envahi lorsqu'il préparait son plan de l'époque. Il était si sûr de lui avant. Totalement certain que tout fonctionnerait comme il l'avait prévu.
Mais il n'y avait pas que ça, il s'était senti légitime. Toutes les actions qu'il avait entreprises partageaient une seule et même raison. Une bonne raison. Personne ne l'avait compris. Et ce n'était pas mieux en ce moment. Mélissa fermait les yeux, alors qu'elle mieux que quiconque pouvait saisir la complexité de sa situation.
« J'en ai rien à faire de Stiles et Scott. Tout ce que je veux, c'est partir d'ici. »
Liam l'observa sans rien dire. Il ne croyait pas un mot de ce qu'il racontait.
« Si je pars, t'auras peut-être une mort sur la conscience. Et je pense pas que ce soit quelque chose que tu veuilles.
-Tu crois que tu l'as pas mérité ? lui demanda Liam, les dents serrés. Après tout ce que t'as fait. »
Le dégoût se lisait sans mal sur son visage. Mais Théo savait exactement quoi faire. Derrière son attitude agressive, se cachait un gentil Bêta, prêt à aider tout le monde. Et surtout lorsque ces personnes n'étaient pas Théo.
« Je parle pas de moi, l'interrompit Théo. »
L'expression de pur mépris qu'il affichait, disparut aussitôt. Théo se retint de sourire, il avait gagné. Liam se rapprocha de son lit, et fut en quelques secondes aussi prêt que Mélissa. Un air méfiant était toujours accroché à son visage, mais il ne tarderait pas à disparaître.
« Une fille, l'éclaira-t-il. Elle est au zoo. J'étais parti lui chercher de l'aide, mais il faut croire que tout s'est pas passé comme prévu. »
Il fit un geste vague vers son corps enchainé au lit. Et il releva son regard vers Liam qui inspectait les traits de son visage. Le Bêta se pensait sûrement capable de pouvoir détecter un potentiel mensonge chez lui. Mais Théo avait des années d'expérience. D'ailleurs, s'il était parvenu à le tromper une fois, recommencer ne pouvait être impossible.
« Qu'est-ce qu'elle a ? T'as prévenu la police ? s'inquiéta-t-il. Il faut envoyer une ambulance.
-Je l'ai déjà dit aux policiers et à Mélissa, mentit Théo. Mais personne en a rien à faire. Personne veut…
-Aller au zoo, conclut Liam. »
Théo fronça les sourcils. Il finissait même son mensonge pour lui, c'en était presque trop facile. Liam détourna ses yeux de lui, alors qu'il se pinçait les lèvres. Scott avait un point faible pour les brebis galeuses. Pour faire de Liam son protégé, il devait lui aussi être brisé d'une manière ou d'une autre.
« Je peux pas la laisser là-bas, dit-il en adoptant le ton le plus désespéré qu'il connaissait. Je dois aller l'aider. Quelqu'un doit y aller. Elle a que quinze ans. »
Liam se mordit la lèvre et jeta un regard rapide derrière lui. Le couloir devant sa porte semblait désert. Pas de Mélissa en vue, elle conduisait probablement vers l'aéroport en ce moment-même. Le père de substitution de Liam savourait sans doute sa pause. Personne ne l'empêcherait de sortir de cet hôpital.
Il attrapa le lien de sa main droite et après quelques manipulations, Théo fut libérer d'un membre. Ses doigts se jetèrent sur la deuxième entrave, sans même qu'il ne prenne le temps d'apprécier la mobilité retrouvée de son poignet. Sa tête n'était occupée qu'à une chose, sortir d'ici et échapper à ses oncles.
Les sangles à ses pieds sautèrent et Théo sauta hors de son lit. Une douleur dans la cage thoracique le fit tanguer. Sa main se posa sur son torse, il en avait oublié sa côte fêlée. Il serra les dents, rien ne pouvait l'empêcher de déguerpir d'ici.
Il releva le regard, pile au moment pour réceptionner le sac que Liam lança dans sa direction. Ses habits de la veille y étaient fourrés en boule. Sa main plongea à l'intérieur, cherchant ses clefs. Un tintement se fit entendre près de lui.
Devant lui, Liam tenait ses clefs et son portable. Théo eut un geste précipité pour les attraper. Mais le garçon se recula, et enferma ses clefs dans son poing. Pourquoi ce type de situation ne cessait de se répéter ? Théo avait-il été touché par une malédiction qui lui empêchait d'obtenir directement ses affaires ?
« Je te fais toujours pas confiance, lui expliqua-t-il. Et si cette fille est vraiment mal, je pense pas que tu sois la meilleure personne pour l'aider. »
Théo fit un demi-sourire. Le Bêta n'avait pas tort.
« Rejoins-moi dans le hall des urgences, lui ordonna Liam avant de s'éclipser dans le couloir. »
Il observa sa silhouette disparaître dans les entrailles de l'hôpital. Quelques secondes, seul dans sa chambre, lui suffirent pour se rendre compte dans quelle merde il s'était fourré. Il avait utilisé ses souvenirs de la veille qui étaient si confus que Théo ne savait même pas si toute la scène était réelle ou non, pour convaincre Liam de le détacher de son lit. Même s'il était un adepte de « la fin justifie les moyens », il se rendait compte que le proverbe ne renfermait pas que du bon.
Ses habits glissèrent sur sa peau, alors que son cerveau bouillonnait. Théo se retrouvait sans clefs, ni portable et en compagnie du Bêta préféré de Scott. S'il parvenait à sa voiture, il ne pourrait pas s'enfuir, aller à l'extrémité de la Californie et tenter de se faire oublier pendant quelques jours. Non, Liam serait avec lui dans son pick-up.
Liam ne pouvait pas monter dans cette voiture avec lui. D'une façon ou d'une autre, le garçon devait partir. Théo ne reculerait devant rien pour ne pas croiser la route de ses oncles. Mais s'il abimait le fils du gentil docteur de Beacon Hills, avec son casier, il monterait dans le top des personnes recherchées de l'État ou au moins du comté. Et si sa première escapade n'avait pas duré longtemps, la seconde subira un sort bien plus dur.
En moins de quelques jours, il croupirait dans les cellules du commissariat du coin. L'agent en charge appellerait ses parents. Et cette fois-ci, son Alpha de père n'enverrait pas ses oncles. Il se déplacerait en personne.
Ses jambes tremblèrent, rien qu'à la pensée de son père. S'il parvenait à mettre la main sur lui, Théo mourrait dans d'horribles souffrances, ou bien il resterait en vie et il s'assurait que sa condition soit pire que la mort. Théo se mordit la lèvre, qu'avait-il fait ? Pourquoi avait-il quitté sa maison ?
D'un coup, se cacher au zoo semblait être une option envisageable. Il n'aurait qu'à y conduire avec Liam, puis lui dire de se débrouiller pour rentrer chez lui.
Il hocha plusieurs fois la tête. Son plan n'était pas très solide, mais c'était un plan. Il fonctionnerait tant que les images de la veille n'étaient pas réelles. Si elles l'étaient… Théo ne voulait même pas penser à cette éventualité.
Ses chaussures enfilées, il se hâta de quitter la pièce, sans même oser regarder en arrière. Il marcha de la manière la plus décontractée possible pour ne pas attirer l'attention des infirmiers et infirmières. Avec les centaines de patients qu'ils traitaient par jour, Théo espérait qu'une fois débarrasser de l'horrible blouse, personne ne se souviendrait de son visage.
Mais il restait tout de même sur ses gardes. A chacun de ses pas, il serrait un peu plus les poings. Prêt à se défendre contre ses oncles. Il ne cessait de se retourner, de peur qu'il ne l'attrape par surprise. Son cœur pressait contre ses côtes à chaque intersection. Il s'acharnait sur sa côte fêlée. Et la douleur grossissait dans son torse. Poussant ses organes contre sa peau.
Il suivit les panneaux, sans jamais s'arrêter jusqu'à atteindre les urgences. Il tentait de réprimer sa souffrance en enfonçant ses dents dans sa lèvre inférieure. Le goût métallique se répandait lentement dans sa bouche. Les couloirs autour de lui étaient remplis, les patients attendaient à même le sol. Les employés en blouse bleue slalomaient entre les chaises, les brancards et les personnes au sol.
Théo aurait dû se sentir plus en sécurité, perdu au milieu de la foule. Mais ses oncles pouvaient eux aussi se dissimuler. Ils l'observaient peut-être même en ce moment, attendant tranquillement qu'il pose un pied sur le parking pour l'attraper et le jeter dans le coffre de leur voiture.
L'air s'infiltra par grande bouffée dans ses poumons, avant qu'il ne se décide à arpenter le couloir sinueux qui le séparait de la sortie. Il voyait les portes coulissantes à l'autre bout. Elles l'appelaient. Théo secoua la tête, chassant tous les scénarii catastrophes qui se dessinaient devant ses yeux. S'il s'était déjà échappé une fois, il pouvait le refaire.
Il se glissa entre les patients et tenta d'éviter au maximum la route du corps médical. Ce n'était pas le moment de se faire attraper par eux. Pas quand il semblait si près de s'en sortir. Ses pas s'accélérèrent le rapprochant de son échappatoire. Il dépassa le comptoir réservé à l'enregistrement des malades, un amas énorme l'entourait. Deux infirmières et un infirmier essayaient de contrôler le flux de personnes, sans réellement y parvenir.
Théo les dépassa, la tête baissée.
« C'est pas compliqué, putain ! »
Son corps entier se figea. Petit à petit, les sensations le quittèrent. Il ne sentit plus l'air climatisé qui balayait ses cheveux. Pourtant il les voyait toujours voler devant ses yeux. La gêne dans sa cage thoracique n'existait plus. Elle s'était estompée en une seconde et avait été remplacée par une toute autre chose. La peur.
Même après un an et demi, la voix de son oncle Belasko était restée la même.
« On cherche Théo Raeken, vous comprenez ou pas ? Un gamin de dix-sept ans, je crois. A peine plus haut que ça. »
Il sentait l'énervement dans sa voix. Elle était rugueuse, râpeuse. Dans toute la famille, il était connu pour ses nombreux accès de colère. Il avait été retiré de leur travail principal pour ça. Le business familial ne pouvait se permettre d'avoir une mauvaise réputation. Il jouait alors les hommes de main. Et il était doué dans son métier.
« Où est sa chambre, s'il vous plaît ? »
Oncle Belasko gérait bien les arrières de la famille, mais seulement lorsque son oncle Marcel le secondait. L'homme était calme, posé. Lorsqu'il avait eu son premier rut, il avait passé une journée entière avec Belasko et Marcel. Il se souviendrait toujours du jour où son oncle Belasko avait dit qu'il avait besoin d'aide pour tuer quelqu'un et que Marcel avait simplement demandé : « Couteau, pistolet, ou pied-de-biche ? ». Sur le coup, tout lui semblait normal. Mais depuis qu'il était arrivé ici, sa vision des choses avait évolué.
Ses épaules se tendirent alors qu'il assimilait petit à petit qu'il ne parviendrait à s'enfuir d'ici. Que d'une manière ou d'une autre, ils l'attraperaient. Belasko et Marcel avaient peut-être pour ordre de le ramener en vie, mais si pour éviter qu'il s'enfuie une balle devait être tirée, ils le feraient. Sans aucune hésitation. Et Théo aurait fait exactement de la même chose, s'il était resté là-bas.
« Eh ? Ça va ? »
Il sursauta, son cœur s'emballa. Poussant avec force contre ses côtes. La douleur réapparut et se répandit dans tout son corps. Il espéra un instant recevoir le pardon de son père, et se promit de travailler encore plus dur que les autres. D'être le meilleur de tous ses frères et sœurs. De prouver qu'il méritait de faire partie de la famille à nouveau.
Mais il fit face au visage intrigué de Liam. Ses yeux bleus le scrutaient incrédules. Ses lèvres s'entrouvrir légèrement alors qu'il haussa un sourcil. Théo examina les contours de son visage, vérifiant que c'était bien le Bêta. Puis son regard dévia vers l'endroit où ses oncles se trouvaient.
Ils surplombaient la foule d'au moins deux têtes. Les deux hommes ne quittaient le personnel médical des yeux. Aucun des deux ne l'avait vu pour l'instant. Et avec le désinfectant qui traînait dans l'air, impossible de sentir l'odeur de leur famille sur lui.
« Aller, viens. »
Liam lui agrippa le bras et le tira à l'extérieur de l'hôpital. Les muscles de ses jambes suivirent le mouvement, alors qu'il était sûr que le simple son de leurs voix l'avait paralysé à vie. Son cœur rata un battement. Si Liam n'était pas intervenu, Théo n'aurait même pas protesté. Aucune parole n'aurait quitté sa bouche. Il se serait contenté d'hocher la tête et de les suivre. Le pouvoir que sa famille entretenait encore sur l'effraya.
Si son père avait été là. Théo n'aurait pas attendu qu'il le remarque, il serait venu de lui-même à lui. Sans plainte, sans un mot.
Le Bêta le traîna derrière lui jusqu'à un parking loin de l'entrée des urgences. Pas de portes coulissantes cette fois-ci, il donnait sur petite entrée dérobée, protégée par un scanneur de carte. Ils étaient sur le parking des employés, loin des yeux indiscrets. Loin de ses oncles.
« C'est laquelle ? l'interrogea Liam. »
Et rien qu'avec cette phrase, Théo revint sur terre. Il parcourut des yeux les véhicules, jusqu'à apercevoir son pick-up bleu. Rien qu'à sa vision, il fut apaisé. La voiture avait quelques petites cabosses, mais rien qui nécessite qu'il se rende chez le garagiste dans l'urgence.
Il se hâta vers elle, sans même attendre Liam. Il fouilla dans ses poches à la recherche de ses clefs. Il n'attendait qu'une chose, quitter cet endroit. Mais elles étaient vides.
« Sérieusement, cracha le Bêta derrière lui. »
Liam tenait ses clefs entre ses doigts. Théo fronça les sourcils, il avait complètement oublié son mensonge. Le Bêta attendit d'avoir la main sur la poignée de la porte passager avant de déverrouiller le véhicule. Comme s'il ne savait pas que la clef était requise pour démarrer le moteur.
Avant de monter à l'intérieur, Théo remarqua un mot accroché sur son pare-brise. Il reconnut la signature du shérif, et le fourra dans sa poche. Il le jetterait plus tard. Pour l'instant, il devait décamper de l'hôpital.
Ils grimpèrent à l'intérieur. Dès qu'il toucha le cuir, tout le corps de Théo se relaxa. Il avait encore une chance, il devait juste la saisir. Liam lui tendit les clefs sans même le regarder.
« En route pour le zoo, soupira le Bêta lorsque Théo mit le contact. »
Le moteur vrombit et la jauge d'essence s'illumina. Théo se pinça les lèvres et sortit du parking.
La route principale qui menait au zoo était bloquée par des barrières en ciment. Liam lui lança un regard suspicieux, avant que Théo ne propose de faire le tour et de remonter jusqu'au zoo en contre-sens de la route. Le Bêta prit quelques secondes à réfléchir, puis hocha la tête.
Depuis qu'ils avaient quitté l'hôpital, aucun d'entre eux n'avait prononcé un mot. Le manque de réaction de Théo provenait sûrement de la montée fulgurante d'adrénaline qui l'avait eu. Liam, lui, ne pouvait pas être plus tendu. Ses doigts serraient son portable si fort que sa peau était blanche. Il tapotait sur son écran, mais à chaque tournant il relevait subitement la tête. Vérifiant qu'ils allaient dans la bonne direction.
Théo ne comprit pas tout de suite ce qu'il lui arrivait. Puis tout devint clair. Le Bêta avait peur qu'il le kidnappe ou jette son corps dans un fleuve. En soi, il avait raison de se méfier.
Ils arrivèrent à la sortie de la réserve. La barrière en fer habituellement levée ne l'était plus, pour cause d'accident indiquait le panneau. Liam se tourna vers lui, la mâchoire serrée.
« On peut essayer de la soulever, proposa Théo en sortant de la voiture. »
Liam le suivit, peu emballé par son idée et sûrement sur ses gardes. Il vit bien qu'il voulait lui faire une remarque, mais le Bêta se retint. Un sourire satisfait étira les lèvres de Théo.
Ils se placèrent devant la barrière rayée rouge et blanche. Leurs mains sous le métal froid.
Son pick-up devait le suivre dans le parking du zoo, s'il voulait échapper à ses oncles. Ils connaissaient bien sa voiture, ou plutôt celle qu'il avait volé avant de s'enfuir. Aucun membre de sa famille n'avait déclaré le vol, ils savaient que ce n'était pas nécessaire. Et le fait qu'ils n'entretenaient pas de bonnes relations avec la police n'aidait pas leur cause.
« Un, deux, trois, décompta Théo. »
Les deux garçons soulevèrent l'objet. Mais il ne bougea pas d'un centimètre. Ils partagèrent un long regard, avant de réessayer. Son torse le brûla. La douleur s'infiltrait dans le reste de son corps, n'épargnant aucun muscle. Il serra les dents. Sa respiration devant rapidement erratique. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Il essayait de s'échapper en arrachant la chair de son torse.
Lorsqu'ils relâchèrent, la barrière était toujours baissée. Théo recula et manqua de tomber au sol. Ses mains contre ses genoux, il essayait de calmer son souffle et d'oublier les couteaux qui transperçaient son estomac. Ses yeux se posèrent sur Liam. Le bâtard respirait normalement, et ses bras n'étaient même pas contractés par l'effort.
« Est-ce que tu soulèves, au moins ? cracha Théo. »
Le Bêta se tourna vers lui, une lueur d'incompréhension dans les yeux.
« Moi ? s'étrangla-t-il. C'est toi qui fais même pas d'effort !
-Qui a eu un accident la veille, déjà ?
-Un accident ? T'as même pas de bandage ? »
Il le fusilla du regard, et Liam l'imita sans hésitation. Théo relâcha par habitude des phéromones de dissuasion. Une odeur âcre remplit l'air autour de d'eux. Son nez avait déjà du mal à supporter son parfum habituel, mais là ses yeux et sa gorge le brûlaient.
Les Alphas en colère émanaient toujours une senteur plus forte que les autres. Plus agressive. Elle dissuadait chaque Oméga ou Bêta qui essayait de s'en prendre à eux. Et dans la plupart des situations, ils repartaient la queue entre les jambes.
Les phéromones d'agression étaient les plus développées chez les Alphas. Les corps armés se composaient depuis la nuit des temps que d'Alphas. Seuls les Alphas pouvaient être militaires. Les Bêtas avaient l'opportunité de postuler au poste de policier, mais pas de soldat. Les Omégas étaient aussi libres d'essayer, ils n'étaient par contre jamais retenus.
Enfin, ça c'était avant la guerre et la pénurie d'Alphas.
Liam soutint son regard. Il ne faisait pas un mouvement en arrière. Son nez ne se retroussait même pas, alors que Théo portait presque une pancarte entourée de néons rouges disant : « FAIS ATTENTION, OU ÇA FINIRA MAL POUR TOI ». Mais Liam semblait ne même pas s'en rendre compte. Le Bêta était-il en fait un Alpha ?
Théo grimaça et tenta de renifler sans alerter l'attention de Liam. Les odeurs habituelles de la verdure et des arbres traînaient autour d'eux. Il sentit bien évidement sa propre odeur. Mais rien d'autre. Rien n'émanait de Liam.
Il entrouvrit le plus discrètement possible la bouche. Leurs glandes qui produisaient leurs phéromones se trouvaient juste sous leurs langues. Elles étaient imperceptibles à la vue et au touché. Pour trouver le second genre d'une personne sans se tromper, c'était le meilleur moyen. Depuis quelques années, la société considérait ce geste impoli. Mais Théo s'en foutait pas mal.
Encore une fois, aucune odeur n'entourait Liam.
« On fait quoi ? demanda le Bêta-potentiellement-Alpha qui avait pris sa grimace pour un signe d'abandon.
-On y va à pied, lui répondit Théo en arrêtant d'humer l'air. »
Et ce fut au tour de Liam de grimacer, mais il ne dit rien. Avant de se diriger vers la forêt, Théo positionna son véhicule sur le bas-côté. Pour que sa voiture soit dissimulée derrière les feuillages. Liam avait insisté pour remonter dans le véhicule avec lui. Il prétendit savoir qui il était et ce dont il était capable. Si l'envie lui en prenait, il pouvait l'abandonner seul ici sans aucun état âme. Théo voulut réfuter ses propos, mais s'il le faisait il semblerait suspect. Alors il se contenta de soupirer.
Ils contournèrent la barrière et marchèrent en silence sur le chemin de terre. Théo n'avait pris aucune affaire, pour ne pas alerter Liam. Il l'était déjà bien assez.
Et même si le-peut-être-pas-Bêta lui avait rendu ses clefs, il gardait toujours son portable. Théo en avait besoin pour trouver les petits jobs qui lui permettaient d'avoir un peu d'essence et de quoi se nourrir. En ce moment d'ailleurs, il en avait particulièrement besoin.
Il avait donc besoin d'un plan pour se débarrasser de Liam. Et de temps pour y réfléchir. Il disposait de vingt minutes s'ils continuaient sur le sentier. Mais s'ils coupaient par la forêt, ils y seraient dans une dizaine de minutes à peine. Théo doutait que Liam décide de passer par le cœur de la réserve. Il paniquait déjà assez d'être seul avec lui. Rester sur la route était la solution la plus sûre pour lui.
Sa mâchoire tomba, lorsqu'il vit le petit Bêta-peut-être-peut-être-pas-Alpha quitter le chemin et s'enfoncer dans les feuillages.
« Tu vas où ? le retint Théo. »
Sa main attrapa le bras de Liam. Le garçon se tourna vers lui, un air interloqué dessiné sur sa figure.
« Au…zoo, dit-il avec prudence.
-Oui, éluda Théo, mais pourquoi on resterait pas sur la route ? »
Liam fronça les sourcils. Les traits de son visage se tendirent, et son corps suivit le même schéma. Il dévisageait Théo. Cherchant une expression familière qui pouvait le renseigner sur ses intentions.
« Ça va beaucoup plus vite par-là, murmura Liam en pesant chaque mot. C'est mi…
-Mais la route est plus sûre, le coupa Théo. Enfin… On sait pas qui on peut croiser dans la forêt. »
Ses yeux s'écarquillèrent. Théo eut l'impression de lui avoir fait une proposition scandaleuse. L'expression qu'il affichait en était presque comique. La bouche légèrement ouverte, il semblait avoir perdu l'usage de la parole.
« Est-ce que ça fait partie de ton plan ? l'interrogea Liam en se rapprochant de lui. »
Leurs peaux à seulement quelques centimètres. La pulpe de ses lèvres avait presque touché sa peau. Son regard ne le quittait. Un frisson traversa Théo, il n'était pas de peur. Aucune phéromone d'intimidation ne parsemait l'air. Il aurait pu être d'intérêt, mais il avait toujours trouvé les Bêtas sans saveur. Et les Alphas le dégoutaient. La raison était tout aussi étrange que son questionnement sur son identité. Liam n'avait pas l'odeur d'un Bêta. Ni même d'un Alpha. Ou d'un Oméga.
Il ne parvenait pas à déterminer son second genre. Même si les odeurs des Bêtas n'étaient pas connues pour être les plus fortes, elles existaient tout de même. Chez Liam, il ne percevait rien. Absolument rien, alors qu'à cette proximité il n'avait d'autre choix que de percevoir son second genre. Il devait lui exploser au visage. Comme ses phéromones d'Alpha devait le faire pour Liam.
« T'es un Alpha ? le questionna Théo. Un Oméga ? »
Liam arqua les sourcils, puis secoua la tête. L'incompréhension se lisait sans mal sur son visage. Théo se dit que toutes ces années à fréquenter exclusivement des Alphas avaient peut-être déréglé son odorat et ses glandes. Il ne percevait sans doute plus les parfums trop légers. Il haussa les épaules.
« T'as pas à t'en faire alors. Les Bêtas ne m'intéressent pas, conclut-il. »
Le Bêta leva les yeux au ciel, et continua son chemin à travers les bois. Théo le rappela à l'ordre, mais Liam ne se retourna pas. Il se contenta de lui crier :
« On a quelqu'un a sauvé, t'as oublié ! »
Ses dents se serrèrent. Il lança un regard désespéré au sable qui couvrait le sol entièrement désherbé. Dans quel merdier Théo se fourrait-il ? Il devait trouver un moyen de se débarrasser de Liam sans faire de vague et en récupérant tout ce qu'il lui appartenait.
Il se décida à rejoindre le Bêta. Ils s'engouffrèrent côte à côte dans la réserve. Théo observait chaque détail de son partenaire forcé. De sa démarche rapide à ses yeux bleus qui scannaient les environs. Il se doutait que quelque chose se tramait. La scène de l'hôpital repassa devant ses yeux, Liam n'avait pas posé beaucoup de questions. Pas assez en tout cas.
Liam savait parfaitement à quel arbre tourner. Et Théo se demanda pourquoi un gamin de seize ans comme Liam connaissait le repaire de camés et des fugueurs. Le petit Bêta de Scott ne rentrait dans aucune de ces catégories. Etait-ce lui qui marchait droit dans un piège organisé par la bande de Scott ? Une sorte de vengeance en retard…
Il n'eut pas plus de temps pour creuser cette hypothèse, les bâtiments de pierre se dessinaient déjà devant eux. Le lierre grimpait sur les murs, recouvrait les trous laissés par les fenêtres désormais tombées. Des flashs rouges couvrirent sa vision. Il revit le sang couler de leurs bouches alors qu'ils lui arrachaient la chair de ses jambes.
Théo fit un pas en arrière. Les cris de la fille lui revinrent par vagues. Ils se faisaient de plus en plus fort. Résonnant entre ses oreilles. Ses mains cherchaient à l'agripper. Elle le suppliait, implorait sa pitié.
« Theo ! le héla Liam en secouant sa main devant son visage. Elle est où ? »
L'expression agacée du garçon de seize lui suffit pour reprendre ses esprits. Ses pas bougèrent seuls et le guidèrent par automatisme à l'endroit où il pensait l'avoir aperçue pour la dernière fois.
Plus ils se rapprochaient, plus les poils de ses bras s'hérissaient. La chair de poule ne tarda pas à se répandre sur tout son corps. Frottant désagréablement contre ses vêtements. Même la légère brise lui donnait une sensation de brûlure.
Les images de la veille lui semblaient si réelles. Mais son cerveau ne cessait de lui expliquer que ce n'était pas possible. Rien de tout ça n'était possible.
Il aperçut les escaliers qui finissaient dans le vide en premier. Puis l'énorme tâche de sang qui recouvrait les herbes. Théo s'arrêta net. Il sentit son propre sang se glacer. Et ses membres ne lui répondirent plus. Il se figea entièrement.
Quelques morceaux de chair à peine mâchés jonchaient toujours au sol. Théo revoyait l'adolescente devant lui. Les deux jambes cassées, elle pleurait, elle hurlait. Et tout ce qui restait d'elle, désormais, était une tâche de sang séchée et quelques bouts de chair.
« C'est quoi ça ! cria Liam. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Le son de sa voix parvenait jusqu'à ses oreilles. Il distinguait la silhouette du Bêta devant lui. Ses mains broyaient ses épaules alors qu'il le secouait. Mais impossible de répondre. Il n'y arrivait pas.
Théo ne savait pas non plus ce qu'il s'était passé. Rien n'était clair dans son esprit. Si les images de la veille étaient réelles, où était l'adolescente ? Dans son état, elle n'aurait pas pu s'enfuir. Et il ne restait rien d'elle. Son cerveau fit le rapprochement tout seul… Mais Théo refusa d'y croire.
« Je croyais… Je croyais qu'elle…avait juste…juste fugué, bégaya Liam. Qu'est-ce que tu lui as fait ? Réponds-moi ! »
Il lui hurlait dessus. Le pointait du doigt, le malmenait. Il sentit ses jointures s'écraser contre sa pommette. Sa tête partie sur le côté. Théo tituba, tombant presque au sol. Le sang s'accumula dans sa bouche. Recouvrant ses dents puis le bout de ses lèvres.
Son regard se releva vers Liam. Il avait son portable à la main et tentait de contacter la police. En vain… Aucun réseau n'était disponible.
La simple mention de la police permit à Théo de reprendre ses esprits. Il cracha le reste du sang qui lui restait dans la bouche.
« J'ai rien fait, murmura-t-il. Je lui ai rien fait ! »
Son cri résonna à travers la forêt. Le Bêta se figea. Son bras retomba le long de son corps. Et ses yeux s'accrochèrent aux siens. Il avait son attention.
« Elle était déjà mal lorsque je l'ai trouvée, poursuivit-il. »
Liam grimaça. Il se rendit tout le dégoût qu'il ressentait pour lui avec cette seule expression. Il recula de quelques pas, en secouant la tête. Ses yeux ne le quittaient pas.
« J'ai tout fait ! continua Théo en se rapprochant de lui. J'ai tout fait pour l'aider. »
Mais le Bêta mettait un peu plus de distance entre eux à chacun de ses pas. Ses doigts serraient son portable, comme il l'avait lui-même fait avec son couteau.
« Elle pouvait pas marcher lorsque je l'ai laissée.
-Tu l'as abandonnée, lui fit-il remarquer alors que son corps se crispait. Tu l'as laissée seule… »
Théo voulut réfuter ses paroles, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Le regard du Bêta le transperça une dernière fois, avant qu'il ne coure en direction de l'entrée principale du zoo.
« Eh ! Attends ! Tu sais pas… hurla Théo avant de se résigner et partir à sa poursuite. »
Liam slalomait sans mal entre les arbres. Il semblait posséder une carte mentale de cet endroit. Comme si fuir d'ici était l'une de ses habitudes. Pourtant Théo était certain que le petit Bêta ne se droguait pas. Et il semblait posséder la parfaite famille. Alors pourquoi connaissait-il si bien le zoo ?
Ils attinrent la porte d'entrée du rez-de-chaussée. Derrière elle, se trouvait le lieu de résidence des camés. Liam poussa les battants qui les séparaient de la centaine de personnes qui campaient dans l'ancienne salle d'accueil.
« Non ! cria Théo en attrapant le bras de Liam. »
Ils pénétrèrent tous les deux dans le hall d'entrée du zoo. Sa prise se défit mollement. Son bras tomba le long de son corps. Les deux garçons avaient stoppé leur course.
Les tentes se comptaient par dizaines. Mais le seul son qu'ils entendaient était celui de leurs respirations haletantes. La pièce grouillait toujours de monde, mais à cet instant il n'y avait personne.
« Ils sont passés où ? chuchota Liam en avançant entre les tentes. »
Théo suivit le mouvement. Ils marchèrent dans les petites allées que créaient les tentes de camping une fois montées et les lits de fortunes. Toutes leurs affaires semblaient encore être ici. Liam l'arrêta du revers de la main.
« Regarde, murmura-t-il en lui montrant ce qui ressemblait à des cachets prêts à être écrasés et sniffés. »
Il fronça les sourcils, aucune chance pour qu'un drogué abandonne son bien le plus précieux. Ils étaient prêts à mourir pour elle. Les poils de ses bras se dressèrent, il se passait quelque chose d'étrange entre ses murs.
« C'est pas normal, poursuivit le Bêta. Il a dû se passer quelque chose. »
Théo ne prononça pas un mot. Il se contenta d'observer Liam. Le garçon semblait déterminer à mettre un mot sur cette absence de monde. Ce fut presque naturellement que ses pas le menèrent dans le seul couloir du hall. Il s'y enfonça. Mais Théo, lui, s'arrêta net.
Au fond, il savait ce qu'il se passait ici. Il pouvait même le définir plus ou moins habillement. Mais il s'y refusait. Pourquoi ? Parce que ça paraissait tout simplement impossible. Puis tout était encore flou. Les détails manquaient. Il ne pouvait se fier qu'à ses souvenirs et une mare de sang.
Un soupir lui échappa, avant qu'il se décide à enjamber la ligne invisible qui séparait le hall du reste du zoo. Théo devait en avoir le cœur net.
« Eh ! hurla Liam. Y a quelqu'un ? Eh ! »
Théo l'attrapa par l'épaule et la plaqua contre la paroi en pierre. Liam grogna plus par surprise que de douleur. Il ouvrit la bouche, prêt à lui hurler dessus. Mais Théo lui fit signe de se taire et le maintint en place.
« On sait pas ce qu'il s'est passé ici, lui rappela-t-il. C'est peut-être dangereux. Alors ferme-la. »
Liam le repoussa violemment. Son dos percuta le mur en face. Il serra les dents, alors que tout son corps fut comme engourdi. Une sensation de brûlure se déversa dans tous ses membres. Melissa avait oublié de lui dire que chacun de ses mouvements le ferait souffrir.
« T'as laissé une fille blessée seule ici, voilà ce qu'il s'est passé, gronda le petit Bêta. »
Théo leva les yeux au plafond. Ce gamin avait réponse à tout et s'en foutait de mettre un Alpha en colère. Honnêtement, son attitude commençait à l'irriter.
Il reçut un énième mauvais regard de la part du Bêta, avant qu'ils ne repartent. Ils explorèrent tout le rez-de-chaussée, mais ils ne croisèrent personne. L'endroit était désert. Liam n'hésita pas une seconde à grimper au deuxième étage, Théo le suivi, en se plaçant en retrait. Si quelque chose devait leur arriver, Liam serait la première victime. Théo aurait alors la possibilité de s'enfuir, comme il l'avait fait avec la fille.
Où était-elle ? Où étaient-ils tous ?
« Est-ce qu'il y a quelqu'un ici ? continua de gueuler Liam. »
Théo lui lança un regard appuyé. Etait-il sérieux ?
« T'as écouté un mot de ce que j'ai dit ? s'énerva Théo. »
Le Bêta se tourna vers lui, l'observa de haut en bas et haussa les épaules. Le jugeant sans aucune honte. Sa mâchoire se serra, Théo ne le supportait pas plus longtemps.
« Eh ! Quelqu'un est là ? hurla-t-il encore plus fort, sans lâcher Théo des yeux. »
Il se foutait de sa gueule. Théo s'apprêtait à le recadrer quand un bruit résonna contre les murs. Quelqu'un tambourinait à une porte. Les deux garçons se figèrent et partagèrent un long regard. Théo vit le visage de Liam se tendre et il comprit.
« Non. »
Liam était déjà parti vers la source du bruit. Théo lui emboita le pas, plus par instinct qu'autre chose. Les tambourinements doublèrent de volume à chaque tournant. Le Bêta avait quelques mètres d'avance sur lui, il filait à travers les couloirs.
Mais le garçon finit par s'arrêter. Le vacarme provenait d'une porte en métal obstruée par ce qui devait être dans le temps une commode. Liam posa son oreille dessus et dit :
« Ça vient de là ! Il y a des gens derrière. »
Théo fronça les sourcils. Les mots de Liam lui semblaient incompréhensibles.
« Eh ! Vous m'entendez ! s'époumona-t-il. Je vais vous aider. »
Il empoigna un des bords de la commode. Les bruits se firent plus forts. Comme si frapper le métal était leur seul moyen de réponse. Mais s'ils percevaient si bien le son qu'ils émanaient, pourquoi ne leur répondaient-ils pas avec des mots ?
Les tambourinements étaient entrecoupés de crissements. Seuls les ongles pouvaient produire un son si strident. Pourquoi griffaient-ils la porte ? Pourquoi ne leur parlaient-ils pas !
« Liam ! cria Théo alors que le Bêta avait enfin réussi à dégager l'armoire. »
Il se tourna vers lui incrédule, et au même moment la porte s'ouvrit. Des dizaines de paires d'yeux opaques se tournèrent presque simultanément vers eux. En première ligne, l'adolescente. Elle tenait debout sur ses jambes sans mal. Aucun os n'en sortait, et aucun morceau ne manquait. Sa bouche était recouverte de sang, exactement comme celle des autres.
Le premier grognement éclata. Et il comprit enfin.
« Qu'est-ce… »
Une première bête se jeta sur Liam. Sans réfléchir, Théo attrapa le poignet de Liam. Juste à temps pour que la créature le rate. En une fraction de seconde, les deux garçons sprintèrent à travers le couloir. Leur réaction fut immédiate, ils leur coururent après. Ils couraient, aussi vite qu'eux. Leurs mouvements, pour la plupart, étaient adroits et bien calculés. Bien trop humains et pourtant ils ne l'étaient plus.
Ils furent rapidement qu'à quelques mètres d'eux. En un seul mouvement, ils pouvaient les attraper. Et ça, ils l'avaient bien compris. Leurs mâchoires claquaient alors qu'ils se bousculaient pour être le premier à leur mettre la main dessus.
« Ici ! cria Liam en l'entraînant dans les escaliers de pierre qui menaient au rez-de-chaussée. »
Théo le suivit, sa main toujours accrochée au poignet du Bêta. Ils descendirent les marches deux par deux, jusqu'à revenir dans le hall principal. Et d'un coup, la pièce vide trouva une explication.
Ses doigts se décrochèrent de Liam pour passer dans les allées exiguës. Chacun choisit le chemin qui à ses yeux le guiderait le plus rapidement à la sortie. Leurs poursuivants se scindèrent en deux groupes. Théo qui avait bifurqué en premier n'eut que trois d'entre eux à sa poursuite. Liam, lui, était suivi d'une dizaine de personnes aux visages ensanglantés.
La silhouette du Bêta apparaissait et disparaissait derrière les tentes. Dès qu'il en franchissait une, la distance entre lui et les montres diminuait. Liam ne se rendait compte de rien, il continuait à courir droit devant lui. Mais le cœur de Théo faisait des embardés à chaque fois qu'une main frôlait les mèches de ses cheveux. Il se rappelait de ce qui était arrivé à l'adolescente. Les bouts de son cuir chevelu flottant dans les airs. Et le cri qu'elle poussa.
Théo distança les bêtes derrière lui en tournant à chaque nouvel embranchement, mais il y en avait toujours une pour le suivre. Il lança un coup d'œil derrière son épaule. La fille de quinze le regardait. Ses yeux étaient vides, opaques. Elle avait le même visage livide que ceux qui les avait poursuivis la veille. Elle n'était plus là…
Ils atteignirent la sortie au même moment et tentèrent de refermer les portes derrière eux. Mais ce n'étaient que des battants, elles ne fermaient pas.
« Putain ! grogna Liam en poussant pour que les monstres ne sortent pas. »
Leurs cris déchiraient les environs. Les oiseaux s'envolèrent des arbres. Ils pressèrent leurs visages contre les deux carreaux des portes. Et claquèrent leurs dents. Elles mastiquaient leurs propres joues. Le sang gicla contre la vitre. Théo vit le corps de Liam se raidir. Il n'y croyait…
Ils se jetaient de tout leur poids contre les battants. Le dos pressé contre la porte, Théo sentait ses forces le lâcher. Il avait l'impression que sa cage thoracique était transpercée par une dizaine de couteaux. Il gémit. Ses cheveux s'accrochèrent à la sueur qui coulait le long de son front.
Ils devaient trouver un moyen de bloquer la porte et vite. Ses yeux scannèrent les environs, jusqu'à apercevoir une benne à ordure non loin. Liam la repéra en même temps que lui. Ils échangèrent un long regard.
« J'y vais, se proposa Théo haletant.
-Non ! hurla le Bêta. Je sais que tu vas t'enfuir ! »
Théo fronça les sourcils, mais ne put totalement réfuter ses propos. Liam se détacha des portes sans même le prévenir. Théo eut à peine le temps de se placer au milieu avant que le poids ne s'écrase sur son dos. Il hurla et trébucha en avant. Un bras réussit à se frayer un chemin dans l'entrebâille. Mais Théo revint à temps et poussa de toutes ses forces.
Il entendit le craquement des os. Mais aucun cri de douleur ne quitta la femme à qui appartenait le bras. Elle ne faisait que grogner, ouvrir et fermer la bouche. D'autres bras s'infiltrèrent dans la faille. Théo les évitait comme il pouvait. Mais des ongles parvinrent à s'accrocher à son pull.
Son corps partit en avant avec le bras. Les autres mains se rapprochèrent de son visage. Prêtes à lui arracher toute la peau qu'ils pouvaient. Tout son corps trembla.
« Liam ! beugla-t-il. »
Les ongles frôlèrent son visage. Ses pieds glissaient dans le sable, se rapprochant de plus en plus d'eux. Liam arriva en criant et percuta le bras de l'homme avec la poubelle. Les os craquèrent et sa prise se défit. Théo bascula en arrière et s'étala au sol. Le Bêta bloqua la porte en quelques secondes.
Plus aucun bras ne dépassait des battants. Seuls leurs hurlements étouffés leur parvenaient. Théo resta un instant au sol, et observa Liam. Le jeune Bêta haletait, et ses mains ne cessaient de s'agiter. Elles passaient dans ses cheveux, s'abattaient sur son visage.
Théo comprit que tout ceci était alors bien réel. Il se releva d'un bond, frappé par la réalisation.
« On doit partir. On doit partir, répéta-t-il. »
Liam ne lui accorda même pas un regard. Il semblait totalement perdu. Ses yeux fixés sur la porte, il vit tout le corps du Bêta frissonner. Puis les roues de la poubelle grincèrent contre sol. Ils sursautèrent en canon.
« Maintenant ! cria Théo. »
La voix de Théo le réveilla. Et il s'élança vers la forêt, distançant Théo de plusieurs mètres. L'Alpha, lui, haletait encore. Il avait l'impression que ses poumons s'étaient déchirés. Et une boule grossissait dans son torse. Elle poussait tous ses organes contre sa peau.
La route de la réserve se dessinait devant eux, ils n'étaient plus loin. Théo eut un léger sourire. Puis Liam cria. Son cœur se stoppa. Le Bêta s'effondra au sol. Les hurlements continuèrent, il le vit se tordre dans tous les sens. Non, non, se dit-il. Ce n'était pas possible.
Il courut jusqu'à lui. Liam était étendu seul au sol, son cœur se calma immédiatement.
« T'es pas sérieux ! se plaignit Théo une main contre son organe vital. »
Le Bêta se releva avec hâte. Théo voulut lui faire une remarque, mais ses habits étaient recouverts de sang. Ses yeux perçurent en une fraction de seconde l'énorme mare rouge au sol. Contrairement à tout à l'heure, le sang était encore frais. Liam releva lentement son regard vers lui. Théo le soutint jusqu'à ce qu'un bruissement se fasse entendre à leur gauche.
Ils tournèrent leur tête en même temps. Théo plaqua sa main contre sa bouche, pour stopper le cri qui se formait dans sa gorge. Et Liam perdit plusieurs teintes.
Devant eux, se tenaient les policiers qui l'avaient interrogé. L'Alpha était allongé au sol. Il s'étouffait avec le sang qui s'accumulait dans sa bouche. Ses ongles grattaient la terre. Son torse se soulevait à une vitesse surhumaine. Ses tripes étaient hors de son corps.
Le Bêta aussi était présent. Enfin, Théo ne pouvait pas voir son visage. Seul son uniforme pouvait le renseigner sur son identité. Il avait la tête enfoncée dans le ventre de son collègue. Il l'entendait mastiquait ses organes. Ses dents arrachaient morceau par morceau sa chair. Le sang giclait autour de lui, s'étalant contre ses joues.
Ils ne pouvaient pas rester ici. Ses doigts glissèrent contre le poignet de Liam. Le Bêta sursauta, mais ses yeux ne quittèrent pas la scène macabre devant eux. Il tremblait. Théo le tira loin des policiers. Liam se laissa faire sans un mot.
Ils marchèrent avec prudence jusqu'à la voiture. Théo ne défit pas à un moment sa prise. Il ne savait pas si le Bêta pouvait poursuivre sans son aide. Et même si Théo ne souhaitait pas se l'avouer, il avait besoin de savoir que quelqu'un d'autre était là. Avec lui…
C'était réel. Et Théo n'était pas seul.
Théo mit le contact. La voiture vibra et Liam revint d'un coup dans le monde réel.
« Faut qu'on prévienne la police ! s'inquiéta-t-il. Faut les appeler. Ils sauront quoi…
-Ils sont déjà là, Liam ! l'interrompit Théo. »
Le Bêta secoua la tête et ne dit plus un mot jusqu'à ce qu'ils rejoignent la route. Théo eut du mal à s'insérer dans la route. Un embouteillage monstre s'étalait sur plusieurs kilomètres autour d'eux. Et même si les voitures avançaient légèrement au début, ils ne tardèrent à se retrouver à l'arrêt.
Théo regarda autour d'eux, personne ne semblait alerter. Il alluma par automatisme la radio, et mis les informations. Rien. Les présentateurs ne faisaient que relater les évènements du Désarmement est la clef. Aucun mot sur ce qu'ils avait vu au zoo.
« Qu'est-ce que c'était ? murmura Liam.
-Tu sais ce que c'était. On le sait tous les deux. »
Le visage du Bêta devint livide. Théo ne put que l'imiter, ses ongles attaquèrent la mousse de son volant. Les sirènes se mirent à rugir autour d'eux. Il voyait dans ses rétroviseurs des lumières rouges clignoter. Un chemin se créa pour laisser passer les deux voitures de police qui ne cessaient de klaxonner. Leurs fenêtres ouvertes, ils engueulaient ceux qui ne se poussaient pas assez.
Savaient-ils ce qu'il se passait ?
« Tu crois qu'ils sont là pour le zoo ? l'interrogea le Bêta. »
Théo secoua la tête et il jeta un coup d'œil en arrière. Ils avaient dépassé le chemin qui menait au zoo. Son regard se posa sur Liam, il suivait du regard les véhicules de police. Théo se mordit la lèvre. Que devait-il faire désormais ? Étaient-ils les seuls au courant de la situation ?
Il remarqua qu'un enfant dans la voiture à côté du Bêta les dévisageait la bouche ouverte, les yeux écarquillés. Théo lui lança un regard méprisant, le gamin ne réagit pas. Ses yeux étaient ancrés sur Liam. Ils avaient oublié que son t-shirt blanc était imbibé de sang. Il fouilla à l'arrière et trouva dans l'un de ses sacs plastiques un haut à peu près propre. Le tissu atterrit sur les genoux du Bêta.
Liam fronça les sourcils, Théo fit un signe du menton vers l'enfant qui les épiait. A la vision du petit garçon, il se hâta de l'enfiler. Et Théo put enfin mettre une odeur sur Liam. Même si c'était la sienne, il n'avait plus ce sentiment d'être face à un alien. Et rien que son odeur qui envahissait chaque recoin de sa voiture lui permit de se détendre. Ses muscles se relâchèrent. Il était temps de penser à un plan.
« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? le questionna Liam, comme s'il avait accès à ses pensées.
-Je me casse d'ici, lui dit simplement Théo.
-Tu peux pas ! »
Il arqua le sourcil gauche et lança un regard intrigué à Liam.
« On doit prévenir les autres, lui expliqua-t-il. »
Théo ricana. Dans le fond, ils entendaient les mégaphones de la police hurlant aux automobilistes de rester dans leurs véhicules.
« Je reste pas ici, répéta-t-il. Cette voiture quitte Beacon Hills, avec ou sans toi. »
Le Bêta le dévisagea pendant plusieurs minutes. Un silence pesant s'installa dans le pick-up. Théo ne put que soutenir son regard. Hors de question qu'il change d'avis. Il devait quitter cet endroit le plus vite possible, avant que ça ne se transforme en un bain de sang. Parce qu'il savait que c'était la seule issue à une situation pareille.
L'hôpital n'était qu'à quelques kilomètres. Il y serait en une poignée d'heures de marche, pas de quoi en faire un drame. Et Liam faisait partie de l'équipe de Lacrosse, il y arriverait. Théo soupira. De toute façon, il s'en foutait.
Sans le quitter des yeux, Liam posa sa main sur la poignée de la porte. Théo ne dit rien et l'observa faire. Devait-il se sentir coupable ? Essayait-il de le faire culpabiliser ? Ça ne marcherait pas. Pas sur Théo. Il avait déjà fait bien pire. Et il le referait sans hésiter. Le plus important était et serait toujours sa propre vie.
Le Bêta poussa la porte. Elle fut arrêtée en pleine course par un agent de police en moto.
« Retournez dans votre voiture ! aboya-t-il en claquant la portière. »
Liam et Théo sursautèrent. Puis ils entendirent le son des hélices déchirant le vent. Ils tendirent le cou, un hélicoptère passait au-dessus d'eux. Ses couleurs matchaient celles de la police. Il diffusait un message en boucle. Les automobilistes ne devaient pas quitter leurs véhicules.
Les têtes sortirent une à une des voitures. Et bientôt plus personne, excepté les enfants, n'étaient restés à l'intérieur. Théo et Liam partagèrent un rapide regard, avant de les imiter. Appuyés sur la marche qui permettait de grimper à l'intérieur du véhicule, ils aperçurent au loin le barrage mis en place par la police.
Ils virent des officiers en uniforme pointer leurs armes sur un groupe de personnes. Théo reconnut sans mal leurs démarches et leurs regards vides. Et les premiers coups de feu déchirèrent le brouhaha qui s'était installé. Plusieurs secondes s'écoulèrent sans un bruit. Puis tout explosa. Les voix, les balles continuèrent d'être tirées, les klaxons commencèrent.
« Rentre dans la voiture ! lui cria-t-il. »
Liam s'exécuta. Les véhicules tentaient de faire marche arrière s'encastrant les uns dans les autres. Théo braqua ses roues et sortit de la route. Le pick-up tomba brutalement dans le fossé. La tête de Liam se grogna contre la vitre, il grogna. Théo enfonça la pédale d'accélérateur.
L'embranchement qu'ils devaient emprunter était bloqué par la police. C'était la seule voie pour quitter la ville. Théo serra les dents et prit le chemin qui amenait au cœur de Beacon Hills.
« Qu'est-ce que tu fais ? hurla Liam. L'hôpital est de l'autre côté ! Mon père est là-bas !
-On peut pas ! Dis-lui de te rejoindre chez toi ! »
Ils frôlèrent la barricade mise en place par les policiers. Les coups de feu ne cessaient pas. Les douilles tombaient au sol dans un bruit métallique à peine étouffé par les grognements de leurs assaillants. Leurs corps se faisaient cribler de balles, mais ils ne s'arrêtaient pas. Aucune expression ne trahissant une quelconque douleur ne s'affichait sur leurs visages.
Théo freina brutalement.
« Tu fais quoi ? s'indigna Liam.
-Attends, chuchota Théo, son regard ne quittant pas la scène qui se déroulait à côté d'eux. »
Les agents pressaient leur gâchette sans s'arrêter un seul instant. Ils criaient alors que les trous qui parsemaient leurs corps ne les ralentissaient pas.
« J'ai presque plus de balles ! rugit l'une d'eux. »
La femme avait le visage crispé. Elle prit une grande inspiration et posa un genou à terre. Son œil droit se ferma et elle tira son ultime balle. Le projectile termina sa course dans la tête d'une des créatures. Et son corps se désarticula et elle s'effondra au sol.
Une voiture klaxonna derrière eux. Et Théo reprit ses esprits, et ils s'engouffrèrent à toute vitesse dans la route déserte. Il n'y avait plus aucun doute désormais. Théo savait à quoi il avait à faire.
Mais pour l'instant, ils retournaient à Beacon Hills… La route contournait la réserve et donnait sur la ville qui était entourée de montagnes. Située en contre-bas, dans la vallée, elle n'offrait aucune autre échappatoire. Théo se retrouvait pris au piège dans une corbeille. Ils descendirent la côte qui les menait tout droit vers une mort assurée.
« Qu'est-ce que c'était ? murmura Liam.
-Des mangeurs d'hommes qui reviennent à la vie, et qui ne meurent qu'une fois leur cerveau touché. T'as pas une idée ? »
Son ton sarcastique ne lui plut sûrement pas, puisque le Bêta se tourna vers lui. Mais aucune grimace n'était affichée sur son visage, il semblait juste inquiet. Et ne put que lui rendre cette même expression.
« Non, dit-il en se passant une main sur le visage. Ça peut pas être ça… »
Ses mains se crispèrent sur le volant. Malheureusement, si. Il n'y avait pas d'autre explication. En tout cas, Théo ne pouvait pas lui en fournir une autre. Son cerveau refusait d'analyser les évènements autrement.
« Peut-être que c'est la drogue ! proposa Liam en frappant sur le tableau de bord. Y a cette nouvelle drogue qui circule. »
Théo le dévisagea.
« Et le policier alors ? T'as une explication ? »
Les doigts du Bêta se crispèrent. Il aperçut tout son corps se tendre. Cette histoire semblait impossible. Il comprenait l'état d'angoisse dans lequel se trouvait Liam. Théo avait connu la même chose la veille. Et son cerveau s'était adapté tout seul à cette éventualité. D'un coup, tout paraissait plausible.
« C'est réel, Liam. Tout est réel. »
La respiration du Bêta se ralentit. Elle n'était plus aussi saccadée qu'avant en tout cas. Théo ne put résister à l'envie de le regarder. Son visage était totalement fermé. Mais l'air livide qu'il arborait plus tôt avait disparu.
« Je dois prévenir mon père, dit-il plus pour lui-même que pour Théo. »
Il hocha la tête, même si le Bêta ne le regardait pas. L'appel lancé, Liam eut son père en quelques secondes. Au même moment, ils passèrent le panneau qui indiquait qu'ils entraient dans Beacon Hills.
Théo ralentit. Il jeta des coups d'œil autour d'eux, la vie semblait tout à fait normale. Chaque personne continuait sa journée dans une parfaite insouciance. Les sirènes des véhicules de police et des ambulances n'étaient qu'un lointain écho. La ville n'avait pas encore été touchée, mais ça ne tarderait pas.
Une famille passa devant eux au feu rouge, les parents souriaient et les enfants rigolaient. Tout semblait irréel. Un couple de personnes âgées étaient assis sur un banc et se tenaient la main. Plusieurs collégiens traînaient dans les rues avant de rentrer chez eux. Ils s'arrêtaient à chaque vitrine, sans se soucier d'être à la maison à l'heure.
Ils passèrent devant une épicerie. Chaque personne ressortait avec un petit sachet à la main, ne s'intéressant qu'au repas de ce soir. Et non à la nourriture qui finirait bientôt par manquer. Puis il remarqua un homme agité. Il était penché au-dessus de sa voiture, il comptait sûrement ses achats. Théo s'inclina légèrement et vit que son coffre était rempli de packs d'eau.
Les deux hommes échangèrent un long regard. Le monde s'arrêta autour d'eux. Et ils comprirent qu'ils n'étaient pas les seuls au courant. La menace arrivait, seuls les personnes préparées survivraient. Théo devait juste s'assurer de faire partie de ce groupe.
« Où va où ? le questionna Liam. »
Théo sursauta, complètement sortie de sa transe.
« Je te ramène chez toi et je me casse.
-Non ! »
Il fronça les sourcils. Le Bêta n'avait pas besoin de lui, pourquoi refusait-il qu'il s'en aille ?
« Quoi ? balbutia Théo en secouant la tête, pas certain d'avoir bien entendu.
-On doit aller chercher Mason. »
Ses yeux firent un tour complet dans ses orbites. Pour qui le prenait le Bêta ? Un taxi ? Son chauffeur particulier ?
« Il est toujours au lycée. On doit y aller.
-Tu te fous de moi ? lui répondit Théo en appuyant chacun de ses mots. Vas le chercher toi-même !
-Tu comprends pas, il répond pas à mes appels ! »
Théo secoua frénétiquement la tête et se rangea sur le bas-côté. Il se mit au point mort et tira son frein à main qui grinça désagréablement.
« Tu veux aller chercher ton ami, lui dit Théo, libre à toi. Mais moi je viens pas. »
Liam le dévisagea. Il avait le même regard que Mélissa, celui du mépris. Son existence l'indisposait. A cet instant, Théo n'en avait absolument rien à faire. C'était sa vie qui comptait le plus. Ça l'avait toujours été, mais bientôt elle serait encore plus précieuse.
Et la même scène que précédemment se répéta. Le Bêta ouvrit la portière, mais à l'instant où il devait sortir Théo remarqua une voiture qui lui semblait familière derrière lui. Il lut sur la plate qu'elle provenait de Virginie.
« Rentre ! beugla Théo. Rentre dans la voiture. »
Il attrapa le bras de Liam et le força à remonter. Le Bêta protesta mais Théo ne l'écouta pas. Ils devaient déguerpir d'ici, avant qu'ils ne remarquent le pick-up. Ses roues le conduisirent dans la première rue adjacente.
« On va au lycée ou pas ? siffla Liam, toujours mécontent d'avoir été malmené par l'Apha. »
Il jeta un énième regard dans son rétroviseur. Le véhicule de ses oncles ne les suivait pas. Ils ne l'avaient pas vu. Théo hocha alors la tête.
« Mais je veux quelque chose en échange, déclara Théo. »
Le Bêta serra les dents mais lui dit de poursuivre. Un sourire narquois se dessina sur ses lèvres, alors qu'il empruntait la seule route qui menait au lycée. Il ne savait pas quand la voie qui menait hors de la ville serait dégagée, mais Théo ne passerait pas son temps à tenter de distancer ses oncles. Non, il lui fallait une cachette. Et il venait tout juste d'en trouver une.
Merci d'avoir lu et désolée pour les fautes ! A la prochaine, cette fois-ci plus rapidement 3
Tif : Merci beaucoup 3 J'espère que tu as aimé ce deuxième chapitre :) Les réponses à tes questions arriveront bientôt ;) ;) Bisous, et merci encore ! :D
