Chapitre 2: Vendredi

Usagi s'il-te-plait, pas maintenant... demanda Misaki d'une petite voix.

Ca fait une semaine que je me retiens! Répondit l'intéressé, se prenant alors un Mr Suzuki en pleine figure.

Une certaine obscurité régnait dans la chambre du célèbre écrivain. Seuls quelques rayons de lumière filtrait du dessous de la porte. Misaki, adossé contre la tête de lit et assis en tailleur, serrait un oreiller contre son torse nu et un teint rouge écarlate apparaissait sur son visage encore enfantin par rapport à son compagnon.

Ce dernier venait de faire une proposition plus que malsaine au jeune étudiant qui avait tenté de l'éloigner en envoyant valser l'énorme ours en peluche. Il sourit. Voyant à travers le regard de Misaki qu'il ne résisterait pas longtemps, il attaqua en force.

J'espère que vous avez fini votre manuscrit! Hurla Aikawa, l'éditrice d'Usagi, ouvrant la porte en grand sur son passage.

Tu déranges. Répondit-il d'un ton neutre.

Peu importe ! Vous...

Misaki ?! S'écria la personne à côté d'elle, manquant de s'étouffer avec son bonbon.

Rin?! S'étonna ce dernier, tentant par la même occasion remonter le drap vers lui.

What are you doing? Demanda-t-elle innocemment

Rien du tout!

ooo

Jun ouvrit doucement les yeux mais fût éblouie par la lumière qui passait à travers la fenêtre. Elle maugréa alors contre Nowaki qui avait oublié de fermer les volets et se leva péniblement du lit qu'elle trouvait si douillet. Elle enfila rapidement un bas de pyjama et essaya d'atteindre la porte, se prenant tout les meubles sur son passage car elle n'était pas encore bien réveillée.

Après s'être cogné le pied dans la table de chevet, le pied du lit, le bureau et pour finir l'armoire, elle arriva enfin à destination. Avant de sortir, elle regarda une dernière fois Nowaki en train de somnoler dans l'autre lit une place. Elle l'avait forcé à dormir dans la même chambre qu'elle pour le punir d'être devenu son tuteur sans sa permission. "En plus, ça m'évitera de les entendre faire des choses bizarres!" songea-t-elle avec une mine dégoûtée.

L'appartement était assez spacieux et la cuisine américaine semblait être neuve. Elle fouilla dans tout les placards à la recherche d'un paquet de céréales. Au bout de dix minutes, après avoir mis la cuisine sans dessus-dessous, elle en trouva un. Vide. Autant dire qu'une rage mal contenue se lisait sur son visage. Comme tout le monde le sait, il ne faut jamais contrarier Jun peu de temps après son réveil. Autant dire que Nowaki était dans de sale draps.

Cependant, un élément imprévu vint lui changer les idées. En effet, elle entendait quelqu'un chanter sous la douche depuis qu'elle s'était levée, mais venait seulement de remarquer qu'il s'agissait d'une voix féminine.

La consternation se lisait sur son visage. Nowaki sortait avec... une fille?! Elle le croyait homosexuel pourtant! Son esprit divagua légèrement : "A moins que... il serait bisexuel ?! Je sens que je vais en foutre une à la garce qui a osé toucher à mon Nowaki! Que ça soit un homme qui couche avec, ça je l'accepte mais une femme, jamais tant que je serais vivante!" songea-t-elle en réduisant le paquet de céréales vide en miettes, évacuant ainsi sa colère sans pour autant abîmer le mobilier de l'appartement.

Soudain, un raclement de gorge la fit redescendre sur Terre. L'occasion semblait parfaite pour lui en toucher deux mots, ou tout du moins lui mettre une bonne gifle. Elle se leva et se retourna alors vers lui, la main déjà en l'air, prête à partir. Elle fermait les yeux pour éviter de voir son regard bienveillant et d'être déstabilisée. Mais elle rabaissa sa main. Elle réalisa qu'elle n'avait aucune raison de lui mettre une droite, après tout ce n'était pas ses affaires. Elle soupira et rouvrit les yeux.

Jun cligna une bonne centaines de fois des paupières pour essayer de comprendre ce qui se passait. Alors qu'elle s'attendait à voir Nowa ki, elle tomba nez à nez avec la personne qu'elle détestait le plus.

La surprise se lisait également sur le visage de l'homme. Il recula d'au moins quatre pas et manqua de tomber à la renverse. Nowaki lui avait dit que sa soeur de coeur viendrait mais il ne s'attendait pas à elle! En plus, elle portait l'un des T-shirts de son compagnon en guise de pyjama, ce qui finit de l'achever sur place.

Jun ! Tu es donc la soeur de Nowaki ?!

Kamijou-sensei ?! Vous êtes le...

Un silence s'installa, tout deux n'osant dire un traître mot, trop choqué par l'idée qu'ils devraient vivre sous le même toit. Entre temps, le bruit de la douche avait cessé, tout comme la voix féminine qui chantait "Kyousou Requiem" depuis cinq minutes.

Soudain elle comprit. Nowaki n'était pas seulement bisexuel mais... "Il est polygame?!" manqua de s'étouffer la jeune fille à cette idée. Elle paniqua et des images étranges de couple à trois s'enchaînèrent dans sa tête sans qu'elle le veuille.

Cependant, la porte de la salle de bain s'ouvrit dans un grand fracas, poussée par un coup de pied, coupant court aux pensées pleines de questions de Jun et Hiroki. Tel un seul homme, ils tournèrent la tête en même temps vers la personne qui venait de faire tant de bruit. Le plus vieux des trois personnes présentes dans la pièce à vivre, voulut sortir en courant et aller vomir son petit-déjeuner. Jun quant à elle, demeura un instant choquée mais se ressaisit assez rapidement.

Sango! Ca va pas de te trimbaler à poil dans un appart'?! Va mettre une putain de serviette! Ordonna-t-elle en indiquant la salle de bain.

Mais je l'ai laissé dans la chambre! Et puis de toute façon je me sens plus libre comme ça. Ajouta l'étudiante tandis qu'une légère brise venant de la fenêtre ouverte, soulevait ses cheveux multicolores.

Tu m'étonneras toujours... Mais qu'es-ce-que tu fais ici? Ne me dis pas que tu sors avec Nowaki!

Nokiwa? Connais-pas. De quel droit oses-tu dire des choses pareilles?! Oh mon Dieu! Hiroki m'avait dit qu'il sortait avec quelqu'un... c'est pas toi j'espère!

Beurk non! Comment connais-tu Kamijou? Tu viens de l'appeler par son prénom! Serais-tu sa fille?

Jamais de la vie! Nan mais sérieux qui en voudrait comme père?!

Je ne suis pas si vieux que ça ! S'écria Hiroki qui en avait marre de la dispute entre les deux étudiantes.

On t'a pas causé pépé! Répondit Sango.

Je peux savoir ce qui se passe? Demanda doucement Nowaki, à peine réveillé.

Il fut mitraillé par deux regards noirs dans sa direction tandis que celui de l'étudiante dans son plus simple appareil, relevait plus du pervers que de l'amour. Il soupira. La journée promettait d'être très longue.

ooo

Dis-moi Misaki, pourquoi Usagi me regarde-t-il comme ça? On dirait qu'il est prêt à tuer quelqu'un...

Aucune idée! Répondit l'étudiant qui aidait Rin à préparer le déjeuner.

En fait, il le savait très bien. Usagi, même si son amie était de sexe féminin, éprouvait une certaine jalousie envers elle. De plus, Rin ne faisait rien pour arranger les choses car elle ne cessait de coller le pauvre Misaki.

Tout avait commencer quelques jours plus tôt. Aikawa, cherchant une assistante pour son travail, avait engagé Rin. La visite chez Usagi était la première qu'elles faisaient ensemble et qu'elle ne fût pas sa surprise en découvrant Misaki au lit avec l'écrivain!

Au fait Misaki, par rapport à toute à l'heure... commença-t-elle

Ne dis rien s'il-te-plaît ! Supplia-t-il à genoux.

Ne t'inquiète pas. En fait j'approuve totalement!

Ah bon?

Oui, depuis le collège je lis du yaoi alors tu sais à force je suis habituée. Mais raconte! Ca se passe vraiment comme dans les mangas? C'est toujours aussi torride? Je veux tout savoir en détails! S'exclama l'étudiante, euphorique.

Misaki, encore sous le choc, carbonisa sans le vouloir le déjeuner. Il ignorait totalement que Rin était si ouverte par rapport aux relations homosexuelles. Son visage s'illumina alors et un large sourire s'étira sur ses lèvres. Sa confidente! Toutes les choses que Usagi lui faisaient contre son gré, ce qu'il ressentait, etc... il pouvait enfin en parler tranquillement avec quelqu'un!

Usagi est comment dire... très possessif. Parfois il fait des choses...

Ce fichu manuscrit yaoi n'est toujours pas fini ?! Éclata soudain Aikawa, faisant sursauter les deux étudiants.

Je ne suis pas inspiré.

Peu importe! Je le veux pour demain ! J'ai...

Quel est votre nom de plume? Demanda Rin, ayant abandonné Misaki pour s'asseoir en face de l'écrivain.

Yahoi. Pourquoi?

J'ai lu tout vos livres! S'exclama-t-elle des étoiles plein les yeux. J'adore votre style d'écriture, tout paraît si réel! Je suis vraiment une fan inconditionnée de vos oeuvres!

Euh... eh bien merci. Répondit-il en arquant un sourcil, étonné d'avoir une lectrice assidue en face de lui.

Aikawa regarda tour à tour Usagi et Rin, encore incrédule. Soudain, une idée germa dans son esprit et après mûre réflexion elle remarqua qu'Isaka avait déteint sur elle.

Je viens de penser à quelque chose... commença-t-elle.

Explique. Ajouta Usagi en fumant une énième cigarette.

Je me disais que tout les deux vous pourriez faire équipe pour finir le roman dans les temps.

Hmm... pourquoi pas?

C'est vrai?! S'enquit Rin aux anges. Parfait! Alors commençons! Voyons voir... c'est intéressant... dites, le personnage nommé Misaki c'est bien celui qu'on connaît?

Exact !

T'étais pas obligé de le préciser ! S'écria l'étudiant rouge écarlate.

De toute façon on s'en doutait! Répondit Rin en rehaussant ses lunettes.

Cette dernière écarquilla soudain les yeux comme frappé par un éclair de génie. Son visage se transforma peu à peu, affichant alors un rictus sadique à la place de son sourire si angélique d'habitude. Misaki déglutit. Cela ne présageait rien de bon.

ooo

Je peux savoir ce qui se passe?

Nowaki fût fusillé du regard par Hiroki et Jun. Visiblement, l'instant semblait inapproprié pour poser cette question. L'ambiance assez électrique auparavant, augmenta considérablement parmi les quatre colocataires. Pour commencer, le professeur ne supportait pas l'idée de vivre sous le même toit que sa soeur et l'une de ses élèves. Jun quant à elle, haïssait déjà Kamijou et encore plus depuis qu'elle savait qu'il sortait avec son frère de coeur adoré.

Sango voyait la chose sous un autre angle. Certes, elle allait devoir supporter son abruti de frère mais elle positivait, sachant que Jun la soutiendrait pour le martyriser. Ensuite, elle venait de voir "l'homme le plus beau au monde" d'après ses dires (comme quoi, entre frères et soeurs ils ont les mêmes goût en matière d'hommes). Cependant, la chose qui lui semblait la plus géniale était...

" Bouffe gratos à volonté !" pensa-t-elle euphorique en se dirigeant vers les placards.

Elle s'empara alors de toute la nourriture que Jun avait étalé quelques temps plus tôt sur le comptoir puis versa le tout dans le mixeur. Toujours dans son plus simple appareil, son amie en profita pour lui poser un peignoir sur les épaules. Sango, remarquant à peine le bout de tissu la recouvrant, appuya sur le bouton ON du mixeur, déclenchant alors un vacarme assourdissant. Le tout se transforma en une sorte de velouté verdâtre peu appétissant. L'étudiante l'avala d'une traite.

Comment peux-tu boire ça?! S'étonna Hiroki, se retenant de rendre son petit-déjeuner dans la poubelle.

Écoute. Le chocolat c'est bon?

Oui.

Pareil pour la brioche, les gâteaux secs et les bonbons?

Oui mais quel est le rapport?

Eh bien si tout ça est délicieux, alors ensemble cela ne peut être que meilleur!

Un silence de désespoir s'ensuivit après cette remarque. "On ne la changera jamais." songea Jun en soupirant. Elle retourna alors se coucher, priant secrètement pour que le reste de la journée se passe mieux.

Avant de s'endormir, elle regarda son téléphone par simple curiosité. "Un nouveau message non-lu". Elle déverrouilla précipitamment son portable et un sourire s'étira sur ses lèvres.

"Contact: Sango Ohara.

Rdv demain 7H parc de Beika. Peut rien dire pour l'instant. Prépare-toi à mettre à exécution un plan qui déchire ! Fun garanti ;) "

ooo

Allô?

Bonjour c'est Miyagi à l'appareil!

Je sais, votre numéro s'affiche quand vous m'appelez. Répondit Sango d'un ton ironique.

Quelle froideur dis donc! As-tu discuté avec les autres au sujet du plan?

Je dois encore en parler avec Rin et je ne pense pas que Jun soit enchanté par cette idée.

Fais-les changer d'avis je t'en prie j'ai besoin de votre aide! J'ai déjà commandé tout ce qu'il fallait.

Parfait! Au fait, quand cela se passera-t-il?

Le 12 mai.

J-9 avant le spectacle. J'ai hâte d'y être... ajouta-t-elle, un sourire empreint de sadisme affiché sur ses lèvres, avant de raccrocher.