Titre : Reset
Auteur : Katoru
Rating : M
Disclaimers : Glee ne m'appartient pas, je ne fais qu'en emprunter les personnages pour jouer un peu avec. Promis, je les rendrai en bon état.
Reset
« Le loft »
« Vous devrez vous débrouiller pour délimiter les espaces, annonça M. Munez en faisant coulisser la lourde porte en métal, mais il y a une grande surface et la salle de bain a été refaite à neuf l'année dernière. »
L'appartement, au dernier étage d'un immeuble populaire de Bushwick, était en fait une seule grande pièce aux murs de briques nues, aux poutres apparentes et au vieux plancher grinçant. La plomberie en cuivre courait le long d'un mur, passait au-dessus d'un évier en inox et remontait jusqu'à un imposant chauffe-eau. L'une des fenêtres s'ouvrait sur un escalier de secours, les autres donnaient sur une rue commerçante grouillante de monde à cette heure de la journée.
L'endroit ne payait pas de mine mais il était propre. Son côté industriel rétro avait même son charme, vu sous un certain angle. Un angle que Kurt et Rachel étaient prêts à adopter de manière définitive si ça leur permettait de quitter enfin la minuscule chambre d'hôtel qu'ils partageaient depuis presque un mois. Ils étaient les meilleurs amis du monde mais le manque d'intimité commençait à être pesant – pour l'un comme pour l'autre.
« Vous pouvez emménager tout de suite », les informa le propriétaire.
Les deux jeunes gens se décidèrent sans même échanger un regard. Ils n'avaient pas les moyens de louer autre chose et il était de toute façon peu probable qu'ils trouvent mieux. L'appartement était vieux mais pas délabré, et c'était un loft – un loft ! – d'une cinquantaine de mètres carrés. Avant d'entrer en contact avec M. Munez, ils étaient convaincus que leur budget les condamnait à se contenter d'un minuscule studio. Ils s'en sortaient bien en fait.
Ce n'était certes pas ce dont ils rêvaient depuis qu'ils étaient gamins mais c'était un pas dans la bonne direction. Un pas de plus.
Convaincre leurs parents de les laisser partir tenter leur chance à New York n'avait pas été une mince affaire. Ils avaient dû mener une véritable campagne de lobbying, déployer des trésors d'assurance et de diplomatie pour faire entendre leurs arguments.
Il ne s'agissait pas de fuir ni de courir les théâtres et les auditions pour atteindre leur rêve coûte que coûte. Il s'agissait de préparer leur avenir, de grandir et d'apprendre à se débrouiller seuls. La vie ne se passerait pas toujours comme ils le voulaient, la leçon avait été acquise à la dure et ils l'avaient accepté. Ils devaient désormais rebondir et tenter de tirer parti de ce contretemps. Ils voulaient se prouver qu'ils en étaient capables.
Leurs économies leur permettraient de vivre trois ou quatre mois à New York, à condition pour eux de se serrer la ceinture. Ils avaient vendu certaines de leurs affaires pour augmenter cette cagnotte.
Ils savaient qu'en cas de problème, ils pouvaient compter sur leurs proches. Ils savaient que les portes des maisons familiales resteraient ouvertes pour eux s'ils devaient revenir.
Kurt avait gagné sa bataille le premier. Burt Hummel savait pertinemment que son fils ne passerait pas sa vie à Lima et qu'il ne servait à rien d'essayer de le retenir – même si l'envie ne lui manquait pas. Sans parler du fait que le gamin était une tête de pioche et qu'il se fichait bien de ses objections paternelles. Il lui avait donné sa bénédiction.
Les choses avaient été un peu plus compliquées pour Rachel.
Ses pères n'étaient pas paranoïaques, cependant ils n'aimaient pas du tout l'idée de leur petite fille se promenant seule dans les rues d'une des plus grandes villes du monde. Rachel n'était pas jolie, mais elle avait un charme qui plaisait aux garçons. Et New York grouillait de tordus. Sûrement plus que Lima. Sans parler des gangs, des paumés lambda et mieux valait ne pas les lancer sur le sujet du terrorisme. Ils avaient même parlé de lui acheter une arme à feu pour qu'elle puisse se protéger. Elle s'y était fermement opposée. Ils avaient fini par se mettre d'accord sur un sifflet anti-agression et une bombe lacrymogène.
Rachel n'avait pas osé leur demander pourquoi ils n'avaient pas eu l'air de s'en faire du temps où elle pensait être admise à la NYADA. Peut-être n'avait-elle tout simplement pas vu qu'ils s'inquiétaient.
La plus grosse objection que ses pères avaient pu émettre, elle ne l'avait pas vue venir. Depuis son mariage avorté avec Finn, les deux hommes lui faisaient moins confiance pour s'occuper d'elle-même. Hiram et Leroy Berry avait bien compris que leur fille, convaincue de ne pas avoir d'avenir, s'était raccrochée à son petit ami pour ne pas tomber, moralement, en morceaux. Une mauvaise décision qu'ils n'avaient pas su gérer. L'accident de la petite Fabray avait permis d'éviter une catastrophe. Ils craignaient que cette décision de partir à l'aventure ne soit motivée par les mêmes mauvaises raisons et ils refusaient, cette fois, de la laisser faire n'importe quoi.
Après des heures passées à discuter, ils avaient fini par céder. La jeune femme l'ignorait mais le fait qu'elle parte avec Kurt avait eu son importance. Le garçon avait prouvé plus d'une fois qu'il avait la tête sur les épaules et savait gérer les « humeurs » de sa meilleure amie.
Une conversation très sérieuse avec Burt Hummel avait achevé de convaincre les Berry.
Ils avaient alors pu préparer concrètement leur départ.
Blaine les avait aidés à trouver un hôtel mais n'avait pas pu les accompagner à la gare de Lima le jour où ils étaient partis.
Finn les avait soutenus de loin, depuis la base militaire où il avait démarré son entraînement.
Leur absence avait rendu les choses plus faciles au moment de monter dans le train.
« Il n'y a rien ici », dit Rachel après le départ de M. Munez.
Sa voix résonna doucement dans la pièce vide.
« On se débrouillera, lui répondit aussitôt Kurt. Les magasins ne fermeront pas avant encore une bonne heure, c'est plus qu'assez pour acheter le strict nécessaire pour la nuit. On verra le reste demain.
- On doit aussi aller chercher nos affaires à l'hôtel.
- Merde, j'avais oublié !
- On peut aller faire nos courses dans les magasins à côté de l'hôtel.
- Il est à l'autre bout de la ville et il nous faudrait au moins un matelas. Alors un matelas, plus nos valises, plus le reste et le tout dans le métro… Pas moyen.
- Dans ce cas, tu files récupérer nos affaires et je m'occupe des courses, trancha Rachel. Je partirai en quête d'un matelas en tout dernier pour te laisser le temps de revenir et de m'aider à le transporter.
- D'accord, mais je t'interdis de m'acheter un duvet rose.
- J'essaierai de me contrôler », assura-t-elle en souriant.
Avant de quitter l'appartement, Kurt ajouta :
« J'espère que tu te rends compte que c'est pour toi et parce que tu es ma meilleure amie que j'accepte d'être vu en train de traîner une valise rose.
- Dehors ! »
Seule, Rachel commença à faire une liste de ce dont ils allaient avoir besoin dans l'immédiat. Elle sourit en pensant qu'ils avaient réussi la première étape de leur plan.
Ils étaient à New York. Et ils vivaient désormais dans un loft.
