Un Génie.
Un Génie.
Un Génie.
Et dire qu'il avait cru ne pouvoir trouver d'Enfer plus déplaisant qu'un manoir vide.
« Génie, comme premier vœu, j'aimerais...
-Tututut. En premier lieu, il vous faudra entendre les règles mon très cher, se surprit à dire Jefferson dont la langue avait pris possession de son cerveau. Je ne peux faire tomber une femme, ou un homme pour que ça importe, en amour avec vous. Je ne peux poser de nouveau de la chair et un cœur battant sur le squelette des décédés. Tout comme je ne peux retirer la capacité de vivre. Je ne peux multiplier vos vœux à l'infini, quel stratège ridicule... Et je ne donne que trois vœux, après ceux-ci ma lampe s'évanouira dans un autre monde où vous ne pourrez plus jamais me trouver. Si mes règles vous enchantent, je vous écoute. »
Pendant que sa bouche divulguait des notions dont il n'avait jamais eu pleinement conscience, le Chapelier se mit à chercher un plan de secours. Il ne pouvait décemment être un Génie. Il n'avait aucune magie.
Rien. Rien. Rien du tout. Du tout.
Il avait tout perdu et maintenant il était enchaîné, au sens littéral, à cet endroit, à cet homme dont le regard océanique le transperçait de rage à l'instant.
Ouch.
« Le seul voeu désirable à mes yeux est de ravoir l'amour que j'ai perdu.
-Règle numéro un, mon ami.
-Génie, tu n'es pas mon ami, cracha le pirate. Elle est morte.
-Règle numéro deux.
-Mon autre souhait est de tuer celui qui a ruiné ma vie.
-Règle numéro trois. »
L'homme aux cheveux sombres attrapa la lampe qui s'était mise à rouler sur la coque du bateau, contemplant le reflet doré que créait le soleil à cette heure de la journée.
« Je me demande combien vaudrait cette lampe si je la revendais au prochain marché que nous croisons sur notre route... Probablement cher. Et l'acheteur ne pourrait savoir que je suis le propriétaire des voeux. Tu serais pris à jamais dans cette prison, Génie.
-J'aimerais pouvoir plier au chantage, mais ma magie ne fonctionne pas ainsi. »
Il balança l'objet au sol, espérant de tout cœur que l'or briserait en mille pièces scintillantes. Mais rien.
Toujours rien. Le pirate semblait tourmenté, presque autant que Jefferson si l'ex-Chapelier plissait les yeux assez longtemps. Mais dès qu'il abaissait les paupières, la couleur bleue le noyait de tout bord tout côté. La nausée le fit tanguer légèrement.
« Tu sais ce que c'est que d'être seul au monde, Génie? Un Capitaine tenant en main la direction du navire, ordonnant à tous de faire comme il sent, mais jamais sans aucun port d'attache. Les trésors, les aventures, tout cela finit par ternir et un jour, on comprend que le bonheur est de ne pas se réveiller seul le matin. De partager les couchers du soleil. De ne pas avoir à s'oublier dans le corps de femmes sans noms et sans visages. Si j'avais su, je l'aurais tué la première fois que je l'ai vu. »
Jefferson, qui combattait fortement l'âme du Génie en lui, leva le doigt en signe d'appui moral.
Il voulait aussi avancer sa propre histoire, ses théories, mais sa langue semblait nouée. Il devrait apprendre à contrôler la portion magique de son corps et la folie du Chapelier d'avant, sans quoi il serait une poupée vide et sans possibilité de sortie.
Peut-être que le «Capitaine» lui laisserait un souhait le laissant s'échapper. Peut-être.
Mieux valait ne pas compter sur la générosité d'un cœur brisé. Il en savait plus qu'il n'osait se l'avouer.
« Il a tué l'amour de ma vie, m'a coupé la main et maintenant, maintenant... je navigue en mer avec des crétins qui sont saouls jusqu'à midi. Génie, j'aimerais pouvoir retrouver celui qui m'a détruit. Est-ce possible? »
Soudainement, pour une raison étrange et quelconque, Jefferson vit en son esprit Rumplestiltskin. L'homme avec qui il faisait des deals avant de ne tout perdre à cause d'une sorcière au visage bien défini... Une folle, oui.
Il le vit sous son identité «humaine». Mr. Gold et ses cravates nouées. Mr. Gold et des paiements de loyer. Puis, d'un claquement de doigt qu'il ne put contrôler, le Chapelier slash forcé Génie fit apparaître une petite pousse.
Une graine verte, ressemblant à un mélange de pois et de haricot.
« Votre premier vœu est exaucé, Monsieur.
-Appelle-moi Hook, murmura le pirate en attrapant la graine. Est-ce véritablement un portail? Je ne rêve pas? »
Jefferson ne connaissait que les chapeaux, les miroirs et les portes comme moyens de transport, cette petite pousse l'assomma quelque peu. Il aurait aimé savoir tout sur tout, mais c'était impossible, n'est-ce pas?
« Il semblerait que ce soit un portail. Vous n'aurez qu'à souhaiter vous rendre à Storybrooke et... »
Soudainement, à la vitesse d'un éclair, le crochet se trouva sous la gorge du Chapelier.
Une lame froide qui le chatouillait tout en l'effrayant, une combinaison assez douloureuse pour son pauvre esprit tourmenté.
« Génie, comment cela es-tu au courant du monstre que je veux tuer? Tu lis les pensées? »
Pas de réponse.
Le vide dans son cerveau, plus de raisonnement. Une théière de pensées trop chaude.
« Réponds où je t'arrache la gorge. La mer est là, à perte de vue, ton corps aura le temps de pourrir complètement avant que quiconque ne te retrouve.
-Lorsque vous avez fait votre vœu de retrouver le tueur, son visage m'est apparu. Je le connaissais, avant d'être pris dans la lampe.
-Génie, tu connaissais donc ce satané crocodile? Il est celui qui t'a enfermé, n'est-ce pas?
-Pas exactement. C'est ma propre erreur de jugement... Mais bon, pas de quoi s'emballer. Rumplestiltskin aimait bien m'offrir de la paille en or comme récompense... et je ne l'ai pas revu depuis mon arrivée à Storybrooke et mon enfer et la malédiction et Grace et je boirais du thé présentement, mais si ma montre n'est pas beurrée... Est-ce l'heure pour le thé? J'ai faim, je prendrais bien...
-Génie, je ne vais pas hésiter à t'arracher la tête si tu ne la fermes pas.
-Bonne chance, oh ça oui, bonne chance! »
Jefferson avait enfin repris le contrôle sommaire de sa langue et parvenir à parler créait une confusion dans son esprit. Un peu comme un trafic à même ses neurones.
Il soupira, contemplant le bleu qui semblait s'approcher furtivement vers le bateau.
Mais ils étaient, en fait, entourés complètement d'eau. Il ne voulait tout simplement pas y penser. Non.
« D'ailleurs, je sais que je suis pris dans la lampe et c'est où mon corps se trouve réellement, mais où sommes-nous, Monsieur Hook? demanda le Chapelier en haussant les sourcils, cherchant à étaler ses connaissances du social et des sciences, même s'il n'en était rien.
-Le Pays Imaginaire, bien sûr.
-La terre natale du roux qui ne vieillit jamais? »
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Emma marchait de long en large entre les murs blanc poudré.
Henry avait gobé le dessert de Regina et ne s'était plus réveillé depuis. Foutues pommes.
