Notes : Aujourd'hui, c'est mon anniversaire. Ça ne change... rien, mis à part le fait que ça m'a fait plaisir que mes amis aient pensé à moi ! Bref, ce chapitre est un cadeau de moi à moi...
Un grand merci à Melior, Shiva Rajah, Lyzianor, Tsukiyo2894 et Sayuri pour leurs review !
Requiem pour un ange
Chapitre Deux : Le sort d'un innocent
Pour la troisième fois depuis la fin de la guerre de Jenova, Vincent revenait dans la Cité Perdue. Il se sentait attiré par ce lieu chargé de mystères au sein duquel rêves et cauchemars avaient cohabité. Les Anciens y avaient vécu et y étaient morts deux mille ans auparavant, et leur mémoire flottait encore dans l'air brumeux. Une brume qui conférait à la forêt une atmosphère à la fois tranquille et pesante. C'était un endroit idéal pour s'isoler.
En réalité, Vincent pensait pouvoir réfléchir plus posément à sa situation. De toutes les régions qu'il traversait pendant son errance, la Forêt Endormie était la plus paisible. Elle lui rappelait par bien des aspects la grotte de Lucrécia, hormis toutefois le sentiment de culpabilité qui l'étreignait à la vue de la jeune femme, prisonnière du cristal de makô. Mais l'endroit avait perdu sa quiétude, comme en témoignaient les arbres abattus et l'odeur de sang que Vincent percevait par intermittence.
Car quelques semaines plus tôt, la Cité Perdue avait abrité de bien étranges occupants. Des orphelins ayant grandi trop vite, que Vincent avait espionné pendant un certain temps, avaient tenté de faire revivre la Calamité. Une fois encore, le monde avait couru à sa perte, mais Vincent ne pouvait pas rendre coupables ces trois jeunes gens. Leur innocence était leur seul péché. En les écoutant, il avait compris qu'ils ne se rendaient pas bien compte de ce qu'ils faisaient et qu'on leur avait fourni un espoir erroné.
Jenova procédait ainsi : elle s'insinuait dans l'esprit de son hôte, brisait sa volonté et lui distillait des promesses qu'elle ne tiendrait bien sûr jamais.
Pour Avalanche, les Incarnés n'étaient que des esprits issus de la partie la plus corrompue de la Rivière de la Vie. Il était vrai que ces êtres évanescents évoquaient des fantômes ; pourtant, en les observant, Vincent avait eu le sentiment qu'ils étaient plus que de simples réminiscences du passé. Ils se reposaient, se nourrissaient et souffraient comme n'importe quelle personne normalement constituée. Ils devaient bien venir de quelque part…
Mais Vincent gardait ces suppositions pour lui. Il n'était sûr de rien ; de plus, s'il en parlait à ses amis, il les inquiéterait. Aujourd'hui, Kadaj et ses frères étaient définitivement morts. Il était inutile de remuer un peu plus le passé…
Le chemin principal débouchait sur une clairière de grande taille. Un gigantesque coquillage rompait la monotonie du paysage nocturne. On y avait joué plusieurs scènes de la grande pièce de théâtre de la vie, et chacune avait eu son lot de sang.
Les relents nauséabonds de sang s'étaient justement intensifiés à son arrivée dans la clairière. Grâces à ses sens surdéveloppés, Vincent percevait les fluctuations les plus infimes de cette singulière odeur. Il décela également un parfum relativement plus agréable : la makô…
Qu'est-ce qui se passe ici ? songea-t-il en s'avançant prudemment près de l'étang.
L'eau avait retrouvé son aspect normal depuis bien longtemps. C'est alors qu'un mouvement sur sa gauche le fit se retourner brusquement. Il avisa une silhouette recroquevillée entre deux arbres ; son odeur familière lui en révéla instantanément la nature.
C'était insensé.
Méfiant, Vincent s'approcha lentement de l'étrange profil dont il ne voyait pas le visage. Lorsqu'il reconnut la chevelure soyeuse, il dut se faire violence pour y croire ; et pourtant, il s'agissait bien d'un des Incarnés. D'après ses souvenirs, il s'appelait Yazoo. C'était le plus réfléchi et le plus posé du trio.
Il grelottait dans l'air glacé, nu comme un ver. Son corps était constellé de blessures encore à vif et de marques de brûlures, du sang maculait ses beaux cheveux argentés. Que faisait-il là ? Et surtout, comment pouvait-il être en vie ? L'explosion du sommet de la tour Shinra avait tout réduit en cendres ; seul Cloud y avait survécu, par miracle. Et des recherches avaient été lancées par prévention... sans résultat.
Oubliant toute vigilance, Vincent s'avança vers le jeune homme meurtri. Il avait perdu énormément de sang, comme en attestait la terre imbibée du liquide rougeâtre. Il avait besoin de soins au plus vite, sans quoi son organisme, aussi résistant qu'il soit, ne tiendrait pas le coup. Dans son état, l'Incarné était aussi inoffensif qu'un chaton ; malgré son passé, il était hors de question que Vincent le laisse mourir dans le froid et la solitude.
-Tu m'entends ? lui demanda-t-il en s'agenouillant près de lui.
Yazoo redressa la tête et cligna faiblement des paupières. Ses yeux aux longs cils avaient perdu tout leur éclat, comme si une partie de lui avait déjà quitté ce monde. Lorsqu'il reconnut Vincent, il eut un mouvement de recul. Il n'avait pas oublié leur échauffourée ni sa cuisante défaite.
-Ne crains rien, fit Vincent en tendant la main. Tu peux te lever ?
Il secoua légèrement la tête en continuant de le fixer craintivement. Vincent passa un bras autour de ses épaules et l'aida à se relever ; vu son état, il était préférable de le laisser allongé mais cet endroit n'était pas sûr. L'odeur de sang qui planait dans l'air attirerait sans nul doute les prédateurs.
-Laissez-moi…, gémit-il.
Il souffrait atrocement. Quoiqu'il en pense, Vincent ne le laisserait pas ainsi. Il avait déjà péché par négligence et ne recommencerait pour rien au monde.
L'argenté le repoussa mollement du bras en esquissant quelques pas hésitants.
-Laissez-moi ! répéta-t-il. Ne me touchez pas…
Vincent s'écarta sans protester. S'il pouvait marcher, tant mieux : le trajet jusqu'à un endroit plus sûr n'en serait que facilité. En le regardant s'éloigner, Vincent frissonna à la vue de la balafre qui lui zébrait le dos. Pourquoi avait-il oublié d'emporter des matérias ?
C'est bien ma veine…
Sans prévenir, Yazoo s'écroula sur la terre meuble. Il s'était évanoui. Vincent accourut auprès de lui, dégrafa sa cape puis s'en servit pour le recouvrir. Avec ce froid, ses chances de survies s'amoindrissaient de minute en minute... Vincent lui frictionna les bras en prenant garde à ne pas trop insister sur ses brûlures.
Une idée lui vint à l'esprit. Il n'était pas sûr que cela marche mais pour l'instant, c'était la seule solution.
Sortant son téléphone cellulaire d'une de ses poches, il serra l'argenté frigorifié contre lui. Puis il s'empressa de retrouver un numéro dans son répertoire.
-Vincent ?
-Bonsoir, Tseng.
-Tu as vu l'heure qu'il est ?
-J'ai besoin de ton aide, répondit-il. C'est une urgence.
-C'est-à-dire ? lui demanda son interlocuteur, visiblement inquiet.
Vincent lui relata brièvement le spectacle étonnant dont il avait été le témoin. Quand ce fut fait, Tseng ne répondit pas.
-Allo ?
-Je suis là…
-Il faut l'évacuer par hélicoptère. Tu peux utiliser ceux de Rufus Shinra comme bon te semble, non ?
-Tu sais ce que ça signifie pour moi…
C'était même Vincent qui l'avait trouvé agonisant avec la jeune Elena, puis qui les avait tirés des griffes des Incarnés.
-Ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient, Tseng.
-Et tu crois que c'est une raison suffisante pour ne pas le laisser là ? s'emporta l'ancien Turk.
-Il va mourir si on ne fait rien. Et tout le monde perdra une inépuisable source d'information au sujet de ce qui s'est passé.
Il soupira. Vincent n'aimait pas devoir demander un tel service à Tseng, bien qu'ils soient amis. C'était osé de sa part d'exiger de lui qu'il porte secours à l'un de ses bourreaux !
-Désolé, fit-il. Mais tu me dois bien ça.
-J'ai une dette envers toi, c'est vrai…, concéda Tseng.
-Alors ?
-J'arrive, répondit-il.
--
Derrière une vitre teintée, Vincent et Tseng observaient la chambre dans laquelle on avait installé Yazoo. Une infirmière, sûre d'elle, s'affairait à son chevet, pansant ses blessures tout en vérifiant de temps à autre sa température et son rythme cardiaque. Son état général s'était stabilisé lorsqu'on l'avait couché sur un matelas plus confortable que le sol de la Cité Perdue. Pour l'occasion, la petite pièce avait été spécialement chauffée afin que l'argenté ne retombe pas en hypothermie.
-Bon sang, tu avais raison, fit Tseng, stupéfait. Comment a-t-il pu survivre à des blessures pareilles ?
-J'aimerais bien le savoir, moi aussi, avoua Vincent. Je pense que c'est la makô qui coule dans ses veines qui l'a maintenu en vie.
-Il n'aurait sans doute pas survécu sans transfusion de sang.
Lorsque l'hélicoptère s'était posé en catastrophe au cœur de la forêt, une heure après l'appel de Vincent, les blessures de Yazoo avaient cessé de saigner depuis longtemps. Néanmoins, sa respiration s'était faite irrégulière et il ne s'était toujours pas réveillé, en dépit des maigres soins de Vincent. Pour éviter toute fuite concernant la mystérieuse résurrection de l'Incarné, Tseng l'avait directement transporté à l'hôpital privé de Rufus Shinra, près de Edge. Ce dernier, à la grande surprise de Vincent, avait immédiatement donné son accord à Tseng pour qu'il soit pris en charge dans ses locaux.
-Merci, Tseng.
-Vu comme ça, il n'a pas l'air bien méchant, soupira le garde du corps.
Le jeune homme dormait calmement. Il avait montré quelques signes d'agitation quand on l'avait plongé dans un bain d'eau chaude pour le laver du sang et des impuretés qui maculait son corps. Maintenant, il se reposait, ses cheveux humides auréolant son visage de porcelaine. Il était couvert de capteurs : on l'avait relié à un moniteur cardiaque et à un électroencéphalogramme. Un des médecins avait plâtré un de ses avant-bras, maintenu droit par une attelle.
L'infirmière à son service s'occupait de lui avec mille précautions, comme si elle craignait de lui infliger d'autres blessures en étant trop brusque. Ces attentions avaient étonné Vincent, qui pensait que les médecins du complexe avaient peur d'approcher l'un des Incarnés. Son triste état l'avait sans doute émue.
-Cinq côtes cassées, fractures de la clavicule et du poignet droit, un poumon perforé, diverses brûlures superficielles et des hémorragies dues à des blessures ouvertes, énuméra Tseng en parcourant le diagnostic du médecin des yeux. Pas de séquelles internes... Et tu dis qu'il a réussi à marcher ?
-Il ne semblait pas souffrir plus que ça, répondit Vincent. Mais le choc a dû être dur pour lui…
-Il va mettre des semaines, voire des mois, à s'en remettre. C'est déjà un miracle qu'il ait tenu le coup jusque là.
Vincent jeta un coup d'œil à Tseng. Les lèvres pincées, il fixait le nouveau patient.
-On ne le laissera pas vivre, fit-il. J'ai déjà mal à comprendre pourquoi le patron a accepté qu'on le transporte ici, alors je n'imagine même pas la réaction d'Avalanche et de la W.R.O...
-Il va falloir que je leur en parle, un jour ou l'autre…
-Je ne dis pas que ça me fait plaisir qu'il soit vivant, mais je ne veux pas non plus qu'on l'exécute. Et c'est ce qui risque d'arriver.
-Mais si Jenova est derrière tout ça…
-C'est un innocent, objecta Tseng. Il dit en plus avoir des informations à nous livrer au sujet de Jenova... Malheureusement, il représente un danger potentiel…
-Il te fait pitié, hein ?
Il hocha la tête, pensif.
-La victime se prend d'affection pour son bourreau, on dirait, lança-t-il en se détournant de la vitre.
Il claqua la porte en sortant. Vincent sourit, contempla une dernière fois le petit visage endormi auquel il faisait face, puis sortit à son tour de la pièce.
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Dans l'église en ruines de Midgar, Cloud laissait les rayons du soleil lui caresser le visage. Assis sur une colonne écroulée, il regardait la petite Marlène s'occuper des fleurs et jouer avec les papillons qui avaient pris possession des lieux. La fillette adorait venir ici, elle avait d'ailleurs planté elle-même un nouveau parterre de fleurs pour remplacer celles qui avaient été noyées quelques jours plus tôt.
Après une longue semaine de dur labeur, Cloud espérait pouvoir prendre un peu de repos en compagnie de sa famille adoptive. Il avait prévu avec Tifa d'emmener les enfants visiter Cosmo Canyon, et éventuellement rendre visite à Red XIII.
Marlène déambulait au milieu des allées de fleurs multicolores. Dans sa petite robe blanche et rose, elle faisait penser à Aerith. Cloud repensa aux évènements des semaines précédentes. En lui pardonnant, la jeune femme avait sauvé le monde entier. Et depuis que la guerre de Jenova s'était définitivement achevée, il avait le sentiment qu'il allait enfin pouvoir vivre avec sa famille sans que ses remords lui pèsent sur la conscience.
Néanmoins, il ne pouvait pas s'empêcher de penser que ce futur idyllique avait quelque chose de fallacieux…
La sonnerie de son téléphone cellulaire le fit sortir de ses rêveries. Il décrocha sans consulter l'écran de l'appareil ; vu l'heure, c'était sûrement Tifa qui s'inquiétait de ne pas les voir rentrer.
-Oui ? On est sur le point de rentrer…
-Cloud ? C'est Vincent, il faut qu'on se parle.
-Oh… Comment vas-tu ?
-Ça va. Mais je dois te voir, insista-t-il.
Cloud lui demanda ce qui n'allait pas. D'habitude, son ami l'appelait uniquement en cas d'urgence. Il n'était pas du genre… bavard.
-Ca ne me concerne pas vraiment… J'ai découvert quelque chose qui devrait t'intéresser.
-C'est-à-dire ?
-On dirait que les morts reviennent à la vie, répondit Vincent.
-Quoi !?
Vincent ne répondit pas immédiatement.
-Qu'est-ce qui se passe, Vincent ? insista-t-il, inquiet.
-Il vaut mieux que tu viennes voir ça toi-même…
-Comme tu veux…, se résigna Cloud. Où es-tu ?
-A Healin Lodge.
-Génial…, soupira-t-il.
Il était ennuyé de devoir rendre visite à l'ancien président Shinra et ses larbins, mais le ton pressant de Vincent lui indiquait qu'il était sérieux. Il raccrocha, puis appela Marlène. La petite accourut aussitôt, un grand sourire aux lèvres.
-J'ai une course à faire, expliqua-t-il en s'agenouillant devant elle.
-Je peux venir avec toi ? lui demanda aussitôt la fillette.
Bien sûr, Cloud s'attendait à ce qu'elle le supplie de l'emmener avec elle. Elle s'arrangeait toujours pour faire un tour en moto avec lui !
-Tifa va s'inquiéter si tu rentres trop tard, tu sais…
-T'as qu'à lui dire qu'on est partis se promener ! rétorqua Marlène.
Le soleil se coucherait bientôt. En déposant Marlène à la maison, il n'y parviendrait pas avant la tombée de la nuit. Et il connaissait bien les dangers qui rodaient le soir, dans le désert…
-Tu ne diras rien à Tifa, d'accord ?
-Promis ! s'exclama l'enfant en courant vers le véhicule de Cloud.
Le jeune homme espérait que ce que Vincent avait à lui montrer ne soit pas quelque chose de grave. Mais à entendre son ton préoccupé, il craignait que ce soit le cas…
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-C'est pour ça que tu m'as fait venir !? s'exclama Cloud à son arrivée dans la chambre d'hôpital.
-Je savais bien que ça te surprendrait, fit son ami en retenant un petit rire.
Il était déjà là lorsque Cloud et Marlène étaient arrivés. Tous les deux connaissaient bien Healin Lodge, car c'était dans cet hôpital privé que la plupart des victimes des géostigmates étaient soignés. Il leur arrivait de temps à autre de rendre visite aux orphelins qui ne pouvaient pas se permettre de demeurer au 7th Heaven à cause de leur grave état. Mais ce temps était révolu.
A voir la personne étendue dans le lit, les draps remontés jusqu'au menton, Cloud commençait cependant à croire que ce cauchemar allait redevenir réalité…
-C'est pas vrai…, soupira-t-il, consterné.
Il passa une main tremblante sur son bras gauche, celui qui avait souffert du fléau. Et si une nouvelle épidémie se propageait dans le monde ? Inquiète, Marlène s'accrocha de toutes ses forces à son côté.
-Qu'est-ce qui se passe, Cloud ? lui demanda-t-elle.
-Rien de grave, mentit-il. Ne t'inquiète pas.
Il s'approcha du lit avec prudence et Marlène le suivit, subitement curieuse. Le jeune homme dormait d'un sommeil profond et à priori paisible.
-C'est le monsieur qui a enlevé les enfants malades ! s'exclama-t-elle en se penchant.
-Je l'ai trouvé dans la Cité Perdue, il y a quelques jours, déclara Vincent, de l'autre côté du lit. Il était blessé et mort de froid…
Rien n'était rationnel dans son discours ! Cet homme était un esprit, une simple réminiscence de la conscience de Sephiroth. Il n'était même pas fait de chair et de sang !
Du moins, c'est ce que Cloud croyait avant de l'avoir vu allongé là, meurtri. Sa poitrine se soulevait au rythme régulier de sa respiration, preuve qu'il était bel et bien vivant.
-Il était censé l'être, coupa Cloud. Enfin, qu'est-ce qui se passe, Vincent ? Il est soigné, nourri et blanchi ! Ça n'a pas de sens !
Il n'avait pas oublié leur… différent, ça non ! L'impact des balles qui l'avaient blessé résonnait encore dans ses oreilles. Ce jeune homme qui se définissait lui-même comme un Incarné, Yazoo, avait provoqué avec son frère l'explosion de la tour Shinra. Il n'avait pas pu survivre à ça. C'était impossible !
-Je ne pouvais pas le laisser comme ça. Qui qu'il soit, il ne méritait pas de mourir ainsi. Personne ne le mérite…
-Tu aurais au moins pu m'en parler ! maugréa Cloud.
-Et tu m'aurais empêché de le faire soigner ?
-Non, je…
Vincent avait raison. Aussi dangereux qu'il soit, il avait sans doute le droit de vivre…
-Ça m'inquiète, fit-il en retenant Marlène qui voulait s'appuyer sur le lit pour mieux voir. Cette explosion aurait dû le tuer. Qu'en penses-tu ?
-Il n'y a qu'une seule hypothèse valable : il a sombré dans la Rivière de la Vie qui a charrié son corps jusqu'à la Cité Perdue, c'est pour ça que la plupart de ses blessures avaient commencé à guérir et qu'il se rétablit à cette vitesse ahurissante. Les médecins pensent la même chose.
-Il aurait été rejeté par une faille, comme ça m'est arrivé il y a deux ans.
-Et comme c'est arrivé à Sephiroth…
Cloud hocha la tête en frissonnant. La petite le regarda sans avoir l'air de comprendre, puis détailla, intriguée, le visage de l'étrange patient.
-Qu'en est-il de ses frères ?
-Aucune trace. Tseng et les autres Turks ont survolé la forêt en hélicoptère, ils n'ont rien trouvé.
-Ils ont pu réapparaître ailleurs, tu sais…
-Un seul, c'est déjà plus que suffisant, répondit Vincent.
Cloud reporta son attention sur le jeune homme assoupi. Son bras gauche était posé nonchalamment sur son flanc ; sa peau translucide laissait entrevoir ses veines reliées à une perfusion. Il n'aurait su dire si on lui injectait au compte-gouttes des nutriments ou un tranquillisant. Cela pouvait aussi bien être les deux… Sa peau était constellée de brûlures et de petites coupures à moitié guéries qui lui donnaient l'air encore plus fragile. Seul son visage délicat semblait avoir été épargné.
De cette façon, Yazoo lui faisait penser à une poupée de porcelaine telle qu'on en voyait dans certaines maisons. Une poupée qui aurait survécu à un incendie, bien sûr…
-Je me demande ce qu'on va bien pouvoir faire de lui…
-Pour l'instant, on ne peut qu'attendre qu'il se soit totalement rétabli, dit Vincent en désignant d'un geste ses bandages. Il montre des signes de réveil de temps à autre : mais parfois, il s'agite dans son sommeil, à tel point que les médecins sont forcés de le mettre sous sédatifs…
-Et si c'était Jenova ? proposa soudain Cloud.
-Tu ne m'avais pas dit qu'ils avaient été libérés de son influence avant de mourir ?
-Plus ou moins…
Dans le cas de Kadaj, la corruption distillée en lui par Jenova s'était envolée alors qu'il était sur le point de rendre l'âme. Mais il ne savait rien au sujet des deux autres.
La petite Marlène posa ses mains sur le bras du jeune homme, l'air triste. Elle l'avait côtoyé pendant quelque temps ; d'après elle, aussi étonnant que cela puisse paraître, il avait été très gentil avec tous les enfants.
-Est-ce qu'il est malade ? demanda-t-elle de sa voix fluette.
-Oui, répondit Cloud. Mais ne t'inquiète pas, il va bientôt s'en remettre.
-Et après, il pourra venir avec nous à la maison ?
Cloud sursauta, surprit par la question de la fillette. Il n'avait même pas envisagé qu'il puisse avoir un quelconque avenir ! Après ce qu'il avait fait, personne ne lui permettrait jamais. Même lui avait du mal à accepter qu'il soit en vie…
Voyant que Cloud ne comprenait pas, Marlène poursuivit :
-Il est tout seul, il n'a pas de parents, lui non plus !
-Marlène, c'est différent, il…
-Denzel aussi était différent ! s'écria-t-elle. Et tu as bien voulu qu'il reste !
-Tu sais, ses frères et lui voulaient du mal aux enfants malades…
-C'est pas vrai ! Tu peux savoir savoir alors que tu le connais pas ! rétorqua-t-elle, des sanglots dans la voix.
Elle était au bord des larmes. Pour la calmer, Cloud lui caressa la tête et lui expliqua qu'ils pourraient y réfléchir tous ensemble, quand il se réveillerait. Marlène bouda un moment puis accepta sa proposition.
-Marlène, tu veux bien le surveiller un peu ? lui demanda soudain Vincent. J'ai besoin de parler à Cloud.
La petite fille acquiesça aussitôt et s'assit au pied du lit, attentive.
Cloud et Vincent sortirent de la chambre pour se retrouver dans une petite salle d'observation. Healin Lodge n'était pas bien grand mais disposait d'une dizaine de chambres, chacune équipée avec du matériel dernier cri fourni par la W.R.O. Les salles d'observations comme celle-ci étaient destinées aux médecins et aux infirmiers, qui devaient garder un œil sur l'évolution des géostigmates de leurs patients.
-C'est peut-être une bonne idée, déclara Vincent en refermant la porte derrière lui.
-De quoi ?
-Garder Yazoo avec vous. Oh, juste pour un temps, ajouta-t-il en voyant l'air abasourdi de Cloud.
-Tu sais ce que ça représente ? Il est dangereux, Vincent !
-Tu trouves ? Il n'a même pas essayé de m'attaquer, dans la forêt… Moi, j'ai l'impression qu'il a besoin d'une présence réconfortante auprès de lui.
-Il est hors de question que je laisse Marlène seule avec lui, rétorqua Cloud, irrité.
Vincent secoua la tête en souriant légèrement.
-Ce n'est pas à elle que je pensais…
Cloud comprit alors de qui il voulait parler.
-Tu veux que je m'occupe de lui… ? Tu as perdu la tête !? Il me haït !
-Je n'en ai pas l'impression…
-Et pourquoi tu ne t'en chargerais pas, toi ?
-Parce que je pense qu'il a besoin de quelqu'un qui lui est familier. Quelqu'un de sa famille, en quelque sorte… Cloud, tu es pour lui ce qui se rapproche le plus d'un frère.
Un frère ? Cloud n'avait jamais envisagé la chose sous cet angle et il pensait que les Incarnés l'appelaient ainsi par ironie. Et même s'il se trompait, il ne voulait pas avoir l'un d'eux sous sa responsabilité. Bien sûr, il avait conscience qu'aucun d'entre eux n'agissait de son propre chef. Si Cloud avait pu changer cela, il l'aurait fait sans hésiter. Sans vraiment le vouloir, il se sentait peut-être proche d'eux. Il avait même l'impression qu'ils faisaient partie de la même famille…
Mais il savait que Yazoo lui rappellerait sans cesse son passé. Et il n'imaginait pas quelle serait la réaction de Tifa et de ses amis. Qu'ils soient une nouvelle fois impliqués là-dedans à cause de lui le répugnait.
-Je sais que c'est difficile et dangereux, reprit Vincent, mais selon moi, il va avoir besoin d'un environnement favorable à son bon rétablissement. Cet hôpital lui évoque les souvenirs de Sephiroth qui le hantent malgré lui, c'est pour cela qu'il s'agite dans son sommeil.
-Tu penses qu'être auprès de nous pourrait empêcher Jenova de refaire surface ? lui demanda Cloud, soucieux de savoir si la Calamité les menaçait encore.
-Va savoir… Ce ne sont que des suppositions, mais… tu sais comme moi qu'elle s'en prend uniquement aux individus seuls et faibles et qui ont déjà beaucoup souffert.
C'était sa manière d'agir. Elle brisait la volonté de ses hôtes pour mieux les contrôler. Cloud lui-même en avait fait les frais il n'y avait pas si longtemps. Elle s'infiltrait par la moindre brèche dans la personnalité des gens et ensuite… elle était libre de les faire agir à sa guise.
Cloud comprit que Yazoo serait plus dangereux en restant seul ici qu'en demeurant au bar avec lui. Comme il connaissait plus ou moins la Calamité, il serait en mesure de surveiller son influence chez son "invité". Tifa ne serait sans doute pas d'accord au début –ils étaient déjà bien assez nombreux comme ça, avec les enfants- mais elle comprendrait.
Ils avaient tous les deux décidés de s'occuper d'orphelins, deux ans plus tôt, et Yazoo en était un, en quelque sorte…
-Laisse-moi y réfléchir, alors, soupira Cloud.
-Il ne se réveillera pas complètement avant un certain temps…
-Il faudra attendre que ses os fracturés soient ressoudés avant de le déplacer, non ?
Vincent acquiesça d'un hochement de tête. Bien ; cela laissait à Cloud le temps d'en parler à Tifa et aux enfants. Contrairement aux dires de Marlène, il redoutait qu'ils soient mal à l'aise en présence du jeune homme. Cela dit, ils seraient certainement pris de pitié devant son état.
Tout à coup, Marlène se leva et recula vers la porte, inquiète. Yazoo s'était mis à bouger. De là où il se trouvait, Cloud le vit tenter de se redresser avec peine. Il avait ouvert les yeux.
-Il est en train de se réveiller ! s'écria-t-elle lorsque les deux hommes la rejoignirent.
